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Bras de fer entre le Hezbollah et le gouvernement au Liban

par Alain Gresh, 2 novembre 2006

La tension monte au Liban. La Maison Blanche a fait savoir le 31 octobre qu’il existait « des preuves croissantes » que la Syrie, le Liban et le Hezbollah s’apprêtaient à renverser le gouvernement libanais. Les Etats-Unis ont ajouté que la Syrie espérait bloquer la formation d’un tribunal international pour juger les responsables du meurtre de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri. Cette déclaration confirme, de fait, que les Etats-Unis rejettent toute idée de rapprochement avec la Syrie et l’Iran sur l’avenir de l’Irak. C’est en mars 2006 que le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé la formation du tribunal international et il a envoyé un plan en ce sens le 21 octobre aux autorités libanaises. Le même porte-parole a ajouté que « le soutien à un Liban souverain, démocratique et prospère est un élément clef de la politique américaine au Proche-Orient (...) Toute tentative de déstabiliser ce gouvernement élu démocratiquement à travers des manifestations manipulées ou par la violence, ou à travers des menaces physiques contre ses dirigeants serait, pour le moins, une violation de la souveraineté du Liban et des résolutions 1559, 1680 et 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU ». Interrogé sur les tentatives de déstabilisation, le porte-parole du ministère des affaires étrangères français Denis Simmoneau a déclaré le 2 novembre : « Nous n’avons pas d’éléments spécifiques sur des plans de cette nature. La France, en ce qui la concerne, réaffirme son soutien au gouvernement de M. Fouad Siniora et à ses efforts pour stabiliser le Liban et permettre la reconstruction rapide du pays. Elle met en garde contre toute tentative de déstabilisation du Liban. »

Le président de l’Assemblée nationale Nabih Berri, le chef du parti chiite Amal, a répondu aux allégations américaines, selon l’Agence de presse libanaise dans une dépêche du 1er novembre, en ces termes : « Une forme d’amour peut être fatale. Est-ce que cette déclaration américaine est faite pour défendre le Liban ou pour le pousser vers un chaos constructif ? Est-ce qu’il reflète un intérêt pour le gouvernement ou, au contraire, pousse à se révolter contre lui ? Quoiqu’il en soit, nous voulons rassurer la Maison Blanche que le peuple libanais a des tendances démocratiques assez marquées pour l’inciter à recourir au dialogue et à la consultation, plutôt que de suivre les avis du protecteur d’Israël qui viole chaque jour les résolutions internationales et dont les avions pénètrent dans notre espace aérien en contradiction avec la résolution 1701 (sur ce texte, lire mon blog Qui a gagné (I) ? Du côté d’Israël). Malgré cela, le son de ces appareils ne semble jamais atteindre le ciel au-dessus de la Maison Blanche. »

Toute cette agitation fait suite à un projet lancé par Nabih Berri d’un dialogue national (qui doit s’ouvrir le 6 novembre) et à un entretien donné par Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah. Interrogé par la télévision Al-Manar le 31 octobre, Hassan Nasrallah a expliqué les élites au pouvoir voulaient « transformer la Finul en force multinationale travaillant sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies, des forces qui occuperaient et contrôleraient le Liban (…) Cela risque de transformer le Liban en un nouvel Afghanistan ou un nouvel Irak. » Il a toutefois ajouté que les déclarations de Kofi Annan et de Javier Solana, qui avaient affirmé que la Finul n’avait pas pour mission de désarmer la résistance, et la composition actuelle de la Finul, « ne soulevaient pas d’inquiétudes ».

Abordant les question intérieures, Nasrallah a affirmé que l’atmosphère au Liban « montrait qu’un certain parti tentait de monopoliser le pouvoir, d’exclure les autres parties et de chercher l’aval de l’étranger. » Il a appelé ces forces « à respecter leurs déclarations sur la liberté et à laisser le peuple avoir son mot, en le consultant par sondage » et qu’il respecterait les résultats.

