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Débat autour des déclarations de Nasrallah

vendredi 1er septembre 2006, par Alain Gresh

Les déclarations du secrétaire général du Hezbollah du 27 août affirmant qu’il n’aurait pas ordonné la capture de soldats israéliens s’il avait su quelle serait l’ampleur de la réaction israélienne ont suscité un débat important dans la presse arabe. Ainsi, dès le 29 août, un texte du journal saoudien Al-Watan affirmait que ces déclarations prouvaient la justesse des positions saoudiennes sur la guerre du Liban (le royaume avait, dans les premiers jours, condamné l’action militaire du Hezbollah). Certains ont même affirmé que Nasrallah s’était excusé et avait reconnu sa défaite.Cette interprétation est contestée par le journaliste saoudien Daoud Al-Shiryan, dans le quotidien pan-arabe Al-Hayat du 30 août. « Les déclarations de sayyed Hassan Nasrallah voulaient recadrer le débat entre “le parti de la victoire” et “le parti de la défaite”. Il s’adressait avant tout au parti de la victoire qui sur-interprétait cette victoire. (...) Il s’adresse à ses partisans et leur dit : “il est vrai que nous avons gagné militairement, avons tenu le terrain face à la machine de guerre israélienne, que nos fusées ont atteint le nord d’Israël, que nous avons imposé un état de guerre aux citoyens israéliens qui pensaient pouvoir être à l’abri et que nous avons prouvé à Israël et à d’autres que les problèmes ne pouvaient pas être résolus toujours par la force. Mais le résultat de tout cela a été coûteux. Si nous avions su que la réaction à la capture de deux soldats serait aussi sauvage, nous aurions changé notre position”. » En résumé, poursuit Al-Shiryan, Nasrallah a expliqué que « la victoire avait été obtenue au détriment du peuple et de beaucoup de choses, mais que cela restait quand même une victoire ».

Cette interprétation est reprise par Joseph Samaha, le rédacteur en chef du nouveau quotidien libanais Al-Akhbar, dans la livraison du 31 août. Il dénonce notamment les politiciens libanais qui tentent d’utiliser les déclarations de Nasrallah pour tenter de justifier la sauvagerie de l’attaque israélienne et qui voudraient élaborer une stratégie de défense libanaise fondée, de fait, sur la collaboration avec Israël. Pour Samaha, le sens des propos de Nasrallah était que la capture des deux soldats était « une “erreur”, mais qu’elle nous a sauvé du péché de ne pas comprendre qu’Israël se préparait pour la guerre et attendait seulement le bon moment pour la lancer. Selon Nasrallah, l’alliance américano-israélienne est à l’offensive et souhaite décider du moment de la confrontation, en fonction de ses propores calculs. L’ “erreur” non voulue du Hezbollah a brouillé ces calculs. Et le mal fait a été bien moins grand que le mal que l’on préparait à faire. »

Qui est Nasrallah ? Comme annoncé hier, voici la traduction en français du texte que j’ai publié sur ce blog et qu’un internaute a très aimablement traduit (je reprécise qu’un des buts de ce blog est de faire connaître des documents et des prises de position et que si certains d’entre vous se sentent de les traduire, c’est parfait !). J’en profite pour remercier vivement JG qui passe ses journées à sillonner le cyber-espace et qui m’envoie une masse de documents dont je me sers sans scrupules.

Al-Jazira TV diffuse un documentaire sur la vie de Hassan Nasrallah du Hezbollah

Texte du reportage du 15 août de la télévision qatari par satellite Al-Jazira

Le Canal satellite de Télévision en arabe d’Al-Jazira à Doha - station indépendante de télévision financée par le gouvernement qatari, diffuse le 15 août à 21.10 GMT un programme documentaire intitulé "Hassan Nasrallah : Le principe de résistance ou les changements de politique ? " Le documentaire est produit par One World for Media Productions et présenté par Ahmad Fakhuri. Il passe en revue la formation et l’ascension de Hassan Nasrallah en citant Nasrallah en personne à l’aide d’extraits vidéo de ses anciennes interviews et de ses anciens discours, et les jugements portés par diverses personnalités sur Nasrallah et sa formation politique.

Les premières influences

Le documentaire commence par une description de l’environnement politique et social libanais qui a créé Nasrallah. Karim Pakradouni, chef du Parti phalangiste libanais, dit : "Hassan Nasrallah a émergé de l’environnement le plus pauvre du Liban." La mère de Nasrallah dit qu’elle ne l’a pas vu auprès d’elle pendant ces 15 dernières années. Le présentateur dit que Nasrallah a été fortement influencé par l’histoire de l’Imam Musa al-Sadr (Moussa Sader), le leader du chiisme au Liban dans les années 1970 qui a disparu pendant une visite officielle en Libye en 1978. Pakradouni indique que Musa al-Sadr "a libéré le génie du chiisme de la lampe magique". Nasrallah a grandi avec les concepts du Mouvement des Déshérités, fondé par Al-Sadr en 1975. Nasrallah : "J’ai été influencé par sa pensée [d’Al-Sadr] intellectuelle et politique." Voulant poursuivre des études de théologie chiite, Nasrallah s’est rendu à Al-Najaf en Irak à l’âge de 15 ans.

Fakhuri dit que son destin d’échapper à la mort et aux bombes s’est manifesté dès sa montée à bord de l’avion pour l’Irak, puisqu’il y avait deux personnes à bord transportant une bombe, mais qu’il a survécu. Il a fui l’Irak pour revenir au Liban un an et quelques mois seulement après son arrivée car une menace sérieuse pesait sur sa vie. Un clip vidéo montre Nasrallah déclarant : "J’ai été forcé de partir en raison de la pression du régime de Saddam Hussein à ce moment-là. Un grand nombre d’étudiants libanais ont été arrêtés et chassés à coups de pied du pays." Il poursuit en évoquant ses relations avec Abbas Al-Musawi (Abbas Moussaoui), les liens étroits qu’ils ont noués en Irak et l’amitié qu’ils ont continué d’entretenir au Liban. "Al-Musawi jouera finalement un rôle important dans la vie de Hassan Nasrallah et dans son ascension en politique et au sein du parti," déclare Fakhuri. Nasrallah dit qu’Al-Musawi admirait Al-Sadr, et qu’il croyait à ses idées et à sa ligne politique. Il était également proche de l’Imam Muhammad Baqir al-Sadr, ce qui veut dire que "c’était presque une seule école de pensée qui se rassemblait sur des idées, des vues, et des lignes de progrès variées", et c’est ce qui a cimenté les relations entre les trois hommes.

