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L’informatique a-t-elle un sexe ?

mardi 29 mai 2007, par Isabelle Collet

On aurait pu croire, au début des années 1980, quand les filles se sont engagées nombreuses dans les études d’informatique, que l’ordinateur échapperait aux pesanteurs sexistes. Mais, rapidement, ce métier s’est de nouveau fortement masculinisé. Isabelle Collet, auteure d’une enquête sur la désaffection des étudiantes pour l’informatique, a pu constater que les mécanismes de leur mise à l’écart sont à rechercher dans les représentations de plus en plus stéréotypées de ces métiers. C’est ce qu’elle écrit dans son article publié dans « Le Monde diplomatique » de juin et dont nous reproduisons ci-dessous de larges extraits.

Un métier masculin, l’informatique ? En Malaisie, l’affirmation fait sourire. A la faculté d’informatique et des technologies de l’information de Kuala Lumpur, la capitale, tous les responsables de département sont des femmes, ainsi que la doyenne. A Penang, il y a 65 % d’étudiantes en informatique, et sept de leurs professeurs (sur dix) sont des femmes, qu’encadre là aussi une doyenne. Mme Mazliza Othman, la responsable du département, déclare ne jamais avoir pensé à l’informatique comme à une discipline masculine : « Ça n’en a pas l’air. Vous voyez, l’ingénierie, c’est quelque chose que les gens voient comme masculin, ou la géologie. Mais pas l’informatique. Je ne vois pas ce qu’il y a de masculin dans l’informatique ! » Les raisons qu’elle invoque : l’informatique est un travail propre, ne nécessitant pas une grande force physique ; cette activité s’exerce dans le secteur tertiaire, et permet même de travailler de chez soi.

Hors de Malaisie, pourtant, l’informatique est une branche très masculinisée. En France, c’est même la seule discipline scientifique a avoir enregistré une très forte chute de la proportion de filles. Si l’on regarde la féminisation des écoles d’ingénieurs selon leur spécialité, on constate en effet que la part des femmes progresse dans tous les secteurs, à l’exception de l’informatique, où, après une hausse culminant, en 1983, à 20 %, cette proportion est retombée, vingt ans plus tard, à son niveau initial (11 % en 2000, 9 % dans les promotions des années 1970). En 1983, l’informatique est, dans les écoles d’ingénieurs, le secteur le plus féminisé, à égalité avec l’agroalimentaire (6 points au-dessus de la moyenne nationale). En 2000, elle a rejoint la mécanique et la défense (13 points en dessous de la moyenne nationale), les deux secteurs traditionnellement les plus masculins.

Cette situation n’est pas propre à la France. L’Allemagne, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis affichent des chiffres du même ordre.

Pourtant, le nombre total de filles se destinant à l’informatique n’a pas tellement varié sur toutes ces années. Mais, à mesure que de nouvelles formations se sont ouvertes, ce sont les garçons qui s’y sont massivement engouffrés. La vraie question à se poser n’est pas, au fond, pourquoi les filles n’aiment pas l’informatique, mais plutôt pourquoi la passion pour la maîtrise de l’ordinateur, depuis le début des années 1980, a surtout touché les garçons.

Une passion masculine. Dans les années 1970, l’ordinateur était d’abord perçu comme une machine servant à la gestion de l’information, liée davantage au tertiaire, traditionnellement plus féminisé que l’industrie. Pour une jeune scientifique, l’informatique faisait partie des métiers socialement acceptables. Au début des années 1980, le micro-ordinateur commence à se répandre chez les garçons adolescents, toujours les premiers équipés quand on achète de nouveaux gadgets techniques. Ils seront par la suite les utilisateurs prioritaires, sinon exclusifs, de l’ordinateur familial. Autour des micros se constituent des sociétés d’adolescents technophiles, clubs informatiques et groupes de copains s’adonnant à la programmation et aux jeux vidéo – à un âge où les enjeux identitaires les poussent à rester entre eux et à s’opposer aux groupes de filles. Dix ans plus tard, ils commencent leurs études supérieures, accompagnés par un discours médiatique incantatoire repris en chœur par leurs parents. « Mon père a toujours eu une grosse peur pour nous, c’était qu’un jour on se retrouve au chômage, nous dit une informaticienne. On devait faire des études pour avoir un bon boulot, pour être bien payé, ne pas risquer le chômage, et pour lui l’informatique, c’était le top. »

Une génération a passé. Mais, en dépit des avancées techniques et des transformations du quotidien provoquées par son évolution multiforme, l’informatique s’incarne toujours, chez les étudiants et les étudiantes scientifiques, dans le micro-ordinateur et l’image mythique du programmeur. 80 % d’entre eux se représentent en effet les informaticiens comme des hommes, peu sportifs et peu attentifs à leur apparence, plus à l’aise avec des machines qu’avec des êtres humains. Ceux-ci resteraient enfermés toute la journée derrière leur bureau pour faire des choses répétitives, essentiellement de la programmation.

D’où vient ce décalage avec la réalité ? Tous ces jeunes regardent pourtant des images de synthèse, écoutent de la musique électronique, téléphonent sur leur portable et utilisent quotidiennement Internet pour envoyer des courriels, passer des commandes, télécharger de la musique ou de la vidéo... Comment se fait-il que ces nouveaux usages, massivement répandus, n’aient eu pratiquement aucune incidence sur l’image des métiers ? Comme si aucun métier de l’informatique n’était en amont de ces usages ; comme si, quels que soient les usages ou les évolutions techniques, le métier d’informaticien restait immuable. Moins de 30 % des métiers de l’informatique comportent de la programmation ; pourtant, dans les esprits, l’informaticien, le vrai, reste un programmeur.

(Lire la suite dans « Le Monde diplomatique » de juin.)

43 commentaires sur « L’informatique a-t-elle un sexe ? »

  • permalien Michel, je suis "ingenieur informaticien" :
    29 mai 2007 @21h46   »

    J’apprend après de nombreuses années d’ingénierie logicielle que la programmation est répétitive. Et bien, quelle surprise ! Quand sur chaque nouveau projet il faut faire face à une situation nouvelle, des technologies nouvelles, je n’ai pas encore rencontré la répétition.

