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Ce que pense Brzezinski

par Alain Gresh, 28 juillet 2006

Jeudi 20 juillet, Zbigniew Brzezinksi, l’ancien conseiller national à la sécurité du président américain Carter, est intervenu lors d’un repas organize par la New America Foundation.

Voici traduites quelques-unes de ses déclarations.

Ni les Américains, ni les Israéliens n’ont « la capacité d’imposer des solutions unilatérales » aux problèmes d’Israël au Proche-Orient. « Il y a des gens qui se font des illusions là-dessus. Nous les appelons les néoconservateurs et ils ont leurs équivalents en Israël. »

Israël et ses voisins seuls « ne pourront jamais résoudre leur conflit pacifiquement, quelle que soit leur sincérité. Quand une des parties est sincère, les intentions de l’autre ne sont pas synchrones ».

« Je regrette de le dire, mais je vais le dire. Ce qu’Israël fait aujourd’hui au Liban est, en réalité – même si ce n’est pas leur intention –, de tuer les otages. Parce que quand vous tuez 300, 400 personnes qui n’ont rien a voir avec les provocations du Hezbollah, mais que vous le faites de manière délibérée en étant indifférent aux dommages collatéraux, vous tuez les otages dans l’espoir d’intimider ceux qu vous voulez intimider. Et le plus probable est que vous ne les intimidez pas. Vous les rendez furieux et en faites des ennemis permanents, avec le nombre de tels ennemis qui augmente. »

« La solution ne peut venir que d’un engagement sérieux de la communauté international pour appuyer les modérés des deux camps, que ceux-ci soient nombreux ou non. Il faut créer une situation dans laquelle il devient plus intéressant pour les deux parties d’accepter un compromis que de résister, à cause des incitatifs et de la capacité de la communauté internationale d’imposer des coûts (à ceux qui n’acceptent pas le compromis). Cela signifie, de la part des Etats-Unis, un effort de paix déterminé, qui serait sans aucun doute soutenu par la communauté internationale, afin de définir de manière claire et en partie autoritaire la façon dont les Etats-Unis et la communauté internationale envisagent les contours d’un tel compromis. »

Il devient de plus en plus difficile de séparer le problème israélo-palestinien de celui de l’Irak ou de l’Iran : « Ce qu’a déclaré le premier ministre irakien Al-Maliki [condamnation de l’action israélienne au Liban] est l’indication de problèmes à venir. L’idée que nous allons avoir un Irak complaisant, démocratique, stable, pro-américain, aimant Israël est un mythe qui s’évanouit rapidement et qui est contredit par la réalité politique. »

« Nous devons terminer notre intervention en Irak. J’ai évoqué un programme en quatre points l’an dernier à l’une des rares occasions où l’administration américaine m’a consulté (…). Que nous commencions à parler avec les Irakiens de la date de notre retrait ; nous leur disons que nous voulons la fixer en commun, que nous ne le ferons pas dans la précipitation. J’ai demandé à Khalilzad (l’actuel ambassadeur américain en Irak) ce qu’il considérerait comme précipité, et il m’a répondu quatre mois ; je suis d’accord. Devons-nous dire aux Irakiens que nous comptons nous retirer dans une période donnée ? Nous devons le faire. »

« En ce qui concerne l’Iran, et grâce à ce qui se passe en Irak, nous avons fait une offre raisonnable. Je ne sais pas si les Iraniens auront l’intelligence de répondre favorablement ou au moins non négativement. Je penche pour le fait qu’ils ne répondront probablement pas négativement mais pas positivement non plus et tenteront d’embourber (stall) le processus. Mais cela n’est pas si mal, s’ils ne le rejettent pas. Parce que le problème nucléaire iranien est complexe (et parce que les Iraniens ne sont que marginalement impliqués au Liban et un peu plus en Syrie), le défi qu’ils représentent pour nous, bien que sérieux, n’est pas immédiat. Et comme il n’est pas immédiat, il nous laisse le temps d’agir. Et parfois en politique internationale, la sagesse est de repousser les dangers plutôt que de les éliminer, car tenter de les éliminer produit des réactions destructrices. Nous avons le temps de traiter avec l’Iran, à condition que le processus soit lancé, pour traiter du nucléaire et peut-être plus largement de la sécurité dans la région. »

« L’Iran est un problème sérieux, ce n’est pas l’Irak. L’Iran sera présent, il sera un acteur. Et, à plus long terme, il a toutes les conditions pour une évolution interne positive (niveau d’alphabétisation, accès à l’enseignement supérieur, place des femmes dans la société, sens de la tradition et de sa place). Je suis convaincu que les mollah sont le passé de l’Iran, non son avenir. Mais cela peut changer en Iran non par la confrontation, mais par l’engagement. Si les Etats-Unis poursuivent une politique d’engagement, nous pouvons peut-être éviter les dangers auxquels nous sommes confrontés ; sinon, j’ai peur que la région explose et alors Israël sera, à long terme, en grand danger. »

Alain Gresh

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