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Mariages forcés (suite)

par Alain Gresh, 16 mars 2007

J’avais évoqué dans une « valise diplomatique » et dans un petit texte du blog la question des mariages forcés. Je rappelais dans la valise que : « L’excellente revue Pénombre, qui traque l’usage fantaisiste des chiffres par les médias et les responsables politiques, publie un article sur le sujet dans sa livraison de novembre 2006 (pas encore disponible sur son site (1)), sous le titre : 70 000 mariages forcés par an ?". Résultat des calculs : il existe en France 70 000 filles étrangères de 15 à 18 ans. L’auteure, Fabienne Vansteekinste, explique : « Ne hurlez pas tout de suite. Les étrangers en France comptent quelques Belges chez qui la pratique du mariage forcé est réduite, et la nationalité française englobe des gens d’origine africaine chez qui elle est plus répandue. Mais il n’y a pas de statistiques administratives par origine géographique au-delà de la première génération en France, et les gens du HCI, avec les mêmes sources, ont dû faire le même calcul que moi. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Et voilà comment on est passé de “70 000 filles potentiellement menacées qui seraient protégées si on relevait l’âge minimum du mariage à 18 ans” à “plus de 70 000 mariages forcés par an en France”. »

Une lectrice m’a fait parvenir le document qui explique l’origine de ce chiffre de 70 000. Il vaut la peine d’être lu.C’est une étude du Fasild, réalisée par Angélina Etiemble et intitulée Mariages "arrangés", mariages "forcés" : question de frontières ? (le texte ne semble pas disponible sur Internet). Le chiffre aurait été avancé par Mme Gilette-Faye, directrice du Groupe femmes pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles et autres pratiques affectant la santé des femmes et des enfants (GAMS) dans un rapport de 2002. En introduction, on rappelle que Mme Faye a avancé, en 2002,« le chiffre de 70 000 mineures d’origine étrangère sont menacées de mariage forcé en France ». On ne précisera jamais plus loin comment on passe de 70 000 personne « menacées » à 70 000 mariages forcés !

Interrogée par Angélina Etiembre, Mme Gillette-Faye explique : « J’ai pris les chiffres en Afrique de l’âge du mariage à partir des données de l’Organisation des Nations unies, en tenant compte des ethnies parce qu’en fait la nationalité ne veut pas dire grand-chose, comme on a majoritairement des Soninké et des Peuls sur le territoire français. Les Soninké pratiquent le mariage forcé à peu près dans l’ordre de 60% dans les pays d’origine, les Toucouleurs, c’est à peu près autour de 90% ,et avec j’ai croisé avec les chiffres de l’Education nationale où, là, j’avais l’origine des enfants, cela m’a permis de faire des projections chiffrées, je suis arrivée à 70 000. »

On reste stupéfait devant le "calcul", et on s’interroge : comment Mme Faye a-t-elle pu avoir la proportion des Soninkés et des Toucouleurs dans l’enseignement français ? Et comment peut-elle affirmer que les immigrés appliquent les coutumes de leur pays d’origine – à moins de penser que c’est « dans leurs gènes » ?

Pourtant, Mme Faye, toujours dans le même rapport, affirme : « Après coup, je suis un peu embêtée parce que j’aurais préféré passer à 100 000 parce que finalement, pour en avoir discuté avec des jeunes filles maghrébines, je me suis rendu compte qu’elles sont aussi concernées que dans les années 80, la situation n’a pas du tout changé pour elles. Donc, j’ai mésestimé encore le taux les concernant. »

Et elle reprend ses stupéfiants calculs, qui bouleversent la science des statistiques : « C’est exponentiel, cette histoire, parce que malheureusement les filles qui arrivent à l’âge du mariage sont de plus en plus nombreuses. Parce que les mamans, leur taux de fécondité, même s’il a diminué, il demeure quand même relativement plus important que chez les jeunes femmes occidentales bon teint (sic !). Donc elles ont en moyenne six enfants (pourquoi ? d’où sort ce chiffre ? pourquoi pas sept ou cinq ?), grosso modo. » Donc, si l’on compte trois filles par famille, « cela fait quand même un certain nombre (resic !) qui à l’âge d’aujourd’hui sont arrivées à l’âge du mariage ».