Nasrallah est rentré au Liban en 1979 et il a fondé une école religieuse à Ba’labakk (Baalbek) avec Abbas Al-Musawi, où il était à la fois étudiant et professeur. Il s’est impliqué activement dans le mouvement Amal dans la région de la Biqa’ (Bekaa) "où il a été nommé responsable politique pour la région de la Bekaa et membre du bureau politique du mouvement Amal en 1979, alors qu’il n’avait que 19 ans". Deux incidents ont influé sur le parcours de Nasrallah et la création du Hezbollah : le premier fut la disparition d’Al-Sadr, le fondateur d’Amal ; et la seconde fut le triomphe de la révolution islamique en Iran sous l’Imam Ajatollah Khomeyni. Pakradouni analyse les divisions qui se sont produites après la disparition d’Al-Sadr. Deux tendances ont émergé : la première devait créer le mouvement islamique Amal, et la seconde le Hezbollah. Le Hezbollah entretenait des relations avec l’Iran parce que ses chefs fondateurs avaient étudié à Qom, aussi l’Iran a-t-il consolidé ces relations. Pakradouni résume : "Ainsi la première conséquence de la disparition de l’Imam al-Sadr fut que c’est l’aile islamique - c’est à dire la révolution islamique - du mouvement Amal qui s’est séparée d’Amal. Une partie de cette aile a formé le Mouvement islamique Amal dont l’influence est demeurée limitée et contenue dans la région de la Bekaa ; et [l’autre partie a formé] le Hezbollah qui a reçu l’aide de l’Iran et est devenu de ce fait un grand parti." Fakhuri explique que l’événement principal qui a manifesté toutes ces divergences aux yeux du monde fut l’invasion israélienne du Liban, et les moyens de l’affronter.

La création du Hezbollah

En 1982, l’armée israélienne, sous le ministre de la défense Sharon, a envahi le Liban avec l’objectif d’éliminer la résistance palestinienne basée à Beyrouth-Ouest. On voit Nasrallah déclarer : "Après l’invasion israélienne du Liban, Al-Sayyid et de nombreux frères ont dit que l’heure de la résistance était venue." Le programme passe en revue les alliances politiques libanaises à ce moment-là, et note que l’avocat Nabih Birri (Nabih Berri), Chef de mouvement Amal, a rallié le Groupe national libanais de salut, ainsi que Walid Junblatt (Walid Joumblatt), chef du parti socialiste progressiste libanais, et Bashir Al-Jumayyil (Bashir Gemayel), commandant des forces libanaises, ce qui a irrité l’Iran. Pour l’Iran, c’était un groupe américain contraint de négocier avec Israël. "Des divergences en ont résulté au sein d’Amal, et certains de ses cadres et responsables se sont retirés du mouvement, parmi lesquels Shaykh Raghib Harb, Subhi al-Tufayli, Abbas al-Musawi, et Hassan Nasrallah, qui a alors créé le Hezbollah."

Nasrallah déclare : "Nous ne sommes pas partis de rien, parce que nous avions des activités culturelles, intellectuelles, et politiques, et d’importantes relations avec les bases populaires et militantes." En outre, le triomphe de la révolution islamique en Iran a eu une forte influence parce que "nous étions en interaction avec cet événement et cet important développement historique". La résistance islamique a estimé que l’occupation israélienne du Liban était "une cible qui méritait d’être attaquée. L’attaque qui a eu le plus grand retentissement fut l’opération qui a détruit le quartier général du commandement militaire israélien à Tyr". Le programme détaille l’opération : Une voiture Peugeot a pénétré dans le quartier général du commandement militaire israélien à Tyr et a transformé le bâtiment de huit étages en amas de décombres. Beaucoup d’Israéliens ont été tués et blessés et l’auteur de l’opération est resté inconnu. Le 11 mai 1985, Nasrallah a révélé dans un discours l’identité de l’auteur et assumé la responsabilité du Hezbollah dans l’incident.

Jusqu’à ce jour-là, Nasrallah était demeuré loin des projecteurs des médias ; il était seulement responsable du Hezbollah dans la Bekaa. En 1985, il a déménagé à Beyrouth et assumé de nombreuses responsabilités au sein du parti. "Mais l’importance de l’homme a commencé de croître quand en 1987 il a été nommé sécrétaire général exécutif du Hezbollah et membre du Conseil consultatif du parti, l’organe le plus élevé de la direction du parti." En 1986, le Hezbollah est entré en conflit ouvert pour contrôler la secte chiite. Il y avait divers conflits internes au parti, comme avec le Parti communiste, le Parti populaire syrien, et des affrontements avec le Chiisme d’Amal à Jabal Amil, Al-Nabatiyah, et Iqlim al-Tuffah qui conduisirent à la signature d’un accord à Damas, sous le patronage de la Syrie et de l’Iran, pour le partage des régions sous l’influence chiite entre le Hezbollah et Amal, dirigé par Birri, qui s’opposait fortement à l’établissement, encouragé par l’Iran, d’une république islamique au Liban.

