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Judaïsme, sionisme et fantasmes

par Alain Gresh, 19 novembre 2006

Judaïsme, sionisme et fantasmes (I)

La discussion autour sur le judaïsme et le sionisme semble soulever bien des fantasmes. Tout rationalisme est mis de côté et on échange volontiers insultes et noms d’oiseaux, y compris sur ce blog. Pourtant, le débat mérite d’être mené de manière rationnelle, loin des schématisations. Certains confondent judaïsme et sionisme, d’autres camouflent leur antisémitisme derrière l’antisionisme, d’autres encore considèrent que toute critique du sionisme est un antisémitisme déguisé. Pour essayer de mettre les choses au point (en tous les cas pour donner "mon point de vue"), je publie ci-dessous un extrait de mon livre Israël-Palestine. Vérités sur un conflit (Hachette, 2004) ; je publierai la suite dans un prochain envoi (mais si vous ne pouvez pas attendre, achetez le livre :-)

« Faisons une pause dans ce survol de l’histoire. J’ai évoqué, dans le précédent chapitre, les juifs et le début du mouvement sioniste. Pour aller plus loin, il faut répondre à deux interrogations simples, au moins en apparence. Qui le terme de juif désigne-t-il ? D’autre part, les juifs forment-ils une nation ?
Commençons par la première question. Le 5 juillet 1950, le Parlement israélien adoptait la « loi du retour ». Elle stipulait que « tout juif a le droit d’immigrer dans le pays ». David Ben Gourion, le premier ministre, commentait : « Ce n’est pas l’Etat qui accorde aux juifs de l’étranger le droit d’installation, mais ce droit est en chaque juif dans la mesure où il est juif ». Mais comment « mesurer » la judaïté ? Il fallut attendre 1970 pour que la Cour suprême tente une sentence : est juif qui est né d’une mère juive, ou s’est converti au judaïsme et n’appartient pas à une autre religion. Cet arrêt n’a pas mis fin aux controverses : les conversions posent problème, celles réalisées par les rabbins conservateurs ou libéraux ne sont pas reconnues par le rabbinat orthodoxe d’Israël. D’autre part, où classer les athées ? Et comment définit-on « une mère juive » ? Pour reprendre une boutade humoristique, pour devenir une mère juive, on n’a besoin ni d’être mère, ni d’être juive… Plus sérieusement, nous savons que sur les centaines de milliers d’anciens citoyens de l’Union soviétique installés en Israël depuis les années 1980, plus d’un tiers, n’entretient aucune relation avec le judaïsme. De nationalité israélienne, ils servent pourtant dans l’armée, même si le rabbinat peut, comme lors de l’attentat contre le dancing de Tel-Aviv (juin 2001), refuser l’enterrement en « terre sainte » à certains de ces « juifs incertains ». »

« Les antisémites n’ont pas mieux réussi dans l’exercice risqué de la définition. En septembre 1935, les nazis avaient adopté les lois de Nuremberg, expression de leur vision raciale et délirante de l’humanité. Elles définissaient comme juifs ceux dont trois ou quatre grands-parents sont juifs. Sont désignés comme « métis juif » de premier degré, ceux qui ont deux grands-parents de sang allemand et deux de sang juif ; s’ils appartiennent à la religion juive ou sont intégrés à la communauté juive, notamment par mariage, ils sont considérés comme juifs. Les métis de second degré ont trois grands-parents allemands et un de sang juif ; ils peuvent devenir citoyens du Reich. Mais comment détecter le « sang juif » ? Dans les faits, les nazis, adeptes des théories raciales, oscillèrent dans leur recherche de « signes distinctifs », firent souvent prévaloir une détermination religieuse, mais prirent en compte parfois la circoncision, quelque fois le nom, etc. La « version française » de cette loi (statut des juifs du 3 octobre 1940) affirme que sont de « race juive » ceux ayant « appartenu à la religion juive ».
Hannah Arendt, la philosophe allemande, elle-même juive, avait dressé, dans une lettre de 1961 à son mari, un parallèle dévastateur, qui la brouilla avec quelques uns de ses amis israéliens, entre les lois de Nuremberg et celle de l’« Etat juif ». Elle relate un dîner avec Golda Meir, la ministre des affaires étrangères israélienne : « Nous nous sommes disputées jusqu’à une heure du matin (…) Au fond, surtout, la question de la Constitution, de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, des mariages mixtes ou plus exactement de ces lois de Nuremberg qui existent actuellement et qui sont en partie vraiment monstrueuses. » Du danger de creuser une ligne de démarcation entre les juifs et les Autres, de faire des juifs une entité à part... »

« Pendant que j’écrivais ces lignes, j’ai appris la mort d’un ami très cher. Chehata Haroun était égyptien et juif. Très jeune, dans les années 1940, cet avocat avait rejoint le combat communiste. Il refusa obstinément d’émigrer vers Israël ou vers l’Europe, comme le firent la plupart de ses coreligionnaires. Sur sa tombe, on a lu ces quelques lignes qu’il avait rédigées : « Chaque être humain a plusieurs identités. Je suis un être humain. Je suis Egyptien lorsque les Egyptiens sont opprimés. Je suis Noir lorsque les Noirs sont opprimés. Je suis juif lorsque les juifs sont opprimés et je suis Palestinien lorsque les Palestiniens sont opprimés. » Il déclinait toute appartenance « étroite », toute assignation à une identité figée, excluante. Il mena dans son pays un combat rude, parfois douloureux. Il fut arrêté à plusieurs reprises comme communiste mais aussi comme juif et « donc » comme agent potentiel d’Israël. Il suscita même parfois la méfiance de certains de ses propres camarades de gauche, incapables de faire la différence entre « juif » et « sioniste ». »

