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Tous unis contre « le fascisme islamique » ?

par Alain Gresh, 2 septembre 2006

Dans un discours prononcé le 29 août, le président George W. Bush a affirmé que, en Irak, les Etats-Unis étaient en guerre contre le fascisme islamique.. Après avoir évoqué Al-Qaida, le Hamas, le Hezbollah, le président explique : « Malgré leurs différences, ces groupes forment un mouvement unique, un réseau mondial de radicaux qui utilisent la terreur pour tuer ceux qui se mettent sur le chemin de leur idéologie totalitaire. Et les caractéristiques unificatrices de leur mouvement, le lien qui surmonte les divisions confessionnelles et les revendications locales, est la conviction ferme que les sociétés libres sont une menace pour leur visions déformées de l’islam. La guerre que nous livrons aujourd’hui est plus qu’un conflit militaire. C’est la lutte idéologique décisive du XXIe siècle. »

« D’un côté, il y a ceux qui croient aux valeurs de la liberté et de la modération, au droit des gens de parler, de croire et de vivre en liberté. D’un autre, il y a ceux qui sont poussés par les valeurs de la tyrannie et de l’extrémisme, le droit d’un petit groupe de gens auto-désignés d’imposer leur point de vue fanatique aux autres. Comme des vétérans, nous avons connu ce type d’ennemi avant. Ils sont les successeurs des fascistes, des nazis, des communistes et des autres totalitarismes du XXe siècle, et l’histoire montre quelle sera l’issue de cette lutte. Cette guerre est difficile, elle sera longue et elle se terminera par la défaite des terroristes, des totalitaires, et une victoire pour la cause de la liberté. »

Il n’y a, bien évidemment, rien d’original dans cette interprétation de la situation actuelle. On pourrait même dire qu’elle est, comme disent les Américains, une prophétie auto-réalisatrice : ainsi, tout le monde le sait, l’Irak n’était pas du tout impliqué, avant l’invasion américaine, dans "le terrorisme" ; depuis, des centaines de combattants se sont formés là-bas et exportent leur savoir-faire en Afghanistan (où, par exemple, les attentats-suicide, inconnus durant les années de guerre contre l’invasion soviétique, se sont multipliés) ou ailleurs. Le type d’analyse "nouvelle guerre mondiale" des conflits amène les Etats-Unis à appliquer des grilles d’analyse et des politiques qui renforcent les groupes mêmes contre lesquels on prétend lutter. On lira de ce point de vue, l’analyse éclairante de Gérard Prunier sur la Somalie, « Liaisons dangereuses de Washington en Somalie », dans le numéro de septembre du Monde diplomatique.

Ce type d’analyse sur la nouvelle guerre mondiale est reprise en France et dans les pays occidentaux,par des intellectuels et largement popularisée par les médias. Ainsi l’appel de douze intellectuels, dont Bernard-Henri Lévy, Philippe Val, Caroline Fourest, Salman Rushdie, Antoine Sfeir... intitulé « Ensemble contre un nouveau totalitarisme » et publié dans L’Express du 2 mars 2006.

Le lien ne fonctionnant plus, j’ai rajouté le texte intégral :

MANIFESTE DES DOUZE
"ENSEMBLE CONTRE LE NOUVEAU TOTALITARISME"

Le débat engagé par « douze dessins » sur Mahomet doit se poursuivre sur le terrain des idées et non plus des anathèmes. Refusant de se laisser intimider au nom du respect des cultures et surtout des religions, douze intellectuels - dont plusieurs dissidents de l’islam menacés de mort et exilés en Europe et aux Etats-Unis à cause de leur positions laïques - ont décidé de signer ce manifeste pour appeler ensemble à une résistance idéologique à l’intégrisme, ce nouveau totalitarisme qui menace le siècle.
Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme, et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme.

Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité pour tous.

Les évènements récents, survenus suite à la publication de dessins sur Mahomet dans des journaux européens, ont mis en évidence la nécessité de la lutte pour ces valeurs universelles. Cette lutte ne se gagnera pas par les armes, mais sur le terrain des idées. Il ne s’agit pas d’un choc des civilisations ou d’un antagonisme Occident - Orient, mais d’une lutte globale qui oppose les démocrates aux théocrates.

