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A-t-on le droit de tout dire ?

La liberté d’expression

mardi 27 mars 2007, par Agnès Callamard

Reconnaître la liberté d’expression a souvent constitué l’une des premières étapes vers la démocratie. Revendication commune au libéralisme politique et au républicanisme, elle est le pendant de la liberté de conscience et s’oppose au dogme. Celui de la monarchie absolue (crime de lèse-majesté), celui de la religion (délit de blasphème). Maniant l’ironie, Beaumarchais fait dire à son Figaro : « Pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. »

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les révolutions anglaise, américaine et française se sont, entre autres, caractérisées par la reconnaissance de la liberté d’expression. Elles réalisaient ainsi une partie du projet des Lumières. Tous les textes nationaux et internationaux protégeant les droits de la personne accordent à cette liberté une place privilégiée : du Bill of Rights de 1689 en Angleterre (liberté de parole et de débat au Parlement, droit de pétition) à la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies (DUDH) de 1948 en passant par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, adoptée en 1981. Il est significatif qu’elle figure parmi les premières libertés supprimées par les régimes autoritaires, notamment au travers du contrôle de la presse et de l’art.

Cependant, si le principe de la liberté d’expression est reconnu et protégé, les frontières de celle-ci ont toujours fait débat. Seuls les Etats-Unis ne lui en délimitent aucune ; le premier amendement de la Constitution américaine est catégorique : « Le Congrès ne fera aucune loi restreignant la liberté d’expression ou la liberté de la presse. » La Cour suprême rejette même avec constance les textes qui tendent à protéger les mineurs utilisateurs d’Internet. Aucune liberté n’est absolue en ce sens qu’elle s’exerce dans le cadre des lois qui la réglementent au nom de l’intérêt général. En France, les publications destinées à la jeunesse font ainsi l’objet d’un régime spécial datant de 1949 et interdisant toute présentation favorable du banditisme, de la lâcheté ou du vol. Toutefois, de telles restrictions, toujours étroitement circonscrites, tendent à disparaître, notamment sous l’effet de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme : ce tribunal a condamné, en 2001, le décret de 1939 qui donne au ministre de l’intérieur français un large pouvoir d’interdiction des publications étrangères.

La période récente a renouvelé le débat sur l’exercice de la liberté d’expression. Outre le développement des nouvelles technologies, des facteurs politiques y contribuent. Les législations destinées à lutter contre le terrorisme (y compris le Patriot Act aux Etats-Unis) instaurent des incriminations floues, qui renforcent le pouvoir de contrôle des gouvernements. En outre, la résurgence des partis d’extrême droite a poussé à sanctionner divers propos, tels ceux sur la négation du génocide juif. Certains, qui s’alarment de ce qui s’apparente à un retour des « vérités officielles », ont lancé l’« appel des dix-neuf historiens pour la liberté de l’histoire contre toutes les lois mémorielles ». La nécessité de lutter contre les racismes doit-elle passer par l’adoption d’un arsenal juridique limitant la parole ?

Les nouvelles affirmations religieuses bousculent à leur tour l’édifice de la liberté d’expression. Des croyants de toutes les religions tentent de faire interdire des films (La Dernière tentation du Christ, de Martin Scorsese), des livres (Les Versets sataniques, de Salman Rushdie, ou Le Concile d’amour, d’Oscar Panizza) ou des caricatures de presse (dessins de Mahomet au Danemark). Certains intellectuels estiment, notamment en ce qui concerne l’islam, que ces attaques visent davantage des communautés discriminées que des confessions. D’autres, tout en reconnaissant ce problème, dénoncent le retour du délit de blasphème ou sa réactivation, ainsi que la volonté d’emprise des religions sur l’espace public.

