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Polémiques sur la politique israélienne

mercredi 6 septembre 2006, par Alain Gresh

Le journaliste britannique Robert Fisk, dans un article intitulé « The lies, the threats, the hypocrisy... » (Les mensonges, les menaces et l’hypocrisie), publié par le quotidien britannique The Independent du 1er septembre, s’engage dans les polémiques autour de la guerre du Liban. Rappelons que Fisk couvre le Proche-Orient depuis des décennies et qu’il a publié (aux éditions La Découverte pour la version française) notamment une somme sur ses expériences au Proche-Orient, intitulé La Grande guerre pour la civilisation. L’Occident à la conquêe du Moyen-Orient (1979-2005). La premlière partie de l’article dénonce le discours de Nasrallah affirmant que le Hezbollah n’aurait pas enlevé deux soldats israéliens s’il avait su qu’Israël réagirait avec cette violence. « Sommes-nous supposés croire, écrit Fisk, qu’ils (le Hezbollah) ont tenu sous une attaque aérienne intense israélienne (...) sans aucune planification ? ». La principale partie de son article est cependant une réponse à la tribune libre de Shmuel Trigano dans Libération du31 août 2006 , intitulée « Guerre, mensonges et vidéo ». Trigano écrit : « Ce sur quoi il faut attirer l’attention de l’opinion, c’est la résurgence de l’accusation du meurtre rituel, c’est-à-dire le retour d’un stéréotype antisémite classique. Il est sciemment mis en oeuvre, de façon massive, par les médias arabes : la mort filmée « en direct » de Mohammed al-Dura à Gaza, puis Jénine, puis la plage de Gaza, puis Cana. Nous avons là une série d’événements pour le moins douteux quant à leur réalité exacte, qui nous sont parvenus à travers une mise en scène théâtrale par des reporters sous le contrôle de l’Autorité palestinienne, du Hamas ou du Hezbollah. » Fisk répond sur le mode de l’ironie en disant que, bien sûr, il n’aurait pas fallu montrer les morts des victimes innoncentes de Cana tuées par des bombes israélienne et qu’il n’aurait pas fallu mlontrer les photos d’enfants arabes morts, sous peine d’être accusé d’antisémitisme médiéval.

Trigano poursuit : « Nous avons là une série d’événements pour le moins douteux quant à leur réalité exacte, qui nous sont parvenus à travers une mise en scène théâtrale par des reporters sous le contrôle de l’Autorité palestinienne, du Hamas ou du Hezbollah. Filmer dans ces régions dépend en effet, comme tous les journalistes le savent, de l’autorisation des pouvoirs en place, qui exercent un étroit contrôle sur les images et les accréditations qu’ils donnent aux reporters. » Faux répond Fisk, qui explique que l’un des problèmes des journalistes durant la guerre du Liban était, justement, de ne pas arriver à entrer en contact avec les gens du Hebollah pour les interviewer. Et Fisk s’élève avec force contre l’idée que les journalistes penseraient qu’il est « juste » que les civils israéliens souffrent. « Ce sont les mêmes vieux mensonges que nous avons entendus durant les bombardements israéliens de 1978, l’invasion israélienne du Liban de 1982, ses bombardements de civils en 1993 et encore en 1998 - et cela recommence aujourd’hui. Est-ce que les amis d’Israël attaquent des journalistes respectables et honorables parce qu’ils venulent rendre l’antisémitisme respectable ? (...) Quand on en vient à la malhonnêteté, Nasrallah est comme les autres, mais il a encore beaucoup à apprendre des Israéliens. »

L’article de Trigano a aussi suscité une double réponse dans Libération du 5 septembre, de Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme (« Israël, un Etat comme un autre ») et de Bruno Stevens, photojournaliste belge indépendant (« Une manipulation fantasmée »).

