En kiosques : septembre 2016
Abonnement Faire un don

Première visite

Vous êtes abonné(e) mais vous n’avez pas encore de compte en ligne ?

Vous n'êtes pas abonné(e) ?

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout le site.
Une question, un problème ? Consultez la notice.
Accéder au menu

Les candidats à la présidentielle et le Proche-Orient

par Alain Gresh, 17 avril 2007

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, il est nécessaire de rappeler les principales prises de position des candidats à l’élection présidentielle sur les conflits du Proche-Orient. J’avais déjà, dans deux envois, l’un le 24 mars, l’autre le 29 mars, rapporté les propos de Nicolas Sarkozy sur différents sujets relatifs à sa vision de l’Orient.

J’ai regroupé les réponses autour de trois crises : l’Iran, le conflit israélo-palestinien et le Liban.

Nucléaire iranien

Dans le quotidien Le Monde daté du 17 avril, un article intitulé « Dix enjeux de politique étrangère », Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou répondent à différentes questions, notamment sur l’Iran et le Darfour.

A la question : Etes-vous favorable, au cas où l’Iran continuerait à refuser de se conformer aux demandes de l’ONU et de l’AIEA, à ce que les grandes puissances mettent en place un embargo sur les ventes de produits pétroliers raffinés à l’Iran ? Accepteriez-vous l’idée de sanctions adoptées en dehors du cadre de l’ONU, sur la base d’une "coalition de pays volontaires" ?

Voici les réponses :

F. B. :« Il ne faut pas sous-estimer la dépendance de l’économie iranienne par rapport à l’Occident. La politique d’Ahmadinejad a échoué et c’est ce qui explique ses provocations répétées. Les principaux responsables de l’économie iranienne sont, pour cette raison, soucieux d’éviter des mesures de rétorsion américaines et européennes, dans le secteur financier autant que dans le secteur pétrolier. Je crois donc qu’il faut procéder à un examen précis de tous les instruments de pression économiques dont nous disposons. Le pire serait que la communauté internationale se divise sur une querelle théologique sur le droit d’ingérence. Nous devons être assez déterminés pour faire plier l’Iran et assez intelligents pour ne pas nous opposer frontalement à la Chine et à la Russie. »

S. R. : « Si l’Iran persiste à ne pas se conformer à ses obligations, nous devrons monter d’un cran dans les sanctions. Mais je n’accepte pas l’idée de "coalition de pays volontaires" qui a été utilisée par l’administration américaine lors de l’intervention en Irak, avec les résultats que l’on sait. »

N. S. : « Si l’Iran continue à ne pas respecter les résolutions du Conseil de sécurité, il faudra aller plus loin dans les sanctions pour faire comprendre au régime que nous n’acceptons pas le fait accompli d’un Iran nucléaire. Dans ce cas, nous rechercherons en priorité l’unité du Conseil de sécurité sur de nouvelles mesures. Rien n’est exclu, a priori , ce qui compte, c’est l’efficacité. S’agissant de sanctions en dehors du Conseil de sécurité, ce n’est pas un problème de principe. Mais il est, bien sûr, préférable d’avoir une résolution de l’ONU. »

Israël-Palestine

L’Association France-Palestine solidarité publie les réponses données par les divers candidats aux questions de la plate-forme des ONG sur la Palestine sur le conflit israélo-palestinien.

A la question « Alors que l’État français a l’obligation de faire respecter le droit international par ses ressortissants, y compris les entreprises : Quelles mesures comptez-vous prendre afin d’empêcher la participation de deux entreprises françaises (Alstom et Veolia) à la construction et à l’exploitation d’une ligne de tramway desservant les colonies installées à Jérusalem-Est et ses alentours, qui renforce sur le terrain les mesures illégales d’annexion et de colonisation prises depuis 1967 ? » (Sur l’affaire du tramway, lire Philippe Rekacewicz et Dominique Vidal, « Un tramway français nommé schizophrénie », Le Monde diplomatique, février 2007).