Pakradouni explique les divergences entre les objectifs d’Amal et ceux du Hezbollah : Amal a voulu intégrer le chiisme dans la formule libanaise - c’est-à-dire qu’il était un mouvement correctif ; tandis que le Hezbollah était un mouvement doctrinal dont l’objectif était de faire passer le système libanais dans son ensemble d’une République libanaise à une République islamique. En 1989, Nasrallah a décidé de se rendre en Iran pour y étudier et il est entré à l’école religieuse de Qom, mais il a dû en revenir un an plus tard sur la décision du Conseil de la Choura (conseil consultatif) du Hezbollah et l’insistance de membres du Hezbollah. Nasrallah a exprimé son goût très vif pour les études et la vie universitaires : "J’espère un jour avoir l’occasion de retourner à la vie des cours et de l’université. Mais c’est seulement un souhait, pas plus." Le Hezbollah a élu son premier secrétaire général, Al-Tufayli de Subhi, qui a assumé la fonction pendant deux ans avant qu’Abbas Al-Musawi ne soit élu pour lui succéder. Nasrallah a été extrêmement affecté par l’assassinat de "son professeur, son inspiration, et son compagnon d’armes Abbas Al-Musawi". Al-Musawi a été assassiné par Israël alors qu’il dirigeait le Hezbollah depuis neuf mois.

En 1992, Nasrallah a été élu secrétaire général du Hezbollah. Il s’est alors employé à mettre un terme à tous les conflits internes au Chiisme. Pakradouni explique que Nasrallah a découvert l’islam et la révolution grâce à l’Iran, mais qu’ "il a découvert la politique, ses intérêts, la lutte pour ses intérêts et pour la cause du Moyen-orient, et la manière d’affronter Israël grâce à la Syrie".

Les fusées Katyusha et l’ "arme du martyre"

La fusée katyusha a été utilisée pour la première fois par le Hezbollah en 1992 et, depuis lors, elle a été une arme importante dans l’équation de la lutte, en même temps que le martyre qui est devenu l’une de ses armes de base. George Hawi, sécrétaire général du Parti communiste libanais, déclare : "L’arme du martyre est l’arme de la personne opprimée, l’arme du patriote qui n’a pas d’autre arme que son sacrifice pour la patrie." Une séquence d’un discours de Nasrallah le montre s’adressant à une foule à propos de l’ "arme du martyre, l’une des armes les plus puissantes de la nation". Il dit : "Les Etats-Unis d’Amérique et la technologie militaire dans le monde ont trouvé la parade à toutes les armes. Mais jusqu’à maintenant, quand l’arme du martyre s’attache à une personne, aucune arme ne peut rien contre elle." Le 14 septembre 1997, Nasrallah a reçu la nouvelle du "martyre" de son fils Hadi dans un violent affrontement militaire entre le Hezbollah et les forces israéliennes à Iqlim al-Tuffah. Nasrallah, commentant la mort de son fils, déclare qu’il s’agit d’une séparation provisoire jusqu’à ce qu’ils soient de nouveau réunis.

Le documentaire se poursuit en expliquant qu’en 1996 Israël exécutait son Opération Raisins de la Colère au Sud-Liban quand a eu lieu le premier "massacre de Qana", conduisant à la signature par le Hezbollah et Israël de l’Entente d’Avril qui stipulait que les secteurs résidentiels ne devraient pas être bombardés ou utilisés dans des opérations militaires. "Mais le Hezbollah a continué d’attaquer les positions militaires et l’armée israélienne a continué de recevoir des coups douloureux."

L’utilisation des médias - la cellule vidéo du Hezbollah

Ensuite, le documentaire montre l’intérêt de Nasrallah pour l’usage des médias en tant qu’arme. Israël a rapporté dans le magazine israélien de l’armée que le Hezbollah avait intégré "une cellule vidéo" à sa Division de Support des Opérations pour filmer les opérations militaires du Hezbollah. Nasrallah explique que le Hezbollah a effectué des opérations qui ont coûté des vies israéliennes, ce qu’Israël a officiellement nié par la suite. "Nous avons tendu un guet-apens médiatique à Israël. Le lendemain, nous avons diffusé à la télévision et distribué aux agences d’information le film qui montrait que des combattants de Hezbollah perçaient la position d’Al-Dabshah et plantaient le drapeau [du Hezbollah]."

Nasrallah, orateur éloquent, a noué une forte relation avec les médias et a réussi grâce à la télévision Al-Manar du Hezbollah ou à d’autres organes de médias à créer "un état de pression militaire ou psychologique sur Israël, aboutissant au retrait israélien du Sud-Liban en mai 2000." On voit de nouveau Nasrallah prononcer un discours ardent, le drapeau libanais déployé derrière lui : "Ce peuple, cette nation, ces sacrifices sont le camp qui, pour la toute première fois, a restauré l’intégrité d’un territoire arabe en utilisant la force et la résistance et a infligé la première défaite historique à cet ennemi sioniste agressif."

Les relations avec la Syrie et l’Iran

Passant aux relations de Nasrallah avec la Syrie et l’Iran, le documentaire note que bien qu’il ait souvent déclaré avec insistance que le Hezbollah n’était pas un agent de la Syrie et de l’Iran, Nasrallah a toujours reconnu les rôles de la Syrie et de l’Iran dans le succès triomphal du retrait d’Israël du Sud-Liban. Fakhuri ajoute que la question de l’identité des Fermes de Shab’a (Chebaa) au Sud-Liban continue d’être la matière d’un conflit pour déterminer si ces territoires sont syriens ou libanais. Edmond Rizq, un ancien député et ministre libanais, explique le conflit au sujet des Fermes de Chebaa. Il dit que la Syrie a reconnu que ces fermes étaient des territoires libanais, mais que le Liban et la Syrie ont dû conclure un accord formel selon les protocoles du droit international pour confirmer que les fermes étaient libanaises, et fixer la frontière de la région. Il se demande également pourquoi l’armée libanaise ne pourrait pas se déployer au Sud Liban, vu qu’une armée est censée se déployer le long des frontières et protéger son pays.

