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"Perdre l’Afghanistan"

par Alain Gresh, 25 septembre 2006

La presse anglo-saxonne est très alarmiste sur la situation en Afghanistan et le retour des talibans, malgré le succès annoncé de l’opération Medusa. L’hebdomadaire américain Newsweek titre en Une, dans son édition de cette semaine, sur « Losing Afghanistan » (perdre l’Afghanistan). L’article en page intérieure s’intitule « The Rise of Jihadistan » (La montée du Jihadistan). « A Ghazni et dans les six provinces du sud et dans d’autres points chauds à l’Est, le gouvernement Karzai n’existe pratiquement pas. Le noyau dur des forces des talibans a rempli le vide en s’infiltrant à partir des zones tribales pakistanaises qui échappent au contrôle central et où il s’était réfugié à la fin de 2001. Une fois de retour en Afghanistan, ces commandants et combattants talibans très déterminés, aidés par des sympathisants qui étaient restés à l’arrière, ont levé recruté des centaines, voire des milliers de nouveaux adhérents, beaucoup en les payant. Ils se sont nourris de la désillusion de la population, déçue par l’absence de progrès économique, de justice et de stablitié que le gouvernement Karzai, l’OTAN, Washington et la communauté internationale avaient promis. »

(...) « La dure vérité c’est que cinq ans après l’invasion américaine de l’Afghanistan, le 7 octobre 2001, la plupart des bonnes nouvelles est cantonnée à Kaboul avec ses embouteillages étouffants aux heures de pointe, un boom de la construction et une poignée de Mall à air-conditionné. Le reste du pays, dans sa majorité, s’effondre. Plus inquiétant, un nouveau sanctuaire se crée sur des milliers de kilomètres carrés, à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. On pourrait l’appeler le "Jihadistan". »

Cette situation risque de s’aggraver avec la signature le 5 septembre d’un accord entre le gouvernement pakistanais et les tribus du nord-Waziristan. Ces dernières, proches des talbians ont obtenu non seulement la libération de leurs prisonniers, la remise des armes capturées par les militaires pakistanais, mais aussi la levée des contrôles de l’armée. Beaucoup y ont vu une carte blanche donnée aux forces favorables aux talibans. « C’est un vrai choc. Qu’on le veuille ou non, cela crée une zone refuge pour Al-Qaida et les talibans, » a déclaré la chercheuse Samina Ahmed, qui travaille pour l’International Crisis Group.

Le Monde diplomatique de septembre a publié un article « Comment les Talibans ont repris l’offensive », dont une version longue est présente sur le site du mensuel.

Ces analyses rejoignent celle des correspondants de The Independent on Sunday, du 24 septembre, avec un texte intitulé « The dead zone » (La zone de la mort). « Le brigadier Ed Butler, (...) a expliqué que ses hommes ont utilisé 400 000 munitions. "Les combats ont été extraordinairement durs. La férocité et l’intensité est bien plus importante qu’en Irak. C’est des combats proche, au corps à corps." Le caporal Trevor Coult, qui a été décoré de la croix militaire en Irak, est basé à Sangin. Pour lui, "c’est pire qu’à Baghdad. C’est comme pendant la première guerre mondiale, nous vivons dans des tranchées. Nous devons nous battre pour sortir de la base et nous battre pour y retourner. Nous devons nous battre chaque jour". »

« Un autre soldat qui a servi à Helmand dit : "Le problème est de différencier les civils des talibans. Nous marchions dans un village et soudain des hommes sont apparus sur la porte, avec des armes. Et alors vous ne savez pas si c’est vous qui les chassez ou c’est eux qui vous chassent." (...) L’OTAN a affirmé que ces centaines de talibans ont été tués durant l’opération Medusa, conduite par les Canadiens dans la région de Kandahar. Cette opération a été "un succès significatif". Mais cette déclaration de victoire a été suivie par une série d’attentats-suicie, un tactique presque inconnue en Afghanistan jusqu’à l’année dernière, mais qui est très répandue en Irak. »

(...) « A moins de six cents mètres de la base britannique dans la capitale de Helmand, des religieux extrémistes qui ont fuit au Pakistan après la chute du régime du mollah Omar, prêchent à nouveau le djihad. Des prêcheurs qui s’opposent aux talibans ont été assassinés, sans que les forces gouvernementales ne les protègent comme elles l’avaient promis. »

Le quotidien britannique The Guardian du 25 septembre consacre aussi une page à la lutte de l’OTAN contre les talibans, titrée « After the fighting, a battle for hope » (après les combats, le combat pour l’espoir). Malgré ce titre positif et la photo qui accompagne le texte (des soldats américains et afghans distribuant une aide d’urgence à la population), le texte se termine par ce témoignage : « Haji Bilal Jan,un fermier de 48 ans, dont le fils a été détenu car il était suspecté d’être un taliban affirme que l’OTAN était cruel d’avoir détruit sa maison. "Il n’y avait pas de talbian, pourquoi nous bombarder ? Un autre homme intervient : "Ce n’est pas la bonne question. La question est de savoir pourquoi vous avez accepté des talibans dans ce village ?" »