Ces débats interviennent alors que la pensée et la représentation politiques traversent une crise, rendant hésitante l’affirmation d’un intérêt général définissant un socle de droits acceptés par tous. Agnès Callamard, qui dirige l’association Article 19 (article de la DUDH protégeant la liberté d’expression), défend, dans Le Monde diplomatique d’avril 2007, une conception très large de cette liberté, qui, dès lors qu’ils ne constituent pas une incitation directe à la haine raciale ou à la violence, n’exclurait ni le blasphème, ni le négationnisme, ni la glorification du terrorisme.

Les lecteurs de cet article sont invités à en débattre sur le forum ci-dessous.

24 commentaires sur « La liberté d’expression »

  • permalien Nicolas Krebs :
    27 mars 2007 @18h42   »
    La liberté d’expression n’est pas absolue aux États-unis

    « si le principe de la liberté d’expression est reconnu et protégé, les frontières de celle-ci ont toujours fait débat. Seuls les Etats-Unis ne lui en délimitent aucune ; le premier amendement de la Constitution américaine est catégorique »

    Faux, la liberté d’expression n’est pas absolue aux États-unis, et le premier amendement de la constitution n’est pas catégorique sur ce sujet. Lire par exemple les articles de
    - ARNO*, « Le premier amendement dans toute son horreur », uzine, 6 août 2000, http://www.uzine.net/article48.html ;
    - Claude‑Jean Bertrand, « Le Premier Amendement : un mythe », Transatlantica, urn:issn:765-2766, numéro de 2003 « State of the Union », 2003, http://transatlantica.revues.org/do....

    Le site web officiel de l’association Article 19 (qui n’est pas indiqué dans l’arrticle) est-il http://www.article19.org/ ?

    Voir en ligne : Le premier amendement dans toute son horreur

  • permalien eriol :
    27 mars 2007 @20h12   « »

    N’ayant pas encore reçu le diplo du mois d’avril, je n’ai pas encore lu l’article en question, cependant aux vues de l’introduction proposée ici une chose me semble d’ores et déjà laissé de coté. Comment parle de liberté d’expression alors que cette expression même est limite matériellement et répartit de façon totalement inégale. Comme l’a déjà souligné plusieurs fois le diplo, l’actuelle concentration des médias aux mains de quelques membres de la bourgeoisie et une entrave au pluralisme politique, mais également à la liberté d’expression. Les résistants du CNR l’avaient bien compris : tant que les médias ne seront pas indépendants des pouvoirs d’argent et tant que ne sera pas garantit matériellement à chacun la possibilité de s’exprimer la liberté d’expression ne sera qu’un mythe. Cela suppose évidemment que l’État prenne en charge une partie du financement des journaux indépendants.

    Le problème n’est donc pas tant si par exemple Charlie hebdo peut ou non publier des caricatures de Mahomet, mais plutôt pourquoi des médias indépendants comme CQFD (journal satirique), Zalea TV (télé libre) ou Aligre FM (radio indépendante) ne bénéficient pas d’une aussi large distribution. Le parcours de Charlie est d’ailleurs révélateur en ce sens qu’il va nettement mieux financièrement depuis qu’il est réactionnaire

    ...

    Le probleme n’est donc pas tant si par exemple charlie hebdo peut ou non publier des caricatures de mahomet, mais plutot pourquoi des medias independants comme CQFD (journal satirque), Zalea TV (tele libre) ou Aligre FM (radio independante) ne beneficient pas d’une aussi large distribution. Le parcours de Charlie est d’ailleurs revelateur en ce sens qu’il va nettement mieux financierment depuis qu’il est reactionnaire

  • permalien Benoît :
    27 mars 2007 @21h14   « »

    La Liberté d’Expression est le Bien le plus cher que la Révolution nous a donné. Toutefois il y a Liberté d’Expression et libertés dans l’expression. En clair, on peut s’exprimer sur n’importe qui et n’importe quoi à la seule condition que ce que l’on exprime soit basé sur des faits corrects - les plus objectifs possibles -, dans un esprit de respect de l’Autre et des Faits. Les "petites phrases" et certains articles "raccrocheurs" ne répondent par exemple pas à la défintion que je me donne de la Liberté d’Expression.