    Mais ne le répétez surtout pas, car si cette information s’ébruitait, le métier serait automatisé très rapidement. D’ailleurs certains chercheurs essayent depuis plus de 30 ans de le faire. Ils ne doivent plus avoir beaucoup de dents les pauvres.

    Mais peut être faut il comprendre la répétition comme en ingénierie mécanique, répétitive puisqu’on se contente de mettre des boulons partout, de faire des dessins ou des maquettes ; ou dans le génie civil, répétitif lui aussi, puisqu’il ne s’agit après tout que de construire des ponts, des routes et des bâtiments, toujours de la même façon évidemment.

    J’ai d’ailleurs le même sentiment vis à vis des journalistes, puisque rédiger des articles doit être particulièrement répétitif !

    Sans rancune M’dame, venez quand vous voulez faire un stage de programmation répétitive :-)

  • permalien Isabelle Collet :
    29 mai 2007 @22h07   « »

    Peut-être avez-vous lu l’article un peu rapidement.

    Je ne suis pas journaliste, mais chercheuse. J’ai été informaticienne scientifique, spécialisée en traitement d’images numériques. Je n’ai jamais trouvé personnellement que la programmation était répétitive.

    En revanche, j’ai interviewé des étudiants qui ont une représentation de la programmation comme une activité répétitive.
    Je me cite :
    "l’informatique s’incarne toujours, chez les étudiants et les étudiantes scientifiques, dans le micro-ordinateur et l’image mythique du programmeur. 80 % d’entre eux se représentent en effet les informaticiens [...] enfermés toute la journée derrière leur bureau pour faire des choses répétitives, essentiellement de la programmation."

    Il ne faut pas confondre : Représentation d’une activité et Réalité de cette activité.
    C’est aussi ce que je dis dans mon article.

  • permalien Dump :
    29 mai 2007 @22h44   « »

    Informaticien de gestion entre les années 70 et 90 dans l’agro-alimentaire, je découvre par votre article une situation que je n’ai jamais connu.

    Si l’informatique dans un premier temps a créée des métiers strictement féminins (perforatrices, encodeuses), le développement du temps réel dans les années 80 les a fait disparaître.

    Les fonctions d’analyse et de programmation ont toujours étés mixtes, par contre les fonctions liées à l’exploitation ont toujours étés plutôt masculine, en raison de la pénibilité du travail (horaires postés, manipulations lourdes).

    Il semble que votre article concerne plutôt le micro informatique et les applications scientifiques.

  • permalien Isabelle Collet :
    29 mai 2007 @23h41   « »

    Votre remarque sur les PC et l’informatique scientifique me semble juste. Il y a toujours eu plus de femmes en gros système, sur base de données. Actuellement, c’est un secteur mixte 54% de femmes en 2001 selon l’INSEE... malheureusement, il ne représente qu’une petite part des métiers de l’informatique toujours selon l’INSEE.
    Alors que les métiers de consultants, les plus prestigieux, les mieux payés, ne comportent que 25% de femmes.

    En fait, mon article parle surtout des études d’informatique (bien plus que des métiers) et de l’image que les étudiant-e-s ont des métiers de l’informatique.
    En fait, il y a environ 2x plus de femmes informaticiennes que d’étudiantes en informatique.
    J’ai étudié les parcours de femmes en SSII en 2001, mais je n’ai pas vraiment fait d’étude quantitative récente, secteur par secteur.

  • permalien Joseluis :
    30 mai 2007 @00h38   « »

    Je vous prie d’excuser mon mauvais Français.

    Peut-être les jeunes femmes sont elles plus intelligentes que les garçons, en evitant un metier que me semble être en peu en declin...

  • permalien Isabelle Collet :
    30 mai 2007 @01h32   « »

    Vous avez raison, si on réduit l’informatique à la programmation. La programmation est de plus en plus exportée à l’étranger, ex Europe de l’Est, Inde (qui elle-même délocalise en Chine !)
    Dans ce sens, le métier de programmeur est en perte de vitesse.
    Mais les métiers des TICs sont loin, très loin de se résumer à "programmeur". (Moins de 20% des métiers des TICs comportent de la programmation). L’informatique est le secteur le plus créateur d’emploi, et des emplois de qualité, bien rémunérés.

    Je ne veux pas dire qu’informaticien est le meilleur job pour tous et toutes (ce serait paradoxale de ma part !), mais il est regrettable que les femmes s’en retrouvent exclues.

  • permalien Isabelle Collet :
    30 mai 2007 @01h49   « »

    En même temps, comme la représentation des métiers des TICs a tendance à les réduire à la programmation uniquement, il se peut bien que ça joue aussi sur le choix d’orientation des étudiants. On revient au problème du décallage entre la réalité des métiers des TICs et leur représentation.

  • permalien Isabelle Collet :
    30 mai 2007 @10h51   « »

    Pour ceux et celles intéressé-e-s par la thématique "genre et informatique" et par l’Internet solidaire : une manifestation à voir : ROUMICS : http://www.roumics.com/ à Lille le 13 juin

  • permalien
    30 mai 2007 @13h36   « »

    C’est en tant que mère de famille que j’apporte ma contribution :
    Come vous le faite remarquer ce sont essentiellement les garçons qui accaparent le micro-ordinateur famillial, pour y satifaire leur goût du jeux (à l’infini), et c’est dans l’espoirs de continuer sur ce crénaux qu’ils s’engagent parfois, dans ce type d’étude, sans se demander vers quel métier ces études les entraineront. Les filles réagissent différemment, d’abord elles sont moins enclin à jouer pendant des heures sur le micro, et peuvent fuire ce type d’étude pour ne pas avoir à retrouver ce flot de joueurs comme collègues. J’ajouterai que, souvent, elles se projettent plus vite dans l’avenir et donc si elles s’avancent dans ce type d’étude c’est pour aboutir à une professionnalisation.
    Dans les réactions ditent sexistes, il ne faut pas toujours voir le poids de la société au travers de l’éducation, il y a aussi l’impact du milieu ambiant.
    Réflexion entendue :"j’en ai assez de cotoyer des immatures !"
    L’expérience prouve que ces messieurs finissent par murir, mais après la période étude, on continue donc à trouver plus de filles en Histoire qu’en Informatique.