Michel Tubiana note : « Ce qui est inquiétant dans le propos de Shmuel Trigano, c’est la généralisation à sens unique. Toutes les images mettant en cause l’armée israélienne sont « sous contrôle ». En postulant cela, il use du vieux procédé selon lequel toute information est nécessairement mensongère dès lors qu’elle va à l’encontre d’une des thèses en présence. C’est sans doute pourquoi il ne se souvient pas des images insupportables des corps déchiquetés d’enfants israéliens ou des morceaux de chairs humaines parsemant les rues de Jérusalem et de Tel-Aviv. Ces images reflètent-elles la réalité où ont-elles pour but de renforcer l’imagerie traditionnelle de la cruauté des Arabes ? »

Bruno Stevens écrit pour sa part : « Il n’y a rien d’antisémite dans le fait d’affirmer et de montrer qu’Israël, par sa politique et son armée, tue des milliers d’enfants et de civils innocents ; bien entendu les attentats terroristes tuent et blessent de nombreux enfants et civils israéliens, personne ne le nie, personne ne le cache. Au contraire de ce que vous affirmez, la presse internationale accorde beaucoup d’espace aux victimes israéliennes ; en fait, et c’est très facile à montrer, un espace équivalent à celui des victimes que vous appelez arabo-musulmanes.  »

Enfin, l’article de Robert Fisk lui-même suscite une réponse du journaliste Jonathan Coook, basé à Nazareth. Tout en saluant le courage de son confrère britannique, Cook émet des réserves sur son texte dans un article publié sur un site de la gauche radicale américaine Counterpunch, intitulé « Time for a champion of truth to speak out » (Il est temps pour un champion de la vérité d’élever la voix)

Le problème, affirme Cook, c’est que Fisk répète non seulement que le Hezbollah a provoqué la guerre en capturant deux soldats et en tuant trois autres le 12 juillet, mais « reproduit une série d’insinuations : que le Hezbollah voulait l’attaque israélienne, qu’il avait planifié la guerre (pas seulement qu’il s’était préparé à la guerre), qu’il savait précisément le degré de destruction qu’Israël infligerait, qu’il recevait les ordres de la Syrie, et que par déducation, que la Syrie et peut-être le Hezbollah voulait la destruction du Liban ».

Et Cook d’ajouter : « Pourquoi la Syrie voudrait détruire le Liban ? Une vengeance pour avoir été expulsée du Liban selon l’objectif américain fixé à la révolution du Cèdre ? Est-ce la conclusion de Fisk ? Et comment le Hezbollah s’intègre dans ce schéman ? Est-ce que Fisk affirme que le Hezbollah est simplement une marionnette dans les mains de la Syrie - beaucoup de commentaires avant-guerre prétendaient que le Hezbollah était contrôlé par l’Iran. Est-ce que le Hezbollah voulait aussi la destruction du Liban. »

« Plus important, en reprochant en permanence au Hezbollah d’avoir "commencé" la guerre, Fisk ignore totalement l’arrière-plan de la confrontation : les avions de guerre et les drones israéliens violant pratiquement tous les jours l’espace aérien et la souveraineté libanais, les prisonniers libanais en Israël, le refus d’Israël de fournir les plans des champs de mines laissés par vingt ans d’occupation et son refus constant de négocier sur la bande de territoire connue sous le nom des fermes de Chebaa. Tout cela, ajouté aux compte-rendus convaincants que le Pentagone et Israël avaient planifé l’attaque contre le Liban depuis au moins un an, rendent les remarques de Fisk selon lesquelles la Syrie et le Hezbollah auraient provoqué Israël à détruire le Liban, pour le moins trompeuses. »

Et pendant ce temps.

Alors que tous les regards sont braqués sur le Liban, l’offensive israélienne contre Gaza, qui a fait près de 250 morts depuis la fin juin, se poursuit dans l’indifférence. D’autre part, la colonisation de la Cisjordanie, pourtant régulièrement condamnée par la communauté internationale s’intensifie. Le gouvernement Olmert vient de lancer un plan de constructions de 690 logements à Maale Adoumim, comme le confirme le New York Times du 4 septembre, dans un article intitulé, « Over US objections, Israel approves West Banks Homes ». A Jérusalem aussi, les autorités poursuivent la séparation de la ville de son environnement, avec un mur de huit mètres de hauteur. On lira l’excellente étude publiée par The Foundation for Middle East Peace, un observatoire américain de la colonisation des territoires occupés, signée Geoffrey Aronson et intiulée « Olmert divides Jersualem » (Olmert divise Jérusalem).

15 commentaires sur « Polémiques sur la politique israélienne »

  • permalien
    6 septembre 2006 @12h17   »
    Polémiques

    Je suis content que vous citiez Counterpunch : c’est un bon web magazine, qui , malgrès son orientation politique qui lui fait accepter de publier quelques aneries, reussi a sortir de très bon articles !

