Le Monde diplomatique
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Discrimination positive

lundi 30 avril 2007, par la rédaction

Le Monde diplomatique, mai 2007

L’expression « discrimination positive » a fait son apparition dans le vocabulaire politique français il y a une vingtaine d’années. Mais sa véritable vogue date des années 2000 : on l’a invoquée à propos de la suggestion de rendre anonymes les curriculum vitae de candidats à l’embauche ou au sujet de la convention passée entre l’Institut d’études politiques et un certain nombre de lycées classés dans des zones d’éducation prioritaire (ZEP).

M. Nicolas Sarkozy a été le premier homme politique à s’en réclamer... un temps, avant de l’utiliser comme un gadget lors de ses (rares) apparitions en banlieue. Curieusement, alors que la discrimination positive suscite, du moins dans les médias, un débat relancé par la révolte des banlieues de l’automne 2005 (lire l’article de Dominique Vidal, « Un faux débat à la française »), nul ne sait vraiment comment la définir. A défaut, on se satisfait d’une référence à ses versions étrangères. La situation de la France n’est pourtant en rien comparable à celle des pays concernés.

Aux Etats-Unis, l’« affirmative action » visait à compenser les inégalités héritées de l’esclavage dont la population noire a été victime : mise en œuvre depuis plus de quarante ans, cette pratique présente un bilan mitigé (lire l’article de John D. Skrentny, « L’“affirmative action” américaine en déclin »). Il en va d’ailleurs de même en Afrique du Sud, où la politique dite d’« embauche équitable » a eu des effets pervers (lire « “Embauche équitable” pour les Sud-Africains », par Johann Rossouw). Quant à l’Inde, le système des « places réservées », étendu des intouchables aux « autres classes arriérées », commence à montrer ses limites (lire « En Inde, des quotas pour les basses castes », par Purushottam Agrawal).

Les lecteurs de ce dossier sont invités à en débattre sur le forum ci-dessous.

22 commentaires sur « Discrimination positive »

  • permalien xéno :
    30 avril 2007 @17h49   »

    Discrimination positive et liberté sont incompatibles parce qu’imposer des quotas , c’est imposer et imposer c’est le contraire de la liberté.

    Discrimination positive et égalité sont incompatibles, car pour instaurer une discrimination positive dans un système, il faut que celui-ci soit inégalitaire, car son objectif est de restaurer une égalité disparue.

    Discrimination positive et fraternité sont incompatibles, car l’objectif de la discrimination est la définition de l’autre par sa différence et la fraternité c’est l’acceptation de l’autre par sa ressemblance.

    La discrimination positive est un principe anti-républicain.

    Promouvoir la discrimination positive c’est conspirer contre la République.

  • permalien vlg :
    30 avril 2007 @18h21   « »

    Je ne sais pas qui a eu l’idée du terme "discrimination positive" pour traduire "affirmative action", mais son but devait être de plomber le principe. Qui peut bien se déclarer en faveur de la discrimination, fut elle positive ?. Un terme du genre "action anti-discrimination" aurait été bien mieux.

    Pour le fond, le problème de ce genre de loi c’est qu’elle ne remet pas en cause les discriminations sociales, ce qui fais qu’à un moment on oppose ceux qui n’ont pas grand chose (c’est eux qui vont subir les inconvénient de ces lois) à ce qui n’ont rien (Thomas Franck a écrit sur le sujet).

    N.B. A propos d’opposer ceux qui n’ont pas grand chose à ceux qui n’ont rien, c’est la grande mode en ce moment. Par exemple on nous dit doctement qu’il ne faut pas augmenter le RMI, puisque qu’avec les aides aux RMIstes, cela fait que les travailleurs pauvres auraient un revenu moindre. En même temps, ou plutôt juste après sinon cela serait trop visible, on nous dit qu’il ne faut pas augmenter le smic parce que cela augmenterait le cout de la vie des rmistes et chômeurs.

    Un double chantage bien dégueulasse. (et désolé d’avoir débordé du sujet).