  • permalien Isabelle Collet :
    30 mai 2007 @13h52   « »

    Vous mettez en avant une nouvelle facette de la question :
    si des filles se détournent de l’informatique pour de mauvaises raisons (ne pas cotoyer des joueurs, ne pas passer sa vie sur un PC, ne pas passer son temps à programmer), certains garçons s’y orientent aussi pour de "mauvaises raisons" : les études d’informatiques ne leur permettra pas de pirater le site de la NASA, pas plus qu’elle ne leur donnera l’occasion de travailler dans le jeu vidéo (à de rares exeptions). D’ailleurs, travailler dans le jeu vidéo n’est pas non plus une fête et un amusement continuel.

    Recaler les représentations des métiers sur leur réalité est un enjeu mixte.

  • permalien dolcefico :
    30 mai 2007 @14h09   « »

    Bravo, mére de famille !!

  • permalien lionel :
    30 mai 2007 @15h30   « »

    Je me demande si, le fait que la majorité des concepteurs de logiciels informatiques et de leurs interfaces soit des hommes ne concoure pas à rendre l’informatique moins ergonomique pour les femmes ? Il n’y a aucun sexisme dans cette remarque, seulement une interrogation sur d’eventuelles différences cognitives entre les sexes ?

  • permalien Isabelle Collet :
    30 mai 2007 @16h20   « »

    Le débat sur les différences innées / acquises des cerveaux d’hommes et de femmes revient régulièrement.

    Personnellement, même si je pense que cette question est quasiment indébrouillable (on ne peut pas grandir hors de toute culture), j’ai tendance à penser que les influences culturelles et d’éducation nous façonnent bien plus que nos neurones.

    Pour affirmer cela, je m’appuie sur les travaux de la neurobiologiste Catherine Vidal qui est d’ailleurs ce soir sur France 5 :

    Catherine Vidal
    Cerveau, sexe et liberté

    Les femmes ont elles le même cerveau que les hommes ? Notre cerveau est-il plastique ? Il fallait une neurobiologiste pour nous redonner confiance en l’avenir de notre cerveau.

    Conférence-spectacle du 28 février 2006
    Diffusée le mercredi 30 mai 2007 à 21h35 sur France 5

    Par ailleurs, les études sur les fonctionnements cognitifs des hommes et des femmes montrent toutes que les différences interpersonnelles sont plus importantes que les différences entre groupes de sexe.

    Pour autant, je ne rejette pas votre remarque... Plus que des différences cognitives, les interfaces ne sont peut être pas "appréciées" de la même manière, selon son degré d’implication avec les machines, selon l’éducation technique que l’on reçoit, qu’on soit homme ou femme. (Et pour le coup, les hommes reçoivent plus d’éducation technique que les femmes).
    La dessus, voir les travaux de Sherry Turkle.

  • permalien Professeur Zeppo :
    31 mai 2007 @00h37   « »

    Demandez à DJ Jean-Roch s’il code du Java après 20:00 ou à Jude Law s’il lit linux Mag.Je me demande aussi parfois si David Beckham ne serait pas tenté d’abandonner le foot pour devenir consultant en C++...

    Mieux vaut tout simplement être analyste des âmes au grand coeur en Psycho qu’analyste programmeur chez Cisco !
    Je vais proposer immédiatement un scénario de série TV à TF1 sur une équipe d’ingénieurs informaticiens, il y a en effet trop de métiers inintéressants (médecins, policiers...) à l’écran.

  • permalien Consultante en Système d’Information- Membre Femmes&Sciences, (...) :
    31 mai 2007 @01h11   « »

    S’il est besoin de conforter en partie votre analyse sur l’aspect strict de l’activité de programmation, je vous invite à consulter les listes des participants à ACM Programming Contest , concours international de programmation destiné aux étudiants, sponsorisé par IBM : vous aurez une population sans doute assez représentative des programmeurs les plus compétents.
    Pour autant peut-on réduire l’informatique à la programmation ?

    Avant de s’attacher à vouloir sexuer l’informatique, peut-être serait-il intéressant de définir l’informatique aujourd’hui ? Dans mon milieu professionnel, il y a bien longtemps que ce mot n’est plus utilisé, on parle de Système d’Information ou de Technologies de l’Information. Les programmes "maison" des années 80 ont été peu à peu remplacés par des progiciels(*) où la place de la programmation se réduit . Les strucures de fichiers des années 70 sont dorénavant remplacées par des bases de données dont la conception et la mise en oeuvre est au moins aussi importante que le volet procédural de la stricte programmation.
    L’architecture des systèmes d’information a totalement été bouleversée en 30 ans. Il est aujourd’hui question d’architecture "N tiers" . Et cela conduit à distribuer les activités de conception et de développement ...on n’est pas loin d’une forme de taylorisation...
    Il serait peut-être intéressant de reprendre votre analyse, non point sur le périmètre des étudiants censés étudier l’informatique (encore que là aussi il convient de se garder de trop catégoriser ; exemple : tel étudiant de l’IFP, spécialisé en sismographie ou en étude de réservoir , ingénieur des mines, aura besoin de savoir programmer en Fortran 90, sans pour autant se sentir informaticien !) mais sur la réalité des activités exercées dans les entreprises et les SSII au sein du domaine Système d’Information. Une fois que seront bien analysées ces activités et les qualifications ou les parcours des personnes qui les réalisent, on pourra peut-être en tirer des enseignements !

    (*) Bien entendu il faut développer les progiciels : ceux-là sont conçus généralement outre Atlantique, ou en Inde, les "ateliers" de programmation au service des éditeurs de logiciels existent toujours...mais ailleurs qu’en France.
    Voyons donc les statitisques par genre à un niveau plus large avant de vouloir débattre du sexe d’un ange dont le nom "mythifié" est finalement peut-être LE problème.

