En kiosques : septembre 2016
Abonnement Faire un don

Première visite

Vous êtes abonné(e) mais vous n’avez pas encore de compte en ligne ?

Vous n'êtes pas abonné(e) ?

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout le site.
Une question, un problème ? Consultez la notice.
Accéder au menu

Les racines chrétiennes de l’Europe

par Alain Gresh, 9 avril 2007

J’ai lu le passionnant livre de Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) (Albin Michel), qui raconte la conversion au christianisme de l’empereur Constantin en 312 et ses conséquences sur l’histoire mondiale. Je le recommande vivement et je voudrais donner quelques extraits des deux derniers chapitres, « L’idéologie existe-t-elle ? » et « L’Europe a-t-elle des racines chrétiennes ? ». Ces passages s’inscrivent dans une réflexion et un débat en France et en Occident sur l’Autre, sur les musulmans, sur les différences entre Orient et Occident. Cet envoi fait suite à de nombreux autres que j’ai déjà envoyés sur ce thème, notamment « 300, la bataille des Thermopyles, Hollywood et le choc des civilisations »

« Le christianisme, en revanche, était la religion la plus éloignée qui fût d’une distinction entre Dieu et César, contrairement à ce qu’on entend répéter : tout le monde devait être chrétien, César en tête, lequel avait des devoirs envers cette religion qui formait un tout. Elle avait des dogmes, une orthodoxie pour laquelle on a pu se battre, tandis que le paganisme, dépourvu de dogme et d’orthodoxie était émietté dans une foule confuse de divinités et de cultes qui méritaient à peine le nom de religion (...), qui ne pouvait manoeuvrer ni être manoeuvrée comme un tout et qui n’offrait aucune doctrine dont pût faire une idéologie politique. »

« Il faut donc en finir avec le lieu commun selon lequel l’Europe devrait au christianisme d’avoir séparé religion et politique, le Christ ayant dit qu’il fallait rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Belle découverte, mais due au césarisme et non au christianisme. Car la vérité est le contraire de ce lieu commun. Le chrétien Constantin n’a pas eu à séparer Dieu et César : ils étaient nés séparément dès la naissance. Constantin était un César, non un chef spirituel et temporel à la fois, un Mahomet, un calife, et l’Eglise était déjà une organisation achevée, puissante et indépendante lorsqu’un des Césars est entré en relation avec elle. Elle a traité avec les successeurs de ce César Constantin comme de puissance à puissance. »

« On n’avait pas attendu le Christ pour savoir que Dieu et César font deux. (...) Le christianisme demandera aux rois ce que le paganisme n’avait jamais demandé au pouvoir : "Etendre le plus possible le culte de Dieu et se mettre au service de sa majesté divine" » (pp. 246-248).

« Une religion est une des composantes d’une civilisation, elle n’en est pas la matrice, même si elle a pu quelque temps lui servir de désignation conventionnelle, être son nom de famille : "la civilisation chrétienne". L’Occident passe pour avoir cultivé ou préconisé l’humanitarisme, la douceur, plus que l’ont fait d’autres civilisations et il devrait cette douceur à l’influence chrétienne qui aurait adouci les moeurs. Cette idée n’est ni vraie ni fausse, je le crains, car les rapports entre une croyance et le reste de la réalité sociale se révéleront beaucoup moins simples. On me saura gré de ne pas brandir l’Inquisition et les Croisades et de me borner, pour garder les pieds sur terre, à citer quatre lignes de Marc Bloch : la loi du Christ "peut être comprise comme un enseignement de douceur et de miséricorde, mais, durant l’ère féodale, la foi la plus vive dans les mystères du christianisme s’associa sans difficulté apparente avec le goût de la violence". » (p. 250)

Le christianisme a-t-il été à l’origine de l’universalisme ? « Depuis saint Paul, le christianisme a ouvert aux non-Juifs le peuple élu, c’est-à-dire l’Eglise : toutes les âmes peuvent être sauvées, que le corps habité par elles soit blanc, jaune ou noir. Saint Paul élargissait aux Gentils le privilège du peuple élu. Etait-ce chez lui de l’universalisme ? Affirmait-il du même coup l’unité de l’espèce humaine ? Il ne l’affirmait ni ne la niait : il n’y pensait pas, il n’en pensait pas si long. Ne soyons pas dupes des termes généraux, ces vêtements trop amples de la pensée. Ce n’est pas cela que nous entendons aujourd’hui par universalisme, lequel affirme à juste titre que toutes les races, toutes les peuplades – ainsi que les deux sexes – ont virtuellement les mêmes capacités humaines et que les différences ne sont dues qu’à la société... »(pp. 252-253).

« Notre Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’homme, de la liberté de penser, de la liberté sexuelle, du féminisme, du socialisme ou de la réduction des inégalités. Toutes choses qui sont étrangères et parfois opposées au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne, elle, prêchait l’ascétisme, qui nous est sorti de l’esprit, l’amour du prochain (vaste programme, resté vague) et nous enseignait de ne pas tuer ni voler, mais tout le monde le savait déjà. Tranchons le mot : l’apport du christianisme à l’Europe actuelle, qui compte toujours une forte proportion de chrétiens, se réduit presque à la présence de ceux-ci parmi nous. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, notre modernité pourrait nommer Kant et Spinoza... » (pp. 256-257).