  • permalien eriol :
    30 avril 2007 @18h48   « »
    clivage de classe vs clivage des minorites

    « Discrimination positive et liberté sont incompatibles parce qu’imposer des quotas , c’est imposer et imposer c’est le contraire de la liberté. » ca reste a voir. selon ce genre d’arguments on pourrait tres bien justifier le CPE, par exemple, ou encore invalider le code du travail. il s’agit en effet d’une attiente a la liberte si on veut. la question est de quelle liberte parle t’on ? a mon sens il est clair que la liberte du plus grand nombre necessite des entailles dans la liberte des exploitants. en ce sens l’argument qui dit que la discrimination positive est une atteinte a la liberte ce rapproche de l’argumentaire de la droite.

    cela ne valide pas pour autant le principe de discrimination positive. il s’agit a mon avis que d’une mesure "poudre aux yeux" visant a combler tant bien que mal (plutot mal d’ailleur) les defauts d’un systeme inegalitaire. la discrimination positive ne regle pas le probleme des inegalites et de la discrimination mais il permet de faire croire qu’on fait des efforts. il suffit de voir ce que fait l’IEP de paris (science po) : on prend quelques banlieusards plus doues que les autres, on les faits rentrer a science po et on laisse pourrir le reste. resultat : rien.

    j’y vois aussi une manoeuvre insidieuse (parmis d’autres) visant a deplacer le clivage de classe (exploitant/exploites) vers un clivage factice ou mineur qui serait celui des minorites (noir/blanc). ca fait en effet bien longtemps qu’on entend plus le vieux slogan "les arabes sont des ouvriers comme les autres". cela a pour effet d’attiser les tensions entre francais blanc et francais basanes ou noirs, les premiers etant d’une part plus representes dans le discours politique et d’autrepart discrimines negativement par la discrimination positive (positif pour les uns est forcement negatif pour les autres, le terme discrimination positive est particulierment idiot). consequence au lieu d’etre solidaire contre le patronnat les ouvriers se tapent dessus entres eux. diviser pour mieux regner...

    d’autre part si une mesure telle que la discrimination positive pouvait trouver sa justification dans le contexte etats unien des ghettos noirs, elle n’a aucun sens en france ou il n’y a pas de ghettos ethniques.

    bref, la discrimination positive c’est du foutage de gueule de debut a la fin, mais qui malheureusement trouve un certain public dans une partie de la gauche qui ayant abandonne le discours de classe est passe a une defense des minorites...

  • permalien xéno :
    30 avril 2007 @19h31   « »

    ériol, vous avez raison quant à la liberté parce ce que vous présupposez que la liberté n’est pas possible.

    C’est un principe, comme tous les principes son objectif c’est de différencier l’homme de la nature, alors que la discrimination positive c’est une combine dans un système inégalitaire, liberticide, basé sur la loi du plus roublard (népotisme et oligarchie), pour donner l’illusion de l’égalité et du choix dans un système supposé concurrentiel et sauvegarder des privilèges par ailleurs exorbitants.

    Si la discrimination positive peut s’appliquer a un système, c’est que celui-ci n’est pas républicain.

    Dit autrement, soyons d’abord vigilants sur le respect des principes républicains et ensuite seulement posons nous la question d’invention de nouvelles formules.

    Lors des émeutes de banlieue, l’oligarchie dominante a vu son pouvoir vaciller, sa réponse a été d’appeler les banlieusards à voter en masse (en inventant au passage la notion de primo-électeurs qui les replongeaient dans l’univers de la primo-délinquance), en omettant évidemment de leur rappeler qu’ils étaient aussi éligibles. Pour enfoncer le clou, Bayrou en tête, cette oligarchie a dénoncé la perversion de ces députés qui s’octroyaient 5 ans de retraite au frais des contribuables. Sauf que les députés c’est pas "eux" mais nos représentants et éventuellement chacun d’entre nous, et que les députés cotisent pour leur retraite et que celà ne s’applique qu’aux "retraités" en recherche d’emploi.

    Ce genre de bidouilles ne sont ni de gauche ni de droite, mais sont une corruption de pouvoirs jamais remis en question, et sont de véritables atteintes aux principe de Liberté.

  • permalien jps :
    30 avril 2007 @21h13   « »

    mais quel serait le discriminant ?

    Voir en ligne : à visionner

  • permalien Mohamed Pascal Hilout :
    1er mai 2007 @12h34   « »

    Il me semble que la misère noire bien africaine et nord-africaine dont nous avons hérité est à la base de notre position sociale. Le chômage aussi y est pour quelque chose : il touche en premier les couches sociales les plus démunies, les moins qualifiées.