  • permalien David :
    31 mai 2007 @16h39   « »

    J’étais passionné d’informatique au lycée, au début des années 90, et à l’époque, je n’ai jamais rencontré une fille qui partageait la même passion (j’aurais pourtant bien aimé). Le lycée, qui se voulait "en avance" avait même créé une classe "option informatique". Cette classe ne comportait que 3 filles, dont la plupart s’étaient inscrite par curiosité. Evidemment, face aux technophiles masculins qui composaient la classe (nous nous échangions des programmes sur calculatrices, nous apprenions à maitriser les connexions infrarouges, etc.) les filles devaient se sentir complètement perdues. L’informatique a un coût d’entrée et la plupart des personnes extérieures avaient surtout l’impression que les passionnés d’informatique venaient d’une autre planète.

    Personnellement j’avais tendance à penser que l’informatique s’était sexuée dans les années 80 au niveau du collège, à un moment de la vie des jeunes où filles et garçons ne se fréquentent guère et construisent des communautés relativement fermées (à mon époque, on avait aussi les "jeux de rôle" qui formait un univers très masculin). A partir du lycée, il n’est ainsi plus du tout attirant pour une fille de s’investir dans l’informatique, car elle a logiquement une impression d’exclusion, ne maitrisant ni les techniques, ni le langage, ni les outils de l’informatique.

    Il faudrait interroger les collégiens d’aujourd’hui, mais je crois que la tendance devrait changer, en particulier gràce à l’émergence des blog et la démocratisation d’Internet.

  • permalien Isabelle Collet :
    31 mai 2007 @17h15   « »

    Pour répondre au message de la personne de Femmes & Sciences :
    Je ne nie pas l’importance de la réalité des métiers des TICs. Et en effet, une définition de ces métiers est à la fois importante, et difficile à faire. Elle a été réalisée par exemple dans le cadre du projet : www-ict : http://www.ftu-namur.org/projets/proj-15.html

    Ce qui me préoccupe, c’est que cette grande variété des métiers n’est pas visible pour les étudiant-e-s, n’apparait pas suffisamment dans les formations.
    Or, les étudiant-e-s en informatique sont quand même en amont de beaucoup des métiers des TICs (SI, Analyste, Architecte base de donnée, Administrateur, etc.)

  • permalien Isabelle Collet :
    31 mai 2007 @17h29   « »

    Pour répondre à David :

    En ce qui concerne l’usage, je suis entièrement d’accord avec vous. Les filles comme les garçons surfent, envoient des mails, créent des blogs, chattent, jouent, etc.
    Certes ce sont toujours les garçons qui passent le plus temps sur les machines et même certains garçons qui y passent un temps déraisonnable, mais il n’y a pas vraiment de fracture des sexes chez les jeunes, en ce qui concerne l’usage.

    Quand il s’agit de passer du côté de la maîtrise de l’informatique, c’est très différent. Comme si derrière les usages bien connus, il n’y avait aucun métier nouveau depuis les années 90 !
    Je n’ai pas interviewé de collégiens, mais les étudiants de première année que j’ai interviewés, qui utilisent quotidiennement l’ordinateur, ont une vision très stéréotypée des métiers de l’informatique.

    Et les étudiantes ont tendance à dire que l’informatique, c’est trop difficile, elles ont plein de problèmes, elles ne se sentent pas sûres d’elles, etc.
    Les garçons diront : "Ca me prend la tête !" Vous conviendrez que ca ne sonne pas pareil !

    Donc malheureusement, la grande diffusion des usages ne permet pas d’ouverture vers les métiers.

    Cette constatation a aussi été faite aux Etat-Unis, par Cornelia Brunner, qui travaille depuis 15 ans avec des enfants.

  • permalien Michel, je suis "ingenieur informaticien" :
    1er juin 2007 @01h31   « »

    J’ai lu un peu rapidement "auteure d’une enquête" et je vous ai assigné le rôle de journaliste un peu facilement. Depuis je vous ai googlée et je vous présente mes excuses pour cet humour un peu facile.

    Quant à l’antagonisme représentation/réalité de la tâche, j’ai commis une approximation volontaire, vous présumant journaliste. Beaucoup des journalistes parlant d’informatique et connaissant tout à l’informatique n’ont pas encore compris que ce mot n’a pas de sens en terme de métier. C’est le fameux "je veux faire de l’informatique" qui s’exprime chez eux.

    Un post citait la différence entre l’informatique scientifique, la micro et l’informatique de gestion, voici une classification personnelle et (forcément réductrice) des métiers :
    - le scientifique traite l’application des mathématiques ou de la physique. Il s’agit de transposer des formules. La théorie est omni présente, on travaille sur des concepts.
    - la gestion concerne les bases de données (banque/assurance, ...), on travaille sur des personnes, des objets physiques (en terme humain)
    -  l’embarqué/temps réel : exploitation de ce que des capteurs disent, pilotage des automates, protocoles ; on travaille sur de l’objet logique (réel ou abstrait). (« image » de la micro info ici)
    - le multimédia : on touche à l’art la plupart du temps : design web, création avec outils de programmation, rendu visuel/sonore, impression à donner à un autre

    Cette liste concept/personne/objet/art est sans doute corrélable avec la population sexuelle chez les informaticiens et les étudiants. Mon hypothèse est claire, mais sans base statistique . Y a t-il eu des travaux sur ce sujet ?

    Je mets en parallèle votre analyse sur les types identifiés d’étudiants voulant travailler dans ce domaine (les réveurs décevables, les connaisseurs et les pragmatiques) avec cette connaissance affichée par les journalistes, et les entreprises et les RH.

    Il y a une réalité dans certaines entreprises (toutes ?) que je résumerais en "une fonction n’est pas a-sexuée". D’une part certains RH ont une culture "du corps de métier", et ont du mal à recruter des femmes, d’autre part l’acceptation des femmes par les autres employés dans ces métiers n’est pas évidente (affirmation empirique, non statistique).

    Vous évoquez une université en Malaisie, où les femmes sont normalement présentes. Dans quels métiers travaillent les diplômé(e)s ?

    Est-ce qu’on retrouve les mêmes échantillons suivant les bassins d’emploi ? Est ce que dans une région où l’informatique est plus "concept/personne" que "objet" on retrouve la statistique homme/femme dans les écoles et la même mesure dans les métiers ?

    J’ai une remarque annexe sur le métier de "consultant" : que voulez vous dire ? S’agit il des salariés de SSII ?

