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Human Rights Watch sous le feu des critiques pro-israéliennes

par Alain Gresh, 1er novembre 2006

Bilan. Un nouveau bilan de ce blog. Le nombre de visiteurs en octobre a atteint environ 38 000 contre 23 000 en septembre. Conformément aux souhaits d’un certain nombre d’entre vous qui n’arrivaient pas « à suivre », j’ai réduit mes contributions (environ 3 par semaine contre 5 auparavant) ; cela me fait un peu moins de travail et je ne m’en plains pas. Le nombre de commentaires a explosé passant à environ une centaine pour chaque nouveau texte. Je devrais m’en réjouir et je remercie tous ceux qui envoient des textes de référence (et encore plus ceux qui les traduisent pour les mettre à la disposition de tous). Mais il faut reconnaître aussi que les débats sont monopolisés par quelques internautes, dont certains envoient des contributions qui n’ont rien à voir avec le sujet abordé. Je pense qu’il faudrait que chaque internaute se limite à deux ou trois interventions maximum sur chaque nouveau message. Mais je ne peux l’imposer sans un contrôle a priori que je ne souhaite pas.

Une Europe chrétienne. Franco Frattini, vice-président de la Commission européenne, responsable pour les affaires de justice, liberté et sécurité, publie un Rebond dans Libération du 30 octobre intitulé « Le religieux, ciment de l’UE », avec, en surtitre : « En Europe, le christianisme n’est pas juste la nostalgie du passé, mais une pensée toujours vivante. » « Face aux foules menaçantes des capitales islamiques, écrit-il, l’Europe s’es montrée à plusieurs reprises, ces jours-ci, incertaine, voire silencieuse. Le causes de ce comportement sont nombreuses, et peut-être le moment est-il venu de les énumérer afin de préparer une réponse ferme de la raison capable de convaincre et d’unir, mais aussi et surtout de réveiller l’Europe. »

Et il poursuit : « Nous ne pouvons pas ignorer que nous pouvons, et que nous devons, construire l’Europe à partir de notre identité. De quoi est faite cette identité ? Nous ne pouvons pas ignorer la dette que les principes et les valeurs de la modernité ont à l’égard de la tradition judéo-chrétienne. Nous ne pouvons pas oublier le fait que les principes d’égalité, de séparation entre le politique et le religieux, de la tolérance religieuse et des libertés sont nés dans les esprits, dans les divisions et dans les conflits qui jalonnent le parcours chrétien de l’Europe qui est la nôtre. Il est important, pour notre avenir, que nous parvenions à reconstituer cette mémoire, car le processus d’unification européenne nous met face à de nouveaux dilemmes identitaires, face à nous-mêmes. Il faut que nous nous réappropriions ce noyau partagé, autour duquel et à partir duquel il sera possible de construire, dans l’ouverture, cette nouvelle communauté supranationale qui s’appelle l’Europe. »

Notons que Franco Frattini s’exprime, non à titre personnel, mais en tant que vice-président de la Commission européenne. Dans le même numéro de Libération, une réponse de Daniel Cohn-Bendit, « Europe, une identité démocratique ».

Irak, les mathématiques de l’échec. Une intéressante opinion de Paul Krugman, éditorialiste du New York Times, reproduite dans International Herald Tribune, des 28-29 octobre, intitulée « The math of failure » (les mathématiques de l’échec). S’appuyant sur un travail de James T. Quinlivan (Rand Corporation) publié en 1995 qui a étudié les opérations de « maintien de l’ordre » dans des zones de conflit, il faut entre 4 et 10 soldats pour 1000 habitants ; ce nombre doit être porté à 20 en cas de troubles graves. Il faudrait donc, pour l’Irak, environ 500 000 soldats américains ; et Krugman rappelle que l’ensemble des forces militaires américaines dans le monde se monte à 700 000. La conclusion qu’il en tire : se désengager pour se concentrer sur l’Afghanistan et il faut le faire vite : « Le commandant des forces de l’OTAN en Afghanistan a dit que la majorité de la population passera du côté des talibans d’ici un an si le choses ne changent pas pour le mieux. »

Human Rights Watch sous le feu des critiques pro-israéliennes

The New York Review of Books est un bimestriel américain de grande qualité, un des meilleurs journaux que l’on puisse imaginer. Il publie de longs articles (beaucoup plus que ceux du Monde diplomatique), souvent centrés autour de livres consacrés à un sujet précis. S’il consacre une grande place à la politique internationale et à la politique américaine (Depuis l’élection présidentielle qui a amené l’équipe Bush fils au pouvoir, il se caractérise par ses critiques virulentes de cette administration), il contient aussi de nombreux textes sur la culture, le cinéma, l’histoire et même à la poésie (il publie quelque fois aussi des poèmes)... Je ne peux qu’encourager ceux qui connaissent l’anglais à le lire.