    La question sociale est donc bien posée et c’est la création d’emplois qui pourrait, en bonne partie mais pas en totalié, y remédier. Ce n’est certainement pas en "positivant" qu’on va réparer l’ascenseur social bien en panne.

    La France a pourtant une réponse originale : l’égalité des chances. Encore faut-il nous battre au quotidien pour que cette égalitité, toute théorique, soit appliquée, surveillée, sanctionnée et toujours désirée.

    Je ne voudrais pas qu’on "fasse" de cadeaux à mes enfants du seul fait que je suis noir, musulman ou qu’ils aient hérité les yeux bridés de leurs mère. Je ne veux pas qu’on puissent soupçonner mes enfants d’avoir leurs diplômes ou leurs jobs sans les mériter. Ce serait une insulte à leur dignité de citoyens à part entière et c’est immonde pour la République qu’elle ait publiquement décliné la conviction religieuse d’un de ses préfets.

    Voir en ligne : http://nouvel-islam.org

  • permalien nylon :
    1er mai 2007 @13h42   « »

    Bonjour

    C’est étonnant de voir que tous les intervenants sur ce sujet vont dans le même sens.

    Arrêtons de nous voiler la face : Il y a en France un sérieux problème de discriminations.

    Je ne prétends guère que la sécu, le Rmi et les Allocs ne profitent pas à tous résidents en France ; Plus quelques infimes réussites individuelles.

    Mais en France, nous ne savons pas et nous ne connaissons pas ce que c’est que le racisme et la discriminination.

    Les seuls français blancs qui mesurent ce genre de problème sont ceux qui vivent avec des noirs et des arabes français ou non.( attention les fondements de notre culture ne nous permettent pas de parler des races) Ou les spécialistes de ces genres de problèmes.

    Ceci semble pourtant normal : nous sommes élevés dans l’Egalité, la Fraternité et la Liberté. Et nous n’avons jamais connus ni la franche discrimination raciale ni l’apparteid anglosaxons et ses effets dévastateurs souvent incompréhensibles pour un français.

    Ne connaisant pas la discrimination négative pourquoi nous parle-on de la positive ?

    Il existe et c’est insupportable, des poches de racisme et de discrimination trés inquiétantes :

    - plusieurs jeunes sont réjetés des discothéques. SOS racisme l’as très bien mis en évidence.
    - les personnes dont les noms ne sonnent pas "comme il faut" sont écartés dans les demandes de logement ou de travail. plusieurs associations viennent de le démontrer.
    - Certains débuts de réussite sont expèssement cassés par des vrais,faux français.Et tous les prétexres sont bons.
    - Mais le plus grave c’est le problème de la représentativité de tous ces minorités.

    Il eût fallu pour surmonter ces difficultés qu’à chaque regroupement de 10 personnes en France, 1 soit d’une minorité visible. Et ceci dans toutes les instances. Car il est comique qu’à la télé une dizaine de personnes se réunissent pour parler de discrimination sans la présence d’au moins 1 discriminé.

    Comme pour la parité homme-femme, problème qui n’est toujous pas définitivement réglé, il faut faire appel à la loi et rester très très vigilent. La discrimination positive n’est rien d’autre qu’une tentative de régler des injustices. Et ça, c’est très répiblicain.

  • permalien
    1er mai 2007 @13h51   « »

    En Espagne le concept de "discrimination positive" ne s’applique qu’à un seul cas : il vise à réduire certaines différences (de salaire et de nombre, notamment) entre hommes et femmes (les minorités ne sont pas concernées ; seuls les handicapés ont droit à des places dans l’administration et l’entreprise). Le concept est à l’origine d’une nouvelle loi, récemment approuvée, appelée "loi d’égalité". Un objectif de la loi est qu’il y ait un nombre égal de femmes et d’hommes au sein des centres de décisión (conseils d’administration, conseil des ministres, etc..). Curieusement, les premiers cas d’effraction sont apparus au sein du PS -qui a rédigé la loi-, car il n’a pas placé exactement la même quantité de femmes et d’hommes, comme l’exige la loi, dans certaines listes pour les élections municipales qui vont avoir lieu prochainement.