    (PS : si vous voulez continuer à débattre sans polluer la liste, le mail que j’ai fourni est utilisable)

  • permalien David :
    1er juin 2007 @03h32   « »

    le développement nouvelles technos est un des métiers les plus dynamiques et innovants qui soit ! ^^

    .

    la programmation n’est pas en elle meme répétitive : comme pour tous les métiers, ca dépend du domaine

    .

    travailler sur des applications de pointe, imaginer des solutions nouvelles, créer des architectures innovantes...
    et, particulièrement dans le domaine internet, apprendre et mettre en pratique les technologies qui peut etre changeront le monde de demain...

    .

    ceci dit, s’il est vrai que, dans les "nouvelles technos", la population est assez jeune, elle reste masculine

    .

    peut etre parce que, si elle demande de la créativité, de la compétence, de la rigueur, cela reste une tâche essentiellement technique, avec moins de rapports humains de prime abord.
    ce qui peut décourager les filles... que l’on rencontre bien plus chez les commerciaux ! ;)

    .

    cependant, là encore, tout dépend du poste : à un haut niveau il faut dialoguer avec les utiliseurs, les différents services, gérer son équipe...
    stressant, mais passionnant ! ^^

    .

    en lisant les commentaire, j’ai l’impression que certains n’ont pas compris l’évolution de l’informatique
    la programmation, en "déclin" ?

    .

    oui, peut etre, celles des gros systèmes et de grandpapa.

    .

    mais pour tout ce qui est des webservices, des architectures bizness, des languages de haut niveau, ca explose !
    ex : faites des recherches sur les Java, les webservices, le DHTML... et vous verrez le nombre de forums consacrés
    exemple pour la dernière techno Ajax, venue tout droit des usa, devenue en quelques mois référence et qui promet de révolutionner les interfaces html

    .

    bref c’est une vision particulièrement absurde : vos sites internets, vos applications bancaires, vos sites de réservation et d’ecommerce, avec derrière des programmes, des architectures, des bases de données, vous croyez que ca tombe du ciel ? ^^
    sans parler des sites de rencontre, de chat, d’échange, de communautaire... qui derrièe nécessitent des archis et des programmes aussi complexes que les anciens "gros systèmes"

    .

    comme disait l’auteur, on dirait que toutes ces applications liées à internet ne sont pas vue comme informatiques...
    mais la mauvaise vision du métier d’informaticien est peut etre liée à la France... c’est sur que ca doit etre plus dynamique aux usa...

    .

    peut etre qu’etre développeur n’est pas le métier le plus fashion.
    mais là au moins on ne brasse pas du vent. et on a la possibilité de créer, d’innover. ce qui est de plus en plus rare...

    .

    de plus, il peut toucher tous les domaines : de la recherche biologique aux communautés sociales, du ecommerce à l’éducation...

    .

    par contre c’est un métier exigeant, où il faut sans cesse se remettre en cause, où on ne reste pas sur ses acquis (la techno évolue très vite), contrairement à d’autres branches où on peut plus faire illusion...

  • permalien David (developpeur NTIC) :
    1er juin 2007 @03h35   « »

    PS :

    .

    en lisant les derniers comms, décidément en france les métiers technologiques sont vraiment dévalorisés

    .

    l’informatique, ne pas mener à la professionnalisation ? et ce ne serait pas "mature" ?
    au contraire, c’est un des métiers où on peut le plus bouger et etre le plus rapidement opérationnel !

    .

    il suffit d’une connexion internet et de tenacité pour apprendre les dernières technos sur les sites américains, installer des outils opensource, et tester chez soi de véritables applications d’entreprise

    .

    quand à la maturité, ici il faut vite apprendre à assumer ses responsabilités, dialoguer avec les gens, entrer dans le monde "réel"...
    bosser rapidement dans une entreprise (on peut etre rapidement opérationnel en informatique, en se spécialisant dans un domaine précis et en continuant à apprendre) me semble bien plus mature que de rester sur les bancs de la fac ou jouer aux pseudo-artistes.

    .

    meme si c’est sur que pour draguer c’est moins cool qu’etre dj. quoique... ;)

    .

    après comme partout il y a les secteurs plus ou moins dynamiques, il faut se bouger ! ^^
    comme partout, il y a ceux qui sont dans leur routine, et ceux qui innovent...

    .

    finalement, l’informatique est un métier profondément humain : il ne dépend qu’à nous d’y créer nos univers et de nous y exprimer... ^^

  • permalien David (developpeur NTIC) :
    1er juin 2007 @03h37   « »

    PS2 :

    .

    l’article aurait été plus intéressant s’il avait fait la différence entre les branches d’informatique

    .

    ainsi l’univers des gros systèmes ("l’ancienne" info, mais qui mérite tout le respect ^^) n’a pas grand chose à voir avec les "NTIC" (nouvelles technologiques en informatique de communication. meme si celles ci commencent à dater par rapport aux nouvelles "nouvelles" technos ;) )

    .

    peut etre l’auteur manquait elle de recul pour se rendre compte que rien qu’en programmation il y a des mondes entiers différents.
    alors l’informatique elle meme...

    .

    pour conclure, je pense que les équipes qui ont concu et développées des applis comme Seconde Life ou World Of Warcraft, qui comptent des millions d’utilisateurs dans de véritables univers virtuels, n’ont pas grand chose à envier en terme de dynamisme, d’innovation et surtout de passion... ^^

  • permalien David (developpeur NTIC) :
    1er juin 2007 @04h02   « »

    réponse à Lionel :

    .

    écoute, je peux te parler de vécu : on avait dans notre équipe de dev une presta qui était censé etre "spécialise" d’ergonomiste
    elle avait un beau diplome mais aucune expérience, ne se remettait jamais en cause (puisque elle était une "spécialiste") et ne comprenait pas l’impacte technologique. résultat : une horreur ergonomique qu’on a du tout reprendre.

    .

    moralité : faire une belle ergonomie, ce n’est pas une question de sexe, mais de compétence ! ^^

    .

    il est vrai qu les interfaces des sites sont souvent assez carrées.

    .

    mais je crois que, maintenant que la techno devient mature, ca devrait évoluer...

