En kiosques : octobre 2016
Abonnement Faire un don

Première visite

Vous êtes abonné(e) mais vous n’avez pas encore de compte en ligne ?

Vous n'êtes pas abonné(e) ?

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout le site.
Une question, un problème ? Consultez la notice.
Accéder au menu

Liban, Iran, Syrie... et les risques de guerre ; la situation des femmes dans le monde arabe

par Alain Gresh, 7 décembre 2006

Traductions. Certains d’entre vous traduisent de très longs textes et je les en remercie. Mais pour que leur travail ne se perde pas au milieu d’autres envois qui parfois n’ont rien à voir, je vous propose de les faire parvenir directement au Monde diplomatique et je les mettrai en ligne (avec, si celui-ci le souhaite, le nom du traducteur). Pour cela, j’ai besoin que vous laissiez une adresse où l’on peut prendre contact avec vous.

Le « bien » contre le « mal » au Liban.

Dans le quotidien Al-Akhbar, proche de l’opposition, Joseph Samaha, le rédacteur en chef, s’interroge dans son éditorial du 6 décembre sur la signification d’une déclaration de Walid Joumblatt, le chef druze, qui affirme que les forces de la lumière affrontent celles des ténèbres au Liban. Joumblatt affirme : « Nous croyons dans l’émergence d’un Liban démocratique et éclairé qui coopère avec l’axe de la modération arabe contre l’axe de "l’iranisation" et des dictatures. »

« Pour respecter le droit d’auteur, écrit Samaha, il est de notre devoir de dire que la phrase précédente n’a pas été inventée par le dirigeant progouvernemental qui l’a prononcée. Il l’a prise dans le lexique de ceux qui théorisent la campagne néocoloniale dans la région, campagne qui converge avec la poussée expansionniste sioniste. Chaque personne de l’actuelle administration américaine à Washington a dit quelque chose d’équivalent. Chaque néo-conservateur a joué avec cette idée. »

Après avoir remarqué que cette déclaration de Joumblatt tend à imposer la vision de confrontation régionale véhiculée par Washington sur le débat libanais, Samaha affirme que cela s’éloigne de la tradition politique libanaise fondée sur les compromis. « Les autorités libanaises sont aujourd’hui une force centrifuge. L’opposition demande sa participation au gouvernement. Les autorités disent qu’elles préfèrent la destruction et la paralysie. »

L’axe de la modération auquel se réfère Joumblatt suscite d’autres remarques. D’abord, il est constitué par des régimes (saoudien, jordanien, égyptien) qui sont des dictatures. D’autre part, si on évoque la « modération libanaise », Samaha rappelle que des forces qui soutiennent le gouvernement n’hésitent pas à utiliser un langage confessionnel, notamment au sein de l’institution sunnite, et décrivent le conflit actuel comme un conflit confessionnel dans lequel le Hezbollah les empêcherait de lancer l’assaut final contre l’« entité sioniste ». « Oui, il y a une dimension hybride au cœur même des forces qui soutiennent le gouvernement, un discours qui condamne ceux qui ont combattu avec succès Israël, mais qui affirment qu’ils ne veulent pas seulement libérer les fermes de Chebaa, mais aussi l’ensemble de la Palestine. Ce discours est encore plus contradictoire quand on voit la pratique de ses tenants. S’il n’y a aucun doute que la tendance de la plus importante fraction au pouvoir est proche du système officiel arabe et de l’axe de la modération » (qui inclut aussi Mahmoud Abbas), il emprunte en même temps à la terminologie d’Abou Moussab Al-Zarqawi (le dirigeant d’Al-Qaida en Irak, qui a été tué).

Sur le sujet du Liban, je signale l’article de Pierre Prier dans Le Figaro du 4 décembre, « Les Libanais vont-ils à nouveau faire les frais d’un éventuel accord syro-libanais », que je ne trouve pas sur le site du quotidien. Il a le mérite d’écrire que les enjeux internationaux pesants « masquent une réalité libanaise complexe, où ce sont les acteurs locaux qui tentent d’utiliser les puissances extérieures. Le Hezbollah, estime Joseph Alagha, professeur à l’Université libanaise-américaine et auteur d’un ouvrage sur le parti chiite, vise d’abord à renforcer sa représentation au gouvernement, qu’il estime ne pas être au niveau de son poids dans la société libanaise. Quant au général chrétien Michel Aoun, dont les partisans vêtus d’orange sont descendus en masse dans la rue aux côtés du Hezbollah, il demande comme le parti chiite un gouvernement d’union nationale ».