L’auteure du rapport, Angélina Etiemble, note que « la démonstration est discutable ». Mais le chiffre a été repris par le Haut Conseil à l’intégration et a servi largement dans les médias. Et Etiemble de remarquer : « Utilisé sans grande cohérence, puisqu’on évoque selon les cas une réalité effective ou un risque, il marque les esprits dans la dramaturgie des mariages forcés. »

Si l’on comprend bien le raisonnement, ce chiffre de 70 000 est « utile » non pas parce qu’il est « vrai » mais parce qu’il permet de frapper l’opinion ! Mais, d’une part, ce chiffre bricolé de manière ubuesque (en termes scientifiques) n’a aucun rapport avec la réalité. Ainsi, au Royaume-Uni, où s’est développée une véritable campagne contre les mariages forcés, campagne menée par le gouvernement en association avec les organisations locales, y compris musulmanes, un rapport fait état d’environ un millier de mariages forcés par an… dans un pays où le « communautarisme » est bien plus prégnant qu’en France. D’autre part, en stigmatisant une catégorie de la population (celle des immigrés musulmans), on accrédite l’idée que, « chez nous », chez les Blancs, la situation des femmes serait bonne. Et l’on occulte toutes les données qui montrent que, en matière de domination patriarcale (y compris les viols), ce sont toutes les femmes, quel que soit leur milieu, qui sont frappées.

Qu’il y ait mille, ou deux mille, ou même trois mille mariages forcés en France, c’est déjà trop. Et il faut effectivement faire cesser ce scandale. Comme il faut se mobiliser contre toutes les formes de patriarcat. Mais ce n’est sûrement en désignant, par la manipulation des chiffres, des communautés immigrées à la vindicte que l’on fera avancer la cause des femmes.

Confessions.

Les confessions de Khaled Cheikh Mohammed sont longuement reproduites dans un article du Monde du 16 mars, de Corinne Lesnes, « Les aveux du "cerveau" du 11-Septembre ». « Avec une rapidité exceptionnelle, le Pentagone a publié, mercredi 14 mars, les extraits de la déposition faite par Khaled Cheikh Mohammed, le présumé maître d’œuvre des attentats du 11 septembre 2001 d’Al-Qaida à New York et Washington, lors de sa première audition, le 10 mars, à Guantanamo. Selon les documents, dont des passages ont été rendus illisibles par la censure militaire, Khaled Cheikh Mohammed revendique 31 attaques et attentats, dont une partie n’ont pas été mis en œuvre. L’un des 31 aveux, le no 3, est censuré. »

« En plus de "l’opération du 11-Septembre, de A à Z", il revendique entre autres "l’opération du World Trade Center en 1993", "l’opération à la chaussure piégée pour faire exploser deux avions américains (dont la tentative du britannique Richard Reid)", "l’attentat à la bombe contre une boîte de nuit à Bali (Indonésie)", "l’attentat d’un hôtel à Mombasa (Kenya) fréquenté par des voyageurs juifs" ».

« Il avoue également la préparation et le financement de projets d’attentats qui n’ont pas été réalisés, contre des villes américaines, des ambassades américaines et israéliennes, des bases militaires, des aéroports et des pétroliers à travers le monde, et des assassinats de deux anciens présidents américains, Jimmy Carter et Bill Clinton, ainsi que du président pakistanais Pervez Musharraf et du pape défunt Jean Paul II. »

Mais ces déclarations suscitent quelque scepticisme. Ainsi, le quotidien britannique The Guardian du 15 mars, dans un article intitulé « Shock and scepticism greet alleged 9/11 confessions » note que les critiques touchent à la fois les méthodes d’interrogation à Guantanamo et l’absence d’observateurs indépendants lors des auditions où ces déclarations auraient été faites. De plus, Mohammed aurait été torturé, ce qui amène Kenneth Roth, le directeur exécutif de Human Rights Watch à mettre en doute la légalité de ces aveux. L’organisation demande d’ailleurs que les descriptions données par l’accusé des tortures auxquelles il a été soumis soient rendues publiques.

Pétrole irakien.

Dans un article du International Herald Tribune du 13 mars, Antonia Juhasz publie un article « Whose oil is it, anyway ? », qui revient sur la loi sur le pétrole irakien. « Une nouvelle loi devrait passer devant le parlement irakien et, si elle passe, elle permettra aux grandes compagnies pétrolières d’avancer considérablement dans leurs objectifs. La loi ôtera la plus grande partie du pétrole irakien des mains du gouvernement irakien et ouvrira le domaine pétrolier aux grandes compagnies pour une génération ou plus. » Et elle ajoute : « La compagnie nationale irakienne aurait le contrôle exclusif sur seulement 17 des 80 champs pétroliers, laissant les deux tiers de ceux qui sont connus et tous les autres inconnus ouverts au contrôle étranger. »

Hésitations à Qatar.

Le ministre des affaires étrangères de Qatar, un pays du Golfe qui abrite le commandement central américain (US Central Command), a exprimé ses inquiétudes, selon un article de Roula Khalaf dans le Financial Times (15 mars), « Qatar voices Gulf fears of military action against Iran ». Parlant à Londres, le ministre a déclaré : « Il est important pour nous tous d’essayer et de trouver une solution à travers le Conseil de sécurité parce que personne ne gagnera si d’autres moyens sont utilisés. » Il a aussi affirmé que le conflit entre sunnites et chiites en Irak était « le clash le plus dangereux ».

Alain Gresh

(1) Depuis, il a été publié.

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