Dans sa livraison du 2 novembre, il publie un article de Christopher de Bellaigue, « Defiant Iran » (L’Iran rebelle) que je n’ai pas le temps de traduire, mais qui répondrait à certaines questions soulevées dans les forums de discussion. Très critique à l’égard du régime, de Bellaigue, un des meilleurs spécialistes de l’Iran, donne des éclairages très utiles à tous ceux qui ne se satisfont pas d’une vision caricaturale du type "le régime des mollahs est semblable au nazisme".

Dans ce même numéro, un article de intitulé « The attack on Human Rights Watch » (l’offensive contre Human Rights Watch), écrit par Aryeh Neier, un ancien président de l’organisation et président de The Open Society Institute. L’auteur rappelle que Human Rights Watch a publié le 3 août, alors que la guerre faisait encore rage au Liban, une étude sur les attaques indiscriminées d’Israël. Cette étude a suscité de virulentes réactions, notamment de Abraham Foxman, directeur national la Anti-Defamation League, qui affirme : « La manière dont Human Rights Watch envisage ces problèmes est immorale au plus haut degré » et il a accusé le directeur de de HRW, Kenneth Roth d’utiliser « des stéréotypes antisémites classiques contre les juifs ». Le rabbin Avi Shafran, un porte-parole de l’organisation Agudath Israel of America, un groupe juif orthodoxe important a comparé Roth à Mel Gibson[le réalisateur de cinéma, qui a tenu, en état d’ébriété, des propos antisémites] Et professeur de droit Alan Dershowitz a écrit dans The Jerusalem Post : « Quand il s’agit d’Israël et de ses ennemis, HRW manipule les faits, triche sur les interviews et met en avant des conclusions prédéterminées qui sont dictées plus par l’idéologie que par les faits. »

Après avoir raconté la naissance et l’histoire de Human Rights Watch, Aryeh Neier précise : « Un des arguments de ceux qui critiquent les rapports de HRW sur le Proche-Orient est que l’organisation consacre trop d’attention aux supposées violations israéliennes et pas assez aux violations des droits de l’homme par les ennemis d’Israël dans la région. Pourtant, un simple coup d’oeil au sommaire du rapport annuel de l’organisation qui permet de consulter la liste des publications de l’organisation suggère que ces critiques ne sont pas fondées. En général, HRW publie une centaine de rapports par an ; elle en a publié 350 en 2003, 2004 et 2005, sur plus de 70 pays. Seuls cinq concernent Israël et les territoires palestiniens occupés, alors que soixante concernent différents Etats arabes et l’Iran. (...) L’organisation a fait un travail important sur l’Irak depuis 2003, mais a commencé bien avant : ce pays (sous Saddam Hussein) a été la cible du principal projet (e"t du plus coûteux) engagé par HRW. L’organisation a établi la documentation sur les crimes de Saddam Hussein contre les Kurdes durant la campagne Anfal dans les années 1980, crimes pour lesquels il est actuellement jugé. »

HRW, rappelle Aryeh Neier, a aussi critiqué à plusieurs reprises le Hezbollah dans la conduite de la guerre récente du Liban. (Je suis revenu à plusieurs reprises sur cette question dans le blog et notamment sur les accusations de crimes de guerre contre les deux parties).

Une des difficultés avec les critiques (notamment celles qui reprochent à HRW de ne pas définir l’agresseur), note Neier,« est qu’elles suggèrent que HRW devrait abandonner les règles qu’il applique aux autres conflits. L’organisation ne définit jamais une partie d’un conflit comme l’agresseur,car ce concept est mal défini. Comme Israël et les Etats-Unis l’ont dit durant la conférence de Rome qui a créé la court pénale internationale, il est impossible d’arriver à une définition de l’agression qui ne suscite pas de controverse. (...) Si HRW commençait à faire des déclarations sur qui est l’agresseur, elle perdrait sa capacité de mener des enquêtes sur le territoire des parties en confit ; et sa crédibilité à dénoncer les abus disparaîtrait si elle prenait position. »

Ce refus de l’organisation en trace évidemment les limites (c’est AG qui écrit cela). Les crimes commis par l’une ou l’autre des parties ne disent rien sur la cause que chacune défend. Mais encore une fois, le droit de la guerre s’applique à toutes les parties qu’elles aient "tort" ou "raison".

Neier rappelle en conclusion l’utilisation de bombes à sous-munition par Israël. « Selon Jan Egeland, secrétaire général adjoint de l’ONU, Israël a lâché plus de 90% de ces bombes dans les soixante-douze heures entre le moment où la résolution sur le cessez-le-feu a été acceptée et le 14 août, date de son entrée en vigueur. Il a rapporté que les Nations unies avaient identifié 359 cibles de ces bombes qui ont reçu 100 000 petits projectiles non explosés, qui continueront à tuer et à blesser des civils durant une longue période. »

Alain Gresh

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