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Le Hamas est-il sorti vainqueur du sommet de La Mecque ?

par Alain Gresh, 14 février 2007

Après plusieurs semaines d’affrontements, le Hamas et le Fath sont arrivés à un accord pour mettre un terme aux combats, pour créer un gouvernement d’union nationale et pour tenter de rénover l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont le Hamas est, pour l’instant, exclu. Cet accord a été signé dans la nuit du 8 au 9 février à La Mecque sous l’égide du roi Abdallah d’Arabie saoudite, dont l’activisme diplomatique est à remarquer, aussi bien au Liban que sur le dossier irakien. L’accord est fondé sur deux textes : la lettre de Abou Mazen chargeant Ismaïl Haniyeh de former le gouvernement et que j’ai publiée sur ce blog ; le document d’entente nationale (voir sur ce blog « incertitudes sur la levée du blocus en Palestine », élaboré à partir du document des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes et ratifié par les deux organisations en juin 2005.

Dans un long entretien à la télévision saoudienne Al-Ikbariyya, en date du 12 février, Khaled Meshal, dirigeant du Hamas revient sur cet accord (on trouvera le texte anglais en intégral en document joint à cet envoi). Il déclare : « Nous n’avons pas seulement besoin d’un gouvernement d’unité nationale, mais nous avons besoin de plus, d’un partenariat réel sur le terrain, sur la politique, sur les positions que nous défendons et dans les responsabilités que nous assumons, en particulier parce que nous sommes encore au stade de la libération nationale et de la confrontation avec l’occupation... »

Sur le programme politique du gouvernement, Meshal affirme que « n’est pas le programme d’une faction particulière. Ni celui du Fath ni celui du Haas, ni un autre programme, mais le gouvernement sera basé sur un programme politique qui est le dénominateur commun de toutes les factions ». « Chaque faction a ses convictions, mais, comme gouvernement d’union nationale, nous nous sommes mis d’accord sur ses bases politiques et celles-ci définissent nos but nationaux et ce à quoi nous aspirons, un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967. » Cette affirmation est très importante, et elle confirme l’évolution du Hamas, malgré son refus de reconnaître formellement l’Etat d’Israël (sur ce problème, on pourra lire l’excellent article de Paul Delmotte paru dans le numéro de janvier du Monde diplomatique et intitulé « Le Hamas et la reconnaissance de l’Etat d’Israël. »

Ce pas en avant du Hamas est reconnu par le journaliste Zvi Bar’el, dans Haaretz du 11 février, « Khaled Meshal for president » (Khaled Meshal comme président). Bar’el note que « Israël fait face à une nouvelle réalité palestinienne, une réalité dans laquelle le Hamas est un partenaire essentiel puisqu’il a fait un pas significatif vers la reconnaissance d’Israël ». « Il devient de plus en plus clair à Abou Mazen, mais aussi à l’Arabie saoudite et à l’Egypte, que désormais chaque décision palestinienne sera soumise au veto ou à l’accord de Khaled Meshal. Si, jusqu’à présent, Meshal était uniquement capable de donner le ton des décisions du Hamas, à partir de maintenant Abbas et Meshal devront se coordonner sur le terrain. Le pouvoir de Meshal grandira encore si les deux parties avancent sur des discussions pratiques autour de la réorganisation de l’OLP. »

Pour la droite israélienne comme pour les Etats-Unis, il est évident que le Hamas est le grand gagnant de l’accord. « Why Hamas came out clear winner from Mecca summit » (pourquoi le Hamas est le grand vainqueur du sommet de La Mecque), tel est le titre d’un article de Khaled Abu Toameh, dans The Jerusalem Post du 11 février. Il note notamment que le sommet de La Mecque a renforcé le rôle du Hamas comme une force politique majeure au Proche-Orient. Il se termine par cette curieuse remarque : « L’accord n’appelle à effectuer aucun changement dans le conseil législatif dominé par le Hamas. Cela signifie que le gouvernement d’unité sera en permanence sous la menace de perdre un vote de confiance si le Hamas n’approuve pas sa politique. » Le journaliste suggère-t-il que la composition du conseil, définie par les électeurs au scrutin de janvier 2005 aurait dû être changée sans consulter la population ?

« U. S. the Big Loser in the Mecca Deal ? » (Les Etats-Unis sont-ils le grand perdant dans l’accord de La Mecque ?) s’interroge Elaine Shannon dans le Time. Dans ce texte, Martin Indyk, ancien ambassadeur américain en Israël affirme que l’accord est un « immense embarras » pour Rice ; il poursuit en disant que ce texte n’est pas à ce à quoi pensait l’administration américaine : « Ils espéraient que Abou Mazen, soutenu par l’Egypte et l’Arabie saoudite, avancerait sur la voie de l’exclusion du Hamas. Ils ne s’attendaient pas à un compromis avec le Hamas. Ils ne voulaient pas ce compromis et ils ne pensaient pas que celui-ci était nécessaire. » Surtout, Indyk pense, à juste titre me semble-t-il, que l’accord s’inscrit contre les efforts de l’administration Bush de forger une solide alliance des pays modérés arabes, dirigée notamment contre l’Iran.