  • permalien collectif Otra :
    27 mars 2007 @21h58   « »

    La liberté d’expression... a son oeuvre, ou ... à l’oeuvre puisqu’il s’agit d’une oeuvre collective !

    « http://www.reflet-web.net » - Reflet

    Voir en ligne : Reflet, oeuvre Collective

  • permalien agnès :
    27 mars 2007 @23h01   « »

    Je n’ai pas encore lu l’article du diplo... Néanmoins, je m’exprime aujourd’hui.

    La liberté d’expression n’exclut pas, parce que libre, la bêtise... s’exprimer librement ne signifie pas être pertinent. C’est d’ailleurs à cause de ce manque de pertinence que je n’avais pas suivi l’affaire des caricatures reprises par Charlie Hebdo. Je trouvais crétin, voire minable, qu’un journal français, quand les modestes musulmans du pays n’ont passablement pas droit à la parole, se fasse l’écho d’un discours limite raciste (avec les amalgames possibles et inévitables que l’on sait en France), et ce dans un contexte où cela ne pouvait qu’attiser les violences. Mais je n’ai pas pu échapper au matraquage médiatique le jour du procès du dit journal... Dans ce cas précis, la question, à mon sens, n’est plus tant celle de la liberté d’expression, l’affaire n’aurait pas pris cette ampleur, elle ne le méritait pas, si tous les médias ne s’étaient pas focalisés dessus à outrance, mais bien celle de l’intox quotidienne dont ces mêmes médias sont coupables en brassant de l’air et nous détournant des problèmes de notre "démocratie" toute relative et de ses tristes dérives. Cela dit, ça m’a fait rigoler que Sarko apporte son soutien à Val !

  • permalien
    28 mars 2007 @00h05   « »

    J’aurai envie de dire que la liberté d’expression, on ne doit attendre qu’on nous la donne... il faut la prendre, sans demander à personne. Ça ne se discute pas. Soit on est libre, soit on ne l’est pas.

    Et à mon avis seul l’expression doit être utilisé pour lutter contre l’expression… la censure (priver d’expression) ne doit jamais être utilisé. De toute façon (et encore plus aujourd’hui) tout fini par ce savoir ! Bon après info. / intox. etc.

  • permalien Chahid :
    28 mars 2007 @01h53   « »

    Quand la « liberté d’expression » va frapper à la porte des casernes, et quand la plume est au service des marchands d’armes, il n’y a plus de « liberté d’expression » alors !

    Voir en ligne : Le dilemme des électeurs français.

  • permalien 51claude57 :
    28 mars 2007 @08h23   « »

    A propos de liberté d’expression, je ne peux m’empêcher de penser à ces paroles qui seraient de Charles Péguy : "Celui qui sait la vérité et qui ne gueule pas la vérité se fait complice des escrocs et des faussaires".

  • permalien Nasser :
    28 mars 2007 @09h16   « »

    la liberté d’exepression donne t’elle droit de cracher, sur les Musulman ( je fait référence aux caricatures de Mohamed ) ? Et cette même liberté à t’elle un avenir lorsque les journalistes appliquent l’auto-censure ?

  • permalien Madiba :
    28 mars 2007 @10h11   « »

    La liberté d’expression dans le contexte de la mondialisation se doit d’être contrôler par les responsables politiques de chaque nation afin d’éviter qu’elle ne soit le moteur, pire le catalyseur du désordre mondial. L’on pourrait donc parler de necessité d’expression dans le contexte actuelle de mondialisation. Car lorqu’on estime qu’une expression contribuera à émouvoir sans en apporter à l’édification de l’ordre mondial autant ne pas l’exprimer.

  • permalien Mehdi :
    28 mars 2007 @14h36   « »

    Tout le monde est pour la liberté d’expression, par contre, c’est en entrant dans les détails que cela se corse.

