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Autour de l’exposition « Frontières » - 4/9

Nommer c’est exister !

mardi 19 décembre 2006, par Philippe Rekacewicz

Il faut avoir été au centre d’une polémique pour mesurer l’importance de la manière dont les États souhaitent nommer ce qu’ils estiment être une partie intégrante de leur territoire ou une légitime appartenance à leur patrimoine culturel. C’est même parfois un casus belli. Jean-Christophe Victor, le présentateur de l’émission « Le Dessous des cartes » (Arte) a raconté, au cours d’une conférence donnée à la Société de géographie à Paris en novembre 2005, que la télévision coréenne avait envoyé en France une équipe au grand complet pour le sommer d’expliquer pourquoi il avait osé utiliser, dans l’une de ses productions sur l’Asie, une carte mentionnant « mer du Japon » en lieu et place de ce que les Coréens nomment « mer de l’Est ».

Comment nommer l’espace marin qui se trouve entre la Corée et le Japon ? Retour à la table des matières

Quel que soit le nom que je lui choisis, mer de l’Est ou mer du Japon, je reçois des lettres de protestation, indifféremment de l’ambassade de Corée ou de celle du Japon. Mettre ces appellations l’une en dessous de l’autre, avec ou sans parenthèses, n’est malheureusement d’aucun secours : le pays dont le nom se trouve « en dessous » continue de se plaindre.

Je décide, sur les futures cartes, de ne plus nommer cette mer que par une petite étoile qui renvoie à une note en bas de page indiquant la position des deux protagonistes qui font de cette question une véritable affaire d’Etat : d’ailleurs, les sites Internet des ministères coréen et japonais offrent aux visiteurs, dès la page d’accueil, des dossiers historiques fort bien faits et très détaillés pour justifier du nom que chacun lui donne.

Quel nom pour le Golfe ? Retour à la table des matières

Tour à tour, des Etats, des sociétés, des journaux ou des magazines, voire des institutions internationales se retrouvent cloués au pilori par l’Iran dès lors que leurs cartes indiquent autre chose que « golfe Persique ».

Lorsque je le nomme « Golfe » tout court, je m’attire les foudres de tous les groupes de pression soutenus par Téhéran... Quelle est la solution ?

13 commentaires sur « Nommer c’est exister !  »

  • permalien Pitou :
    19 décembre 2006 @20h42   »
    Nommer c’est exister !

    Pouquoi pas tout simplement : Le Golfe Arabo-persique

  • permalien Philippe Rekacewicz :
    19 décembre 2006 @21h12   « »
    Nommer c’est exister !

    En effet... je suis en train de compléter ce billet, nous mettrons en ligne quelques compléments d’informations justement sur cette question. En ce qui concerne la mention « Arabo-persique », elle irrite encore plus les Iraniens qui ne supportent aucune autre mention que « Persique »... La suite demain !

  • permalien Cwgac’h :
    20 décembre 2006 @09h09   « »
    Nommer c’est exister !

    Quand il n’y a pas de solution évidente il faut faire preuve de bon sens car l’objectif est d’être compris de tous.

    Les français et les anglais ont trouvé une solution il y a très longtemps : c’est la Manche en français + English Channel en anglais = Canal de la Manche dans les autres langues

    Donc être modéré c’est dire :

    * Mer de l’Est en coréen + Mer du Japon en japonais = Mer de l’Est et du Japon dans les autres langues

    * Golfe persique en iranien + Golfe arabique en arabe = Golfe arabo-persique dans les autres langues

    Reste à attendre que les modérés soient au pouvoir...

  • permalien agnès :
    20 décembre 2006 @10h31   « »
    Nommer c’est exister !

    Bonjour,

    La musique classique peut se révéler source d’inspiration... Certains compositeurs ont préféré le nombre au nom pour nommer leurs œuvres... Dans la arts graphiques ont ne se dispute plus pour définir si c’est bleu ou vert, une gamme pantone utilisée à l’échelle internationale parle de P300, de P154... Ces mots supposés nous rapprocher bien souvent, hélas, nous divisent.

    Bon courage

  • permalien hoviso :
    20 décembre 2006 @12h34   « »
    Nommer c’est exister !

    Bonjour,

    N’est-il pas invraisemblable d’observer deux Etats se livrer une telle opposition sémantique après autant d’années de souffrance ? La hache est-elle bien enterrée entre ces deux grandes civilisations que sont la Corée et le Japon ? Aujourd’hui encore subsiste une certaine animosité... Une question d’honneur ? La Corée du Sud se sent-elle sans doute encore tenue de repousser l’ancien colonisateur japonais. Si tel est le cas, aucun mixage n’est possible qu’il s’agisse d’une « Mer de l’Est », « Mer du Japon », « Mer de Corpon » (Corée-Japon), « Mer de Copon » ou encore « Mer de Ponco(r) » … Nous pouvons seulement nous borner à constater que lorsqu’il s’agit de tests balistiques au-dessus de ladite mer par la Corée du Nord, personne ne s’attarde à polémiquer sur son nom.

    Je m’interroge cependant sur cette nécessité de revendiquer haut et fort quelque chose dont ils sont si intimement persuadés… Se comporter coutumièrement en possesseur dénote généralement la possession, la revendiquer dénote au contraire un doute quant à une possession effective. Les revendications de territoires restent encore trop souvent le vivier de conflits passés non résolus hérédités des guerres de conquête et de colonisation.

    Espérons seulement voir les générations futures œuvrer vers une plus grande cohésion humaine et non territoriale dans cette partie du monde comme dans toutes les autres, puisque malheureusement nommer un territoire c’est, semble-t-il, le posséder.

  • permalien Simplicissimus :
    20 décembre 2006 @13h56   « »
    Nommer c’est exister !

