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Peut-on encore critiquer l’islam ? (II) - La lepénisation des esprits

par Alain Gresh, 2 octobre 2006

Peut-on encore critiquer l’islam ? II La lepénisation des esprits

Le débat autour de l’islam et de l’islamisme me semble parfois confus. Il mélange des genres très différents.

Un débat sur les religions en général et la religion musulmane en particulier. Certains lecteurs pensent que la religion est l’ennemi essentiel, qu’il faut la combattre parce qu’elle est un obstacle décisif au progrès. Je voudrais préciser, en tant qu’athée, où je me place dans ce débat. D’un côté, une constatation : malgré tout ce que l’on pouvait penser en Europe au XIXe siècle, malgré les progrès des sciences, le poids des religions est resté très important, et rien n’indique qu’il ira en diminuant. A partir de là, ce qui me semble intéressant, c’est quel rôle concret jouent les religions et les mouvements se réclamant des religions sur la scène politique et sociale. Si nous prenons le catholicisme, il est traversé par des courants divers, de la théologie de la libération aux intégristes, et il ne viendrait à l’idée de personne de les mettre dans le même sac. Pour prendre un autre exemple, durant la guerre d’Algérie des Français chrétiens se sont rangés aux côtés du FLN et des Français athées aux côtés de la répression contre le peuple algérien. Je me sens plus proche des premiers que des seconds... D’autre part, attribuer aux religions la responsabilité de tous les massacres de cette planète me semble réducteur. Ni le fascisme ni le nazisme n’avaient de dimension vraiment religieuse ; le génocide du Rwanda a été perpétré au nom d’idéologies de haine non religieuses, etc. Ce qui n’exempte pas telle ou telle religion de sa responsabilité dans tel ou tel contexte.

Une autre question est celle des textes religieux et de leur analyse. Prendre les textes religieux au pied de la lettre est absoluement réducteur. Au cours de l’histoire l’interprétation de l’Ancien Testament, qui justifie le génocide de peuples, la lapidation, la loi du Talion, a connu de grandes évolutions. Aujourdh’ui encore, la lecture de ce texte est très variable selon les groupes chrétiens ou juifs concernés. De ce point de vue, les textes sacrés « ne disent rien », ou ils signifient ce que les croyants disent qu’ils signifient. Le Coran n’est pas, de ce point de vue, différent. Et l’on a vu au cours de l’histoire justifier des politiques différentes au nom de lectures différentes du texte. Je rappelle, par exemple, que dans les années 1930 et 1940, la plupart des religieux musulmans récusaient le droit de vote des femmes au nom du Coran (les législateurs français laïques aussi, jusqu’en 1944, mais ce n’était pas au nom de la religion !). Aujourd’hui, rares sont les dignitaires musulmans qui défendent une telle position. Et les femmes votent dans tous les pays musulmans (elles devraient voter lors des prochaines élections très limitées en Arabie saoudite).

Une lectrice m’a reproché de classer le site Primo-Europe dans les sites d’extrême droite. Pourquoi, en effet ? Pour une raison simple : ce site, comme bien d’autres, reprend les problématiques que, au début des années 1990, seul le parti de Jean-Marie Le Pen osait défendre. Pour preuve, je publie ci-dessous une des annexes de mon livre L’islam, la République et le monde (Hachette, 2006) sur les thèses que défend le Front national et qui sont reprises, aujourd’hui, par nombre de médias et d’intellectuels, y compris se situant à gauche.

Lepénisation des esprits ?
Jusqu’au début des années 1990, certaines thèses sur l’islam et les musulmans étaient défendues avant tout par le Front national (FN). C’est ce que nous rappelle fort opportunément Face au racisme, La Découverte, 1991, un ouvrage publié en 1991 et dirigé par Pierre-André Taguieff, converti depuis à l’idée d’une « menace islamiste ». Ses auteurs ont étudié l’argumentation xénophobe du Front national sur les principaux thèmes : démographie, droits sociaux, école, emploi (« les immigrés prennent le travail des Français »), logement, sécurité (« les immigrés sont la cause principale de l’insécurité »). Ils consacrent un chapitre à l’islam, « une religion incompatible avec nos traditions culturelles », relevé des arguments du FN ou des déclarations de ses dirigeants. Les citations de textes du Front national sont en italique ; elles datent de la fin des années 1980 et sont devenues aujourd’hui des « lieux communs » dans les médias et chez nombre d’intellectuels. Les commentaires sont ceux des auteurs de Face au racisme.