    Avant tout, la question de savoir si on doit pouvoir tout dire occulte celle de savoir qui est plus égal que les autres dans le cas de la prise de parole. Dans le cas de charlie hebdo, le procès est tellement monté en sauce qu’on en oublie que l’existence du journal et sa notoriété n’ont jamais été en question, tout au plus aurait-il écopé d’une condamnation symbolique. Ceci est un simple constat indépendant de tout jugement de valeur sur Charlie Hebdo ou sur le procès (procès franchement stupide à mes yeux).

    Comparons le cas du procès de Charlie Hebdo au lent processus de mise sous silence de Daniel Mermet et de son programme "Là-bas si j’y suis", au delà du procès pour anti-sémitisme (qui, simple remarque, avait beaucoup moins suscité de solidarité dans la classe politique et médiatique), il est plus important de se focaliser sur le déplacement de l’heure de diffusion de l’émission et de la volonté de la supprimer carrêment à terme (en utilisant le prétexte du faible taux d’audience), c’est à dire la disparition d’une émission franchement atypique dans le paysage audiovisuel (ce qui est, à mon avis, beaucoup moins le cas avec Charlie Hebdo).

    Tout cela pour dire que la liberté d’expression ne se situe pas toujours là où on le pense, même si la censure classique existe toujours dans nombre de pays et peut parfois également ressurgir dans des pays comme la France (on en sait quelque chose à Paris-Match), l’Italie, les USA, ou même l’Angleterre (où la BBC doit rentrer petit à petit dans le rang). Cela dit, des nouvelles formes de censure sont désormais à l’oeuvre, plus subtiles et vicieuses, et aboutissent à la marginalisation de courants d’opinions et de pans complets de la société.

    Toute réflexion sur la liberté d’expression ne peut donc faire l’économie d’un débat sur l’état des courants d’opinion en place et de leur représentativité, faute de quoi on continuera à se focaliser sur des faux débats (quelle que soit l’opinion qu’on peut porter sur les caricatures en question).

  • permalien Colin :
    28 mars 2007 @19h53   « »

    Quelques petites remarques avant de recevoir le Diplo dans ma boîte :

    Quand on parle de liberté d’expression, il ne faut pas oublier de mentionner les problèmes d’analphabétisme et d’accès aux médias. Dans un pays où beaucoup ne savent pas lire, où beaucoup sont trop pauvres pour acheter une Tv ou un poste de radio, où beaucoup sont trop occuper à survivre pour avoir le temps de s’informer, proclamer la liberté d’expression, même absolue, c’est un peu comme proclamer la liberté de courir dans un pays de cul-de-jatte...

    Dans les cas où, même pour les meilleurs motifs du monde, on décide de contrôler certaines formes d’expression, il se pose toujours la question de savoir à qui il reviendra d’exercer ce contrôle. On peut prendre l’exemple du CSA : revient-il à des individus nommés par des politiques de contrôler le respect des temps de paroles en période électorale ?

    Enfin, il faut aussi aborder les problèmes de proximité politiques/financiers/médias/..., de recherche dans rentabilité dans les médias, etc. mais d’autres l’ont déjà fait ici, et d’autres le feront sûrement encore.

    Il ne reste plus qu’à attendre le passage du facteur !!

  • permalien Jupe :
    29 mars 2007 @10h32   « »
    Les médias français censurent un débat libre autours des événement du 11 septembre !

    "toute restriction, même bien intentionnée, profite d’abord aux pouvoirs installés."

    Je suis tout à fait d’accord avec cette conclusion. C’est pourquoi je me permets d’attirer l’attention des lecteurs du Monde Diplomatique sur un sujet qui est complètement censuré dans toute la presse française : la remise en cause de la thèse officielle des événements du 11 septembre 2001.