  • permalien
    6 septembre 2006 @12h49   « »
    Polémiques

    J’avais en effet remarqué que Robert Fisk faisait en sorte de placer "war provoked by Hizbollah" dans presque tous ses articles.
    Ceci dit, depuis l’assassinat de Hariri, Angry Arab ( http://angryarab.blogspot.com/ ) déconseille de suivre les analyses de Robert Fisk concernant le Liban. C’est toujours biaisé ( anti-syrien avant tout ). Angryarab dit que Harriri était ami avec Fisk. Il semble bien qu’Angry Arab avait raison.

  • permalien
    6 septembre 2006 @12h53   « »
    Polémiques

    Moi auusi, je suis content.

  • permalien Pierre BLEUE :
    6 septembre 2006 @16h49   « »
    Polémiques : question sérieuse à 1000 euros

    J’offre toujours 1000 euros au premier journaliste qui osera demander publiquement au nain populiste de l’UMP,
    actuel minitre de l’intérieur, sa définition du terrorisme et obtiendra une réponse intelligible.

    La polémique c’est déja ça... des journalistes qui ne font pas leur travail ! Les question les plus basiques sont éludées.

  • permalien Aymen :
    6 septembre 2006 @17h54   « »
    Polémiques - mon sentiment

    "Il faut refuser les yeux ouverts ce que d’autres acceptent les yeux fermés !"

    Comme disait Alain lors de ses conférences un peu partout en France. Les médias et l’opinion publique ont un role important dans cette crise. Et ce que l’on constate depuis le débtut du conflit Israelo-arabe, c’est que l’on reconnait de plus en plus l’injustice d’Israel. et ca c’est positif ! le chemin est encore long et tous les jours c’est trés frustrant (parfois j’ai meme des envies de partir sur place pour aider voir combattre). Ce conflit génére tellement de frustration et de "Rabbia" !!
    Tous les jours nous avons un peu plus la preuve qu’un choc se prépare (j’espere que je me trompe)

  • permalien Charle :
    7 septembre 2006 @01h57   « »
    Polémiques

    Ahurissant !!!

    Bernard de la Villardière sur M6 et son "reportage" sur l’armée sionniste en plein massacre du Liban est l’exemple même que dans ce pays certains sont corps et âme avec le sionnisme.

  • permalien Alain Gresh :
    7 septembre 2006 @06h17   « »
    Polémiques

    Pour Charle
    Il me semblerait plus utile et plus intéressant pour les internautes d’analyser ce reportage dont vous parlez, plutôt que de simplement le condamner. La plupart ne l’ont pas vu. D’autre part, analyser un reportage est toujours stimulant.

  • permalien Pierre BLEUE :
    7 septembre 2006 @09h39   « »
    Polémiques

    Bernard de la Villardière, laisse entendre dans le mini débat après projection du docu que si l’armée israélienne n’était pas intervenue cette fois, elle aurait du forcement le faire plus tard, la menace du Hezbollah étant selon lui
    non pas un mouevement de résistance mais seulement un obstacle au projet sioniste.

    Bernard de la Villardière a plusieurs reprise dans le passé avait déja laissé transpiré sa sympathie pour le mouvement sioniste et sa haine des musulmans, fussent-t-ils modérés.
    Bernard de la Villardière a toujours orchestré par ailleurs la confusion antre anti-sionisme et anti-sémitisme.

    On notera que le docu présentait le point de vue Français (militaires), sioniste (Tsahal), mais pas celui des libanais ou si peu, et en tout cas pas trace du Hezbollah... pas meme à travers ses portes parole.
    Bernard de la Villardière, comme tous les néo-cons pensent que donner le point de vue de ses adversaires est superflu !

  • permalien
    7 septembre 2006 @11h32   « »
    Polémiques

    Merci de mettre en avant l’excellent article de Counterpunch.

    Je trouve dommage qu’un journaliste aussi repute que Fisk passe son temps a lutter contre la distortion habiutuelle des medias de masse plutot qu’a repondre aux vraies questions de fond posees par Cook.

    Pour finir, un long mais passionnant article sur le Liban :
    http://tokborni.blogspot.com/2006/0...

  • permalien teva :
    7 septembre 2006 @14h42   « »
    Polémiques

    En regardant Zone Interdite sur M6 j’ai cru regarder la TV isréalienne.

  • permalien Adam :
    7 septembre 2006 @18h08   « »
    Polémiques

    Rectifiez moi, svp, si je me trompe : M6, c’est bien la chaîne propriété du groupe vendeur d’armes.