Les six arguments du Front national

Argument n° 1 : La religion qui fait peur

« Religion conquérante dont les principes (la charia) s’imposent directement à la vie civile. En terre d’islam, les chrétiens sont systématiquement persécutés. » « L’attitude agressive et conquérante de l’islam […] fait virtuellement de tout “renégat” un condamné à mort, victime désignée d’un fanatique. »

COMMENTAIRE : « L’islam serait par nature, de toute éternité et partout, fanatique, conquérant, et générateur de terrorisme. […] La représentation unitaire, caricaturale et polémique de l’islam et des musulmans en France n’est pas seulement fausse : elle est dangereuse en ce qu’elle conforte l’image de l’islam que cherchent à imposer les islamistes eux-mêmes. »
Par son choix des mots, le Front national cherche à présenter une certaine image : « La France qui est (ou sera demain) la proie facile, inconsciente et sans défense des intégristes. Deux à trois millions de fanatiques sont là, tapis dans l’ombre, qui n’attendent qu’une bonne occasion pour prendre le pouvoir, répandre le sang, changer les lois, les moeurs et le paysage français. […] Pour en arriver là, il suffit d’imposer subrepticement dans le discours la série d’équivalences suivante : travailleur immigré = Maghrébin = Arabe = musulman = intégriste sur le modèle iranien = fanatique et terroriste.

Argument n° 2 : La France future république islamique ?

Le Front national rapporte dans son matériel de propagande la déclaration de Hussein Moussawi, un des dirigeants du Hezbollah libanais, faite au Matin de Paris le 11 septembre 1986 : « La France, c’est sûr, deviendra une république islamique. »

Argument n° 3 : L’identité française menacée

« L’islam, qui représente déjà la deuxième religion en France […], menace notre identité. »

COMMENTAIRE : « La tant rebattue “perte de l’identité française” formule aussi avec discrétion la hantise lepénienne de la “substitution physique” d’une population (immigrée) à une autre (française, blanche et catholique). Le succès de l’“idée” se mesure à sa reprise généralisée, à sa répétition non critique seulement atténuée par sa transposition en “crise d’identité”. Le caractère mal défini de la formule s’y prêtait : toutes les inquiétudes amalgamées peuvent trouver leur écho et leur raison dans ce simulacre d’explication. Interrogations,angoisses, révoltes, renoncements et ressentiments : tout peut se perdre, et mal se dire, dans la “crise d’identité”. »

Et Taguieff explique : « Tandis que le système républicain reconnaît la légitimité des cultures minoritaires dans la sphère privée, le nationalisme de droite ne tolère pas leur existence, et interprète toutes les formes de culture minoritaires comme l’indice
d’invasion, de destruction et de décomposition de l’identité nationale. Toute minorité est perçue comme corps étranger, organisme parasitaire et prédateur 5. »

Argument n° 3 bis

« Ce sont les étrangers musulmans qui veulent aujourd’hui imposer leurs coutumes : aujourd’hui, les mosquées et le port du foulard à l’école, demain la polygamie et la loi coranique pour le mariage, l’héritage et la vie civile. »

Argument n° 4
« L’islam est incompatible […] avec une vision laïque des rapports entre la religion et l’État. »

Argument n° 5 : L’islam incompatible avec le christianisme
« L’islam est incompatible […] avec une conception chrétienne du monde car les deux religions s’excluent mutuellement. »

COMMENTAIRE : « Le grief d’"incompatibilité” entre islam et christianisme se fonde en fait sur le rejet du principe de la laïcité de l’État ; il révèle la revendication implicite d’un État chrétien, et la nostalgie de la religion (catholique) d’État. »

Argument n° 6
« L’islam […] s’oppose à toute assimilation » et « menace notre identité, notre civilisation occidentale et chrétienne ».

Vers une victoire des islamistes au Maroc ?

L’hebdomadaire marocain Le Journal, un des plus courageux organes de presse francophone dans le pays, publie le deuxième sondage réalisé par l’Institut républicain international, sous le titre « 2007, majorité absolue pour le PJD ». Rappelons que le PJD, le Parti de la justice et du développement, est un parti qui se réclame de l’islam et qui est légal, contraitrement au mouvement Al Adl wal IIhsan (Justice et spiritualité), dirigé par le cheikh Abdelsalam Yassine. Parmi les principales préoccupations des personnes consultées, il y a d’abord et avant tout le chômage (79%), suivi de très loin par la lutte contre la pauvreté (30%).

Pas de sanctions supplémentaires américaines en Palestine.

Le quotidien en anglais The Jerusalem Post, du 30 septembre, dans un article « US blocks further sanctions against PA » (les Etats-Unis bloquent des sanctions supplémentaires contre l’Autorité palestinienne), explique que l’administration Bush a obtenu du Congrès américain qu’il repousse à après les élections de novembre l’adoption de sanctions supplémentaires contre les Palestiniens, notamment contre les organisations non gouvernementales qui travaillent en Palestine.

Alain Gresh

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