Le rôle du Hezbollah dans le gouvernement

Le documentaire dit que Nasrallah tenait toujours à mener des batailles politiques parallèlement à l’action militaire. En 1992, le Bloc de Fidélité à la Résistance est entré au Parlement libanais après avoir été élu lors des premières élections qui ont suivi la fin de la guerre civile au Liban. En 2005, le Hezbollah est entré pour la première fois au gouvernement libanais avec un certain nombre de ministres dans le gouvernement du premier ministre Al-Sanyurah. Ceci a provoqué beaucoup de discussions et de débats au sujet du rôle du Hezbollah dans le gouvernement avec ses alliés d’Amal. Le journaliste syrien Michel Kilu analyse le rôle du Hezbollah dans la politique libanaise actuelle. Il dit que le Hezbollah a joué beaucoup de rôles qui étaient acceptables, parce qu’ils étaient couverts par divers accords. Mais depuis l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafiq al-Hariri, ces rôles ont revêtu un aspect négatif et deviennent plus conflictuels au Liban qu’avec les ennemis du Liban et le monde arabe.

Le passage de la pensée politique à la pensée militaire

Nasrallah dit que le Hezbollah a toujours répété que l’usage des armes était une méthode visant à résister à l’occupation et devait être dirigée contre l’ennemi envahisseur et occupant. "On ne devrait pas diriger d’armes contre un adversaire politique. Il n’y a aucune justification pour diriger des armes contre un adversaire politique. Du moment que vous croyez avoir raison, que vous avez votre propre doctrine, pensée, ligne, programme, et crédibilité, pourquoi donc devriez-vous craindre votre adversaire politique au point de devoir le tuer ? " C’est à ce point qu’en est restée la question de la légitimité des armes du Hezbollah dans un pays qui a connu une guerre civile et où tous les autres partis ont jeté leurs armes et ont repris la lutte par l’activité politique. Edmond Rizq explique que le Hezbollah a libéré le Sud et qu’il devrait se joindre à l’activité politique du reste du pays, comme les forces libanaises, par exemple. Kilu indique qu’il note que Nasrallah avait pris récemment des positions non convaincantes, bien qu’il soit un homme intelligent ! Il semble glisser vers la pensée militaire au sein du parti et favoriser la puissance et les armes. "Si cette tendance se poursuit, elle nuira considérablement au leadership du Hezbollah, en particulier à l’importance de Hassan Nasrallah."

Hawi dit que les martyrs, les prisonniers, et le peuple opprimé sont ceux qui ont le "vrai charisme", ceux qui ont payé pour les victoires politiques. La "gloire d’Al-Sayyid Nasrallah, et ce que sa position a de positif, c’est qu’il est en harmonie avec cette atmosphère et qu’il tient à faire triompher la cause de la libération." On voit Nasrallah expliquer qu’à l’époque de la création du Hezbollah, l’objectif était le "martyre. Nous nous sommes toujours demandés pourquoi nous étions encore vivants. Comme mouvement, ce n’est pas notre objectif d’être des martyrs, mais de triompher. Mais dans le cadre de ce mouvement dont l’objectif est la victoire, le martyre continue d’être le souhait personnel du membre du parti". Le programme conclut en mettant en valeur la personnalité charismatique, la voix, l’éloquence, l’utilisation de la rhétorique, et la présence de Nasrallah. Le narrateur dit que plus grandes sont les menaces et les pressions, plus brillante est la facture de ses discours et de sa politique. C’est comme si d’avancer dans l’inconnu était devenu son passe-temps et comme si l’inconnu était le nouveau nom donné à la libération et à la résistance.

Source : Al-Jazira TV, Doha, en arabe, le 15 août 2006 à 21.10 GMT

Un article éclairant

Amira Hass est une des journalistes israéliennes les plus courageuses. Elle écrit dans le quotidien Haaretz. Elle y a publié, le 30 août, un article intitulé : « Can you really not see ? » (est-ce que vous ne voyez vraiment pas ?). Elle s’adresse dans ce texte, non à ceux qui pensent que la dépossession des Palestiniens est le résultat d’un décret de Dieu ou des ultra-nationalistes pour qui seuls priment les intérêts des Israéliens juifs. Elle s’adresse à tous les autres, historiens et mathématiciens, chercheurs et intellectuels, qui haïssent l’extrême droite israélienne et même le parti Kadima au pouvoir et qui ne disent rien contre le racisme en Israël : « Pouvez-vous être tous en faveur de lois de discriminations systématiques ? Des lois qui disent que les Arabes de Galilée ne seront pas compensés de la même manière pour les dommages de guerre que leurs voisins juifs ? » Et elle poursuit : « Se peut-il que vous ignoriez ce qui se passe à quinze minutes de vos universités et de vos bureaux ? Est-il possible que vous souteniez un système dans lequel des soldats hébreux, dans des checkpoints au cœur de la Cisjordanie, laissent des dizaines de milliers de personnes attendre pendant des heures sous un soleil brûlant ? » Et, dit-elle, vous ne pouvez pas ne pas savoir, toutes les informations sur ces faits sont disponibles : « Se peut-il que tous ceux qui sont indignés par chaque swatsika peinte sur une tombe juive en France ou pour tout titre antisémite d’un journal local en Espagne ne savent pas comment accéder à ces informations et ne sont pas horrifiés et outragés ? »

Une troisième génération d’islamistes ?

A la suite de l’enlèvement à Gaza de deux journalistes de la chaîne américaine FoxNews par un groupe jusque-là inconnu, le quotidien saoudien Al-Watan a publié le 31 août un article sur « la troisième génération » de militants islamistes qui émerge en Palestine et qui conteste désormais le Hamas et le Djihad islamique. L’auteur la caractérise ainsi : elle n’a pas de base de masse ; elle rejette tout compromis ; elle a un programme qui dépasse la Palestine ; elle ne se sent pas liée par les règles du jeu politique ; elle ne vise pas seulement les Israéliens ; ses revendications ne concernent pas seulement la Palestine ; elle peut bouleverser la carte politique palestinienne. Je pourrais reprendre ici la remarque d’un journaliste israélien à propos de son gouvernement et des élites israéliennes : « Ils n’ont pas voulu l’OLP, ils ont eu le Hamas ; ils ne veulent pas le Hamas, ils auront le Djihad isamique ; ils ne voudront pas du Djihad, ils auront Al-Qaida. »

25 commentaires sur « Débat autour des déclarations de Nasrallah »

  • permalien Louise :
    1er septembre 2006 @13h05   »

    La traduction en français de l’article d’Amira hass :
    http://questionscritiques.free.fr/e...

