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Compte à rebours en Iran

par Alain Gresh, 11 mai 2007

Le Monde diplomatique publie un numéro de son bimestriel Manière de Voir intitulé « Tempêtes sur l’Iran » (disponible en kiosque). Il est divisé en trois parties : la première porte sur l’Iran avant 1979, et notamment le coup d’Etat de 1953 qui brisa l’expérience démocratique dans ce pays ; la deuxième sur la révolution islamique, une révolution à nulle autre pareille ; enfin la troisième sur la crise nucléaire et les évolutions du régime.

Je publie ci-dessous la préface de ce numéro.

Compte à rebours

Silencieusement, furtivement, à l’abri des caméras, la guerre contre l’Iran a commencé. De nombreuses sources confirment que les Etats-Unis ont intensifié leur aide à plusieurs mouvements armés à base ethnique – Azéris, Baloutches, Arabes, Kurdes, minorités qui, ensemble, représentent environ 40 % de la population iranienne –, dans le but de déstabiliser la République islamique. Début avril, la télévision ABC révélait ainsi que le groupe baloutche Jound Al-Islam (« Les soldats de l’islam »), qui venait de mener une attaque contre des gardiens de la révolution (une vingtaine de tués), avait bénéficié d’une assistance secrète américaine. Un rapport de The Century Foundation (1) révèle que des commandos américains opèrent à l’intérieur même de l’Iran depuis l’été 2004. Le 29 janvier 2002, dans son discours sur l’état de l’Union, le président George W. Bush classait l’Iran, avec la Corée du Nord et l’Irak, dans l’« axe du Mal ». Le 18 juin 2003, il affirmait que les Etats-Unis et leurs alliés « ne toléreraient pas » l’accession de ce pays à l’arme nucléaire.

Il n’est pas inutile de rappeler le contexte de l’époque. M. Mohammad Khatami était alors président de la République islamique et multipliait les appels au « dialogue des civilisations ». En Afghanistan, les Etats-Unis avaient bénéficié du soutien actif de Téhéran, qui avait utilisé ses nombreux relais pour faciliter le renversement du régime des talibans. Le 2 mai 2003, lors d’une rencontre à Genève entre l’ambassadeur iranien Javad Zarif et M. Zalmay Khalilzad, à l’époque envoyé spécial du président Bush en Afghanistan, les dirigeants de Téhéran soumettaient à la Maison Blanche une proposition de négociation globale sur trois thèmes : les armes de destruction massive ; le terrorisme et la sécurité ; la coopération économique (2). La République islamique se déclarait prête à soutenir l’initiative de paix arabe du sommet de Beyrouth (2002) et à contribuer à la transformation du Hezbollah libanais en parti politique. Le 18 décembre 2003, Téhéran signait le protocole additionnel du traité de non-prolifération nucléaire (TNP), protocole que seuls quelques pays ont ratifié et qui renforce considérablement les capacités de surveillance de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Tous ces gestes d’ouverture furent purement et simplement balayés par l’administration américaine, qui reste focalisée sur un objectif, le renversement du « régime des mollahs ». Pour créer les conditions d’une éventuelle intervention militaire, elle continue à agiter la « menace nucléaire ». Depuis des années, des rapports alarmistes ont été produits par les administrations américaines successives, et toujours démentis. En janvier 1995, le directeur de l’Agence américaine pour le contrôle des armements et le désarmement affirmait que l’Iran pourrait avoir la bombe en 2003 ; parallèlement, le secrétaire à la défense William Perry affirmait que cet objectif serait atteint avant... 2000. Ces « prévisions » furent répétées l’année suivante par M. Shimon Pérès (3). Pourtant, en avril 2007, malgré les progrès accomplis par l’Iran en matière d’enrichissement d’uranium, l’AIEA estime que Téhéran ne disposera « des capacités » de produire la bombe que d’ici quatre à six ans.

Qu’en est-il réellement ? Depuis les années 1960, donc bien avant la victoire de la révolution islamique, l’Iran a cherché à développer une filière nucléaire pour préparer l’après-pétrole. Avec l’évolution des technologies, la maîtrise totale du cycle du nucléaire civil rend plus facile le passage au militaire. Les dirigeants de Téhéran ont-ils pris une telle décision ? Rien ne permet de l’affirmer. Le risque existe-t-il ? Oui, et pour des raisons faciles à comprendre.

Durant la guerre irako-iranienne (1980-1988), le régime de Saddam Hussein a utilisé, en violation de tous les traités internationaux, des armes chimiques contre l’Iran ; ni les Etats-Unis ni la France ne se sont indignés de cet usage d’armes de destruction massive qui a traumatisé le peuple iranien. D’autre part, les troupes américaines campent en Irak et en Afghanistan, et l’Iran est enserré dans un réseau dense de bases militaires étrangères. Enfin, deux pays voisins, le Pakistan et Israël, disposent de l’arme nucléaire. Quel leader politique iranien serait insensible à un tel contexte ?

Comment, dès lors, éviter que Téhéran n’accède à l’arme nucléaire, ce qui relancerait la course aux armements dans une région déjà bien instable et porterait un coup sans doute fatal au traité de non-prolifération ? Contrairement à ce qui est souvent avancé, l’obstacle essentiel ne réside pas dans la volonté de Téhéran d’enrichir l’uranium : l’Iran, selon le TNP, en a le droit mais a toujours affirmé qu’il était prêt à apporter volontairement des restrictions à ce droit et à accepter un renforcement des contrôles de l’AIEA pour éviter toute éventuelle utilisation de l’uranium enrichi à des fins militaires.