    Le problème de l’absence des femmes -et des minorités- dans les centres de décision éxiste et il est très évident : sur la dernière "photo de famille" des présidents et premiers ministres européens, Angela Merkel est la seule femme parmi une demi centaine d’hommes. La photo est très inquiétante. Or ¿où est réellement le problème ? Hommes et femmes recevons la même éducation et, naturellement, avons les mêmes droits dans les pays de l’UE. Ségolène Royal est un bon exemple. Que je sache, personne ne l’a discriminnée parceque c’est une femme ; et j’ose imaginer que son adversaire n’a pas utilisé cet argument pour l’attaquer. Si elle ne gagne pas les élections, ce sera parceque les électeurs préfèrent l’autre candidat, l’autre parti ou l’autre programme.

    On pourrait plutôt dire que c’est la situation inverse qui se produit : un candidat féminin donne une image de modernité et de progrès -c’est un peu comme utiliser le concept d’écologie, si l’on me permet cette impertinence- et, dans ce sens, être une femme est un atout. Il s’agirait même d’une utilisation politique du genre ; et certainement, ce serait désastreux pour le féminisme si de telles manoeuvres pouvaient garantir le succés d’un candidat. J’ignore si Mme. Royal a essayé d’attirer le vote féminin ou féministe ; mais je garantis qu’en Espagne une candidate du PS n’aurait que ça en tête ; on a déjà assité à des spectacles hallucinants : sa huitaine de ministres femmes a posé pour Vogue -taper "ministras zapatero vogue" dans Google- comme s’il s’agissait de modèles de haute couture, dans les jardins de La Moncloa.

    Le problème de l’absence de femmes dans les postes de décision ne se résoudra pas avec des mesures arbitraires et ridicules qui, à mon avis, dégradent la femme et corrompent le féminisme : on ne peut pas obliger les entreprises -ni les partis- à choisir leurs dirigeants en fonction de leur sexe, leur race, leur religion, ou leur goût culinaire. Il ne manquerait plus que ça.

    X.R.N.

  • permalien picco :
    1er mai 2007 @16h05   « »

    Il me semble que tous ceux qui ont ecrit que la discrimination positive est en port-a-faux avec la liberte n’ont pas suffisamment compris le sens de la liberté. concevoir la liberté comme ils l’ont fait est restreindre la liberté a sons sens le plus simple et simpliste. la liberte ne saurait etre une declaration formelle ou legale, la liberte n’est pas un slogan ki se lit sur les panneaux de manifestants dans nos rues. etre libre c avoir la possibilite, les ressources, la connaissance et les outils necessaires pour se realiser pleinement.si nous nous en tenons a la liberte dans sons sens primaire on pourrait dire que bien que chacun ayant la liberte de manger dans un restaurant, le pauvre evidemment ne pourra jamais beneficier de cette liberté, et elle devient ainsi l’attribut du riche.

  • permalien xéno :
    1er mai 2007 @19h05   « »

    ... sauf s’il mange à la place du pauvre... c’est ça la discrimination positive !

  • permalien Matthieu :
    2 mai 2007 @13h07   « »

    J’aimerais vous faire profiter de ma modeste observation sur les quotas d’entrée dans les établissements de prestige tel que la prépa Henry IV. Sur cet exemple, la discrimination positive est vraiment du foutage de gueule en puissance : en effet dans cet exemple, l’établissement a ouvert une classe réservée à personnes issues de « milieux sociaux défavorisés », une sorte de prépa à la prépa afin de les réhabiliter. Derrière cet « effort » qui peut paraître en premier lieu fort louable se posent à moi 3 questions :
    Les élèves issus de « milieux sociaux défavorisés » sont-il à ce point si mauvais qu’ils aient besoin d’une année supplémentaire par rapport aux autres ? Je rappelle qu’eux-mêmes sont déjà triés sur le volet. D’ailleurs un professeur s’exprimant à propos de la création de cette classe disait que toutes les personnes issues de « milieux sociaux défavorisés » qui étaient dans le cursus prépa « normal » s’en sortaient très bien…
    La deuxième question est la suivante : est-ce que le fait de mettre les personnes issues de « milieus sociaux défavorisés » dans une même classe (grâce à des quotas) va permettre un quelconque « brassage social » ? (argument avancé pour la création de ces classes)
    On peut penser que ce quotas change la donne sur l’origine sociale de ces élèves. Il n’en est rien, en 2006 le pourcentage de « cadre, prof. libéral » parmi les parents étaient toujours autour des 75%.