« Pour faire évacuer les civils avant la bataille, l’OTAN a répandu des tracts et envoyé des avertissements à travers les anciens des tribus et à travers les radios. Le colonel Williamns affirme qu’aucun civil n’est resté quand les troupes sont arrivée à Pashmul (...) Mais tout le monde n’a pas pu partir à temps. Des villageois sont restés jusqu’à ce que les balles commencent à siffler et l’ont payé de leur vie (ou avec des blessures). Le gouverneur de Kandahar a affirmé que 17 personnes avaient été tuées, et l’hôpital a enregistré au moins 24 blessés. Faizullah, 26 ans, de Zayda Nan, est sur son lit d’hôpital, avec une cicatrice sur le ventre. Les bombes de l’OTAN ont perforé son estomac alors qu’il transportait de la nourriture pour ses animaux, il y a deux semaines. »

L’ampleur des pertes civiles, est plus lourd qu’annoncé aussi pour Matinternet, un quotidien québécois sur Internet, du 22 septembre, « Offensive à Panjwaii : le bilan des civils tués pourrait être plus lourd » (Rappelons que le Canada est très impliqué dans les combats et que la presse suit attentivement ce qui s’y passe)

« Le bilan des civils tués au cours de l’offensive sous commandement canadien contre les talibans au sud de l’Afghanistan pourrait bien être plus lourd que les chiffres dévoilés par les autorités. Selon des entrevues menées auprès de familles déplacées qui revenaient dans le district de Panjwaii, vendredi, les combats auraient fait plus que les 13 morts admis par les responsables de la province. L’OTAN, qui chapeaute la coalition des différents corps expéditionnaires étrangers, soutient qu’il n’y a aucun moyen de savoir précisément combien de personnes innocentes ont été tuées, mais elle assure que tout a été fait pour éviter des pertes civiles. Or, un vieux paysan à la retraite, Toor Jaan, a déclaré que 26 membres de sa famille, hommes, femmes et enfants, sont morts au cours de bombardements et d’attaques d’hélicoptères de combat, à Sperwan, à l’extrémité ouest du théâtre des opérations. Un service funèbre collectif avait été organisé pour sa famille dans une mosquée de Kandahar vendredi, au moment où il se préparait à aller enterrer les défunts à Sperwan. »

Ces témoignages et déclarations rappelleront à beaucoup ce qui se passait lors des guerres d’Algérie et du Vietnam : difficulté à séparer les "ennemis" des "amis", les combattants des civils, incompréhension des réalités locales, communiqués de victoire toujours suivis par la reprise des combats, etc.

Assad pour la paix avec Israël

Dans un entretien donné à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel du 24 septembre, le président Bachar Al-Assad déclare : « Je ne dis pas qu’Israël doit être rayé de la carte. Je veux la paix avec Israël. ». Concernant le droit au retour des Palestiniens, il précise : « On devra parler avec les Palestiniens de cela. Ce dont nous parlons maintenant est leur droit au retour dans l’Etat palestinien, une chose que même le président George W. Bush évoque. Mais cela soulève des questions. Quelle sorte d’Etat sera la Palestine ? Un Etat souverain ou un juste quelques grains de terre sur quelques kilomètres carrés ? Je ne crois pas que la majorité des réfugiés veut retourner en Israël. La plupart d’entre eux veulent retourner dans la Palestine des frontières de 1967. Le problème c’est qu’Israël refuse même ce droit. Cela est inacceptable pour nous. »

Un "nationalisme" saoudien

Pour la seconde année consécutive les Saoudiens ont célébré leur fête nationale. Jusque-là, les autorités avaient été très réticentes à développer ce genre de sentiment qui risquait de s’inscrire en faux contre le sentiment d’appartenance à l’islam.« Avant, il y avait des textes religieux contre la célébration de la fête nationale. Il y avait la peur de certains que cela ressemble à des fêtes religieuses, comme le Eid al-Fitr ou le Eid al-Adha », remarque l’écrivain Hamza al-Mozainy.. Dans un article du quotidien saoudien en anglais Arab News du 24 septembre, « Young Saudis Take to Streets in Show of Patriotism » (les jeunes Saoudiens descendent dans la rue pour montrer leur patriotisme), on peut lire : « Des jeunes gens et jeunes filles ont été vues sur la rue Tahliah et sur la corniche aux fenêtres de leurs autos et brandissant des drapeaux saoudiens. Certains jeunes ont arrêté leur voiture au milieu de la rue, provoquant des embouteillages gigantesques. Ils sont sortis de leur voiture, ont chanté des chants patriotiques et ont dansé des danses traditionnelles. Quand ils ont ont entendu les sirènes des voitures de police, ils ont sauté dans leur voiture et se ont disparu dans la foule. »

Alain Gresh

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