    .

    et puis n’oublions pas des domaines connexes touchant à l’infographie : par ex develeppeur flash, plus "graphiste", et qui peut etre peuvent plus attirer les filles.

    .

    mais là encore, une bonne ergonomie, c’est avant tout une bonne compréhension des comportements utilisateurs. et une bonne connaissance du fonctionnement du site...
    (je parle des sites ecommerce un peu complexes avec programmes et base de données)
    on ne peut pas couper à l’aspect technique

    .

    en tous cas sujet très intéressant : on ne demande que ca nous d’avoir plus de filles dans nos équipes ! ^^
    dans l’entreprise j’ai l’impression que les informaticiens sont beaucoup plus patients et tolérents avec les filles.
    ensuite bien sur il y a des gamins partout...

    .

    mdr Zeppo ! ^^
    mais tu sais tu as parfois des surprises dans les doubles vies...

    .

    tout à fait d’accord avec "Consultante en Système d’Information", l’étude aurait été plus pertinante avec des périmètres plus précis

    .

    en fait, on peut dire que la programmation (en tous cas dans les NTIC) s’apparente à de plus en plus à de l’architecture, où on "jongle" avec des composants, des services, qu’on assemble...
    d’ailleurs le défi est moins d’apprendre de nouveaux language que de nouveaux "frameworks", permettant un niveau d’abstraction supplémentaire
    meme si l’aspect "codage" reste toujours important ! ;)

  • permalien Julie D. :
    1er juin 2007 @06h30   « »

    Je crois que l’auteure a fait un bouquin aussi, c’est surement plus complet. Le postulat qu’elle défend, au fait vous avez lu l’article en entier, ça ce n’est que le début, doit bien y être plus développé. L’argumentaire qui vise à la disqualifier sans avoir tout lu.... Qui n’a pas envie de se remettre en cause là ?

  • permalien Isabelle Collet :
    1er juin 2007 @10h59   « »

    Bonne remarque, Julie... l’extrait sur le Diplo n’est pas toute ma recherche. Le Diplo donnait bien sûr les références complètes, mais avec le site uniquement, ça manque un peu.

    J’ai un site :http://www.isabelle-collet.net/ et surtout, j’ai un livre :

    L’informatique a-t-elle un sexe ? Hackers, mythes et réalité, Chez l’Harmattan (2006)

    De plus, on ne peut pas être spécialiste en tout, à jour en tout et compétente sur tous les recoins de la nébuleuse informatique en permanence.

    J’ai travaillé spécifiquement sur la représentation de l’informatique dans le public et comment elle est à l’oeuvre chez les étudiant-e-s. Et donc : pas sur les métiers, sinon, brièvement dans une enquête sur les femmes en SSI en 2002. (résumé très bref de l’enquête)

    Dans mon livre, je fais également une "psycho-histoire" de l’informatique, pour comprendre d’où viennent les fantasmes de pouvoir véhiculé par l’informatique, en croisant les textes des informaticiennes pionniers (Turing, Neuman et Wiener), leur biographie (les même + Lovelace et Hopper) et la Science-fiction.

    Enfin, j’analyse des entretiens d’informaticiens et informaticiennes qui parlent de leur métier et des raisons de leur choix.

  • permalien Isabelle Collet :
    1er juin 2007 @19h35   « »

    pour répondre à Michel :

    En ce qui concerne la Malaisie, je n’ai pas beaucoup plus d’information. Je peux juste dire qu’on retrouve des femmes professeures d’université et chercheuses, mais je n’ai pas d’information sur les métiers du privé.

    Pour répondre à votre question sur les catégories, il faut savoir qu’il est fabuleusement difficile d’avoir des chiffres "utilisables" en informatique, et en plus, par sexe.

    Les catégories INSEE sont souvent très larges et correspondent imparfaitement aux rubriques que l’on veut isoler (comme on disait : cerner les métiers des TICs... ce n’est pas de tout repos). De plus, les femmes sont tellement peu nombreuses dans certains domaines que leur population n’est pas statistiquement signifiquative. Certaines études renoncent à compter par sexe, tellement le chiffre des femmes est petit à côté de celui des hommes.

    Toutefois, on peut demander à l’INSEE des chiffres "sur mesure" pour les besoins d’une recherche. Malheureusement, je n’ai jamais disposé d’un financement suffisant pour ce type de requête.

    Pour vous donnez un exemple : j’ai recueilli des chiffres sexuées sur la fréquentation des écoles d’ingénieurs, option informatique. Je voulais faire ces comptes en particulier sur les 3 INSA, depuis la date de création des départements. Pour l’un des établissements, il m’a été impossible d’obtenir les chiffres. J’ai du compter moi-même, à partir des annuaires des promotions, en écartant les prénoms androgynes. Un travail de moine copiste !

    Bref, obtenir des statistiques sexuées pertinentes et complètes, ce n’est jamais une mince affaire.

    Voir en ligne : site perso

  • permalien Dominique :
    2 juin 2007 @09h40   « »

    Je ne sais pas si c’est le lieu pour poser une telle question, mais si l’orientation est parfois faite aussi de manière sexiste...

    - comment orienter une fille vers un métier de l’informatique, ou au moins lui laisser une orientation ouverte à ce choix éventuel jusqu’au bac : quelle section pour quel(s) bac(s) ? ensuite plutôt une université, une école ? (Ou bien le mieux est-il de prendre la brochure Onisep car l’info y est complète ? Quand on est pas spécialiste, on peut en douter...)

    - Votre livre est-il accessible à la lecture par des non-informaticiennes (j’ai lu l’article du Monde Diplo) mais de simples utilisatrices d’ordi ? ;o) Merci.

  • permalien Isabelle Collet :
    3 juin 2007 @11h09   « »

    Bien sûr que la question peut se poser ici.
    Mon livre n’est pas pour les spécialistes en informatique. Il est issu d’une thèse en science de l’éducation et comporte toute une partie sur la division sociosexuée des savoirs et l’orientation. Je travaille avec les recherches de Catherine Marry, Marie Duru-Bellat, Nicole Mosconi, Cendrine Marro et Françoise Vouillot [retranscription d’une conférence de F. Vouillot]
    Par ailleurs, le N° 8 de la revue : femmes & mathématiques possède un n°spécial sur les femmes en informatique. Il est sorti hier.