Il a toutefois lancé cette mise en garde : « Aujourd’hui nous parlons d’un gouvernement d’union nationale sans mentionner des élections anticipées (…), mais si les consultations, le dialogue et les efforts politiques échouent à produire un gouvernement d’union nationale et si les forces politiques qui veulent un tel gouvernement descendent dans la rue – et, si Dieu le veut, elles le feront –, je ne sais pas si leur seul objectif alors sera un gouvernement d’union nationale ou bien des élections anticipées. » Et nous respecterons le verdict des urnes quel qu’il soit, même si cela signifie que ce gouvernement et sa majorité continuent pendant quatre ans. Il a aussi affirmé que le Hezbollah n’utiliserait pas ses armes qui sont seulement destinées à l’ennemi. En fait, le Hezbollah souhaite, avec ses alliés, obtenir un tiers des postes de ministre, ce qui leur donnerait un droit de veto sur les décisions.

Le quotidien de langue anglais The Daily Star explique dans son éditorial du 3 novembre intitulé « Foreign meddling and domestic inaction push Lebanon to the brink of crisis » : « Le Liban est de nouveau au bord de la crise à la suite d’ingérences extérieures et d’inaction sur le plan interne. La Maison Blanche a accusé le Hezbollah, l’Iran et la Syrie de chercher à renverser de manière illégale le gouvernement du premier ministre Fouad Siniora, reprenant un thème défendu depuis longtemps par le député du Chouf Walid Joumblatt, qui vient de se rendre à Washington. L’attaque simpliste correspond bien à l’approche actuelle que les Etats-Unis ont du Proche-Orient, mais elle accrédite aussi la théorie selon laquelle la politique américaine de l’administration Bush sur le Liban est si peu ferme qu’elle peut être altérée par la dernière personne qui a obtenu une audience avec le président ou avec un de ses conseillers. Les choses sont aussi inquiétantes à Beyrouth où le gouvernement Siniora et ses alliés ont fait un travail lamentable pour expliquer pourquoi le Liban n’avait pas besoin d’un gouvernement d’union nationale à cette étape. »

Et l’éditorial de poursuivre : « A part des slogans creux comme "un Etat honnête et juste", le Hezbollah doit encore préciser sa vision pour la prochaine étape, à part son désir d’avoir plus de postes au gouvernement. De la même manière, la vision des forces du 14 mars d’une série de problèmes pressant, y compris la loi électoral, est au mieux vague, au pire non existante. Dans un tel climat, qu’est-ce que les citoyens libanais doivent-ils penser de leur classe politique ? Vers qui peuvent-ils se tourner pour avoir un leadership intelligent ? »

Plusieurs faits contradictoires ne permettent pas de mesurer dans quelle direction on se dirige. D’une part, le ministre de l’information libanais a apporté un démenti officiel à Terjé Roed-Larsen, chargé par Kofi Annan du suivi de l’application de la résolution 1559. « Le gouvernement n’a adressé (à l’ONU) aucune information au sujet de la poursuite de la contrebande d’armes de la Syrie vers le Liban », a-t-il affirmé. D’autre part, l’Arabie saoudite, dont l’ambassadeur au Liban a rencontré Hassan Nasrallah, aurait présenté un projet de compromis favorable à la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Enfin, le correspondant à Paris du quotidien Al-Akhbar, proche de l’opposition, cite un responsable français qui affirme qu’il existe un plan américano-franco-britannique pour, en cas d’impasse au Liban, faire adopter une nouvelle résolution du Conseil de sécurité, sous le chapitre VII (qui autorise l’utilisation de la force), pour donner des pouvoirs élargis à Fouad Siniora, un peu sur le modèle de la résolution concernant la Côte d’Ivoire adoptée hier (Notons toutefois que cette résolution est plus un trompe-l’oeil qu’une résolution "efficace", comme le soulgine l’article du quotidien Libération du 3 novembre), « Paris échoue à marginaliser Gbagbo en Côte-d’Ivoire
La résolution de l’ONU prolonge la transition et le mandat du Président », signé par Thomas Hofnung et Laurent Mauriac.