    Le Monde Diplomatique a publié un article écrit par Alexander Cockburn, « Le complot du 11-Septembre n’aura pas lieu » (cf : http://www.monde-diplomatique.fr/20... dans l’édition de décembre dernier. Il est très louable de publier un tel article diffamatoire (en particulier envers M David Ray Griffin entre autre auteur du livre : Le nouveau Pearl Harbour), plein d’approximations et de contre vérités à condition et à condition seulement de proposer à ses lecteurs un droit de réponse. Ce droit de réponse (cf le droit de réponse publiée en norvégien et en anglais sur l’édition norvégienne du Diplo : http://www.lmd.no/index.php ?article... est censuré par la direction du Monde Diplomatique. Pourquoi ?

    Si cette situation était propre au Diplo, cela ne serait pas grave, malheureusement elle est tout a représentative de la censure orchestrée autours de ce sujet tabou !

    Voir en ligne : http://www.reopen911.info

  • permalien Sleimane OULD M’BARECK :
    29 mars 2007 @11h59   « »

    On n’a pas la libetré de tout dire maos la devoir de le faire.

  • permalien
    29 mars 2007 @14h15   « »
    Liberté d’expression ? Mon cul !

    Est-ce que la liberté de pouvoir tout dire suffit à pouvoir se faire entendre ?

    Dans une société où les informations les plus dérisoires, les plus stupidement désolantes masquent les discours censés et mesurés, il ne reste plus qu’Internet pour débattre et encore....

    Le risque, c’est se dissimuler sous cette apparente "liberté d’expression" sans s’apercevoir qu’elle est déjà tant mise à mal, par ceux qui détiennent réellement le destin de l’information entre leurs mains, les marchands d’armes et les "bétonniers", propriétaire de la majorité de la presse française.

    Le pluralisme est mort depuis longtemps. Comme disait Barthes, en gros... rien de mieux que d’introduire de la "vaccine", des miettes d’éléments contradictoires – qui passent dès lors inaperçus… - au sein d’une avalanche de propos assénés comme des vérités premières, servant à nourrir la "doxa", l’entretenir dans un doux ronron... pour donner à croire à une autre voix -voie ?- possible. En somme, on ne pourra pas nous reprocher de ne pas avoir fait preuve de "magnanimité" en laissant la parole à une minorité d’autant plus "réelle" qu’elle est invisible... et pour cause... Ce sont les média qui « inventent » littéralement l’événement, qui instrumentalisent la forme et le fond pour que rien ne change…toujours un peu plus.

    Le drame c’est qu’il va falloir user de plus en plus de violence pour se faire entendre, avec les risques évidents que cela comporte, particulièrement dans l’opinion publique, plus que jamais, caressée dans le sens du poil par des média à la botte… Les méchants : précaires, chômeurs, immigrés, voyez-les à l’œuvre qui mettent en péril l’intégrité (physique et sociale) du « bon français »… Comme en 2005, on instrumentalise une violence en la jugeant à l’aune de ses effets, en faisant l’économie des causes réelles qui l’ont produite ! Le mépris des autorités, de la police au premier chef, l’insécurité sociale est leur lot quotidien. Il en font peser la responsabilité sans distinction sur les institutions, le passant ordinaire, le commerce, tous ceux qui leur jettent en pleine gueule un mépris dont ceux-là même trouvent les raisons dans leur propre abdication face la complexité de la réflexion qu’elle devrait imposer.

    Quand le changement réel SUR-viendra, les média auront des comptes à rendre face au peuple qu’il aura pris pour un imbécile, en le méprisant à coup de fausses informations, d’informations diluées, de faux débats, de complaisance accablante en faveur des dirigeants politiques essentiellement de droite (car, il ne faut pas se faire d’illusion, c’est toujours à la cupidité des bourses pleines que profite le crime !)

    Un nouveau paradigme de la contestation doit se faire jour. Le respect et la survie de la démocratie sont à ce prix ! Ceux aussi de la Liberté d’expression !

  • permalien séverine :
    29 mars 2007 @19h17   « »

    La liberté d’expression peut apparaître comme la condition nécessaire à la raison humaine, étant donné qu’elle permet par la confrontation des points de vues d’éclairer la raison de chacun qui reste limitée.

