En kiosques : octobre 2016
Abonnement Faire un don

Première visite

Vous êtes abonné(e) mais vous n’avez pas encore de compte en ligne ?

Vous n'êtes pas abonné(e) ?

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout le site.
Une question, un problème ? Consultez la notice.
Accéder au menu

La France contre la Cour internationale de justice

par Alain Gresh, 22 octobre 2006

A nouveau, le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a affirmé comprendre les raisons qui amènent Israël à construire le mur entre la Cisjordanie et Israël. Selon l’Agence France-Presse (19 octobre 2006), il aurait déclaré à TFJ, une télévision de la communauté juive : « J’ai beaucoup évolué sur la question du mur de séparation. » Et il a ajouté : « Même si moralement et éthiquement pour moi, ce mur posait problème, quand j’ai su qu’il y avait 80% d’attentats en moins là où se dresse ce mur, j’ai compris que je n’avais plus le droit de penser cela vis-à-vis des Israéliens » Cette position est en totale contradiction avec l’avis de la Cour Internationale de justice (CIJ) du 9 juillet 2004 (qui demande la destruction du mur) et auquel la France avait affirmé apporter son soutien (lire, dans Le Monde diplomatique de novembre 2004, « Détruire ce mur illégal en Cisjordanie ». Ce n’est pas la première fois que le ministre des affaires étrangères défend ce type de position. Dans un article intitulé « "Fatigue" au Quai d’Orsay, misère à Gaza », dans Le Monde diplomatique de juin 2006, j’avais cité Douste-Blazy : « Personne ne peut vouloir un mur entre les deux peuples. Mais en même temps, les Israéliens vous disent que ça a diminué de 80 % le nombre d’attentats... (...) Donc je ne suis pas pour la barrière de séparation a priori, évidemment, comme personne, même pas eux [les Israéliens, sic !]. Mais là, il y a des résultats déjà vis-à-vis des terroristes. » Rappelons que ce mur est, pour l’essentiel, construit sur le territoire palestinien. Il serait intéressant de savoir si Douste-Blazy exprime la position officielle de la France...

Dans le volet plus positif des positions françaises, on citera les démarches de Paris pour interdire le survol quotidien (et totalement illégal) par l’aviation israélienne du Liban (voir les déclarations de Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, au cours de son voyage à Washington. Ces propos ont été confirmés par Jacques Chirac à Helsinki le 20 octobre : il a demandé qu’Israël mette fin au survol du Liban, une action contraire, selon lui, « à l’esprit et à la lettre » de la résolution 1701 qui a mis fin au conflit entre Israël et le Hezbollah. Selon le quotidien libanais L’Orient-Le Jour (« Chirac réclame la fin des survols israéliens du Liban »), il a, en revanche, « refusé de commenter les déclarations du général français Alain Pellegrini, chef des forces de l’ONU au Liban, suggérant que l’ONU pourrait envisager de changer les règles d’engagement de la Finul pour lui permettre l’usage de la force afin d’empêcher les incursions aériennes israéliennes. "Je ne sais ce qu’a dit exactement le général Pellegrini, ce que je sais c’est que l’ONU, qui est chargée de définir la stratégie, et l’action de la Finul nouvelle, a donné très clairement ses instructions", a dit M. Chirac lors d’une conférence de presse en marge d’un sommet informel de l’Union européenne à Lahti, en Finlande. » Et Jacques Chirac a conclu : « Je rappelle que nous souhaitons vivement que la résolution 1701 soit appliquée dans sa lettre et son esprit et que le survol par l’aviation israélienne du Liban est contraire à l’esprit et à la lettre de la 1701 », votée à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU le 11 août. Il a ajouté qu’« il faut d’une façon ou d’une autre que cette résolution soit appliquée ».

Enfin, toujours sur la politique française et ses expressions multiples, lire l’article de la ministre de la défense Michèle Alliot-Marie, publié dans le Washington Times du 20 octobre, et intitulé « Don’t diminish NATO’s effectivness » (Ne diminuons pas l’efficacité de l’OTAN). Ce texte (à ma connaissance il n’a pas été encore publié par la presse française) s’inscrit dans la préparation du sommet de l’OTAN du mois de novembre à Riga. Tout en rendant hommage au rôle de l’OTAN et en affirmant son désir de la renforcer, la ministre française émet deux réserves par rapport aux objectifs américains. « Aujourd’hui, écrit-elle, certains s’interrogent sur la nécessité d’étendre les missions de l’OTAN dans deux directions : géographique, avec le développement de partenariat avec des nouveaux pays ; fonctionnels avec la conduite d’opérations dans la sphère civile, notamment la reconstruction de pays après les crises. Géographiquement, nous devons reconnaître la contribution qu’apportent à des opérations de l’OTAN des Etats non membres de l’organisation. C’est le cas par exemple de l’Australie et du Japon en Afghanistan, mais qui interviennent selon des modalités différentes. Il serait souhaitable d’améliorer les modalités de leur association aux opérations de l’OTAN sans changer l’essence de cette organisation qui doit rester une alliance militaire américano-européenne. »

« Mais le développement d’un partenariat global ne risque pas seulement de diluer la solidarité américano-européenne dans un ensemble vague, mais il risque surtout d’envoyer un mauvais message politique : celle d’une campagne lancée par l’Occident contre tous ceux qui ne partagent pas leur point de vue. Quel prétexte nous offririons ainsi à tous ceux qui promeuvent un choc de civilisation. Cela serait totalement incompatible avec notre vision d’un monde multipolaire fondé sur le dialogue et le respect des autres. » (...)