    Est-ce anormal qu’elle se range du coté de clients si fidèjes, et surtout si "pratiques" , puisqu’on semant l’instabilité dans la région, ils poussent l’ensemble des pays à investir en achat d’armes (notamment Arabie aoudite, Emirats Arabes unies , Qatae ...) ?

    Ainsi, la boucle est bouclée.

  • permalien Orangerouge :
    9 septembre 2006 @13h01   « »
    Israël a un droit d’arrestation ... au Liban d’après le Figaro

    Samedi 9 septembre, sur le site du Figaro, parmi la liste des "Dernières Informations" :

    "19:47 Israël arrête 4 personnes au Liban-Sud Des soldats israéliens ont arrêté quatre hommes, dont un membre des forces de l’ordre libanaises, dans un village libanais proche de la frontière avec Israël. Ils ont été emmenés à Aïta al-Chaab. (Avec AP)"

    Lorsque les soldats israéliens se saisissent de personnes sur le sol libanais, il ne s’agit aucunement d’un enlèvement ! Mais d’une simple "arrestation".

    Vos collègues du Figaro, monsieur Gresh, n’ont pas l’obsession de l’expression exacte...

    C’était ... rions tristement avec le Figaro...

  • permalien Nadya :
    28 janvier 2008 @20h09   « »
    Polémiques

    Je suis d’accord avec l’ensemble de l’article. Mais je ne suis pas d’accord sur deux points :
    D’abord, non Israêl n’est pas un Etat comme les autres. C’est un Etat exceptionnel. Quel Etat a été créé par une résolution de l’Assemblée générale ? Y a t-il un Etat qui a commis autant d’agressions et de violations de la Charte des Nations Unies sans que le fameux conseil de sécurité puisse au moins dénoncer timidement ? La liste est longues : massacres, bombardements d’écoles, de camps, de populations civiles et attention ces actes ne sont pas l’oeuvre de groupes isolés ou de fous terroristes, mais d’un Etat et d’une armée régulière. Aucun Etat n’a fait autant et ne peut faire autant. Donc Israêl n’est pas un Etat ordinaire. Etat extraordianire.
    Le duxième point sur lequel je ne suis pas d’accord c’est le fait de dire que les victimes israêliennes ( les civils sont toujours victimes la je suis tout à fait d’accord) ont le même espace de couverture médiatiue que les victimes palestiniens. Il semble que celui qui a avncé ces conclusions n’a pas regardé les télévisions françaises publiques ( et privées) lors de la guerre du Liban ( la dernière) ou n’a aucune idée de la couverture par les mêmes télévisions des ventures victorieuses de l’armée israêlienne à Gaza ou la mort est quotidienne, mais la couverture est très occasionnelle.
    Conclusion : Israêl est un Etat extraordianire et les victimes israêliennes sont plus importantes et leur perte affecte plus l’Europe et l’Amérique que la perte des autres victimes, mais dans ce cas y-at-il vraiment perte. Désolée mais j’en doute.

  • permalien guerroua kamal :
    22 octobre 2008 @15h01   « »
    donner une définition exacte du terrorisme

    sincerement le monde peine adonner une définition catégorique et définitive du terrorisme ceci nuirait facilement a l’entente des nations ,le choc des civilisations dont a parlé samuel hentington a donné plus de vigueur aux extremistes de tous bords pour saboter la paix internationale abon entendeur

  • permalien K. :
    8 février 2009 @19h28   «

    BEYROUTH, 6 février 2009 (IRIN) :

    L’intérêt et les financements décroissants de la communauté internationale compromettent les efforts déployés en vue de débarrasser le Liban des centaines de milliers de sous-munitions dispersées sur son territoire et qui continuent de représenter une menace pour les fermiers et lesenfants, selon les organismes de déminage.

    ... ce qui est certain, selon M. Gilbert, c’est qu’il y avait des « centaines de milliers » de sous-munitions non-explosées au Liban-Sud après la guerre et qu’aujourd’hui encore, il en reste plusieurs milliers.

    « Nous ne savons pas exactement ce qui reste pour la simple raison que les Israéliens ne nous l’ont pas dit », a-t-il expliqué.

    Les Israéliens ont en effet ignoré les demandes répétées des Nations Unies, qui les ont enjoints de communiquer les données relatives aux frappes menées au Liban. Sans ces informations, les équipes sont obligées de chercher inutilement des sous-munitions sur des terres qui n’en contiennent pas, a expliqué M. Gilbert ; un processus aussi laborieux que coûteux.

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