Réponse de François Bayrou : « La participation d’entreprises françaises à la construction du tramway de Jérusalem s’inscrit dans le cadre d’un marché international qui obéit à une logique commerciale. Pour le reste, il est souhaitable de ne pas ajouter de polémique sur des sujets aussi sensibles. La construction d’un tramway n’est pas une réalisation à caractère stratégique, mais un moyen de transport s’adressant à la population civile souvent de condition modeste. Quelle que soit l’issue du conflit - que pour ma part je souhaite heureuse -, ce type d’équipement restera à la disposition des populations. »

Réponse de Ségolène Royal : « On ne peut pas considérer que les coopérations économiques entre les entreprises françaises et Israël, en l’occurrence, l’exploitation d’une ligne de tramway en construction à laquelle vous faites allusion, soient destinées à renforcer ou à légitimer les colonies israéliennes dans les Territoires occupés. Le sort de ces colonies devra être décidé entre les deux parties lors des négociations pour une paix définitive et la création d’un État palestinien. »

Alors que Nicolas Sarkozy n’a pas répondu à chaque question spécifiquement et donc n’a pas donné sa position sur le tramway, Marie-George Buffet affirme : « Nul ne peut se soustraire au respect du droit, y compris le droit international. Les plus hautes autorités de l’État doivent exiger des entreprises françaises concernées l’arrêt immédiat de leur participation à la construction d’un tramway en territoire occupé. Si des pressions concrètes doivent être exercées dans ce sens ou des sanctions, y compris judiciaires, il reviendra aux pouvoirs publics d’en assumer l’initiative. La construction de ce tramway a suscité d’ailleurs de l’indignation chez les syndicalistes de ces entreprises, engagés dans l’action avec nombre d’organisations politiques et de la société civile. Là aussi, je pense qu’une fermeté s’impose. C’est un dossier sur lequel, en effet, les autorités françaises peuvent réellement peser à condition d’en manifester la volonté politique. »

Sur la question de la suspension de l’aide au gouvernement palestinien, la question posée était la suivante : « Dans quelle mesure comptez-vous intervenir au sein de l’Union européenne pour que celle-ci reprenne son aide à l’Autorité palestinienne et lui permette, ainsi, d’assurer à nouveau le paiement des salaires des fonctionnaires et les services de base à la population ? »

François Bayrou « salue par avance toute évolution au sein des instances palestiniennes qui, sur la base des élections de janvier 2006, permettra d’avancer dans la voie de la réconciliation et de l’union et encouragera une reprise rapide de l’aide directe ».

Ségolène Royal : « Les aides de l’Union européenne à l’Autorité palestinienne ont, en effet, été suspendues après la victoire électorale du Hamas aux élections législatives de janvier 2006. J’ai regretté la position du Hamas qui ne reconnaît toujours pas Israël et n’a pas renoncé à la lutte armée. J’ai néanmoins estimé que la suspension de l’aide qui frappait durement la population palestinienne ne contribuait pas à l’avancée de la paix. J’ai souhaité son rétablissement qui me semble aujourd’hui d’autant plus d’actualité qu’un gouvernement de coalition vient d’être formé. »

Marie-George Buffet, Olivier Besancenot, Dominique Voynet et José Bové se prononcent pour le rétablissement de l’aide.

Voici un extrait de la position définie par Nicolas Sarkozy :

« À nos amis palestiniens, je veux dire que l’existence et la sécurité de l’Etat d’Israël ne sont pas négociables et que rien ne peut justifier la violence. Les terroristes qui prétendent agir en leur nom et pour leur bien sont en fait les véritables ennemis des Palestiniens car ils les privent d’une paix à laquelle ils aspirent et ont droit. C’est la raison pour laquelle la France, avec l’ensemble de la communauté internationale, a posé comme condition à la reprise du dialogue avec le gouvernement palestinien que ce dernier respecte les trois conditions posées par le Quartet : la reconnaissance d’Israël, le renoncement à la violence et le respect des accords antérieurs. »

« Nous devons cette même franchise à nos amis israéliens. La poursuite d’une politique de faits accomplis sur le terrain est contraire aux intérêts d’Israël à long terme. Une telle politique hypothèque lourdement l’avenir : en renforçant les antagonismes, elle éloigne chaque jour un peu plus la possibilité d’une paix négociée. » (...)