  • permalien David (developpeur NTIC) :
    5 juin 2007 @15h08   « »

    pour Dominique :

    si votre fille veut faire de l’informatique, éviter l’unversité, trop théorique, et pas très bien percu en entreprise (trop d’années qui ne servent pas à grand chose, et pas du tout la meme mentalité)
    viser soit école d’ingénieur, soit un DUT, qui permet de travailler rapidement et donne de bonnes bases pour ensuite évoluer par soi meme

    mais avant tout qu’elle se demande ce qu’elle veut faire : réseau, programmation... internet, base données

    le mieux c’est qu’elle commence à bidouiller sur son ordi pour voir si ca lui plait ! ^^
    se faire un site en PHP (language basique de programmation internet), tester Java, ou s’installer un petit réseau... si elle fait une recherche sur google elle tombera sur plein de docs et d’outils gratuits

  • permalien François Eustache :
    6 juin 2007 @03h02   « »

    Recaler dans le monde occidental les représentations des métiers sur leur réalité est un enjeu mixte.

    j’ai participé dans les années 80 à la promotion des formations en ingénierie des technologie de l’information auprès des étudiantes du secondaire, et c’était déja le vrai problème à affronter dans ce temps la. Je présume que dès qu’il n’y plus eu d’étudiant(e)s bénévoles pour le faire, les programmes de promotion ont été abandonnés.

    J’ai été fortement ému par le drame de riverbend, cette jeune informaticienne iraquienne qui avait perdue son travail à cause de la representation des metiers de femmes des envahisseurs occidentaux couplée à la représentation des métiers de femmes des extremistes islamistes de son pays. Je n’arrivais pas à faire comprendre son drame, même aux plus féministes, dans les forums de discussion sur la guerre en Iraq.

    Voir en ligne : http://www.riverbendblog.blogspot.com

  • permalien
    7 juin 2007 @09h55   « »

    > Il y a toujours eu plus de femmes en gros système

    >sur base de données. Actuellement, c’est un secteur mixte 54% de femmes

    Attention, car les gros et (à une moindre échelle) les minis sont un secteur à part.
    Il y a effectivement plus de femmes dans ces domaines, mais il s’agit la plupart du temps de comptables ou de financières qui ont bénéficié de formations spécifiques pour utiliser un outil informatique dans le cadre de leur travail.
    Ceci est dû principalement à IBM qui a longtemps formé les seules personnes disponibles pour un travail de gestion dans l’entreprise, à savoir les comptables.

    Les gros systèmes ont autant de rapport avec l’informatique classique qu’un paquebot avec un canot à moteur. Ce ne sont pas les mêmes procédures, l’esprit "hacker" y est pratiquement absent (à part sur les Unix, et encore, les administrateurs AIX ou System-V ne concoureront jamais au grand prix de l’humour festif).

    J’ai eu l’occasion de travailler avec des femmes qui avaient travaillé sur gros systèmes. Depuis la raréfaction de ceux-ci, elles émargeaient dans des SSII sur des minis (AS-400). Très compétentes dans leur domaine (gestion et compta), elles s’écroulaient dès qu’on sortait du langage lié au mini, une sorte d’assembleur primitif sorti des des années 50.
    Celles qui prétendaient au statut "administrateur" étaient par contre assez lamentables de par leur formation, et finalement leur manque d’interet dans le domaine. Le job était clairement alimentaire.

    Je pense donc qu’il ne faut pas confondre le sens donné communément à "informatique" et les gros systèmes. Les gros systèmes font plus appel à des financiers ou des comptables, et ne présentent que peu d’interet pour quelqu’un n’aimant pas les taches répétitives.

  • permalien Serge ULESKI :
    22 juin 2007 @22h21   « »

    bonne analyse !

    bonnes reflexions !

    cordialement

    Voir en ligne : http://litterature-inedits.over-blog.com

  • permalien eric collet :
    13 juillet 2007 @14h21   « »

    bon article, pas drole ni facile a lire mais ce n’est pas une caractéristique du monde diplo je crois. ;-)

    juste une précision :

    loin de moi l’idée de réduire l’impact d’ada lovelace dans l’informatique, mais le premier algorithme de l’histoire serait assyrien (possiblement babylonien). il y est question de grains, de récoltes, de poids et mesures, de taxes et bien sur de calcul et on ne connait pas son auteur (autrice ?). cependant, statistiquement il est probable que ce soit un homme (sociologie de l’époque, accès au études et trucs dans ce style). mais qui sait ?

    voila voila, c’était juste pour être mesquin

  • permalien Laurent :
    7 août 2007 @00h04   « »

    Je comprends le sexe de l’informatique comme le produit d’une culture, imprégnée très tôt. Pour le reste, je déplore l’orientation de ce métier. Que vous soyez programmeur, intégrateur, chef de projet, analyste, ..., vous serez toujours le maçon apportant une par une les briques à l’édifice de la production et du business car c’est malheureusement majoritairement dans ces secteurs (que vous appelez tertiaires) que cette logique, particulière, est utilisée.

    Je crois que vous confondez en fait l’informatique, qui est une technique et une technologie, et l’utilisation qui en est faite. D’où les associations auxquelles vous aboutissez. Je pense, avec d’autres, que l’informatique, loin de ce fonctionnement réellement abrutissant (faire de l’informatique dans la recherche est loin d’être représentatif du métier - je vous invite à mon tour à travailler dans le "service", car oui, on passe bien 8 heures par jour devant un écran avec très peu de rapports sociaux, comparativement à d’autres activités), peut être également regardée sous un autre angle : une projection précise et rationnelle de la pensée. Je vous accorde que peu de gens ont le luxe d’y réfléchir, surtout, excusez-moi, à la lecture d’un article qui entend s’éloigner des idées préconçues en les renforçant.

    Par ailleurs, vous manquez de relever le peu d’ouverture réelle de ce secteur. Aujourd’hui par exemple, alors que la biologie connaît un besoin croissant en informaticien, je constate que ce sont les biologistes qui tendent à la double compétence - les informaticiens et les cursus en informatique restant majoritairement centrés sur l’informatique productiviste. Pourquoi ? Vous remarquerez que les métiers se lient à l’informatique, mais que celle-ci reste telle une reine, maîtresse d’un savoir-faire finalement peu savant et conservatrice d’un mythe technocratique alimentant encore aujourd’hui les espoirs de réussite sociale.