La préoccupation fondamentale de la République islamique est ailleurs, comme le prouve l’accord signé le 14 novembre 2004 avec la « troïka » européenne (France, Royaume-Uni, Allemagne) : l’Iran acceptait de suspendre provisoirement l’enrichissement de l’uranium, étant entendu qu’un accord à long terme « fournirait des engagements fermes sur les questions de sécurité ». Ces engagements ayant été refusés par Washington, l’Iran reprit son programme d’enrichissement.

Au lieu de poursuivre une politique indépendante, l’Union européenne s’est alignée sur Washington. Les nouvelles propositions formulées par les cinq membres du Conseil de sécurité et par l’Allemagne, en juin 2006, ne contenaient aucune garantie de non-intervention dans les affaires iraniennes. Dans sa réponse, en août, Téhéran exigea à nouveau que « les parties occidentales qui veulent participer aux négociations annoncent en leur nom et celui des autres pays européens la mise de côté des politiques d’intimidation, de pressions et de sanctions contre l’Iran ». Seul un tel engagement permettrait de relancer les négociations.`

Autrement, l’escalade est inévitable. D’autant que l’élection à la présidence, en juin 2005, de M. Mahmoud Ahmadinejad ne facilite pas le dialogue, le nouvel élu multipliant les déclarations incendiaires, notamment sur le génocide des Juifs et sur Israël. Mais l’Iran, un grand pays à la riche histoire, ne se résume pas à son président. Les tensions sont fortes au sein même du pouvoir, et M. Ahmadinejad a subi une déroute électorale aux élections des municipalités comme de l’Assemblée des experts en décembre 2006. Plus largement, la contestation à la fois économique et sociale reste forte, et les aspirations à plus de libertés sont vives, notamment chez les femmes et chez les jeunes. La société refuse toute caporalisation. Le seul atout que possède le régime pour souder la population autour de lui reste, justement, le nationalisme, le refus des ingérences étrangères dont l’Iran a souffert tout au long du XXe siècle...

Malgré le désastre irakien, rien n’indique que le président Bush ait renoncé à attaquer l’Iran. Cet objectif s’inscrit dans sa vision d’une « troisième guerre mondiale » contre le « fascisme islamique », une guerre idéologique qui ne peut se terminer que par la victoire totale. La diabolisation de l’Iran, facilitée par la posture de son président, s’inscrit dans cette stratégie, qui peut déboucher sur une nouvelle aventure militaire. Ce serait une catastrophe, non seulement pour l’Iran et pour le Proche-Orient, mais aussi pour les relations que l’Occident, et en premier lieu l’Europe, entretient avec cette région du monde.

(1) Sam Gardiner, « The end of the “summer of diplomacy” : Assessing US military options on Iran », Washington, DC, 2006.

(2) Sur cette offre, lire Gareth Porter, « Burnt offering », The American Prospect, Washington, DC, juin 2006.

(3) Lire « Quand l’Iran aura-t-il l’arme nucléaire ? ».

Israël. Une société bousculée

Dominique Vidal, journaliste au Monde diplomatique, publie aux éditions du Cygne un livre intitulé Israël, une société bousculée. 25 ans de reportages sur le terrain. Composé de sept textes écrits entre 1981 et 2007, il offre une vision exceptionnelle de la société israélienne, une société souvent mal connue et caricaturée. Comme l’écrit Leïla Shahid, déléguée générale de Palestine auprès de l’Union européenne, dans sa préface : « Actuellement, les deux sociétés, israélienne et palestinienne, vivent toutes les deux, pour des raisons différentes, une crise historique fondamentale. S’agissant d’Israël, vous en trouverez les raisons et les origines dans (ces) reportages. Crise profonde dans deux partis majeurs, disparition des grandes mouvances idéologiques en faveur des groupes ethniques et des mouvements religieux, transformation du rêve pionnier sioniste socialiste en capitalisme, libéralisme mondialisé où le secteur privé remplace le welfare state et, finalement, syndrome de la citadelle assiégée, Massada, qui refuse de s’ouvrir au monde l’entourant et impose une politique unilatérale suicidaire que symbolisent le mur et l’annexion de Jérusalem. »

Grèves ouvrières en Egypte

On rend rarement compte des mouvements sociaux qui agitent le monde arabe. Le mouvement ouvrier égyptien a une longue histoire vieille de plus d’un siècle. Dans un article récent, pubié par Middle East Report Online et intitulé « Strikes in Egypt Spread from Center of Gravity », Joel Beinin and Hossam el-Hamalawy (respectivement directeur du département Middle East studies à l’université du Caire et un journaliste basé au Caire). « La plus longue et la plus forte vague de protestations ouvrières depuis la fin de la seconde guerre mondiale déferle sur toute l’Egypte. En mars, le quotidien libéral al-Masri al-Yawm estimait à pas moins de 222 sit-in, grèves, arrêts de travail, grèves de la faim et manifestations se sont déroulées en 2006. Durant les cinq premiers mois de 2007, le quotidien a rapporté une action syndicale presque tous les jours. Le groupe citoyen Egyptian Workers and Trade Union Watch a rapporté 56 incidents durant le seul mois d’avril et 15 autres durant la première semaine de mai seulement. »

Alain Gresh

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