« La France a un rôle important à jouer. Mais elle n’a pas de leçon à donner et elle ne peut évidemment pas se substituer aux Israéliens et aux Palestiniens pour faire la paix et décider de leur avenir à leur place. Notre rôle, à titre national ou à travers l’Union européenne, doit avant tout être celui d’un facilitateur, en utilisant nos bonnes relations avec les deux parties pour les encourager à faire les gestes nécessaires pour recréer la confiance et faire ensuite les concessions qui seront indispensables pour parvenir à une solution juste. »

Liban

Sur la crise libanaise, plusieurs candidats ont répondu aux question du collectif de citoyens libanais et amis du Liban.

Sur le Hezbollah et son rôle :

Extrait de la réponse de Marie-George Buffet : « Le Hezbollah me semble se comporter aujourd’hui comme une organisation islamiste et nationaliste. (…) Il me paraît exclu et même irresponsable d’imaginer un désarmement par la force. Un tel désarmement semble cependant nécessaire dans le cadre d’un accord politique inter-libanais afin que l’Etat soit le seul à pouvoir disposer de la force armée, comme dans n’importe quel Etat de droit. »

Extrait de réponse de Ségolène Royal : « La branche militaire du Hezbollah ou des éléments qui sont à l’origine de cette organisation ont effectivement commis des attentats terroristes. (…) Cependant, il est évident que le Hezbollah est un parti libanais qui a des élus au Parlement et des ministres au gouvernement. (…) Il est néanmoins clair que ce désarmement ne sera réalisable que dans le cadre d’un dialogue inter-libanais. »

Extrait de réponse de Nicolas Sarkozy : « Le Hezbollah est une milice armée qui échappe au contrôle de l’Etat libanais et qui relaie à l’évidence les mots d’ordre et les intérêts de la Syrie et de l’Iran. L’Etat libanais doit avoir le monopole des armes et de la force, et le Liban ne doit plus jamais redevenir l’otage d’intérêts qui lui sont étrangers et le terrain d’affrontements de ses voisins.

Il ne dépend que du Hezbollah d’être considéré comme un véritable parti politique. Il doit déposer les armes et changer radicalement de comportement pour se transformer en mouvement exclusivement politique… Conformément à la résolution 1701, il revient aux autorités libanaises d’organiser avec le Hezbollah son désarmement. (…) La responsabilité du désarmement repose d’abord sur le Hezbollah lui-même. (…) »

Extrait de réponse de Dominique Voynet : « Les Verts considèrent le Hezbollah comme un mouvement de résistance. Son désarmement est à considérer comme une affaire interne, à régler dans le cadre des résolutions n°1559 et 1701 de l’ONU. Le désarmement ne peut se faire par la force. Il faut chercher un consensus national. »

Conférence

L’association Ishtar et la librairie Ishtar (10, rue du Cardinal-Lemoine. 75005 Paris. - 01 43 29 33 08) organisent une conférence-débat avec Bruce Clarke autour de son ouvrage en textes et en images Dominations le vendredi 27 avril à 19h30. Artiste et militant, Bruce Clarke s’est impliqué dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, la mobilisation contre le génocide au Rwanda et la situation en Palestine. Basé en France, il est engagé dans le mouvement social. Son œuvre, résolument ancrée dans un courant de figuration critique, traite de l’écriture et de la transmission de l’histoire. Ses créations ont été publiées, à plusieurs reprises, dans Le Monde diplomatique.

Alain Gresh

Partager cet article /

sur Zinc
© Le Monde diplomatique - 2016