« La transformation de l’OTAN en une organisation dont la mission serait de reconstruire à la fois la démocratie et l’économie de nations ne correspond ni à son mandat ni à ses moyens. Nous devons être attentifs de ne pas diluer l’alliance dans des missions mal définies dans lesquelles nous perdrions notre âme et notre efficacité. »

En conclusion, la ministre revient sur les rapports, parfois conflictuels, entre la politique de défense de l’Union européenne et l’OTAN.

Retour

Je suis de retour et je reprends ce blog avec plaisir. J’ai un peu suivi les débats qui sont toujours aussi animés, mais je regrette que parfois ils n’aient pas grand chose à voir avec le thème proposé. Le conflit israélo-arabe est au coeur des discussions, c’est normal ; mais la région connaît d’autres problèmes qu’il est intéressant de comprendre et d’aborder. Y compris les problèmes internes (démocratie, islamisme, etc.) et les questions de sociétés très diverses. A ceux qui ne l’auraient pas encore fait, je suggère d’aller voir le film égyptien L’Immeuble Yacoubian, qui donne une image très juste de la société égyptienne.

Irak, tuer le messager

Il est peu de dire que la politique américaine en Irak est dans une impasse totale. A quelques semaines des élections au Congrès, l’échec irakien pèse sur la campagne électorale. Certains parlent d’une nouvelle stratégie, d’autres du départ du ministre de la défense Donald Rumsfeld. Selon le New York Times du 22 octobre, « U.S. to Hand Iraq a New Timetable on Security Role » (Les Etats-Unis vont donner aux autorités irakiennes un nouveau calendrier sur les problèmes de sécurité), les autorités américaines « ont pour la première fois demandé à l’Irak d’accepter un calendrier précis de mesures, comme le désarmement des milices confessionnelles et une série d’autres mesures politiques, économique et militaire visant à la stabilité du pays. Bien que ce plan ne menace pas le premier ministre Mr. Maliki d’un retrait des forces amércaines, plusieurs officiels américains ont expliqué que l’administration Bush changerait sa stratégie militaire et imposerait certaines sanctions si l’Irak résistait ou échouait à remplir ces objectifs. » Alors qu’il reste encore une semaine avant la fin du mois d’octobre, le nombre de soldats amércains est de 78, plus grand le « record » de l’année dernière (avril 2005, 76). Face à cette situation et aux pertes civiles massives, le gouvernement irakien a décidé... de ne plus publier de chiffres. Selon un article du New York Times du 21 octobre intitulé « U.N. Says Iraq Seals Data on the Civilian Toll » (Les Nations unies affirment que l’Irak a décidé de ne plus publier le nombre de victimes civiles) le premier ministre irakien a ordonné aux autorités médicales de ne plus fournir les chiffres des personnes tuées ou blessées. Toujours selon les Nations unies (Genève), 914 000 Irakiens ont fui leur foyer depuis l’invasion américaine de l’Irak, un tiers depuis le début de l’année.

Enderlin blanchi.

Le Figaro du 20 octobre rapporte, dans un article intitulé « France 2 blanchie pour l’image choc de l’intifada », que « le tribunal correctionnel de Paris a condamné hier Philippe Karsenty pour diffamation envers France 2 et son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin. Le directeur du site de « Notation des médias » Media-Ratings devra verser 1 000 euros d’amende et un euro à chacune des parties civiles ». Rappelons que l’agence Media-Ratings contestait l’authenticité des images de la mort du petit Mohammed Al-Doura, survenue dans les premiers jours de la seconde Intifada, et qui ont fait le tour du monde. Les juges ont estimé ainsi les arguments de Media-Ratings : « Provenant d’une source unique - une agence de presse israélienne - qui a formulé une telle accusation tardivement, près de deux ans après la diffusion du reportage, reposant essentiellement sur des extrapolations et des amalgames, (la démonstration du prévenu) se nourrit d’affirmations péremptoires auxquelles aucune autorité officielle israélienne - ni l’armée, pourtant concernée au premier chef, ni la justice - n’a jamais accordé le moindre crédit [...] S’il était incontestablement légitime [...] de s’interroger sur un événement qui eut un tel retentissement médiatique dans le monde et de formuler des critiques à l’égard du commentaire « à chaud » de Charles Enderlin [...] le prévenu, en reprenant à son compte, sans distance ni analyse critique de ses propres sources, la thèse d’une mise en scène à des fins de propagande [...] a manqué à l’exigence de sérieux attendu d’un professionnel de l’information. » L’agende Media-Ratings a décidé de faire appel.

Ombres de l’islamisme.

L’International Institute for the Study of Modern Islam d’Amsterdam publie une revue trimestrielle dont la dernière livraision de l’automne 2006 contient un dossier « Shades of Islamism » (Ombres de l’islamisme). Ces textes sont évidemment en anglais, mais j’attire l’attention sur deux d’entre eux. Le premier de John L. Esposito, un des meilleurs spécialistes américains de l’islam, qui se penche sur les islamistes dans la politique étrangère américaine. Il rappelle que les responsables américains traitent désormais de l’islam comme d’une menace globale du même type que celle qu’a représentée le communisme ; pourtant, poursuit-il, même durant la guerre froide, la politique américaine a su établir des nuances entre les différents communismes et forger une alliance avec la Chine. D’autre part, Jillian Schwedler et Janine A. Clark examinent la coopération entre la gauche et les islamistes dans trois pays du monde arabe, l’Egypte, la Jordanie et le Yémen. Ces alliances marquent-elles un changement du paysage politique ? En dehors du dossier, on trouvera un article intéressant sur comment les immigrés sont devenus musulmans, ou comment le discours européen qui décrivait les immigrés comme des Marocains, Turcs, Algériens ou Pakistanais est venu à les qualifier de "musulmans".

Alain Gresh

Partager cet article /

sur Zinc
© Le Monde diplomatique - 2016