Faut-il attaquer la Syrie et l’Iran

Robert Gates, qui vient d’être confirmé comme secrétaire à la défense des Etats-Unis, a témoigné le 5 décembre devant une commission du Congrès. Voici ses déclarations
] concernant une éventuelle attaque américaine contre l’Iran et la Syrie.

SENATEUR BYRD : (...) Appuyez-vous l’idée d’une attaque contre l’Iran ?

M. GATES : Je pense qu’une action militaire contre l’Iran devrait être effectuée seulement en dernier ressort ; que quels que soient nos problèmes avec l’Iran, notre premier choix devrait être la diplomatie et le travail avec nos alliés pour tenter de résoudre les problèmes que nous pose l’Iran. Nous avons vu avec l’Irak que, une fois que la guerre commence, elle devient imprévisible. Et je pense que les conséquences d’un conflit, d’un conflit militaire avec l’Iran pourraient être dramatiques. Et donc je mettrai en garde contre une action militaire, à moins que ce ne soit en dernier ressort et si nous pensons que nos intérêts vitaux sont menacés.

SEN. BYRD : Etes-vous favorable à une attaque contre la Syrie ?

M. GATES : Non, je ne le suis pas.

SEN. BYRD : Croyez-vous que le président a l’autorité, sous le couvert soit de la résolution (du Congrès) de guerre du 11-Septembre ou de la résolution sur la guerre avec l’Irak, d’attaquer l’Iran ou la Syrie ?

M. GATES : Autant que je sache, je ne le crois pas.

SEN. BYRD : Pouvez-vous nous décrire brièvement les conséquences d’une attaque contre l’Iran.

M. GATES : C’est toujours difficile de formuler des prévisions sur un cas hypothétique. Mais je pense que, bien que l’Iran ne puisse pas nous attaquer directement, il a la capacité de fermer le golfe Persique à toutes les exportations de pétrole, de déchaîner une vague importante de terreur à la fois au Proche-Orient et en Europe, et même ici. L’Iran ne nous aide pas en Irak, et il met en cause nos intérêts, mais il a la capacité de nous faire beaucoup plus de mal.

Je pense aussi qu’ils pourraient fournir certains types d’armes de destruction massive, en particulier chimiques et biologiques, à des groupes terroristes. Leur capacité à obtenir du Hezbollah qu’il déstabilise encore plus le Liban est sérieuse. Ainsi, bien que leur capacité de riposte contre nous dans le domaine militaire conventionnel soit très limitée, ils ont la capacité à faire tout ce dont je viens de parler.

SEN. BYRD : Et une attaque contre la Syrie ? Pouvez-vous nous décrire brièvement les conséquences d’une attaque américaine contre la Syrie.

M. GATES : Je crois que la capacité syrienne à nous faire du mal est bien plus limitée que celle de l’Iran, mais je crois qu’une attaque américaine contre la Syrie aurait des conséquences dramatiques à travers tout le Proche-Orient, en termes de relations avec un grand nombre de pays. Elle déclencherait une vague d’anti-américanisme encore plus grande que celle que nous connaissons. Elle compliquerait immédiatement nos relations avec pratiquement tous les pays de la région.

SEN. BYRD : Diriez-vous qu’une attaque contre l’Iran ou la Syrie aggraverait la violence en Irak et aboutirait à plus de pertes américaines ?

M. GATES : Oui, je pense que cela est très probable.

SEN. BYRD : Votre réponse est oui aux deux questions.

M. GATES : Oui. Très probablement.

SEN. BYRD : En ce qui concerne Oussama Ben Laden : environ huit mois après la prise de Bagdad, nos troupes ont capturé Saddam Hussein. Mais, cinq ans après le 11-Septembre, Oussama Ben Laden court toujours. Qui est responsable, à votre avis, du 11-Septembre Saddam Hussein or Oussama Ben Laden ?

MR. GATES : Oussama Ben Laden, Sénateur.

SEN. BYRD : Durant les cinq années passés, qui a représenté une plus grande menace pour les Etats-Unis, Saddam Hussein ou Oussama Ben Laden ?

M. GATES : Oussama Ben Laden.

SEN. BYRD : Comment comptez-vous capturer Oussama Ben Laden ?