La cacophonie des réactions des membres du Quartet est significative. Alors que les Etats-Unis ont réitéré leurs exigences (reconnaissance d’Israël, arrêt de la violence - par les Palestiniens seulement ! – et acceptation des accords déjà signés), la Russie, selon une dépêche de l’AFP du 9 février, « a salué vendredi l’accord entre les mouvements palestiniens Fatah et Hamas sur la formation d’un gouvernement d’union nationale et invité le Quartette à discuter dans ce nouveau contexte d’une levée du "blocus" économique imposé aux Palestiniens. "Moscou salue l’accord sur la formation d’un gouvernement d’union nationale", a déclaré le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Kamynine, cité par les agences russes.
"Nous estimons que seule une telle voie peut conduire à la stabilisation
dans les territoires palestiniens et autour d’eux", a-t-il ajouté, selon
Itar-Tass. Moscou a estimé que le Quartette (Etats-Unis, Union Européenne, Russie et ONU) devrait étudier attentivement cet accord et discuter de la question du "blocus" économique, alors que le gouvernement du Hamas est privé d’aides financières par les Etats-Unis et l’UE depuis sa prise de fonctions en mars 2006 »
.

Selon un dépêche de l’AFP du 10 février, « Jacques Chirac a estimé samedi, dans un entretien téléphonique avec le roi Abdallah d’Arabie saoudite, que l’accord entre le Fatah et le Hamas sur un gouvernement d’union "doit recevoir le plein soutien de la communauté internationale", a rapporté l’Elysée. Le président Chirac a "chaleureusement félicité" le roi pour l’accord
"conclu sous son égide", jeudi à La Mecque, par le président Mahmoud Abbas, du Fatah, et le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, et "a exprimé l’espoir que cet accord mette fin aux affrontements entre Palestiniens".
Il "a estimé que l’accord, qui constitue un premier pas dans la prise en
compte des principes du Quartette, doit recevoir le plein soutien de la
communauté internationale" »
.

En attendant sa réunion du 22 février à Berlin, « le Quartet réserve son jugement. ». On en saura un peu plus avec la réunion Olmet-Abou Mazen-Rice le 19 février.

Quoiqu’il en soit, les Palestiniens sortent renforcés de cet accord. Même si beaucoup d’obstacles demeurent à sa mise en oeuvre, le texte signé a mis fin aux combats fratricides et créé les bases d’une unité des Palestiniens qui devrait permettre de lutter plus efficacement pour leurs droits.

Quand la CIA analysait le plan de partage de la Palestine.

La nouvelle livraison de The Middle East Journal (hiver 2007) contient plusieurs articles intéressants. Un texte de Ilan Peleg et Paul Scham dresse un parallèle stimulant entre courants néo-révisionniste en Israël et néoconservateur américain ; August Richar Norton analyse plusieurs livres consacrés au Hezbollah ; Fred Lawson se penche sur les relations entre l’Iran et la Syrie (ce texte très bien documenté souffre, à mon avis, d’une approche théorique peu convaicante). Enfin Thomas Lippman revient sur le texte publié par la CIA sur le partage de la Palestine : certaines des prévisions étaient totalement erronées (notamment celle d’une défaite juive), d’autres plus correctes sur la manière dont l’URSS profiterait de la situation ou sur la radicalisation de la région que provoquerait la création d’un Etat juif.

Uri Avnery et le Liban

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Né en Allemagne en 1923, immigré en Palestine à l’âge de 10 ans, combattant de l’Irgoun à partir de 1939, Uri Avnery a participé à la guerre de 1948 dans la Hagana. Il est devenu l’un des plus conséquents combattants de la paix en Israël, rencontrant notamment Yasser Arafat durant le siège de Beyrouth en 1982 ; il n’a pas hésité, après les élections palestiniennes de janvier 2006, à rencontrer des membres du Hamas. Durant la guerre israélienne contre le Liban de juillet-août 2006, il fut l’un des rares Israéliens à dénoncer l’aventure. Ce sont les textes qu’il a écrits durant cette période qui sont traduits et rassemblés par Roland Massuard et Syviane de Wangen dans Guerre du Liban, un Israélien accuse (L’Harmattan, Les Cahiers de confluence, Paris, 2006, 122 pages, 12 euros.)

Mensonge sur les mariages forcés.

Petit texte écrit pour la « Valise diplomatique » du Monde diplomatique sur les chiffres donnés et largement répétés par les médias sur les mariages forcés en France.

Alain Gresh

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