    Alors ma question est la suivante, quel est l’intérêt d’une telle mesure ? N’est-elle pas simplement là pour se donner bonne conscience en oubliant (délibérément ?) d’analyser la cause des inégalités sociales ? Il y a effectivment un problème de discrimation en France, mais on dit toujours que forcer les gens à donner n’en ont jamais fait des généreux (bien au contraire)…. Est-ce donc par ces mesures que l’on fondera une réelle « acceptation » ?

    Je vous laisse forger votre propre opinion…

  • permalien Ph. Arnaud :
    2 mai 2007 @19h25   « »

    Le défaut consubstantiel de la discrimination positive repose sur l’adjectif de l’expression : positif. Car, qui est le plus digne d’être distingué : un Noir ? Un Arabe ? Une femme ? Un handicapé ? Un pauvre ? Un habitant d’un quartier stigmatisé ? Comment établir une hiérarchie ? Ne va-t-on pas au devant de complications – et de récriminations - infinies ? Ne vaut-il pas mieux partir d’un point de vue « négatif » et dire, par exemple : on ôte, devant un être humain, tous les obstacles qui l’empêchent d’épanouir ses capacités ? [Dans cette hypothèse, seuls les handicapés ou les pauvres ont besoin de quelque chose de « positif » : des aménagements pour les premiers, des compensations financières pour les seconds. En effet, les « minorités visibles » ou les femmes n’ont rien, intrinsèquement, qui constitue un manque : leur seul handicap réside dans la représentation que les autres se font d’eux (ou d’elles)].

    Mais là, on touche à l’idée d’égalité et, comme on dit par euphémisme, l’esprit public a, dans ce domaine, encore des marges de progrès…

  • permalien Dominique Vidal :
    3 mai 2007 @11h30   « »
    Mode d’emploi

    Le débat est ouvert, et je ne veux évidemment pas le fermer, ni le corseter. Mais il me semble nécessaire de préciser pourquoi et comment nous l’avons lancé.

    A l’époque où il ne présentait pas les jeunes de banlieue comme des « racailles » à « kärsheriser », mais s’efforçait au contraire de les séduire – en particulier les enfants de l’immigration -, M. Nicolas Sarkozy a mis en avant, un temps, l’idée de « discrimination positive ». Il l’a, depuis, remisée au magasins des gadgets électoraux, sans d’ailleurs l’avoir jamais clairement définie. Ce flou artistique pèse sur la discussion, comme on le voit dans les premières réactions des Internautes.

    Traduction négative de l’expression américaine affirmative action, la « discrimination positive » fait d’abord référence à des expériences menées, dans un certain nombre de pays marqués, pour surmonter de terribles inégalités héritées d’une histoire spécifique : ainsi l’esclavage aux Etats-Unis, le système des castes en Inde ou l’apartheid en Afrique du Sud. Les études que nous publions montrent les acquis de ces expériences, mais aussi leurs limites.

    La question des inégalités, en France, ne se pose évidemment pas dans les mêmes termes, même si elles se sont beaucoup accrues dans les vingt dernières années, et pour une part du fait de notre histoire spécifique, y compris coloniale. Comment combattre efficacement ces inégalités propres à notre pays ? Au lieu d’emprunter des recettes empruntées à l’étranger, où de surcroît elles sont déjà essoufflées, il faut élaborer de imposer des solutions françaises.

    A ce sujet, juste une piste, que je développe dans mon article. On s’oppose souvent à toute avancée dans la lutte contre les inégalités au nom de l’article 1 de la Constitution de 1958, selon lequel la République « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion » - ce qui exclut le recours à des critères ethnico-religieux. Mais cet article n’interdit nullement des mesures reposant sur d’autres critères. A tel point que le Conseil d’Etat a pris acte, en 1996, de l’existence de « certaines discriminations positives “à la française” dont l’objet est de réduire des inégalités de fait ».

    Voilà qui donne des arguments et des armes à tous ceux qui entendent, quel que soit l’élu(e) de dimanche, faire reculer les discriminations dans l’accès à l’enseignement, à l’emploi, à la santé, à la culture, etc.

  • permalien xéno :
    3 mai 2007 @15h00   « »
    "(...) l’idée de « discrimination positive ». Il l’a, depuis, remisée au magasins des gadgets électoraux (...)"
    Il est possible que la discrimination positive soit plus qu’un gadget électoral.

    Les institutions sécrètent leurs propres anticorps, face à l’intrusion massives d’éléments extérieurs.