Comme tous les totalitarismes, l’islamisme se nourrit de la peur et de la frustration. Les prédicateurs de haine misent sur ces sentiments pour former les bataillons grâce auxquels ils imposeront un monde liberticide et inégalitaire. Mais nous le disons haut et fort : rien, pas même le désespoir, ne justifie de choisir l’obscurantisme, le totalitarisme et la haine. L’islamisme est une idéologie réactionnaire qui tue l’égalité, la liberté et la laïcité partout où il passe. Son succès ne peut aboutir qu’à un monde d’injustices et de domination : celle des hommes sur les femmes et celles des intégristes sur les autres. Nous devons au contraire assurer l’accès aux droits universels aux populations opprimées ou discriminées.

Nous refusons le « relativisme culturel » consistant à accepter que les hommes et les femmes de culture musulmane soient privés du droit à l’égalité, à la liberté et à la laïcité au nom du respect des cultures et des traditions.

Nous refusons de renoncer à l’esprit critique par peur d’encourager l’ « islamophobie », concept malheureux qui confond critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants.

Nous plaidons pour l’universalisation de la liberté d’expression, afin que l’esprit critique puisse s’exercer sur tous les continents, envers tous les abus et tous les dogmes.

Nous lançons un appel aux démocrates et aux esprits libres de tous les pays pour que notre siècle soit celui de la lumière et non de l’obscurantisme.

Signatures
Ayaan Hirsi Ali, Chahla Chafiq, Caroline Fourest, Bernard-Henri Lévy, Irshad Manji, Mehdi Mozaffari, Maryam Namazie, Taslima Nasreen, Salman Rushdie, Antoine Sfeir, Philippe Val, Ibn Warraq

C’est un point de vue distinct qu’a développé, devant la conférence des ambassadeurs, le président Jacques Chirac, le 29 août, le jour même où le président Bush faisait son discours. Ayant évoqué les drames du Proche-Orient, il a précisé : « Au-delà de ces affrontements se profile un danger majeur, celui du divorce entre les mondes, Orient contre Occident, islam contre chrétienté, riches contre pauvres ». La question est de savoir si la politique actuelle de la France contribue à atténuer ce divorce entre les mondes. On voudrait le croire...

Aux lecteurs (suite).

Je souhaiterais que les commentaires soient plus brefs (maximum 3000 signes), le renvoi à des articles devant se faire par lien hyper-texte. Cela m’amène à rappeler que le fait qu’un article circule sur Internet ne signifie ni qu’il est vrai, ni qu’il a une signification quelconque (je pense ici au type de texte « Un diplomate israélien arrêté à l’aéroport de Buenos Aires avec une valise bourrée d’explosifs », publié en commentaire à mon blog Terrorisme). D’autre part, il faut vérifier les citations : je pense qu’il est nécessaire de remonter à la source (le fait qu’une citation soit répétée à satiété ne signifie pas qu’elle est vraie : de ce point de vue Internet crée une illusion d’optique, puisque l’on reproduit à l’infini des soi-disant déclarations). Enfin, il me semble inutile de poursuivre une polémique entre deux internautes dont les articles du blog sont un simple prétexte : cela ôte de l’intérêt aux discussions.

Scène de rue à Damas

Quelques dizaines de jeunes filles syriennes, ventre à l’air et drapeaux du Hezbollah au vent, poursuivies par la police dans les rues de Damas, c’est l’image que rapporte Samir Aita de son séjour dans la capitale syrienne. Loin des clichés convenus sur la laïcité, l’islamisme, les femmes...

Brève

Dans le International Herald Tribune du 1er septembre, cette brève qui raconte les démélés d’un militant arabo-américain des droits de la personne à l’aéroport Kennedy. Il portait un T-shirt avec, en anglais et en arabe, l’inscription « Nous ne resterons pas silencieux ». On lui a interdit de monter dans l’avion et un des responsables lui a dit : « Aller à l’aéroport avec un T-shirt en arabe est comme aller dans une banque en portant un T-shirt sur lequel serait inscrit “Je suis un voleur”. »

Alain Gresh

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