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Crise de l’eau : les pays riches aussi

A l’instar de l’ensemble des pays développés, l’Europe n’est plus à l’abri des pénuries en eau, dont on imagine qu’elles n’affectent que les pays pauvres. Réchauffement climatique, déficience des aménagements et mauvaise gestion des ressources menacent aussi désormais les pays les plus prospères. Pire, des milliers d’enfants meurent encore chaque année dans l’espace européen de maladies hydriques.

par Marc Laimé, 18 avril 2007

Près de 40 enfants meurent chaque jour de diarrhées dans l’un des 52 pays qui composent la région Europe, selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Contrairement aux idées reçues, les pays en voie de développement d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud ne sont pas les seuls à être affectés par les maladies hydriques.

Si la plupart des Européens disposent d’une eau potable de qualité, 140 millions de personnes, soit 16% de la population européenne, ne disposent pas de l’accès à cette ressource vitale, et vivent dans un logement qui ne bénéficie pas de raccordement à un réseau de distribution publique d’eau de boisson.

La situation est particulièrement critique dans 17 pays d’Europe de l’Est ou de l’ex Union soviétique : Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, ex-République yougoslave de Macédoine, Géorgie, Kirghizstan, Ouzbékistan, Pologne, Roumanie, Serbie, Monténégro, Slovaquie, Tadjikistan, Turkménistan et enfin Turquie.

11 000 des 13 500 enfants Européens qui meurent chaque année d’une maladie liée à l’eau vivent dans l’un de ces pays, où 4 ruraux sur 10 n’ont pas accès à un assainissement de qualité.

En 2006, l’OMS a ainsi dénombré dans l’espace européen pas moins de 170 000 cas de maladies d’origine hydrique : diarrhées, hépatite A, fièvre typhoïde notamment…

Une situation intolérable à laquelle les représentants des pays européens ont décidé de s’attaquer en janvier 2007 à Genève en y lançant le Protocole sur l’eau et la santé. Deux ans après le lancement de la Décennie de l’eau qui doit couvrir la période 2005-2015, ce texte est le premier traité visant à réduire le nombre de décès et de maladies liées à l’eau.

Dans le même temps, en France, chaque habitant consomme de 150 à 200 litres d’eau par jour. A raison de 93% pour l’hygiène corporelle, les sanitaires et l’entretien de l’habitat.

Mais si l’eau du robinet fait l’objet de contrôles draconiens, étant soumise à 54 paramètres qui doivent être respectés, faute d’encourir une interdiction de consommation humaine, la pollution croissante des ressources en eau n’en fait pas moins peser le spectre de nouveaux risques émergents pour la santé, encore mal identifiés par la communauté scientifique.

Mauvaise gestion et pénurie

Sous un autre angle, l’Europe et l’ensemble des pays développés ne sont pas davantage à l’abri des pénuries en eau, longtemps considérées comme un handicap n’affectant que les pays pauvres.

Car le manque d’eau affecte un nombre toujours plus important de pays riches, et même quelques-unes des nations les plus prospères au monde.

Le World Wildlife Fund (WWF) avait ainsi lancé un véritable cri d’alarme lors de la semaine mondiale de l’eau, qui se déroulait du 20 au 26 aout 2006, en soulignant les problèmes croissants liés à l’utilisation de l’eau dans les pays développés.

"Rich countries, poor water" (« Pays riches pauvres en eau ») était le premier rapport global entièrement consacré à la situation des ressources en eau dans les pays industrialisés.

Il soulignait notamment que les effets combinés du changement climatique, des épisodes de sécheresse et de la disparition des zones humides qui faisaient office de réservoirs, conféraient à la crise de l’eau l’allure d’un phénomène de portée mondiale, aggravé par des aménagements inappropriés et une mauvaise gestion des ressources.

Il mettait en avant quelques cas de figures qui illustrent des problèmes liés à l’eau affectant des pays comme l’Australie, l’Espagne, certaines régions du Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Japon.

"Richesse économique ne veut pas forcément dire abondance en eau," déclarait ainsi Philippe Weiler, responsable du Programme eau douce du WWF-Belgique .