    Mon père, marin du pétrole dans les années 60, passait plusieurs mois par an dans le Golfe Persique. C’était la seule appellation utilisée à l’époque.

    On notera que Wikipedia en français n’a une entrée que pour Golfe Persique. Il y est mentionné qu’il est aussi appelé Golfe Arabique, sans que cela génère une entrée au dictionnaire (quand on cherche Golfe Arabique, on est redirigé sur Golfe Persique).

    Bien sûr, tout cela ne prouve rien. La toponymie résulte d’un usage sociopolitique. Pourquoi personne ne se bat pour appeler "Pont Euxin" la Mer Noire ? Pourquoi certains pensent-ils que le "vrai nom" de la Biélorussie est Belarus ?

    Pourquoi dit-on "américain" et pas "états-unien" ? Il y a quelques millions d’américains qui ne sont pas états-uniens (même si plusieurs pays d’Amérique Latine ont été des "Etats-Unis du" : Venezuela, Brésil)

  • permalien
    21 décembre 2006 @09h43   « »
    Nommer c’est exister !

    Une mer sépare, c’est une frontière. Elle est mitoyenne. Elle n’appartient donc ni à l’un à l’autre, elle appartient au deux (ou plus). Donc, soit elle prend le nom des pays qu’elle sépare : comme par exemple le Golfe Arabo-Persique. Soit elle prend un nom neutre (ni à l’un ni à l’autre) comme une couleur ou une caractéristique : comme la Mer Blanche, la Mer Jaune, la Mer Noire ou la Mer Morte… Ce sont les deux seules possibilités logiques.

  • permalien Simplicissimus :
    21 décembre 2006 @11h50   « »
    Nommer c’est exister !

    @commentaire précédent

    intéressante notion !

    Reprenons un peu d’histoire :
    - la Mer Egée, frontière entre tous les Grecs dans l’Antiquité,
    - la Méditerrannée, limite de l’Empire Romain Un peu de géographie :
    - la Mer de Marmara, frontière entre l’Europe et l’Asie et frontière de la Turquie...

    Pour les mers mitoyennes, on n’a plus qu’à revoir (un peu) la terminologie :
    - le Golfe de Gascogne
    - la Mer d’Irlande
    - le Golfe du Bengale
    - la Mer d’Oman (mar Arabigo, en espagnol)
    - le Canal de Mozambique
    - le Golfe de Siam
    - la Mer de Chine
    - le Golfe du Mexique

    et j’en passe (ouvrez un atlas). Y a du boulot.

    Au passage, qu’est-ce qui impose une terminologie unique dans toutes les langues ? Comme le faisait remarquer Cwgac’h, on a bien "la Manche" et "the English Channel" ainsi que "le Pas de Calais" et "the Strait of Dover" sans qu’on se batte pour une dénomination unique.

  • permalien
    21 décembre 2006 @23h35   « »
    Nommer c’est exister ! (1/3)

    C’est vrai qu’il n’y pas beaucoup de mer, golfe… qui ont un nom neutre ! Mais pour les nommages qui posent problèmes… ça peut être une solution, à la limite.

    Un nom différent, mais chacun dans leur langue respective, c’est vrai que c’est plaisant. Et puis aussi encore un autre nom (neutre celui-la) pour les autres qui sont extérieur au problème. Et en mettant une note (hors de la carte) qui indique le nom pour telle ou telle pays/région/etc.

    Ça en fait des versions de cartes à gérer, on sort de la simple traduction !

  • permalien Spin Doctor :
    23 décembre 2006 @08h58   « »

    Et quelque chose comme "Mer de la Paix", "de la Sérénité", etc.... Le petit côté Asie de pacotille, et aussi évocation des mers lunaires, pourrait-il satisfaire tout le monde ?

  • permalien Koby :
    29 décembre 2006 @00h21   « »

    Toujours cet anthropocentrisme à propos des mers, golfes, détroits et autres diverticules géographiques ! Puisqu’il paraît impossible actuellement de trouver un terrain d’accord pour baptiser ces étendues d’eau salée, innovons, soyons démocrates et demandons leur avis aux premiers concernés : les habitants permanents et temporaires de ces eaux : poissons, mammifères marins, crustacés, mollusques et microorganismes, sans oublier toute la gente végétale ... Peut-être seront-ils ébahis devant tant de futilité, sans doute resteront-ils sans voix, ou alors nous feront-ils comprendre qu’après tout, en étant, et depuis belle lurette et autant de générations, les premiers habitants, ce sera tout simplement "Mer à nous", "Golfe à nous", ou par simple politesse et sage concession "Mer entre vous" et "Golfe entre vous".

  • permalien agnès :
    29 décembre 2006 @21h20   « »

    Pas de panique

    Lorsqu’il s’avèrera que ces eaux sont polluées, interdites à la pêche et à la baignade, plus personne ne revendiquera leurs appartenances... c’est ça le progrès qui conduit à la paix :)

  • permalien Jason :
    7 janvier 2007 @22h35   «

    Les premiers Hommes sut Terre se sont promené et ont nommer ce qui les entouraient. Et pour la plupart de ces noms, nous les avons garder, dépandement du language. Qui fut le premier à nommer cette mer ? Ce ne peut être un Japonnai, car étant une île, elle à été habité après la péninsule coréenne. Pouvons-nous dire un Coréen si à l’époque les habitants de cette région ne se nommeit surement pas eux-même comme tel ? Et puisque tous les noms se valent... pourquoi ne pas mettre le choix de ces deux nations dans un chapeau et tirer au hasard... ? Le Golfe séparant les terres perses des terres arabes pourrait être nommer de la même façon. Non ?

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