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Lobby juif pour la paix aux Etats-Unis

par Alain Gresh, 25 octobre 2006

La France et le mur. A la suite des déclarations de Douste-Blazy sur le mur, le porte-parole du Quai d’Orsay a répondu aux questions de journalistes, le 20 octobre :

(Le ministre a déclaré hier que le mur qu’érige Israël en Cisjordanie ne posait plus problème dans la mesure où il permettait de sauver des vies et de réduire de 80 % les attentats en Israël. On a l’impression que cette déclaration est un peu en contradiction avec les précédentes prises de position françaises. Y a-t-il une évolution de la position française ?)

« Non. Nous reconnaissons bien sûr le droit d’Israël à se défendre contre le terrorisme. Nous ne contestons pas l’existence même de la barrière de séparation. Mais le tracé de la barrière de séparation ne doit pas empiéter sur les Territoires palestiniens et ne doit pas préjuger du règlement final. C’était le sens de l’avis qui avait été rendu par la Cour internationale de justice en juillet 2004. »

« A la suite de cet avis, à la suite de décisions de la Cour suprême d’Israël, les autorités israéliennes ont modifié en partie le tracé de la barrière de séparation. Mais nous restons très attentifs au respect des principes posés, que j’ai rappelés, c’est-à-dire ne pas empiéter sur les Territoires palestiniens et ne pas préjuger du règlement final. »

(On peut donc dire que le tracé de la barrière pose toujours problème)

« Ce qui est en question à nos yeux, c’est le tracé de la barrière plutôt que son existence même. »

D’autre part, le 23 octobre, lors d’une conversation téléphonique avec Mahmoud Abbas, le président Chirac a déclaré, selon son porte-parole :

« Le Président de la République s’est entretenu au téléphone avec le Président de l’Autorité palestinienne, M. Mahmoud ABBAS.
Au cours du tour d’horizon auquel il a procédé, le Président de la République a rappelé la position de la France sur la barrière de séparation.
La France reconnaît le droit d’Israël à se défendre contre le terrorisme et ne conteste pas l’existence même de cette barrière mais, comme l’a souligné la Cour internationale de justice dans son avis de juillet 2004, le tracé de cette barrière ne doit pas empiéter sur les Territoires palestiniens et ne doit pas préjuger du règlement final.
 »

Un fasciste rejoint le gouvernement d’Israël. L’accord signé entre le premier ministre israélien et le parti de Avigdor Lieberman, marque l’entrée au gouvernement israélien, à un poste élevé, d’un raciste et d’un fasciste ouvert. On trouvera un florilège de ses propos dans la valise du Monde diplomatique intitulée : « Comment dit-on fasciste en hébreu ? »

Michel Kilo toujours sous les verrous. L’opposant syrien Michel Kilo, dont on avait annoncé la libération pour la semaine passée est toujours sous les verrous. Selon diverses sources, alors même que le procureur avait signé son ordre de libération, le procureur général a ordonné la poursuite de sa détention sous l’accusation d’avoir affaibli le sentiment national, miner le prestige de l’Etat, exposer le pays aux actions des ennemis de la Syrie et avoir enflammé les relations confessionnelles. D’après les mêmes informations, ces « cafouillages » seraient le résultat de tensions entre les différents services de sécurité syriens.

Lobby juif pour la paix aux Etats-Unis.

L’idée de la formation d’un lobby juif aux Etats-Unis prend de la vitesse aux Etats-Unis, si l’on en croit un article du Financial Times du 24 octobre, « Jewish lobby for peace with Palestinians gathers pace in US ». Selon le quotidien britannique, « George Soros, le financier et le philantrope serait, selon des amis, prêt à donner son appui à une nouvelle initiative pour une alternative influente qui ferait du lobbying pour un engagement américain et pour une solution négociée fondée sur deux Etats ». Le journal rappelle que le débat sur les relations entre les Etats-Unis et Israël a été relancé par l’étude deux spécialistes des sciences politiques John Mearsheimer et Stephen Walt, que j’ai longuement évoquée dans ce blog, « Débat sur le rôle du lobby juif aux Etats-Unis ». Une lettre de plus de 150 intellectuels, enseignants, anciens diplomates, parmi lesquels de nombreux juifs, a dénoncé la campagne menée par le lobby pro-israélien contre tous ceux qui ne partagent pas ses vues, la comparant aux campagnes maccarthystes des années 1950. L’un des organisateurs de la lettre, le professeur Norman Birnbaum (par ailleurs un vieux collaborateur du Monde diplomatique) a déclaré au Financial Times que le lobby pro-israélien avait « construit un ghetto de Varsovie de l’esprit ». En conclusion l’auteur de l’article, Guy Dinmore rappelle que, selon un récent sondage, les Américains seraient très divisés sur le rôle du lobby pro-israélien, 39% croyant qu’il a joué un rôle clef dans le déclenchement de la guerre contre l’Irak, 40% étant persuadés du contraire.