    Dans « Que signifie s’orienter dans la pensée », Kant réfléchit sur la justesse de nos pensées : "Quelles seraient l’ampleur et la justesse de notre pensée, si nous ne pensions pas en quelque sorte en comunauté avec d’autres à qui nous communiquerions nos pensées et qui nous communiqueraient les leurs ?" Cette question suppose la nécessité d’accepter la liberté d’expression comme la condition nécessaire d’enrichissement de la pensée libérée de toute servitude. Or les servitudes limitant la liberté de pensée peuvent être désignées comme le propre de chaque personne. En effet, le savoir et l’expérience de chacun sont nécessairement limités. Seul la rencontre avec l’autre pensée peut permette à cette connaissance limiée de s’enrichir. Cette rencontre peut permettre en même temps d’apporter un correctif et d’éviter au raisonnement humain de sombrer dans un délire dogmatique. Au sein de la liberté d’expression, la liberté de l’homme peut s’accomplir à condition d’accepter l’abandon de croire en l’illusion de pouvoir posséder la vérité absolue tout en acceptant de renoncer à des point de vues non pertinents pour cette même liberté.

  • permalien Ghibli (PCF) :
    31 mars 2007 @21h42   « »

    La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement, certes mais l’on ne peut faire l’économie d’au travers quoi celle-ci se manifeste (médias) et sous quelles conditions.

    Dans un contexte de lutte des classes particulièrement favorable à la classe capitaliste, les médias toujours plus sous l’emprise d’oligarchies financières (concentrations) et enferrées dans des logiques financières (publicité) pour assurer leur devenir, tendent à réduire la liberté d’expression à n’être de plus en plus qu’un vecteur légitimateur de l’idéologie dominante au dépens de l’exercice du débat contradictoire.

    Cette différence à l’intérieur de laquelle se meut l’identité actuelle des médias, la lutte entre sphère intellectuelle et sphère financiarisée, celle-ci tentant de mettre la première sous sa dépendance totale (ou partielle selon les rapports de force), me paraît révélatrice de la crise d’authenticité de la pratique de la liberté d’expression, notamment journalistique.

    Il n’y a qu’à voir la campagne présidentielle pour s’en convaincre...

    Ghibli (PCF)

  • permalien Daha :
    2 avril 2007 @21h13   « »
    Source de confusions et prétexte pour des impertinences impardonnables

    Agnès callamard ne peut pas défendre la liberté d’expression dans le sens d’une liberté d’expression qui absolue, c’est-à-dire une liberté d’expression qui dépasse les limites qu’impose la jouissance de toute forme de liberté à titre personnel ou collectif, et prétendre avoir raison. Elle ne saurait avoir raison tout comme tous ceux qui, dépassant les bornes, cultivant l’idiotie, l’impertinence et faisant preuve d’une ignorance de la réalité des êtres et des choses, n’ont rien d’autre à faire que de s’en prendre à des personnalités que la sainteté et la grandeur mettent au-dessus de la mêlée et hors de portée de toute incurie et de toute idiotie. En effet, la liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres. En d’autres termes, il faut se garder de faire du tort à autrui sous le couvert fallacieux et injuste de la liberté de s’exprimer. Que ne peut-on dire qu’on réprouve un certain nombre de faits, d’attitudes ou d’idées sans pour autant avoir besoin de tenter de tourner en dérision jusqu’aux Prophètes ; ce qui est inadmissible, insensé et absolument condamnable. L’intellectualisme, tout comme l’honnêteté intellectuelle, n’a pas besoin de cette tendance à trop pousser le ridicule en montrant un côté par trop impertinent. Et puis, les occidentaux qui semblent se complaire dans cette pitoyable posture doivent savoir que tous les peuples du monde ne partagent pas leur conception biaisée de la liberté. La liberté ne saurait être perçue comme la possibilité de porter impunément atteinte à l’honneur et à la dignité d’autrui ou de toute une communauté. Rappelez-vous cet adage dont on attribue la paternité à vos ascendants : " Comme on fait son lit, on se couche."

