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Carter, Israël et l’apartheid

par Alain Gresh, 17 décembre 2006

Une guerre sans fin. Deux jours après le 11-Septembre, le président Bush annonçait que les Etats-Unis étaient engagés dans une guerre de longue durée. Plus tard, surgit le concept de troisième guerre mondiale, et l’administration américaine commença à dénoncer le « fascisme islamique ». Dans un entretien donné au Washington Times du 13 décembre, sous le nom « General Foresses "Generational War" against terrorism », le général Mark O. Schissler, directeur adjoint de la guerre contre le terrorisme au sein du bureau de planification de l’état-major américain, fait part de ses réflexions. « Nous sommes dans une guerre générationnelle. Vous pouvez essayer de combattre l’ennemi où il est et où il vous attaque, ou les empêcher en défendant votre patrie (...) Mais cela n’est pas suffisant pour les arrêter. Nous devons briser la chaîne et cela signifie l’idéologie. Nous devons montrer les erreurs de la pensée islamiste extrémiste. » Un de mes problèmes, ajoute-t-il, est de savoir comment « maintenir la volonté des Américains, maintenir cette volonté à travers le temps ». Cette guerre sera longue parce que « notre ennemi est engagé pour une lutte longue, ils sont complètement engagés sur un plan de 50 ou de 100 ans ». Et le but final d’Al-Qaida est l’instauration d’un califat de l’Afrique du Nord à l’Europe du Sud, du Moyen-Orient à l’Asie centrale et du sud-est.

Les opinions arabes face aux Etats-Unis. Le dernier sondage réalisé par l’institut Zogby détaille l’évolution des opinions dans cinq pays arabes (Arabie saoudite, Egypte, Liban, Maroc et Jordanie).

Ces résultats indiquent que l’opinion défavorable à l’égard des Etats-Unis a atteint 82% en Arabie, 83% en Egypte, 87% au Maroc, 90% en Jordanie et seulement 68% au Liban. Si on constate peu d’évolution par rapport à 2005 en Egypte ou en Arabie, le bond en avant (ou en arrière) est très sensible au Maroc (seulement 64% en 2005) et en Jordanie (62%).

Carter, Israël et l’apartheid.

J’avais évoqué il y a quelques semaines le livre de l’ancien président américain Carter. Dans une tribune publiée le 8 décembre par le Los Angeles Times, « Speaking frankly about Israel and Palestine », l’ancien président James Carter répond aux attaques qui ont suivi la publication de son livre Palestine : Peace Not Apartheid. Il rappelle d’abord la difficulté à débattre sereinement des problèmes israélo-palestiniens aux Etats-Unis, notamment du fait du poids du lobby pro-israélien.

« Les diverses questions controversées concernant la Palestine et la voie vers la paix sont intensément discutées par les Israéliens et dans toutes les autres nations à l’exception des Etats-Unis. Depuis trente ans, j’ai été témoin et j’ai fait l’expérience des sévères restrictions qui pèsent sur toute discussion libre et équilibrée des faits. La réticence à critiquer n’importe quelle politique du gouvernement israélien est due à l’effort extraordinaire de lobbying réalisé par l’American-Israel Political Action Committee (AIPAC) et l’absence de toute voix de poids contraire à ce point de vue. »

« Ce serait presque un suicide pour les membres du Congrès d’épouser une vision équlibrée entre Israël et la Palestine, de suggérer qu’Israël se conforme au droit international, ou de parler en faveur de la justice et des droits de la personne pour les Palestiniens. Peu d’entre eux daigneraient même visiter les villes palestiniennes de Ramallah, Naplouse, Hébron, Gaza ou même Bethlehem et de parler à leurs habitants sous siège. Il est encore plus difficile de comprendre pourquoi les pages éditoriales des principaux journaux et magazines des Etats-Unis exercent les mêmes restrictions, en contradiction avec les opinions privées exprimées avec force par leurs correspondants en Terre sainte. »

Dénonçant les critiques de son livre écrites le plus souvent par des représentants des organisations juives, il conclut ainsi :

« Le livre décrit l’oppression et la persécution abominable dans les territoires palestiniens occupés, avec un système rigide de permis de circulation (passes) et de stricte ségrégation entre les citoyens palestiniens et les colons juifs en Cisjordanie. Un énorme mur d’emprisonnement est maintenant en construction, qui serpente à travers ce qui reste de la Palestine, pour mettre de plus en plus de terres aux mains des colons israéliens. En de nombreux sens, la situation des Palestiniens est plus oppressante que celle que les Noirs ont vécue durant l’apartheid en Afrique du Sud. J’ai clairement indiqué que la motivation n’était pas le racisme, mais le désir d’une minorité d’Israéliens de confisquer et de coloniser des sites choisis en Palestine et de supprimer par la force toute objection des citoyens palestiniens déplacés. Bien sûr, je condamne tous les actes de terrorisme ou de violence contre des civils innocents et je présente des informations sur les pertes terribles des deux côtés. »

Hugh Sansom, dans une lettre ouverte au New York Times, « Smearing Jimmy Carter » dénonce la campagne de calomnies lancées contre Carter par le quotidien.

Alain Gresh

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