  • permalien Fugue :
    1er septembre 2006 @13h10   « »
    Une troisième génération d’islamistes ?

    A ce propos le temoignage d’un ancien de l’IDF (armée israelienne), pendant la première Intifada.

    D’après lui (et d’autres qu’il cite) il s’agissait alors d’une résistance principalement pacifique que le gouvernement s’est évertué à écraser.

    Donc si pas de résistance pacifique ni violente, que leur laisse-t-on comme choix ?

    Pas de résistance du tout ? Soumission totale ?

    A quoi ? A la déportation et l’esclavage ?

    Cela met mal à l’aise...

    De plus il ya là pour le moins quelque chose de contradictoire avec le rôle de victime endossé par les gouvernements israeliens.

    Désolé le site est en anglais et il y a 3 parties :

    http://www.shtull-trauring.org/aron...

    http://www.shtull-trauring.org/aron...

    Et le 3ème ici :

    Voir en ligne : Soldiers Speak Out

  • permalien Frank :
    1er septembre 2006 @13h15   « »

    « Ils n’ont pas voulu l’OLP, ils ont eu le Hamas ; ils ne veulent pas le Hamas, ils auront le Djihad isamique ; ils ne voudront pas du Djihad, ils auront Al-Qaida. »

    On peut donner n’importe quel nom, c’est de justice et de résistance qu’il s’agit. le reste c’est pour noyer le poisson.

    Pour Binladen ; c’est un serviteur zélé des néocons, sinon il serait mort il y’a longtemps.

  • permalien abdeslam :
    1er septembre 2006 @16h44   « »

    Un texte trés interessant sur l’inversion du discours dans le conflit israelo palestiniens.....une realité qui a sauté aux yeus de plusieur observateurs de ce conflit...lisez le texte pour moi il est succulent
    voici le lien : http://www.liberation.fr/opinions/r...
    Bonne lecture

  • permalien
    1er septembre 2006 @17h06   « »
    Suite au message du dénommé "Franck", et particulièrement à sa remarque sur Binladen

    L’excès de systémisme est au raisonnement ce que le Kama-Sutra est à l’amour : un catalogue pour les ignorants.

  • permalien ragnvald :
    1er septembre 2006 @17h53   « »

    Et un autre article de l’auteur qu’a cité abdeslam :
    Au Proche-Orient, les idées sont homicides, par Percy Kemp

  • permalien
    1er septembre 2006 @18h31   « »

    Merci Abdeslam

    édifiant

    Deux phénomènes culturels contradictoires dominent aujourd’hui la scène mondiale. D’abord, venue du sud, une fascination générale pour notre mode de vie et notre confort (le consumérisme). Dans le même temps, des refus se manifestent, parfois avec violence et un repli vers la tradition. Ce qui est dénoncé alors, ce n’est pas seulement les insuffisances du modèle Occidental (inégalité, dureté sociale, atomisation individuelle, égoïsme) c’est aussi un impérialisme fondé sur un incroyable orgueilleux complexe de supériorité.

    Cette modernité tend à diaboliser ce qui la conteste, à négliger ce qui la questionne, à combattre ce qui lui résiste. Comme si elle retrouvait, face à l’autre, face au “barbare“, la certitude qui lui fait défaut face à elle-même.

    La modernité n’est plus un questionnement mais un privilège et une injonction autoritaire, non plus une subversion universelle mais une idéologie parmi d’autres.

    Agissant ainsi, on renonce à ce qui la définissait : cette capacité de s’évader de ses propres clôtures pour écouté et surtout respecter l’autre ; cette disposition à la modestie critique.

  • permalien Ahmad :
    1er septembre 2006 @18h33   « »

    salam,il faudrait aussi s’interresser des personalités politiques ou pas,en france, qui entretiennent un soutien à l’état d’israel de façon aveugle,par exemple à travers l’association france-israel,dont jean françois copé figure parmi les menbres du comité directeur,mais l’on trouve aussi dans cette association, patrick devedjian,françois léotard,claude goasguen,pierre-christian taittinger,christian poncelet,aundré rossinot,tous des politiques,et aussi dominique baudis(voir l’article:france-israel ébranle la solidarité gouvernementale, sur le site communautarisme.net,site qui est loin d’etre une référence,mais qui comporte certains sujets intérressants).Cela est important car il faut agir sur les personalité la ou l’on vit,il faut agir au-dela des analyses(importantes certes mais qui doivent conduire à l’action citoyenne de résistance)salam

  • permalien soyonsprécis :
    1er septembre 2006 @23h00   « »
    Les pensées du "résistant" Nasrallah

    Voici quelques citations du "résistant" Nasrallah.
    Elles sont en anglais (désolén chers amis), mais parfaitement compréhensibles.

    New Yorker, 14/10/02 :
    “If we searched the entire world for a person more cowardly, despicable, weak and feeble in psyche, mind, ideology and religion, we would not find anyone like the Jew. Notice, I do not say the Israeli.”

    Daily Star, journal libanais, 23/10/02 :
    “If they (Jews) all gather in Israel, it will save us the trouble of going after them worldwide.”

    Al-Jazeera, 03/02/06 :
    "For example, a few years ago, a great French philosopher, Roger Garaudy, wrote a scientific book. He did not offend, curse, or insult anyone. He wrote a scientific research of an academic nature, in which he discussed the alleged Jewish Holocaust in Germany. He proved that this Holocaust is a myth.”

  • permalien Chakazoulou :
    2 septembre 2006 @08h42   « »

    Il y a une nouvelle donne dans les discours politiques au Proche Orient : C’est le discours de la sincerite et la capacite a traduire en actes ses promesses.

    Que l’on soit pro ou anti Hezbollah, force est de constater qu’en aucun cas, Sayed Hassan Nasrallah n’a pas servi de promesses creuses. Quand on fait le parllele avec le ministre de l’information de Saddam (Sahhaf) qui fanfaronait et promettait des bians de sang aux americains, alores qu’ils etaient deja a l’aeroport de Baghdad, on se rend compte qu’un nouveau langage plus rationnel est a l’oeuvre. Les israeliens l’ont bien compris et se sont gardes de bombarder le centre de Beyrouth, car Hassan Nasrallah avait proms de bombarder Tel Aviv.

