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Philippe Val et les conflits du Proche-Orient

par Alain Gresh, 9 février 2007

Accord entre le Fath et le Hamas. Les deux organisations palestiniennes ont signé un accord qui devrait mettre fin aux affrontements armées et déboucher sur la création d’un gouvernement d’union nationale. Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a nommé Ismaïl Haniyeh comme premier ministre et lui a transmis la lettre suivante :

« En tant que président du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et président de l’Autorité palestinienne, et en accord avec la loi fondamentale (basic law) et les pouvoirs qui me sont conférés :»

a) Je vous charge de former le prochain gouvernement palestinien dans les délais prévus par la loi fondamentale (cinq semaines) ;

b) Après avoir formé le gouvernement et nous l’avoir soumis, il doit être présenté devant le Conseil législatif pour obtenir la confiance ;

c) Je vous demande en tant que prochain chef du gouvernement de vous soumettre aux intérêts supérieurs du peuple palestinien, de préserver ses droits et ses conquêtes et de les développer et de travailler pour atteindre ses objectifs nationaux tels qu’ils ont été approuvés par le Conseil national palestinien, par la loi fondamentale, par le document de réconciliation nationale et par les décisions du sommet arabe. »

« Sur cette base, je vous appelle à respecter les résolutions internationales et les accords signés par l’OLP. »

Quand les banques s’enrichissent au détriment des Palestiniens. L’organisation Oxfam vient de publier un communiqué « L’aide européenne à la Palestine gaspillée en frais bancaires ». Selon l’organisation, tous les mois, la banque HSBC prélève un million de dollars sur les fonds versés par l’Union européenne aux Palestiniens. L’Union a, en effet, mis en place un mécanisme compliqué pour contourner le gouvernement palestinien appelé Mécanisme temporaire international. Oxfam appelle à « l’abandon du “Mécanisme Temporaire International” et à la reprise par les Etats européens de leur financement aux services essentiels fournis par les autorités palestiniennes au niveau local et national. »

Ce mécanisme qui remplace l’aide aux autorités par une aide aux individus rappelle étrangement celui que la communauté internationale avait mis en place contre l’Irak. Pendant plus de dix ans, on a appliqué un embargo contre ce pays, embargo qui a affaibli les structures étatiques. Celles-ci se sont effondrées lors de l’invasion américaine d’avril 2003 ; désormais, l’Etat irakien est évanescent et la région en paie les conséquences.

Poser les bonnes questions sur la guerre avec l’Iran. « Eviter la prochaine folie militaire au Proche-Orient exige que l’ordre du jour de l’analyse et du débat ne soit pas aussi sévèrement et tendancieusement tronqué qu’il l’était avant l’Irak. On devrait non seulement ne pas permettre aux partisans de l’action militaire de manipuler les réponses, mais on ne devrait également pas les laisser définir les questions. » C’est ce qu’écrit Paul R. Pilar, dans un article du Washington Post du 4 février et que notre ami K. a traduit (document joint)

Philippe Val et les conflits du Proche-Orient

Depuis plusieurs années, Philippe Val, le directeur de Charlie-Hebdo, a infléchi les positions qu’il défend sur les conflits du Proche-Orient. Il est intéressant de rappeler certaines d’entre elles.

Le site Acrimed publie le texte écrit par Philippe Val sur Yasser Arafat dans son éditorial du 3 avril 2002 dans Charlie-Hebdo, alors que l’opération « Rempart » battait son plein, à la veille des massacres de Jénine :

« Aujourd’hui, la totalité de la presse et des médias français soutient Arafat, un peu comme on a soutenu José Bové quand il défendait le roquefort. Arafat est un de ces éléments grâce auxquels perdure un système basé sur la "consommation d’idées rapides", comme on dit "restauration rapide". Sharon et Arafat sont deux rouages complémentaires de la machine qui fabrique la peur sur laquelle se fonde la servitude volontaire des peuples. Si Sharon est coupable de se laisser entraîner à l’irréparable, Arafat est coupable d’avoir voulu et prémédité cette stratégie. J’ai l’intuition que ces deux types de dirigeants sont les ennemis de l’humanité. »

On ne s’étonnera pas de voir Philippe Val défendre le pamphlet de Pierre-André Taguieff sur la judéophobie et l’ait jugé « indispensable : travail de recherche sérieux, comme toujours avec Taguieff […], ce livre est petit par la taille mais grand par le contenu ».

En juillet 2006, alors que l’aviation israélienne détruisait systématiquement le Liban et ses infrastructures et poursuivait ses opérations à Gaza, il écrivait dans un éditorial du 19 juillet :

« Les malheurs n’arrivent pas qu‘aux autres. Aux Israéliens, il n’arrive jamais rien. Ils vivent heureux et en sécurité, entourés de voisins charmants qui s’appellent Syrie, Hezbollah, Hamas. Ces braves gens ne feraient jamais de mal à une mouche. Mais comme l’Israélien a le fond méchant, il passe son temps à massacrer et à emprisonner les enfants des voisins. »

« Le leader chiite Hassan Nasrallah est un héros au sourire si doux. Il vient juste de foutre le feu à la région, mais évidemment, c’est de la faute d’Israël.
Israël n‘est jamais agressé. Israël n‘est jamais en danger. Israël a toujours tort. La cruauté ontologique de l‘Israélien, au fond, est rassurante. Elle permet de mesurer à quel point on est du côté du bien, de la générosité, de l’irréprochable. »

« Vous voulez qu‘on vous trouve sympa et militant d’une gauche couillue et courageuse, portez un tee-shirt du Hamas à Paris-Plage.
Que l’on critique les décisions du gouvernement israélien, qu‘on juge les ripostes excessives ou non, c’est une chose. Et qu‘on se donne au moins la peine de rappeler que le camp adverse - en l’occurrence le Hezbollah et sa jonction avec le Hamas - a aussi quelques responsabilités dans l’histoire.
Pour les ambitions du Hezbollah - à savoir, fédérer pour le compte de l’Iran une grande force panislamiste -, une paix entre Israéliens et Palestiniens serait une catastrophe. »

« Ils font donc tout pour qu’une guerre fédératrice éclate, pendant laquelle l’Iran se hâtera d’achever son projet nucléaire. Qu’on parle de la réalité, au lieu d’en taire sans cesse la moitié. A moins d’annoncer la couleur et d‘avouer qu’on travaille dans un organe de propagande. Ce qui n’est pas le cas de Charlie. »

Alain Gresh

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