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Antisémitisme, islamophobie et immigration. Iran : négocier ou faire la guerre ? (à suivre)

par Alain Gresh, 27 mai 2007

Antisémitisme, islamophobie et immigration.

Le quotidien Le Monde rapporte le 24 mai que « Islamophobie et antisémitisme progresseraient en Europe ». « La Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (Ecri) s’inquiète, dans son rapport d’activité pour 2006, de "l’intensification du climat d’hostilité" envers les musulmans et de l’antisémitisme "de plus en plus répandu dans de nombreux pays européens". » Il ne semble pas que le rapport soit encore disponible en texte intégral sur le site du Conseil de l’Europe.

Toujours selon l’article du Monde : « Tout en insistant sur la nécessité de connaître les spécificités de chaque type de racisme, elle met en garde contre le danger d’une "fragmentation" de la lutte contre le racisme et prône une approche commune et une stratégie "globale, collective et solidaire". »

Par ailleurs, une étude du Pew Research Center en date du 22 mai, « Muslim Americans : Middle Class and Mostly Mainstream. War on Terror Concerns », donne des éléments intéressants sur la place des musulmans dans la société américaine. Elle révèle qu’une majorité des musulmans américains ont une vue positive de la société dans laquelle ils vivent, qu’ils sont très largement assimilés à la société, qu’ils rejettent en majorité l’extrémisme religieux. Mais 53% d’entre eux pensent qu’il est devenu plus difficile d’être musulman depuis le 11-Septembre (seuls 40% pensent, par ailleurs, que des Arabes sont responsables de ces attaques). Un des éléments intéressants de cette étude est la comparaison avec d’autres pays occidentaux : ainsi, la place des musulmans pauvres dans leur communauté est de + 2% (par rapport à la place des pauvres aux Etats-Unis), mais de + 22% en Grande-Bretagne, + 18% en France. 47% des musulmans américains se considèrent d’abord comme musulmans (avant de se considérer comme citoyens de leur pays), alors qu’ils sont 81% en Grande-Bretagne et 46% en France.

Une étude réalisée par Novatris/Harris pour la chaîne France24 et pour l’International Herald Tribune, publiée le 25 mai, « Une majorité d’Européens et d’Américains pour l’instauration de quotas à l’immigration ». Mais l’étude apporte aussi un autre éclairage sur la nature des perceptions de l’immigration dans les six pays considérés (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Allemagne).

« Une majorité de Britanniques, d’Allemands, d’Italiens estime que "trop" d’immigrés réguliers résident dans leur pays respectif. Chez les premiers, ils sont 67% à le croire contre 55% outre-Rhin et chez les transalpins. Cette proportion baisse en Espagne, où ils sont 45% à parler d’un nombre démesuré d’étrangers installés légalement dans la péninsule ibérique. Ils ne sont que 32% de Français et 35% d’Américains à abonder dans le même sens. Contrairement à leurs voisins de l’Union européenne, les Français estiment majoritairement (52%) que le nombre d’immigrés légaux dans leur pays n’est pas trop élevé. 43% d’Américains ont un jugement similaire. »

« La qualité de l’intégration des immigrés légaux inspire des commentaires hétérogènes. Selon une large proportion d’Américains (43%), les étrangers installés outre-atlantique sont "plutôt intégrés" ou "totalement intégrés". Allemands, Français, Italiens et Britanniques ne l’entendent pas de cette oreille. Ils sont respectivement 58%, 56%, 52% et 50% à penser que les immigrés résidant sous leurs cieux sont soit "plutôt pas intégrés" ou "pas du tout intégrés". En Espagne, la question suscite une réponse contrastée. Une majorité d’Ibériques (62%) qualifie de "ni intégrés ni pas intégrés" la situation des immigrés détenteurs d’un titre de séjour délivré par les services du ministère espagnol de l’intérieur. »

Iran, négocier ou faire la guerre ? (à suivre).

La question de la guerre avec l’Iran risque de dominer l’agenda politique international des prochains mois. J’y suis déjà revenu à plusieurs reprises, notamment dans Négocier ou faire la guerre ? et Négocier ou faire la guerre ? (suite). Pour comprendre tous les enjeux de cette crise et l’inscrire dans la durée (et dans l’histoire), on se reportera au numéro qui vient de sortir de Manière de voir, la publication bimestrielle du Monde diplomatique, « Tempêtes sur l’Iran » (en vente en kiosques).