    Voir en ligne : http://chakazoulou.blog.post.com

  • permalien Sophie :
    2 septembre 2006 @10h29   « »

    Bonjour à tous,
    Après bien des recherches, j’ai trouvé sur le site du Figaro
    une vidéo sur les déclarations de Mr Hassan Nasrallah du 27
    aout, "si j’avais su...". Je peux donc donner ma réaction.

    Est-il inconcevable de penser que le dirigeant du Hesbollah
    exprime ainsi ses regrets face aux destructions, morts,
    retour à l’année 1982 pour le Liban, que sa décision de capturer les soldats israeliens a engendré ? Et que "s’il
    avait su" il aurait choisi une autre voie ?
    Pourquoi un dirigeant Arabe ne serait pas sensible, sensé, et humain ?
    Meme politiquement sa déclaration me parait justifiée. Le
    "Monde Arabe" se réjouit de cette victoire contre Israel
    mais ce sont les Libanais qui ont reçu les bombes, et
    Mr.Nasrallah est libanais, et le Hesbollah fait partie du
    gouvernement. IL aura à gérer les conséquences.

    Sur le Site du Figaro j’ai lu également la déclaration navrante de notre Président Chirac, sur les risques de conflits entre l’Occident et l’Orient, les pays riches et les pays pauvres,(ou les riches et les pauvres,je ne sais plus), les Chrétiens et les Musulmans.... Je ne me situe absolument pas dans cette vision du monde. Pour moi, le
    partage se fait entre " les forces progressistes et les forces réactionnaires", pour faire court.

  • permalien
    2 septembre 2006 @10h53   « »

    Le lien de Chakazoulou est erroné : c’est http://chakazoulou.blogspot.com/

  • permalien Abdeslam :
    2 septembre 2006 @13h00   « »

    hassan Nasrallah est un grand stratége politique, ils arrivent meme à tromper les analystes occidentaux pourtant habitué aux fuax discours...

    En regrettant d’avaoir capturer ces soldats hassan nasrallah se credibilise encor plus aux yeux de la population libanaise, il avance un pion dans le schema politique israeliens puisque lui a regretter alors qu’olmert s’entete a justifier ses attaques demesurées...hassan nasrallah a parfaitement compris le jeu mediatique, il s’en sert trés bien, hassan nasrallah au fond ne regrette rien, il le dit car il sait les repercussions que ca peut avoir, n’essayer pas de comprendre cela comme un acte d edefaite, c’est parfaitemeny calculé au bon moment....

    Aprés la resolution 1701, bien qu’elle n’ait pas remplis tous ces critéres, il a accepté et a dis qu’il dependait maintenanat de la decision du gouvernement libanais : double signification, j’obeis vos projet et on va voir ou ca va nous mener aprés ce ke moi j’ais faits....Le gouvernement libanais ne pourra pas faire quelque chose qui puisse contrarier le hezbollah, si jamais il c’etait opposé a cette resolution il aurait donné raison a ce ki dise que c un etat dans l’etat, et au gouvernement libanais pour le desarmer....

    Stratége du nouveau siécle ca peut bien etre lui

  • permalien ragnvald :
    2 septembre 2006 @17h57   « »

    Echange avec As`ad AbuKhalil :

    "Hello M. A`sad,
    would you mind if I post a french translation of your analysis on Nasrallah’s interview you’ve posted on August, 27. I would like to post it as a comment of the post "Débat autour des déclarations de Nasrallah" on the blog of M. Alain Gresh " Nouvelles d’Orient "

    "Oh, yes. Please feel free to post. You may send me the link to post for my readers. Best."

    Donc, voici :

    L’entrevue de Nasrallah sur New TV (Liban).

    Ainsi Hassan Nasrallah est-il apparu dans une longue interview sur New TV. L’intervieweuse était Maryam Al-Bassan, directrice politique de New TV, et cerveau de l’excellente division de l’information de la station. C’est elle-même qui écrit l’introduction politique du bulletin d’information du soir de New TV. C’est à elle plus qu’à quiconque que l’on doit la couverture pointue et indépendante de l’information par New TV.

    Al-Bassam était l’une de trois journalistes choisis l’année dernière pour interviewer Nabih Berri sur LBC-TV. Elle était si tenace et si inflexible que j’ai entendu dire par la suite que ça n’avait pas amusé Berri. Je ne savais pas trop dans quelles dispositions elle serait en présence de Nasrallah.

    Elle affirme, dans son introduction, qu’elle a "rêvé" de ce moment pendant la guerre. Je me demandais à ce moment-là si elle serait à la hauteur de sa réputation bien méritée d’intervieweuse au style inflexible. Elle l’a été, et au-delà de toute attente. Son interview était bien meilleure et plus pointue que celle qu’elle avait faite de Ghassan Bin Jiddu sur AlJazeera pendant la guerre. Elle n’a omis aucune des questions susceptibles d’être posées à Nasrallah par ses amis et ses ennemis. J’ai également bien aimé dans son interview le fait qu’elle n’a pas craint d’interrompre Nasrallah par une plaisanterie, une question ou un point à clarifier.

    Il est évident que Nasrallah a donné cette interview pour le public libanais. Il a traité la plupart du temps de questions libanaises, et il a voulu s’adresser non seulement aux auditeurs du Hezbollah, mais plus largement à l’opinion publique libanaise.

    Il a semblé à l’aise et confiant. Il a démenti des rumeurs, et reconnu à un moment donné s’être engagé dans une "guerre psychologique", mais il a ajouté que, pour des raisons religieuses, il ne mentirait pas.