    Vous ignorez également ou perdez de vue que le dogme religieux ne concerne aucunement ceux qui ne se reconnaissent pas de la religion la plus incriminée sur cette question, et fort injustement, l’Islam, en l’occurrence. Sachez que n’entre pas en Islam qui veut, sans la Volonté Suprême. Le Coran interdit la soumission à Ses principes sous la menace de la contrainte : "Il n’y a pas de contrainte en religion". Et même dans la pratique du culte, le libre arbitre constitue le fondement de la validité des actes du croyant, car tout est apprécié en Islam à l’aune de l’intention "délibérée" ; laquelle est nécessairement placée au premier plan dans tout acte d’adoration. Et en plus, le Coran a, le Premier, défendu le principe de la liberté d’expression et de la démocratie (étudiez-le pour vous en convaincre), si tant est que ces deux concepts supposent la possibilité de donner librement son point de vue dans le respect de sa personne et dans le respect des autres.

    (voir suite)

  • permalien
    2 avril 2007 @22h04   « »
    La religion est un mal nécessaire au seul service des puissants...

    La religion est un mal nécessaire dans une société infantile... Elle est un frein à l’émancipation de l’individu.... La religion est l’auxiliaire des puissants pour faire taire la légitime aspiration des peuples à l’émancipation. Dans les pays dits pudiquement en voie de développement, comme ailleurs. La pauvreté à l’oeuvre est telle que la religion est le dernier recours et contre l’impuissance volontaire des puissants, le seul ersatz vers qui se tourner.

    La religion unilatéralement décrète apporter une réponse définitive au seul mystère de l’existence, la mort... Tant que l’homme devenu tel (adulte) n’aura pas fait sien cette ultime réalité du néant avant et après, la religion continuera à distiller la peur et à servir les puissants !

  • permalien
    4 avril 2007 @18h26   « »
    la liberté d’ expression des journalistes ignares

    Cependant, si le principe de la liberté d’expression est reconnu et protégé, les frontières de celle-ci ont toujours fait débat. Seuls les Etats-Unis ne lui en délimitent aucune ; le premier amendement de la Constitution américaine est catégorique : « Le Congrès ne fera aucune loi restreignant la liberté d’expression ou la liberté de la presse. »

    Une fois de plus, je lis dans le diplo des informations totalement fausses....

    Bien évidemment la liberté d’expression n’est pas absolue aux E-U, une rapide consultation d’un ouvrage juridique dans ce domaine (exemple:Droit des libertés fondamentales, édition Dalloz) aurait permis à notre journaliste de ne pas écrire de sottise... Quelles sont les limites à la liberté d’expression chez nos amis ricains ? :
    - l’incitation à la violence dans le cadre de la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat
    - l’obscénité
    - la diffamation à l’égard de personnes privées
    - la pédophilie

    Cher ignacio, je suis un étudiant fauché et paresseux mais doté d’un minimum de curiosité et d’honnêteté intelectuelle, si vous avez un boulot pour moi :

    seboujean2@hotmail.fr

  • permalien bluerider :
    5 avril 2007 @05h27   « »

    Voyage au pays de la liberté d’expression, en 10 tableaux aléatoires de 1940 à nos jours...libre à vous d’enrichir la liste...

    Les Frégates (mais pas Renault, ou peut-étre aussi, Renault, mais alors sous l’occupation). Les soldatenkinos, tiens justement, dans nos belles artères parisiennes sous l’occupation aussi. Les SOE de Churchill dans nos livres d’Histoire, tous éditeurs confondus. Les orpailleurs en Guyane (alors, ce sont 10 tonnes, ou 40 tonnes ?). La distribution de l’eau "à la française" (avec ou sans l’option J6M). Le TGV coréen pour le coût. Clearstream pour le nom. Une dose d’OGM "à la française" pour l’immunité. Pas Vu Pas Pris comme viatique. et Loose Change en VOSTF pour aller s’acheter des sucettes.