Après avoir expliqué en quel sens le christianisme pouvait avoir préparé le terrain et créé ainsi « l’illusion de racines » chrétiennes, Paul Veyne poursuit : « Se réclamer d’un Livre saint (ou du sens qu’une époque lui prête) n’est qu’un facteur historique parmi d’autres. Aucune société, aucune culture, avec son fourmillement et ses contradictions, n’est fondée sur une doctrine. De l’entrecroisement confus de facteurs de toute espèce qui composent une civilisation, la partie qui semble émerger est la religion, ou encore les grands principes affichés, parce que c’est la partie audible, lisible, langagière d’une civilisation, la partie qui saute aux yeux et aux oreilles et d’après laquelle on est porté à la caractériser et à la dénommer. On parle donc de civilisation chrétienne de l’Occident, on attribue son humanitarisme au christianisme. On se représente une société comme un grand Individu dont la pensée précède l’action. Peut-être, mais la religion n’est qu’un facteur parmi bien d’autres, qui n’a d’efficacité que lorsque son langage devient réalité, lorsqu’il s’incarne dans des institutions ou dans un enseignement, dans le dressage coutumier d’une population dont la religion devient l’idéal. Mais le facteur religieux rencontre alors les autres réalités, les institutions, les pouvoirs, les traditions, les moeurs, la culture séculière. (...) Dans ce fouillis, vouloir privilégier tel ou tel facteur, est un choix partisan et confessionnel. De plus, en notre siècle, les Eglises ont une influence plus réduite dans les sociétés sécularisées. Le christianisme y est enraciné, il n’en est pas pour autant la racine ; encore moins le représentant de ces sociétés devenues différentes de lui, sauf lorsqu’il s’en inspire. L’Europe n’a pas de racines, chrétiennes ou autres, elle s’est faite par étapes imprévisibles, aucune de ses composantes n’étant plus originales qu’une autre. Elle n’est pas préformée dans le christianisme, elle n’est pas le développement d’un germe, mais le résultat d’une épigénèse. Le christianisme également du reste. » (pp. 265-266).

Un monstrueux crime de guerre.

C’est le titre d’un article du quotidien britannique The Guardian du 28 mars, « A monstrous war crime », signé par Richard Norton, éditeur de la revue médicale The Lancet. Celle-ci avait publié le 11 octobre une étude de l’université Johns Hopkins affirmant que 650 000 Irakiens étaient morts des suites de l’intervention américaine en Irak. Richard Norton remarque que la BBC a révélé que le comité scientifique auprès du gouvernement britannique avait confirmé la validité de l’étude, ce qui n’avait pas empêché le gouvernement de Londres de dénoncer l’étude comme non sérieuse. « Au moment où nous célébrons le deux centième anniversaire de l’abolition de l’esclavage, écrit Norton, nous continuons à commettre une des pires violations des droits de la personne de ces cinquante dernières années. Il est inexplicable que nous laissions cela se produire. Il est inexplicable que nous ne demandions pas la démission collective du gouvernement. »

Israël ne veut pas la paix.

C’est le titre d’un article du journaliste israélien Gideon Levy dans Haaretz du 8 avril (« Israel doesn’t want peace »). Levy note le refus israélien de toutes les initiatives de paix dans la dernière période, du plan du sommet arabe aux tentatives de négociations avec la Syrie. L’éditorial du même jour du quotidien dénonce la construction d’une nouvelle colonie au cœur même de la ville de Hébron, « It’s not a house, it’s a settlement » (ce n’est pas une maison, c’est une colonie).

Le tribunal international sur l’assassinat de Rafic Hariri.

Le quotidien francophone L’Orient-Le Jour, dans son édition du 3 avril, consacre un article au texte publié dans Le Monde diplomatique d’avril (disponible dans tous les bons kiosques :-)), « Douteuse instrumentalisation de la justice internationale au Liban », par Géraud de Geouffre de La Pradelle, Antoine Korkmaz et Rafaëlle Maison. Voici des extraits du texte publié par le journal libanais et intitulé : « L’article du "Monde diplomatique" confirme le rapport du département d’État US, affirme Azouri »

« L’avocat de défense du général Jamil Sayyed, Akram Azouri, a invité le ministre de la Justice, Charles Rizk, et toute personne qui s’intéresse de près ou de loin au dossier de l’assassinat de Rafic Hariri à consulter l’article paru dans la dernière édition du Monde diplomatique dénonçant les abus dont sont victimes les quatre généraux toujours détenus "sans preuves" dans le cadre de cette affaire. »

« Me Akram Azouri a espéré que les responsables libanais "prennent connaissance de la teneur de l’article pour s’assurer des multiples irrégularités commises par (l’ancien chef de la commission d’enquête internationale) Detlev Mehlis, et consacrées par la justice libanaise qui s’en est servie, le 3 septembre 2005, dans le seul but d’arrêter mon client".
L’avocat a en outre estimé qu’"à l’instar du dernier rapport du département d’État américain (sur la situation des droits de l’homme), le dossier publié par le mensuel français « vient confirmer que l’arrestation du général Sayyed est contraire à la législation locale et internationale". »

« Dans un article exhaustif – publié par Antoine Korkmaz, l’avocat français de l’ancien directeur de la Sûreté générale, et deux experts français travaillant également sur ce dossier, Géraud de Geouffre de La Pradelle, professeur émérite à l’université Paris X, et Raphaëlle Maison, professeur à l’université de Picardie –, les auteurs dénoncent "l’instrumentalisation de la justice internationale au Liban" et les multiples erreurs commises à ce jour par l’ONU et par l’appareil judiciaire libanais. »
(...)

« Les experts relèvent par ailleurs le "contraste" entre le traitement réservé aux assassins de Rafic Hariri, par la communauté internationale représentée au sein de l’ONU, et le sort juridique qui a été réservé "aux crimes de guerre" commis durant les affrontements entre le Hezbollah et l’armée israélienne, le Conseil de sécurité n’ayant à aucun moment "donné leur qualification juridique à ces faits et condamnés en tant que crimes de guerre", soulignent les auteurs. »

Alain Gresh

Partager cet article /

sur Zinc
© Le Monde diplomatique - 2016