    Il a abordé les allégations régulièrement faites par les menteurs et les affabulateurs de la propagande israélienne (reprises mot pour mot dans les comptes rendus d’Anthony Cordesman jusqu’à ces derniers jours – c’est incroyable qu’il n’analyse cette guerre qu’en se référant aux déclarations et aux allégations d’un seul camp) comme quoi 400 ou 500 combattants environ du Hezbollah auraient été tués par Israël. Je n’ai jamais cru en ces mensonges qui sont maintenant régulièrement reproduits dans les médias US.

    Le Hezbollah organise chaque jour des funérailles pour tous ses combattants – on peut ainsi les compter facilement ; il a dit qu’on pouvait dénombrer les victimes dans les rangs du Hezbollah en lisant le compte rendu des funérailles dans la presse libanaise. Il est tout simplement impossible de cacher ces victimes, a-t-il dit.
    Il a également démenti les rumeurs selon lesquelles plusieurs chefs de grade moyen du Hezbollah [auraient été tués]. (certains médias israéliens et US parlent toujours de chefs du Hezbollah tués sans savoir que tous ses chefs du grade le plus élevé ont paru en public depuis la fin de la guerre.)

    Il a expliqué qu’il y avait quatre niveaux d’organisation dans le Hezbollah : les chefs du grade le plus élevé sont au premier niveau, alors que les combattants sont au quatrième niveau. Trois personnes du troisième niveau (le niveau des officiers logistiques) ont été tuées, ainsi que quatre ou cinq chefs de village du Hezbollah (c’est-à-dire les chefs des cellules du Hezbollah dans leurs villages). Il a démenti la présence d’officiers iraniens et dit que tous les officiers de Hezbollah étaient libanais.

    Al-Bassam lui a demandé jusqu’à quel point l’arsenal du Hezbollah avait été endommagé. Il a dit que le Hezbollah s’était préparé pour une guerre prolongée avec Israël depuis l’humiliante retraite israélienne de 2000. Il a dit que la préparation prévoyait qu’Israël bombarderait des ponts et des routes, aussi le Hezbollah s’était-il assuré que chaque petite région prendrait en mains son autonomie, et que les chefs régionaux locaux seraient responsables de chaque région autonome. Ils se sont vus confier la responsabilité de décider de tenir fermement ou de faire retraite en cas de besoin.

    Il a également dit que le parti pouvait tirer des missiles sur Israël depuis les abords de la frontière jusqu’au tout dernier jour de la guerre.
    Il a dit avoir affirmé par le passé que le Hezbollah possédait plus de 12.000 missiles, et que "plus" ne signifiait pas 13.000 mais "pouvait" signifier beaucoup plus que ce chiffre. Il a dit que le parti était toujours en possession de son arsenal, et même qu’il était prêt pour un embargo israélien.

    Il m’a clairement semblé suivre non seulement la presse libanaise, mais aussi la presse israélienne, de près et quotidiennement.

    Il a tenu le même langage pour parler de l’Iran et de la Syrie - et il ne s’est pas distancié du discours de Bashshar Al-Asad. C’était un point faible, surtout s’il souhaitait convaincre une partie de l’opinion libanaise sunnite hésitante. Il a mentionné (en termes favorables) le Général Aoun ou son mouvement au moins trois fois, ce qui manifeste toute la reconnaissance du Hezbollah envers Aoun pour le soutien qu’il a apporté au parti pendant la guerre d’agression israélienne.

    Ses références à Fouad Siniora (Fu’ad As-Sanyurah, également connu comme le Pierre Laval du Liban ou premier ministre "bou hou hou" [sniff, sniff]), ont montré en fin de compte de la frustration et une certaine indignation. Il s’est montré légèrement critique à son égard, il a même laissé entendre que le retard dans les efforts d’aide du gouvernement libanais n’était pas innocent – il ne l’est pas, bien sûr.
    Il a dit que le Hezbollah n’avait pas même envisagé 1% de l’éventualité d’une guerre de cette envergure quand il avait enlevé les soldats d’occupation israéliens. Il ajoute "catégoriquement" que si le parti l’avait su, il n’aurait pas enlevé les soldats. Cet aveu était important parce que certains sympathisants du régime syrien sont engagés dans une rhétorique ampoulée à ce sujet – voyez seulement le discours idiot de Bashshar Al-Asad.

    Quand Al-Bassam l’a interrogé sur sa réputation au sein du monde arabe, il a tourné la question et souligné la politique et les principes que défend le parti. Il a catégoriquement rejeté toute allusion à une république chiite au Liban (c’était une réponse à Duri Sham`un - un leader de l’aile droite de la secte au Liban, dont le parti a soutenu Antoine Lahd dans le passé) et dit que par le passé les ennemis du Hezbollah avaient parlé d’une "république islamique" pour effrayer les chrétiens du Liban, et qu’ils parlaient maintenant d’une "république chiite" pour effrayer les chrétiens et les sunnites du Liban. Mais ce n’est pas tout à fait exact : auparavant, le Hezbollah parlait lui-même d’une république islamique au Liban. Mais il a plus que jamais refusé catégoriquement tout état religieux au Liban. Il me semble qu’à cet égard Nasrallah a joué un rôle important en amenant le parti à abandonner l’idée d’une république islamique, idée que soutenaient quelques figures du parti (Ibrahim Al-Sayyid, Husayn Musawi, et Muhammad Yazbak) et quelques factions en Iran.

    Il a également dit que la plupart des missiles qui avaient été tirés par le Hezbollah visaient les installations militaires israéliennes. Il a dit qu’il n’assisterait pas aux réunions du Dialogue national pour éviter de mettre en danger la vie des leaders libanais.

    Cela me gêne qu’il s’abstienne de critiquer les gouvernements arabes et cela peut laisser supposer des calculs Iraniens - non du Hezbollah - mais peut également refléter quelques calculs naïfs de la part des chefs du Hezbollah dans leurs relations d’affaires avec Hariri S.A.

    Al-Bassam lui a demandé si le Hezbollah fabriquait certaines de ses armes. Il a dit : "nous ne répondons pas aux questions concernant la sécurité."

    Il a également annoncé que l’Iran allait intervenir humanitairement au Liban : un fonctionnaire iranien arrivera demain au Liban.