Mais ce lobby aura-t-il le courage d’aller à l’encontre du puissant lobby pro-israélien représenté notamment par le AmericanIsrael Public Affairs Committee (AIPAC) ? Selon un blog tenu sur le site du quotidien israélien Haaretz, « What happens when U.S. Jews forward the peace process ? » (Que se passe-t-il quand les juifs américains soutiennet le processus de paix ?), neuf des personnes impliquées dans la création de ce futur lobby ont fait la même réponse : « « Nous ne nous opposons à l’AIPAC, mais nous voulons travailler à ses côtés et faire avancer une cause que nous considérons comme importante - encourager un rôle accru des Etats-Unis dans la recherche d’une solution au conflit. » » Toujours selon le journaliste de Haaretz, la place de George Soros dans cette initiative est contestée car « certains considèrent Soros comme un antisionniste et, dans le passé, il a accusé Israël de provoquer de l’antisémitisme en Europe »

Le rôle du lobby et notamment de l’AIPAC continue à faire débat dans les médias américains. Ainsi, Justin Raimondo, chroniqueur du site Antiwar.com, publie le 23 octobre un texte intitulé : « The Lobby, Unmasked
The AIPAC spy scandal has many tentacles »
(Le lobby démasqué. Le scandale des espions de l’AIPAC a de nombreuses ramifications)

« Le caractère exemplaire d’Israël et son rôle clef comme un allié des Etats-Unis sont au centre des principes de la politique étrangère des néoconservateurs, et l’ont toujours été. Cela ne coïncide que de manière tangentielle et par coïncidence avec la religion : la Sparte du Proche-Orient représente tout l’esprit martial et le sens de la "grandeur nationale" que les néoconservateurs voudraient instiller ici aux Etats-Unis. Le soutien inconditionnel d’Israël a toujours été au coeur de la stratégie proche-orientale des néoconservateurs et ils ne s’en sont jamais cachés. »

Mais, selon Justin Raimondo, qui cite Philip Weiss du New York Observer : « Les temps changent. Le prochain livre de Jimmy Carter va sortir, (...) Walt et Mearsheimer publient un livre chez FSG. George Soros et le Israel Policy Forum lancent un lobby pour contreblancer l’AIPAC, peut-être pour être la gauche du gouvernement israélien. C’est la perestroïka ! »

L’analogie avec la perestroïka n’est pas exacte, affirme pourtant Raimondo. « Ce sont les Soviets qui ont lancé la perestroïka, avec Gorbatchev poussant pour une réforme venant du sommet, alors que les partisans de ceux que Mearsheimer et Walt appellent "le Lobby" (...) conscient qu’ils ne sont plus capables de dicter les termes du débat, dénoncent et diffament leurs adversaires comme des bigots. »

« Le scandale d’espionnage de l’AIPAC, dans lequel des hauts responsables de l’organisation, l’ancien pro-Israel “spark plug” (bougie d’allumage, mais je n’ai pas trouvé une traduction correcte AG) Steve Rosen, et l’analyste de politique étrangère Keith Weissman ont été inculpés pour violation de l’Espionage Act – est le signe que le courant s’inverse contre le Lobby. Je serais surpris que l’AIPAC survive au procès de Rosen et Weissman. Peut-être la coquille de l’organisation continuera à exister, lorsqu’elle sera contrainte de se déclarer comme l’agent d’une puissance étrangère, mais elle n’approchera jamais plus l’efficacité qu’elle avait. Ce qui explique peut-être pourquoi une nouvelle version plus "libérale" du lobby est en voie de création. »

« En dépit des tentatives brutales de cacher sous la bannière de "la liberté de parole" ce qui apparaît comme un espionnage en faveur d’Israël, il est clair selon les faits reprochés et reproduits dans l’acte d’accusation et dans ce qu’ont écrit les médias, que Rosen et Weissman rencontraient régulièrement des responsables gouvernementaux et cherchaient à en obtenir des documents classifiés qu’ils transmettaient au gouvernement israélien, certains travaillant avec l’ambassade d’Israël à Washington » (...)

« Nous apprenons aussi que la membre de la Chambre Jane Harman (D-Calif.), un faucon démocrate qui est la plus importante représentante de son parti à la Comission du renseignement de la chambre, est sous investigation, dans le cadre de l’enquête sur l’AIPAC. Un de ses assistants a déjà été suspendu pour avoir transmis des informations du rapport “National Intelligence Estimate on Iraq” au New York Times (...). La question toutefois posée par l’histoire Harman-AIPAC est : à qui d’autre son bureau transmettait-il des informations et dans quels buts ? »

« On peut répondre au moins partiellement à la seconde partie de la question avec l’article du Time Magazine sur l’enquête autour de Harman : on y apprend que Nancy Pelosi, chef de la minorité démocrate à la chambre, a lancé une campagne, avec l’appui de l’AIPAC et de poids lourds pro-Israël comme Haim Saban pour tenter de maintenir Harman à son poste. (...) . »

Selon Raimondo, le Lobby n’est donc pas seulement un groupe qui tente de promouvoir Israël comme un allié démocratique des Etats-Unis, « il s’occupe aussi d’un autre service en faveur d’Israël, l’espionnage ».

Alain Gresh

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