    Ici le pays d’une certaine liberté d’une certaine expression, en 10 sujets sous atmosphère confinée de 1940 à nos jours... à vous la terre.

  • permalien
    18 avril 2007 @11h32   « »

    Dès que l’homme (et la femme bien sûr) vit en société, certaines règles de cohabitation sont indispensables. Les lois qui protègent l’autrui de la diffamation, par exemple, ne sont pas en contradiction avec la liberté d’expression. Encore moins s’il s’agit de protéger une minorité face à la tout-puissance des médias. Je me demande quelle serait la réaction de Mme. Callamard si quelqu’un publie un article offensif et plein d’insultes à son égard. Luis

  • permalien Agnes Callamard :
    18 avril 2007 @15h59   « »
    La liberté d’expression et diffamation

    L’une des limites a la liberté d’expression est le respect de la reputation d’autrui, ainsi que suggere dans mon article.

    Article 19 de la Convention Internationale des droits politiques et civils precise que la liberté d’expression peut être soumise a certaines restrictions afin de « protéger les droits ou la réputation d’autrui », à condition que cela soit « “nécessaire dans une société démocratique” et expressément fixé par la loi »

    Une bonne loi sur la diffamation est une loi qui cherche à protéger les gens contre de fausses déclarations concernant des faits susceptibles de causer un tort à leur réputation. Cette définition contient quatre éléments. Pour être diffamatoire une déclaration doit : être fausse ; pretendre presenter un fait (plutot qu’une opinion) ; causer un tort ; et ce tort doit affecter la réputation de la personne concernée, ce qui à son tour signifie que la déclaration en question doit avoir été lue, entendue ou vue par d’autres.

    Bien que les lois sur la diffamation servent sans aucun doute une cause légitime – à savoir la protection de la réputation – dans la pratique, elles constituent souvent une restriction largement injustifiée à la liberté d’expression.

    Des dizaines de journalistes ou d’opposants politiques se retrouvent en prison ou font face a d’énormes amendes soit disant pour avoir diffamé quelqu’un, en général quelqu’un de puissant (un représentant de l’état). Dans de très nombreux cas enregistres par les organisations de défense des droits humains ou de défense des medias, les accusations sont simplement fausses et les punitions faites pour interdire toute opinions divergentes.

    Les problèmes les plus fréquents avec les lois sur la diffamation et leur mise en oeuvre sont qu’elles sont beaucoup trop larges dans leur application, qu’elles ne prévoient pas une défense adéquate et que les sanctions en cas de non respect sont excessives.

    Par exemple, certaines lois sur la diffamation cherchent explicitement à décourager le débat sur les institutions officielles en interdisant de manière très large de critiquer le chef de l’Etat. Souvent, les lois sur la diffamation permettent au tribunal de partir du principe que les faits supposés causer un tort à la réputation sont faux, plutôt que de demander au plaignant d’en apporter la preuve.

    Nous somes en train de preparer pour le mois de Juin une revue et carte mondiale de la diffamation, en particulier des diffamations qui donnent lieu a des peines de prison, afin d’illustrer le probleme mondial que cela represente pour les droits humains et la libert d’expression.

    En attendant, vous trouverez la position d’ARTICLE 19 sur la diffamation sur notre site, au lien suivant. http://www.article19.org/pdfs/tools...

  • permalien Clément :
    12 décembre 2007 @19h33   «
    La liberté d’expression religiuse

    Excusez moi, mais je voudrais faire un sondage sur justement la "liberté d’expression religieuse".

    Qu’en pensez vous ? Est-ce que l’Etat doit intervenir dans certaines oppositions religieuses ou même est ce qu’un Etat laïc comme la France doit elle interdire la libertée d’expression religieuse pour éviter certains conflits religieux ?

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