M. GATES : Sénateur, je n’ai aucun doute que nos troupes ont fait de leur mieux pour capturer Oussama Ben Laden. Je ne suis pas familier avec les efforts faits pour cela dans les deux ou trois dernières années. Oussama Ben Laden est devenu plus un symbole qu’un organisateur et un planificateur d’attaques terroristes. Une des conséquences de notre succès en Afghanistan a été d’empêcher ce pays d’être le lieu de planification d’attentats terroristes très sophistiqués, comme ceux qui ont eu lieu le 11-Septembre.

Je pense que s’il est important de continuer à traquer Oussama Ben Laden, sa capacité d’organisation directe et de planification d’attentats comme ceux qui nous ont durement frappé le 11-Septembre est limitée. (...)

La situation des femmes dans le monde arabe.

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a publié le 7 décembre le quatrième rapport consacré au monde arabe. Ce rapport, disponible en anglais, concerne la situation des femmes, notamment dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la participation à la vie politique.

« Promouvoir le courage et le militantisme des femmes dans le monde arabe, c’est défendre les moteurs du développement humain. Les avancées durement acquises sur le plan des droits des femmes constituent l’aboutissement de plusieurs décennies d’engagement de la part de générations de militantes féministes et de leurs alliés au sein des pouvoirs publics des pays de la région », a affirmé Madame Amat Al Alim Alsoswa, directrice du Bureau régional des États arabes du PNUD, dans le communiqué de présentation.

« Ce Rapport affirme que, malgré l’égalité que le droit international accorde aux femmes arabes, malgré les multiples talents de ces dernières et les réalisations à leur actif dans différentes sphères de l’activité humaine, et malgré leur contribution inestimable au sein de leur famille et de la société, de nombreuses femmes ne sont pas encouragées à développer leurs capacités et à les utiliser au même titre que les hommes. Dans la vie publique, des facteurs culturels, juridiques, sociaux, économiques et politiques empêchent les femmes d’accéder comme les hommes à l’éducation, à la santé, aux opportunités professionnelles, aux droits civiques et à la représentation politique. Dans la vie privée, les schémas éducatifs traditionnels, les dispositions discriminatoires du droit de la famille et le code du statut personnel perpétuent les inégalités et la subordination. »

« Sur le plan culturel, explique le Rapport, le principal obstacle à l’autonomisation des femmes reste l’arbitrage à opérer entre l’impératif d’une économie productive respectant des normes reconnues internationalement, d’une part, et les traditions et la coutume, d’autre part. »

« Ce Rapport indique que l’occupation étrangère et la « guerre au terrorisme » constituent les principaux freins au développement de nombreux citoyens arabes, hommes ou femmes. « Les femmes souffrent à double titre pendant une occupation étrangère », affirme le Rapport, et, bien souvent, les droits et les libertés fondamentaux des citoyens arabes, depuis le droit à la vie jusqu’aux droits sociaux et économiques, en passant par les droits civiques et politiques, sont en permanence bafoués. »

Un point important est souligné dans le rapport, que résume le communiqué de presse : « Les mouvements islamiques, souvent uniformément qualifiés de forces malveillantes en Occident, sont en réalité dans bien des cas à l’avant-garde de l’autonomisation des femmes, affirme le Rapport. "Au cours des cinq dernières décennies, la dynamique interne de ces mouvements, leurs relations avec l’ensemble de la société et leurs positions sur des questions sociales vitales, sur les droits humains, la bonne gouvernance et la démocratie, ont significativement évolué", explique le Rapport. »

« Selon le RADH, la plupart des mouvements islamistes dominants assistent au développement remarquable, en leur sein, d’une nouvelle génération de dirigeants, relativement plus jeunes et éclairés. De plus, ils connaissent une dynamique ascendante vers davantage de démocratie interne, qui part de la base la plus large, affirme le Rapport. Néanmoins, ces évolutions positives ne font pas disparaître certains courants minoritaires, qui pourraient chercher à remettre en cause la liberté et la démocratie s’ils arrivaient au pouvoir, particulièrement pour ce qui touche aux femmes. »

On trouvera dans ce rapport des données très concrètes sur les taux d’alphabétisation, d’accès aux études secondaires et supérieures, de participation à la vie politique ; sur les différents législations, notamment concernant le statut personnel, leur évolution, et les blocages persistants.

Toujours sur la situation des femmes dans le monde arabe, on pourra lire le livre de la spécialiste américaine du Proche-Orient, Nikki Keddie, Women in the Middle East : Past and Present (Princeton University Press, 2006). Et l’entretien avec elle sur le site Truthdig.

Alain Gresh

Partager cet article /

sur Zinc
© Le Monde diplomatique - 2016