Dans un entretien donné au Figaro du 26 mai, Ali Larijani, un des principaux dirigeants iraniens, très impliqué dans le dossier nucléaire, affirme que "La France de Sarkozy pourrait jouer le rôle d’intermédiaire sincère".

Interrogé sur les moyens de sortir de l’impasse, il explique :

« Le moyen consiste à reprendre le dialogue, sans condition préalable de part et d’autre. À cet égard, la France du nouveau président Nicolas Sarkozy pourrait jouer le rôle d’un honest broker (intermédiaire sincère), car la France jouit d’une très bonne image chez nous : elle n’a jamais exercé de pression néocoloniale sur l’Iran et elle a abrité chez elle l’imam Khomeiny lorsqu’il était menacé par la dictature du Shah. »

« Au moment où je vous parle, ElBaradei et Solana reconnaissent tous les deux que le programme nucléaire iranien n’a pas actuellement divergé vers le militaire. Le souci occidental est donc un procès d’intention lié à l’avenir. Pourquoi donc nous trouvons-nous, aujourd’hui, traînés devant le Conseil de sécurité de l’ONU ? »

« Les États de la région (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte, etc.) seraient invités à y participer, ainsi que les États européens (France, Allemagne, Finlande, etc.) ayant développé chez eux un programme de production d’électricité nucléaire. Ainsi, au contrôle déjà existant des inspecteurs de l’AIEA s’ajouterait celui des États membres du consortium.
S’il m’était possible de mener un dialogue constructif avec les Occidentaux, aujourd’hui bloqué par l’intransigeance d’une Amérique exigeant que nous suspendions au préalable notre enrichissement d’uranium, je suis sûr que nous pourrions trouver ensemble de nombreux autres outils pour établir une confiance réciproque. »

Mais il semble peu probable que cet appel soit entendu.

« Paris presse l’ONU de durcir le ton avec l’Iran », tel est le titre de l’article de Maurin Picard publié sur le site du Figaro, le 24 mai.

« La France n’a pas ménagé ses critiques hier à l’égard de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), une institution spécialisée de l’ONU qui joue un rôle clé dans la crise iranienne, et de son directeur général, Mohamed ElBaradei. Au moment où ce dernier transmettait au Conseil de sécurité des Nations unies un rapport alarmant sur l’état d’avancement du programme nucléaire iranien, Paris s’est joint aux protestations émises par Washington à l’encontre du haut fonctionnaire égyptien, accusé de laxisme face aux agissements nucléaires de Téhéran. »

« Objet du litige : Mohamed ElBaradei a affirmé, dans plusieurs interviews récentes, que l’Iran devait être autorisé à maintenir une partie de ses activités d’enrichissement d’uranium. Il en déduisait que la communauté internationale devrait réduire son niveau d’exigence vis-à-vis de Téhéran, celui-ci possédant déjà, de toute évidence, un savoir-faire nucléaire que la communauté internationale prétend encore vouloir lui interdire. »

« "Notre représentant permanent à Vienne [Xavier-François Deniau] s’associera à la démarche américaine", a indiqué hier le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi, tandis que le représentant américain auprès de l’AIEA, Gregory Schulte, rencontrait Mohamed ElBaradei en aparté. Le chef de l’agence atomique internationale se voit aussi reprocher une grande imprudence pour avoir affirmé que "la CIA, le MI 6 britannique et les renseignements français sont d’accord pour dire que l’Iran mettra de 4 à 8 ans pour fabriquer l’arme atomique". "Nous n’avons pas l’habitude d’exposer publiquement [...] des évaluations nationales de renseignement", s’est insurgé le porte-parole français, selon qui, pour la France, "la perspective d’un Iran doté d’une capacité nucléaire militaire n’est pas acceptable". »

Cette position française ne marque pas un vrai tournant, puisque Paris s’était fortement rapproché des Etats-Unis sur le dossier iranien depuis au moins deux ans. Mais elle constitue néanmoins un infléchissement. Rappelons-nous les déclarations assez réalistes de Chirac sur l’Iran, début février.

Les Etats-Unis ont déjà engagé une guerre silencieuse contre l’Iran. Les journalistes Brian Ross et Richard Esposito, de Abcnews (22 mai 2007), « Bush Authorizes New Covert Action Against Iran » (Bush autorise de nouvelles actions clandestines contre l’Iran), confirment différentes informations sur les programmes d’aide à des groupes clandestins en Iran, mais il n’est pas évident de savoir si ces programmes sont nouveaux ou si l’article confirme des informations déjà données depuis plusieurs mois.

Alain Gresh

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