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Le 11-Septembre et la politique de la peur

par Alain Gresh, 11 septembre 2006

Darfour. Un excellent texte du grand reporter au service étranger, Pierre Prier, dans Le Figaro du 5 septembre, intitulé « Génocide au Darfour : le calcul économique du gouvernement soudanais ». Notons d’abord que le titre du texte (qui, dans un journal, n’est jamais le fait de l’auteur de l’article), a peu à voir avec le contenu : Prier ne parle pas de génocide ; et il ne réduit pas le conflit à la seule responsabilité, réelle et forte, du gouvernement soudanais.

Au-delà des explications simplistes, cette « guerre entre musulmans », « où la religion ne joue pourtant aucun rôle » est typique, selon Pierre Prier d’un « conflit du troisième millénaire, où les identités sont utilisées jusqu’à l’absurde pour cacher les véritables enjeux : la terre, l’eau et le partage des richesses. La lutte est d’autant plus féroce que les ressources sont rares ». Le plus dramatique, écrit l’auteur en conclusion, c’est que la guerre « oppose désormais tout le monde à tout le monde », des rebelles à d’autres rebelles, des milices gouvernementales à des rebelles... Les principales victimes étant les populations civiles...

Chrétiens d’Orient. William Dalrymple est écrivain, membre de la Royal Society of Literature et de la Royal Asiatic Society. Il est l’auteur de nombreux livres dont, traduits en français, Le Moghol blanc (Noir sur Blanc, Paris, 2005). Il a publié, dans Le Monde diplomatique de décembre 2003, une critique ravageuse du livre de Bernard-Henri Lévy, Qui a tué Daniel Pearl ?, s’intulant « Les douteux bricolages de Bernard-Henri Lévy », montrant son niveau d’incompétence, notamment sur la situation au Pakistan (Cet article est disponible sur le cédérom du « Monde diplomatique »). Dans un article du 2 septembre publié par le quotidien britannique The Guardian et intitulé « The final place of refuge for Christians in the Middle East is under threat » (Le dernier refuge des chrétiens du Proche-Orient est menacé), l’auteur, à partir de Damas, évoque la situation des chrétiens d’Orient. Il parle notamment des réfugiés irakiens que l’on trouve partout en Syrie. Cet été, avec l’escalade de la violence à Bagdad, Damas « a accordé l’asile (mais pas de permis de travail) à tous les Irakiens forcés de fuir, ainsi que l’accès à l’éducation gratuite ». Parmi eux, on trouve beaucoup de chrétiens (ils étaient 700 000 en Irak avant la guerre, leur nombre est désormais de 350 000). C’était une des plus vieilles communautés chrétiennes dans le monde. « Avant la guerre, explique l’un d’eux à Dalrymple, il n’y avait pas de séparation entre chrétiens et musulmans. Sous Saddam, personne ne vous demandait à quelle religion vous apparteniez et nous participions aux cérémonies religieuses et aux mariages les uns chez les autres. Après l’invasion, nous avons eu l’espoir que la démocratie s’installerait ; au lieu de cela sont venus les bombes, les enlèvements, les meurtres. »

Désormais, ce refuge syrien est menacé par la politique de l’administration Bush. Certes, le régime est brutal avec une policie politique ominiprésente et une répression féroce contre les opposants, explique l’auteur. Mais n’est-ce pas le cas de nombreux régimes dans la région alliés aux Etats-Unis ? En revanche, poursuit Dalrymple, le régime « permet des libertés culturelles et religieuses importantes, qui donnent aux minorités une sécurité et une stabilité que leurs homologues ne connaissent pas ailleurs dans la région ». Il serait tragique, conclut l’auteur, que la déstabilisation apportée par les interventions américaines s’étende à la Syrie.

Le 11-Septembre et la politique de la peur.

Un essai, écrit pour l’essentiel avant les événéments du 11-Septembre, d’un universitaire américain, Corey Robin et passé un peu inaperçu lors de sa parution en français au début de l’année chez Armand Colin, La Peur. Histoire d’une idée politique. En voici quelques extraits, qui valent mieux que le déferlement auquel on assiste en ce cinquième anniversaire des attentats du 11-Septembre.

Durant l’année 2004, de nombreuses alertes furent déclenchées aux Etats-Unis. « Le 2 avril, seulement trois jours après que Charles Duelfer, le chef de la mission de recherche des armes de destruction massive en Irak (Iraq Survey Group), eut rapporté au Congrès que son équipe restait bredouille, le département à la Sécurité intérieure publia un communiqué affirmant qu’un risque d’attentat à l’arme chimique pesait sur les réseaux de bus et e train du pays. Le 21 mai, une seconde série de photographies prises à Abu Ghraib fut publiée, ce qui relança la controverse quant à l’usage de la torture par les Etats-Unis, en Irak et ailleurs. Cinq jours plus tard, le ministre de la Justice, John Ashcroft, informa l’opinion qu’il avait la confirmation que "90% des disposiitons prises par Al-Qaida pour attaquer les Etats-Unis avaient maintenant étaient prises." Le 8 juillet, seulement deux jours après que le candidat Joh Kerry annonçait que John Ewards serait son colistier pour l’élection à la présidence – et bénéficiat d’une légère hausse dans les sondages d’opinion –, le secrétaire à la Sécurité intérieure, Tom Ridge, mit en garde le pays contre une attaque imminente d’Al-Qaida. Enfin, le 1er août, l’Administration volait la vedette à la Convention nationale du Partie démocrate, réunie à Boston, en plaçant la nation sous alerte orange, soit juste en dessous du redouté niveau rouge. Les terroristes, expliquait-on, projetaient de faire sauter des immeubles situés dans les centres financiers des Etats de New York et du New Jersey, ainsi qu’un certain nombre de cibles, qui ne furet pas précisées, à Washington, D.C. » (p. 300)

L’auteur rapporte un autre incident significatif. Le 6 août 2004, le New Yoprk Times publiait une information rapportant qu’un dénommé Gale Netts avait eu le projet de faire sauter un grand immeuble au centre-ville de Chicago. Il avait acheté les ingrédients pour fabriquer la bombe et i« l ne s’agissait donc pas d’un scénario hypothétique, mais d’un réel complot terroriste. Mais ce terroriste était un Américain blanc, pas un musulman étranger. La plupart des médias nationaux passèrent donc l’histoire sous silece. (...) Les journaux de Chicgo ne dirent pas non plus un mot de l’incident, même si l’un d’eux publia un éditorial affirmant que "le FBI cherchait du plus gros fretin". Aux Etats-Unis on dit que quand ça saigne, ça paye. Mais la règle semble plutôt être : s’il s’agit d’islam, on en parle » (p. 302)

Alain Gresh

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