    Faute de pouvoir se réformer suffisamment rapidement elles développent des stratégies de survies pour travestir les intrus et "normaliser" leur fonctionnement (le rôle des intrus c’est d’adapter l’institution à leur propre culture).

    Lors de l’arrivée des fils d’ouvriers dans les universités à la fin des années 60 (Il y a 10 % de fils d’ouvriers dans l’enseignement supérieur.), cette honorable institution digne héritière des "humanités éclairées", na pas su transformer en "costumes cravates" les "pulls à col ronds "qui 20 ans après l’euphorie de la libération revendiquaient leur place au soleil du savoir. Les anticorps ont mis un certain temps à se mettre en place (IUT, "filières garages", "filières réservées", enseignement privé, etc.).

    Au moment (1986) où les enfants issus du rapprochement familiale se sont présentés aux portes du savoir, la stratégie a été une forme de discrimination négative (loi Devaquet) et a entraîné une brutale mise au pas des institutions : le "Mouvement contre le projet Devaquet".

    Le "marché" du travail s’est vu (entre autre) avec l’arrivée de nouveaux venus jusqu’alors canalisés dans les "filières garage", dans l’impossibilité d’absorber les tensions qui se focalisaient dans les banlieues.

    La discrimination positive a été un un anticorps généré par les "filières réservées" pour absorber cette poussée. Les émeutes de banlieue ont montré que la réponse n’était pas à la hauteur du phénomène.

    Ce n’est plus une anecdote politique, mais un phénomène "physiologique".

    Ramené à l’échelle politique, ces contre-feux à l’insurrection montrent l’incapacité des hommes à contrôler les évènements qu’ils ont eux-même déclenchés, et la parfois la pauvreté des réponses.

  • permalien
    3 mai 2007 @16h25   « »

    Bonjour, Cet ouvrage récent qui contribue à la réflexion sur cette notion de disrimination positive

    Voir en ligne : Ouvrage récent traitant de la discrimination positive et des recrutements

  • permalien
    6 mai 2007 @01h44   « »

    Ce principe ne veut pas dire : incompétence, voir privilège !!?! Ce n’est que du bricolage et nous en sommes tous conscients. Toutefois, le grand soir n’est toujours pas arrivé, et le constat social (redondance : fracture sociale) est accablant ! La souffrance est sourde mais vive. Alors pour ne pas totalement nous diviser (avant que les pensées soient suffisamment claires sur ce qu’est la politique et la dignité due à tous), la discrimination positive peut etre un pare-feu nécessaire, un tremplin !?

  • permalien Hatim :
    7 mai 2007 @12h46   « »

    Une notion essentielle associee a toute les mesures de "discrimination positive" est leur caractere temporaire bien que dans les faits il soit tres difficile de mettre fin a ces mesures (et specialement dans le cas de l’Inde ou chaque remise en cause de reservations s’accompagne d’emeutes).

    S’il on regarde donc la "discrimination positive" sous cet angle de mesure corrective temporaire, elle devient a mon sens plus acceptable. Il faut toutefois definir au prealable les modalites et les limites de son applicabilite. Si cela permet a des personnes issues de communautes trop longtemps victimes d’inegalites de participer plus activement a la vie du pays a tous les niveaux, la societe se doit de retablir autant que possible une certaine justice. Et si cette mesure corrective et temporaire permet de prouver que partout une mixite sociale et communautaire est possible alors on pourra y mettre fin.

    Seulement pour creer suffisament de vocations au sein des communautes beneficiaires et faire oublier les trop nombreux prejuges qui les poursuivent, il faut un certain temps et il faut aussi s’assurer de ne pas blesser le sens du merite auquel croient injustement encore beaucoup d’entre nous. C’est pourquoi je pense que les initiatives menees au niveau de l’enseignement superieur et meme des le lycee sont les plus importantes. Elles permettent de former des generations de diplomes plus a l’image de la societe toute entiere et n’ayant rien a envier aux promotions precedentes puisqu’elles seront passees par le meme cursus. Quant aux victimes de cette temporaire injustice qui devront pour quelques annees ceder leur places a d’autres moins "meritants" qu’eux, ils devront difficilement accepter cette reparation de l’histoire et comprendre que s’ils etaient eux aussi nes "du mauvais cote du periph’", ils auraient peut-etre "merites" qu’on leur donne plus de chance.