Pour comprendre l’enjeu et les rapports de force, on pourra se référer au site conservateur américain intitulé « Mideast Monitor » et qui publie les résultats de quatre sondage réalisés au Liban. Il existe des différences sensibles entre les sondages (certains ont été réalisés pendant la guerre, d’autre après la guerre), mais un certain nombre de données se dégagent : l’appui majoritaire des Libanais à la capture des soldats israéliens le 12 juillet et le fait que la majorité aussi considère cette guerre comme résultant d’une entente américano-israélienne pour imposer un ordre nouveau au Proche-Orient. Des différences sensibles sont perceptibles selon l’appartenance communautaire, la grande majorité des chiites étant derrière le Hezbollah. Insistons toutefois que la dimension confessionnelle ne recouvre pas tous les clivages ce que j’ai pu constater lors de mon voyage au Liban dans la première quinzaine d’octobre et qui est confirmé par un article d’Alex Klaushofer, sur le site de la BBC, intitulé « Shift in Lebanon’s sectarian politics » (changements dans les alignements confessionnels au Liban).

Rappelons, en conclusion, le paradoxe de la situation intérieure libanaise. Les forces dites du 14 mars (qui regroupent notamment le parti de Saad Hariri, celui de Walide Joumblatt et celui de Samir Geagea) n’a eu la majorité aux précédentes élections (et n’a pu vaincre les forces regroupées autour de Michel Aoun) que grâce à l’alliance avec le Hezbollah (rappelons que les élections au Liban ont lieu selon un système confessionnel que les forces du 14 mars refusent de remettre en cause). Le Hezbollah est aujourd’hui au gouvernement (mais "légèrement" si on peut dire) et s’est allié avec le parti de Michel Aoun, qui vient de déclarer à la télévision Al-Manar, le 2 novembre : « Si l’administration américaine veut vraiment assurer le triomphe de la démocratie, elle ne doit pas appuyer un gouvernement qui ne représente pas son peuple. C’est le droit du peuple et même son devoir de renverser un tel gouvernement. » En gros, le pays est désormais coupé en deux.

Gaza

Alors que je m’apprêtais à envoyer cette contribution, les nouvelles catastrophiques en provenance de Gaza s’accumulent, 22 morts depuis mercredi, une offensive terrestre israélienne sans précédent, plusieurs centaines de morts depuis la capture du soldat israélien à la fin du mois de juin... Le nouveau vice-premier ministre israélien Avigdor Lieberman propose de suivre l’exemple de Poutine en Tchétchénie. Pour des informations, on se reportera au site en anglais d’Al-Jazira.

Réfugiés palestiniens en Syrie.

Au nombre de 400 000, répartis dans treize camps, les réfugiés palestiniens en Syrie représentent une partie de ces "exilés" en attente d’une solution du conflit du Proche-Orient. Le centre de recherche indépendant norvégien FAFO leur consacre l’étude la plus complète à ce jour, intitulée Palestinians Refugees in Syrie : Human capital, Economic Ressources and Living conditions (Les réfugiés palestiniens en Syrie : capital humain, ressources économiques et conditions de vie). En conclusion, les auteurs notent : « Le système très étendu de subvention de biens et de services dans l’économie syrienne, combiné à une répartition plus égalitaire des revenus dans les camps contribuent à un plus haut revenu et un taux plus bas de pauvreté que chez les réfugiés de Jordanie et du Liban. Ceci est d’autant plus remarquable que la position de la Syrie en termes de revenu national et de croissance est plus mauvaise que celle de ses voisins. Cela est à porter au crédit de la politique syrienne d’intégration des réfugiés. Mais cela a aussi comme conséquence que les Palestiniens risquent de souffrir des politiques d’austérité qui risquent d’être étendues dans les prochaines années. Dans ces conditions, le taux de pauvreté risque de grandir, à moins que le secteur privé ne prenne la relève. »

Mercenaires en Irak.

Les employés des sociétés de sécurité en Irak, souvent des anciens soldats américains ou britanniques, représentent un contingent estimé à 20 000 hommes, soit le deuxième contingent étranger en Irak, avant les Britanniques (8 000 soldats). Leur pratiques et leur comportement posent problème, comme l’illustre le reportage de Nicolas Heinin, le 31octobre, sur Radio-France. Celui-ci cite notamment des vidéos disponibles sur la Toile, qui montrent les « exploits » de ces mercenaires. On pourra aussi lire l’article du quotidien britannique The Guardian du 30 octobre, « Call to control security firms profiting in Iraq », de Richard Norton-Taylor

Alain Gresh

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