"L’eau doit être utilisée de manière plus rationnelle partout dans le monde : les pénuries et les pollutions sont des phénomènes de plus en plus courants et trouver des solutions incombe tant aux pays riches qu’aux nations pauvres."

Plusieurs pays d’Europe riverains de l’Atlantique sont ainsi désormais confrontés à des sécheresses récurrentes, tandis qu’en Méditerranée la consommation d’eau à grande échelle liée au tourisme de masse, de même que l’irrigation pour l’agriculture, mettent en danger les ressources disponibles.

L’Espagne connaît depuis plusieurs années une situation particulièrement critique, liée à l’agriculture intensive tournée vers l’exportation, localisée dans le sud du pays, autant qu’à la frénésie immobilière qui l’affecte, et se traduit par la construction de dizaines de milliers de résidences de luxe destinées aux retraités de l’Europe du nord. Dans ces « resorts » à l’anglo-saxonne des dizaines de milliers de golfs assèchent littéralement les réserves d’eau disponibles.

Pressions excessives sur les ressources

En Australie, le continent le plus aride au monde, l’accroissement de la salinité des eaux représente déjà un problème majeur pour une bonne partie des terres agricoles les plus importantes.

Au Japon, pays qui bénéficie pourtant de précipitations abondantes, la contamination des eaux de consommation constitue un problème extrêmement sérieux en bien des endroits.

Dans de nombreuses régions des Etats-unis, la quantité d’eau consommée dépasse largement ce que la nature est en mesure de fournir. La situation ne pourra qu’empirer suite au changement climatique, qui va de pair avec une réduction du volume des précipitations, une augmentation de l’évaporation et des changements dans le régime de fonte des neiges.

Dans quelques-unes des villes les plus assoiffées au monde, comme Houston et Sydney, le rythme de consommation de l’eau est bien plus élevé que celui de la reconstitution des réserves.

A Londres, les pertes et les fuites dues à un réseau de distribution vétuste sont estimées à l’équivalent de 300 piscines olympiques par jour.

Il est également significatif de constater que des villes comme New York, dont les problèmes d’approvisionnement en eau sont moins graves, ont généralement une tradition plus ancienne de protection des zones de captage et sont agrémentées de grands espaces verts.

"Les pays connaissant une croissance économique rapide ont encore l’occasion de ne pas répéter les erreurs du passé et de s’épargner les coûts élevés qu’entraîne la restauration des écosystèmes d’eau douce après que ceux-ci ont été endommagés," ajoutait Philippe Weiler.

"Malheureusement, il faut bien constater que la majorité de ces pays a déjà été séduite par de grands projets d’infrastructure comme la construction de barrages, sans qu’il n’ait été tenu suffisamment compte, ni du potentiel réel de tels équipements à répondre aux besoins en eau, ni de leurs coûts pour les populations et pour la nature ".

Même au Brésil, qui se situe pourtant à l’avant-garde au niveau mondial grâce à son plan national d’exploitation des ressources en eau, des inquiétudes subsistent en ce qui concerne plusieurs projets de construction de barrages.

Un peu partout en Inde, l’agriculture est menacée par une surexploitation généralisée des ressources en eau.

Et les conséquences possibles pour l’environnement et les populations de certains projets d’infrastructures lourdes liées à l’exploitation de l’eau en Chine suscitent une inquiétude au niveau international.

"La crise qui affecte les pays riches prouve que le bien-être matériel et la multiplication des infrastructures ne mettent pas à l’abri contre les pénuries, les pollutions, le changement climatique ou la sécheresse et ne constituent en aucune façon des substituts efficaces à la protection des cours d’eau et des zones humides ou à la restauration des plaines inondables," concluait M. Weiler.

Autant de signaux d’alarme qui devraient nous rappeler notre devoir de protéger la nature, la source de toute l’eau dont nous avons besoin.

Tous les gouvernements de la planète doivent impérativement trouver des solutions adaptées, pour les riches comme pour les pauvres, notamment en réparant les infrastructures vétustes, en réduisant la contamination des eaux et en modifiant les pratiques actuelles d’irrigation des cultures.

Marc Laimé

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