  • permalien
    9 mai 2007 @17h06   « »

    On a beau tordre dans tous les sens la dialectique, y compris sophiste, aucune conciliation n’est possible entre les deux termes, et encore moins comme sujet et prédicat. Et dans la réalité historique présente, les émeutes des banlieux nous font exploser dans la figure leur antinomie, leur impossible résolution dans un terme unitaire. A ceux qui insistent, se basant sur les USA, il faut être myope... pour ne pas se rendre compte que ce n’est pas deux ministres des affaires étrangères qui ont résolu l’impossible. Et pour cause, remplacer les classes sociales par groupes éthniques, c’est faire fi de tous les outils de travail de réflexion accumulés depuis, allez, bientôt deux siécles.

  • permalien Bruno Mer :
    9 mai 2007 @18h05   « »
    Discrimination positive et concept de diversité

    L’idée de discrimination positive qui occupe l’espace médiatique depuis certaines déclarations et nomination n’a rien à voir avec la conception française qui existe depuis plusieurs décades.

    Je me permets de mettre en lien un article que j’ai publié il y a quelques temps dans la revue du SNES.

    Bruno Mer

    Voir en ligne : Discrimination positive et concept de diversité

  • permalien Stéphane :
    10 mai 2007 @11h12   « »
    un livre à lire d’urgence sur la discrimination positive

    Je viens de lire un très bon livre qui vient de sortir sur le sujet de la discrimination positive. Le livre y fait un constat accablant sur cette politique qu’il qualifie de politique élitiste appliquée aux minorités. Il attire également l’attention sur le fait que cela créera de nouvelles fractures dans notre société dont les classes populaires seront les premières à souffrir.

    L’auteur a un blog et y a déposé des avis qu’il a reçus de la part d’hommes politiques qui ont lu son livre.

    Voici l’adresse de son blog

    http://puzzledelintegration.blogspi...

  • permalien Daniel :
    2 juillet 2007 @19h30   « »

    La discrimination dite positive est de la discrimination ordinaire et une insulte au mérite. Les états-unis en sont d’ailleurs revenus. D’une certain façon elle est appliquée depuis très longue date lors la correction des examens comme le BAC qui se font au niveau départemental et l’on peut constater les ravages que cela fait... Les employeurs savent parfaitement que le BAC n’a pas du tout le même niveau d’un département à l’autre. Les correcteurs abaissent un peu le pourcentage de réussite pour donner le change mais personne n’est dupe... Si les corrections s’effectuaient au moins au niveau régional il y aurait sans aucun doute de très grosses surprises. C’est au moment de l’entretien d’embauche ou de l’entrée dans les écoles supérieures que cela se gâte... Le BAC corrigé au niveau régional serait plus équitable et redonnerait à la fois une valeur universelle à cet examen et serait à nouveau un indication fiable du niveau scolaire ... Cela éviterait aussi que certains prétendent qu’ils sont rejetés en raison de leurs origines alors que le problème est le plus souvent avant tout le niveau scolaire dont les examens ne sont pas plus toujours représentatifs

    Voir en ligne : http://server13.kproxy.com/servlet/...

  • permalien lecoqenboite :
    27 février @14h50   «

    Humble tentative de vulgarisation du chewing gum sociétal

    DANGER !!! La Discrimination "positive" à caractère ethnique s’institutionnalise en silence

    Dernièrement, l’un de mes amis a été victime d’une discrimination à l’embauche orchestrée, en douce, par les pouvoirs publics. Ce dernier a été écarté d’une offre d’emploi s’inscrivant dans un dispositif d’aide sociale (donc financé par les deniers publics) pour la bonne et simple raison qu’il N’AVAIT PAS « un nom à consonance étrangère ».

    Par l’écrit qui suit, intitulé « Comment miner la République ? Le choix du communautarisme ou la discrimination positive » j’espère bien parvenir à éveiller quelques consciences sur le danger imminent qu’incarne cette façon de concevoir la justice sociale.

    Suivez ce lien pour connaître cette histoire vraie digne d’un cauchemar pour celui qui l’a vécue et pour ceux qui seront peut être amenés à vivre une situation similaire :

    http://lecoqenboite.hautetfort.com/

    Ne nous laissons pas voiler la face sans mots dire, pour ou contre, ouvrons un vrai débat !

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