« Gardons-nous donc des classifications et des logiques philosophiques qui les nourrissent. Maxime Rodinson, un éminent orientaliste a tenté d’éclairer les ténèbres de l’obscurantisme, dans l’introduction à son ouvrage, « Peuple juif ou problème juif ? ». Il peint les quatre groupes distincts que recouvre le terme « juif ». D’abord les fidèles d’une religion nettement définie - on dit juif comme on dirait musulman ou chrétien. Un deuxième groupe est constitué par les descendants des membres de cette religion, désormais athées ou déistes, mais qui se regardent comme appartenant à une sorte de « communauté ethnico-nationale » ou même à un peuple. Troisième catégorie, ceux qui ont rejeté les liens aussi bien religieux que communautaires, mais que les autres considèrent, au moins à certains moments, comme juifs. Dernière catégorie, la plus insolite, celle que l’écrivain Roger Peyrefitte baptisait joliment les « juifs inconnus », ceux dont l’ascendance juive est ignorée par les autres et par eux-mêmes.
Les juifs composent donc un ensemble hétérogène, qui ne se laisse pas capturer facilement. Ils diffèrent donc en partie de l’ensemble « chrétien » ou « musulman », et pas seulement parce qu’ils furent, j’y reviendrai, partout minoritaires. Forment-ils pour autant une « nation » ? Pour le mouvement sioniste, la réponse va de soi : les juifs sont inassimilables par les peuples parmi lesquels ils vivent, ils aspireraient depuis deux mille ans à retourner en Palestine d’où ils ont été chassés. Pourquoi alors cette ambition ne s’est-elle pas manifestée en termes politiques avant le XIXème siècle ? Le sionisme élude la question, qui a pourtant le mérite d’inscrire les juifs dans l’histoire concrète et non dans le ciel des idées. »

Révélation de Seymour Hersh sur le programme nucléaire iranien.

Le journaliste américain Seymour Hersh publie une importante information dans un article à paraître dans The New Yorker, « The Next Act » (le prochain acte) un article daté du 27 novembre, sur les intentions de l’administration américaine à l’égard de l’Iran. C’est lui qui avait déjà publié sur les risques de guerre contre l’Iran.
La volonté du gouvernement américain d’attaquer l’Iran a été rendue « bien plus compliquée » ces derniers mois par un rapport ultra-secret de la CIA mettant en cause les croyances de la Maison Blanche sur la bombe iranienne. « La CIA n’a trouvé aucune preuve d’un programme secret d’armes nucléaires parallèle au programme civil », écrit Hersh. Mais cela suffira-t-il à dissuader George W. Bush ? Sur les différentes estimations concernant la bombe iranienne, on pourra lira Quand l’Iran aura-t-il l’arme nucléaire ?

Trosième guerre mondiale

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Le quotidien Haaretz rapporte sur son site les propos du général américain John Abouzeid, le commandant en chef du Commandement central des forces américaines (Centcom), les forces armées américaines au Proche-Orient, qui a comparé l’émergence des idéologies militantes comme celle qui est derrière Al-Qaida à la montée du fascisme en Europe dans les années 1920-1930 qui ont créé les conditions de la seconde guerre mondiale : « Si nous n’avons pas le cran pour affronter l’idéologie islamiste, nous serons demain dans une troisième guerre mondiale. », a-t-il affirmé dans un discours intitulé « The Long War » (la longue guerre), prononcé à la Kennedy School of Government (Université de Harvard, Cambridge). Ce terme de longue guerre, il l’a lui-même inventé.

Débat sur le foulard en Egypte

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Le ministre de la culture égyptien Farouk Hosni vient de déclarer que le port du foulard était une « régression » pour les femmes. Ses propos ont soulevé l’indignation de quatre-vingt députés (de toutes les formations, aussi bien du parti gouvernemental que des Frères musulmans), qui ont demandé la démission du ministre. Le débat sur cette question s’illustre aussi au cinéma comme le montre l’intéressant article « Egypte : de la difficulté du hijab au cinéma », de Daikha Dridi, publié sur le beau site BabelMed, le site des cultures méditerranéennes. « Elle s’appelle Amira (princesse en arabe). C’est une solitaire, couverte de la tête aux pieds dans un monde où ne circulent que des décolletés trop généreux, des nuques et des épaules dévoilées et des cuisses sous des jupes plus mini que mini. Amira est néanmoins grande et belle, elle a le regard réservé et le sourire timide, elle préfère les livres (religieux) aux clips vidéos que ses deux sœurs dévorent goulûment, mais c’est elle l’héroïne du film et c’est elle que préfère le beau brun sexy et branché, heureux en affaires comme en amour.
C’est donc fait, le hijab a fini par faire son apparition sur les écrans des cinémas du Caire et le premier film qui campe une héroïne en hijab s’appelle "Kamel el Awsaf" (Aspects Parfaits) sorti avec la vague de nouveautés qui suivent traditionnellement les fêtes de l’Aïd en Egypte. »

Alain Gresh

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