    Il a également affirmé que le Hezbollah était disposé à soutenir l’accord de Taëf, bien que le parti l’ait rejeté par le passé. Il a réclamé un gouvernement d’unité nationale (pour inclure des représentants du mouvement d’Aoun) et dit que les chrétiens du Liban avaient été marginalisés en vertu des politiques de la clique régnante au Liban.

    As’ad AbuHhalil (27/08/06)

    Source : The Angry Arab News Service

    As`ad AbuKhalil est né à Tyr en 1960 et il a grandi à Beyrouth. Il est professeur de sciences politiques à Stanislaus (California State University) et professeur associé à Berkeley (University of California). Auteur de plusieurs livres, il est bien connu pour son blog "The Angry Arab News Service", sur lequel il se décrit comme un "athée laïque". (d’après Wikipédia en anglais).

  • permalien ragnvald :
    2 septembre 2006 @18h21   « »

    Et un peu de désinformation :
    L’interview "turque" de nasrallah (1) et encore
    L’interview"turque" de nasrallah (2)

    (2 blogs de qualité, isn’t it ?)

  • permalien Orangerouge :
    2 septembre 2006 @19h31   « »
    Débat autour du Hezbollah

    J’ai lu quelque part que lorsque Israël s’est retiré du Liban à la suite de sa première invasion du Sud (qui a été longue), le Hezbollah n’avait pas mené de représailles contre ceux qui avaient collaboré avec les israéliens (il y avait même une milice collaboratrice, je crois). Il faudrait vérifier si c’est exact.

    Si c’est vraiment ce qui s’est passé, c’est un comportement assez rare il me semble dans l’histoire pour être souligné.

  • permalien ragnvald :
    2 septembre 2006 @19h42   « »

    Je l’ai lu aussi très récemment, mais il faut que je retrouve où.

  • permalien Alain Gresh :
    2 septembre 2006 @19h51   « »

    L’attitude du Hezbollah au moment du retrait israélien de mai 2000 (dix-huit ans après l’invasion israélienne du Liban) a été, tous les observateurs l’on souligné à l’époque, exemplaire. Il n’y a eu aucune représailles, même contre ceux qui avaient collaboré avec l’occupant. Ceux qui étaient considérés comme "criminels" (n’oublions pas que la prison de Khiyam, géré par l’Armée du Liban sud (collaborateurs libanais) sous la supervision d’instructeurs israéliens, a vu défiler des milliers d’opposants à l’occupation avec mauvais traitements et torture) ont été livrés aux autorités libanaises. Et cette attitude a été la même dans les villages chiites ou chrétiens.

  • permalien ragnvald :
    2 septembre 2006 @21h00   « »

    Pour qui a envie de voir qui est Amira Hass, et d’entendre sa voix, , allez-voir au milieu de la page, à la date du 30/7/2006, sur ce blog

  • permalien ragnvald :
    3 septembre 2006 @11h56   « »

    Une petite erreur dans la traduction du texte de A’sad AbuKhalil :

    "Son interview était bien meilleure et plus pointue que celle qu’elle avait faite de Ghassan Bin Jiddu sur AlJazeera pendant la guerre."

    Il fallait lire : "Son interview était bien meilleure et plus pointue que celle qu’avait faite Ghassan Bin Jiddu sur AlJazeera pendant la guerre."
    (interview du 30/07/2006)

  • permalien ragnvald :
    3 septembre 2006 @16h48   « »

    Après l’analyse que As`ad AbuKhalil a faite de l’interview de Hasan Nasrallah, voici celle postée le 27/08/06 sur le site israélien Ynet.news intitulée Nasrallah : We won’t be restrained for a long time, par Roee Nahmias

  • permalien Marsnet :
    3 septembre 2006 @22h24   « »

    L’article d’Amira Hass est effectivement courageux et lucide. On note toutefois une différence de taille entre l’Apartheid tel qu’il était pratiqué par les sud Africains et l’occupation des territoires "disputés" de Cisjordanie. L’Apartheid s’appuyait sur une prétendue "supériorité" de la race blanche. La situation en Cisjordanie est la conséquence d’un conflit politique entre deux peuples.

    (NB Ceux qui mettent en scène une prétendue supériorité du "Peuple élu" pour pousser plus loin l’analogie sont simplement ignorants de la signification de ce vocable, faire ses classes au PC ou à ATTAC n’est pas le meilleur endroit pour comprendre ne serait-ce que le B-A-BA des religions révélées ;-)

    Ah oui, une dernière remarque : Darfour :> 300000 morts, 6 articles dans le diplo (moteur de recherche du diplo) Palestine + Liban à peu près 5000 morts 38 articles (j’ai compté vite)

    Le calcul est simple : un mort Arabe vaut à peu près 400 morts Noirs (Les deux peuples sont de religion musulmane). Mais peut on encore le relever ?

  • permalien
    5 septembre 2006 @14h21   « »
    "Darfour vs. Liban+Palestine"

    Désolé de ce titre obscène, tout comme le commentaire auquel je réagis...
    Le conflit au Darfour n’a pas fait l’objet de dizaines de résolutions de l’ONU pendant des dizaines d’années, jamais appliquées par l’une des deux parties en présence au mépris du droit international... Ca explique peut être la différence de couverture médiatique.
    Mais je crois que l’article d’Amira Hass qui ouvre le billet ci-dessus est la meilleure réponse à ce genre de commentaires.
    Cordialement.

  • permalien ragnvald :
    5 septembre 2006 @17h13   « »

    Pour Orangerouge : des commentaires ici sur votre intervention à propos de l’attitude du Hezbollah à la fin de l’occupation israélienne : allez voir vers la fin des commentaires.

  • permalien Guillaume :
    15 mai 2008 @00h37   «

    Bonjour,

    Je cite une petite phrase du texte traduit : « En 1986, le Hezbollah est entré en conflit ouvert pour contrôler la secte chiite. »

    Je suppose que c’est une erreur involontaire ? D’apres ce que j’ai pu lire a droite et a gauche, le Hezbollah n’est pas vraiment une secte.

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