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Le Hezbollah célèbre sa victoire

par Alain Gresh, 24 septembre 2006

Exécutions en Iran. Dans un communiqué du 23 septembre, l’organisation américaine Human Rights Watch évoque le cas des exécutions de mineurs en Iran. Deux jeunes condamnés à mort pour des faits qu’ils avaient commis alors qu’ils n’avaient pas 18 ans, viennent d’être sauvés à la dernière minute : les familles des victimes ont accepté de recevoir « le prix du sang » plutôt que de laisser exécuter les deux jeunes (dans certains pays, en application de la loi musulmane, le sort d’une personne condamnée à mort pour avoir causé la mort de quelqu’un d’autre est laissé, en dernière instance, dans les mains de la famille de la victime). Bien que ces deux jeunes aient été épargnés, l’Iran reste en tête des pays qui exécutent des mineurs : en cinq ans, 14 personnes mineures au moment des faits qui leur sont reprochés ont été exécutées. Depuis 2001, les Etats-Unis, la Chine et le Pakistan sont les seuls pays à avoir exécuté des mineurs. Depuis cinq ans, le parlement iranien examine la possibilité de passer une loi qui amenderait le code civil et interdirait l’exécution de jeunes ayant commis des crimes alors qu’ils ont moins de dix-huit ans.

Juifs d’Iran. La BBC a publié un documentaire paraît-il tout à fait passionnant sur les juifs d’Iran, qui forment la principale communauté juive du Proche-Orient (en dehors, bien évidemment, d’Israël). Je n’ai pas été en mesure de le regarder sur mon ordinateur, mais j’en donne quand même l’adresse.

Quel statut pour les combattants libanais ? Meron Benvenisti, ancien maire-adjoint de Jérusalem, analyse dans un article du quotidien Haaretz du 21 septembre, « The legal status of fighters » (le statut légal des combattants). Mardi 19 septembre, trois combattants du Hezbollah capturés par l’armée israélienne lors de la guerre du Liban ont été inculpés de meurtre et d’appartenance à une organisation terroriste. Le même jour, une cour militaire a prolongé la détention de 21 ministres et députés du Hamas et a interrogé un député arabe israélien, Azmi Bishara, « coupable » de s’être rendu à Damas, capitale du terrorisme. Comme le remarque Benvenisti, pour Israël, « la définition d’un "acte terroriste" n’est pas limité à l’assassinat d’innocents ; il inclut l’utilisation de toute forme de force "illégitime". Cette définition inclut "l’incitation" et "encouragement à l’ennemi". On pourrait dire, selon la vision dominante en Israël, que toute personne est soit sioniste, soit un terroriste ».

(...) « Le procès des combattants du Hezbollah met en lumière l’absurdité et la rigidité du système légal, qui accepte de se soumettre à une institution militaire qui vise à humilier l’ennemi emprisonné. Selon les représentants de l’Etat, "il n’y a pas de prisonniers de guerres parce que le Hezbollah ne respecte pas les lois de la guerre". Est-ce qu’Israël adhère aux lois de la guerre ? Celui qui dénie à ses ennemis le statut de prisonniers de guerre prend le risque que ses propres soldats emprisonnés subissent le même traitement. »

Le Hezbollah célèbre sa victoire.

Le discours de Nasrallah pour célèbrer la victoire du Hezbollah, tenu à Beyrouth le vendredi 22 septembre (voir le texte intégral en anglais dans un envoi ci-joint) devant des centaines de milliers de personnes, a suscité évidemment de nombreux commentaires.

Mouna Naim, la correspondante du Monde à Beyrouth rend compte de l’importance de l’événement (24 septembre), dans un article intitulé « Hassan Nasrallah réapparaît à Beyrouth pour célébrer la "victoire" du Hezbollah ». « Une foule en délire a accueilli, vendredi 22 septembre, dans la banlieue sud chiite de Beyrouth, Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, pour sa première apparition publique depuis le déclenchement, le 12 juillet, de la guerre qui, pendant trente-quatre jours, a opposé son mouvement à l’armée israélienne. "Nous sommes tes hommes, ô Hezbollah, nous sommes tes hommes, ô Nasrallah !", ont hurlé des centaines de milliers de personnes, au premier rang desquelles les militants du Parti de Dieu, venus assister au "Festival de la victoire" contre Israël. »

« Lorsque le numéro un du Hezbollah a fait son entrée sous le grand chapiteau dressé pour l’occasion, des ballons aux couleurs du Liban - rouge, blanc et vert - ont été lâchés dans le ciel, et une pluie de cotillons s’est abattue sur les centaines de milliers de participants tandis qu’aux marches du rassemblement, un petit feu d’artifice et des tirs de joie étaient déclenchés. Les versets du Coran psalmodiés par un religieux, comme les premières paroles de M. Nasrallah, ont été étouffés par le cri unanime de ses partisans, auxquels s’étaient mêlés ceux des formations alliées et/ou amies du Hezbollah. Les drapeaux jaune et vert du Parti de Dieu, panachés de ceux des formations amies et alliées, flottaient au-dessus des têtes, ou étaient noués autour du cou, alors que circulaient dans la foule des portraits de toutes dimensions du "dirigeant de la résistance". »

« A circonstance exceptionnelle, mesures de sécurité exceptionnelles : elles étaient assurées par des milliers de membres du Hezbollah. En outre, dans les rues conduisant au lieu du rassemblement, des agents des services de sécurité et des soldats de l’armée veillaient. Hassan Nasrallah, qui, plus que jamais, est dans le collimateur de l’Etat juif, s’est adressé à la foule à l’abri d’une vitre pare-balles. Sous le chapiteau n’étaient admis que les invités officiels, séparés des autres participants par des barrières métalliques doublées d’une rangée de membres du service d’ordre hezbollahi. Jusqu’au tout dernier moment, l’idée de la diffusion d’un discours enregistré de M. Nasrallah a été évoquée. "Je ne pouvais accepter de m’adresser à vous via un écran", a-t-il déclaré à la foule. »

Le « Washington Post » du 23 septembre, « Hezbollah Chief Defiant at Huge Rally » (le chef du Hezbollah dans une attitude de défi à un immense meeting), note que « les opposants du Hezbollah au Liban s’attendaient à un discours plus dur. Bien que Nasrallah ait ridiculisé le premier ministre Fouad Siniora pour avoir pleuré en public – "les larmes ne protègent personne" – il a tempéré ses déclarations les plus dures ». Nasrallah a déclaré : « Quand nous aurons construit un Etat fort et juste, capable de défendre la nation et les citoyens, nous trouverons facilement une solution honorable à la question de la résistance et de ses armes. » Il a demandé la démission du gouvernement en déclarant qu’il « était incapable de protéger le Liban, de le reconstruire ou de l’unifier ». Mais, selon le journaliste, « il n’a pas menacé de retirer ses deux ministres du gouvernement, ni n’a proféré la menace de s’engager dans des protestations dans la rue ». La foule a salué la mention du nom du président vénézuelien Hugo Chavez ainsi que la défense de l’alliance du Hezbollah avec l’Iran et la Syrie. Nasrallah a aussi affirmé que la résistance possédait encore plus de 20 000 missiles.

Selon le New York Times du 23 septembre, qui publie une photo de l’immense manifestation, « Lebanon Throng Hails Hezbollah Chief, Who Calls Militia Stronger » (La foule libanaise salue le chef du Hezbollah, qui affirme que sa milice est encore plus forte) , « à en juger par la dimension du meeting et par les remarques des participants, la base du Hezbollah ne reproche pas au parti les morts et les destructions. Ils en rendent responsables Israël et les Etats-Unis ».

Le quotidien libanais en anglais The Daily Star, en général plutôt favorable aux Etats-Unis et hostile au Hezbollah, publie le 23 septembre un éditorial « Nasrallah’s conditions are exactly what Lebanon needs » (Les conditions que pose Nasrallah sont exactement ce dont le Liban a besoin). Nasrallah, selon le journal a déclaré que « les combattants de la résistance déposeraient les armes quand le Liban aura un gouvernement propre et solide et une armée forte. Ces deux objectifs ne doivent pas être mis en cause et devraient être la priorité pour tous ceux qui croient au droit du peuple à un bon gouvernement et dans le devoir d’un pays de se défendre contre toute agression étrangère. Quels que soient les développements que connaître la région dans les mois et les années à venir, le Liban sera mieux à même de survivre et même de prospérer si son système politique est rendu plus représentatif et plus efficace et si l’on donne aux forces armées les moyens dont elles ont besoin pour accomplir leur travail ».

Alain Gresh

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