  • permalien Laurent (suite) :
    7 août 2007 @00h06   « »

    C’est une activité très jeune et la cantonner, comme vous semblez le faire, aux effets de sa production est à mon sens une erreur à long terme. Nombre de métiers ont besoin de compétence en informatique et nombre d’informaticiens devront comprendre que l’informatique n’est pas une discipline (les disciplines de l’informatique sont les mathématiques) mais un simple savoir-faire, un outil sur lequel toutes et tous devront être formés, loin de l’hégémonie technique et économique dans laquelle on entend l’enfermer.

    Si l’on veut généraliser, un informaticien est aujourd’hui un agent économique de l’entreprise qui est déféré à la mise en place des systèmes de traitement de l’information. Il se concentre sur l’outil et l’outil n’est pas le métier. Pour preuve, l’évolution majoritaire d’un informaticien conduit au management. C’est dire à quelle point l’informatique n’a pas été comprise, ou plutôt combien elle a été hâpée et entend rester, par habitude et conservatisme culturel, au centre d’un savoir qui ne lui appartient pas vraiment - ce que je crois salvateur dans un esprit d’ouverture des métiers et des compétences. Peut-être n’aurez-vous plus alors à vous poser la question du sexe de l’informatique !

  • permalien
    7 août 2007 @00h26   « »

    Je me permets de reprendre ce que je disais dans mon premier message : quand je parle d’informaticiens qui passent tout leur temps sur le ordinateur, à aucun moment je ne donne mon avis personnel sur les caractéristiques du métier, pas plus que je ne pense donner une description du métier d’informaticien. Je parle de la représentation du métier d’informaticien, tel qu’on la trouve chez les étudiants et les étudiantes, très éloignée de la grande diversité des métiers des TICs.
    Et je déplore que les étudiants n’aient que ces représentations à disposition pour leur choix d’orientation.

    ps : je ne suis pas chercheuse en informatique, mais en sciences de l’éducation.

  • permalien Laurent (réponse) :
    7 août 2007 @01h01   « »

    Permettez-moi, mais si vous le déplorez... il faudrait peut-être en soulever les causes. Je pensais parler de cela précisément.

    La perception des étudiants en informatique est souvent très différente de celle des professionnels. Vous ne pouvez ôtez l’impact économique (culturel au sens anthropologique) sur cette transformation, les besoins sous-tendus qui crées l’image à l’heure, dangereuse à plus d’un titre, où l’on parle de plus en plus de rapprocher l’université des entreprises.

  • permalien Pierre GAILLARD :
    12 septembre 2007 @19h55   « »

    Venant du social, je suis étonné, à une lecture peut-être un peu trop rapide des échanges, de ne pas trouver plus d’hypothèses, disons sociétales sinon anthropologiques en relation avec les bouleversements qu’ont connus ces domaines dans nos sociétés occidentales.

    Plus simplement, je mets en relation l’étrange "affection" des jeunes hommes pour l’informatique (tant au niveau de l’usage domestique que dans le choix professionnel)au contraire de leurs consoeurs, avec une observation précise qui pose problème dans les formations sociales d’éducateurs spécialisés.

    Ces professions étaient à l’origine (dans les années de constitution du secteur médico-social entre les années 1970 à 90)à dominante masculine, en tout cas la gent masculine paraissait normalement plutôt majoritaire pour s’occuper des populations "difficiles", adolescents caractériels, mineurs en danger ou engagés dans la délinquance...

    Patience, j’en viens au sujet : aujourd’hui on ne rencontre plus que 10 à 20% (grand maximum) de garçons (pour 80 à 90% de filles, donc) désireux de "faire carrière" dans ces secteurs professionnels difficiles, impliquant fortement l’engagement personnel dans des relations humaines souvent cahotiques laissant rarement espérer "maîtriser" la situation (en tout cas au sens classique).

    Mon hypothèse de vieux routier de ce secteur me conduit ainsi à penser que les garçons désertent un secteur professionnel qui convoque des capacités personnelles, affectives et mentales à exercer la fonction paternelle.

    Je pense que la fonction paternelle (symbolique) est au coeur des interventions médico-sociales, ... et que les femmes, jeunes ou pas, y sont moins en difficulté que les hommes !

    Nous en venons donc après ce détour un peu long désolé à l’hypothèse selon laquelle les hommes se détournent des métiers impliquant des relations humaines forcément problématiques voir violentes pour un domaine (l’informatique) esquivant autant que possible cette confrontation, et apportant "au contraire" quelques chances de maîtrise hors de la relation.

  • permalien
    12 septembre 2007 @22h09   « »

    Je suis absolument d’accord avec vous. La taille de l’article m’oblige de faire court et le propos deviendrait trop confus s’il m’avait fallu traiter toutes les pistes à la fois.

    L’article parlait surtout des femmes, et de leur réaction fasse au stéréoptype de l’informaticien. Mon livre parle autant des hommes. Je vous en mets un extrait où je tente d’expliquer pourquoi pour les passionnés d’informatique la machine peut être un partenaire. Cela rejoint tout à fait vos propos.

    Attention, le terme hacker est à comprendre dans son sens premier de passionné, pas de le sens de pirate informatique.

    "Mieux que quiconque, le hacker a conscience des limites de sa machine. Il sait parfaitement qu’elle n’est pas intelligente, qu’elle ne peut pas être un partenaire au sens complet du terme et c’est justement pour cette raison qu’il fait d’elle un partenaire acceptable. Quand il rêve d’avoir pour amie une Intelligence Artificielle, on peut dire qu’il s’illusionne avec lucidité sur l’intelligence et l’autonomie de cette amie. Chez les hackers, si l’ordinateur est considéré comme un partenaire avec lequel on peut communiquer longtemps et de manière intense, c’est justement parce qu’il ne ressemble pas à un partenaire humain : il n’aura que des réactions explicables et analysables, il ne sera ni mesquin, ni méchant, ni de mauvaise foi, ni rancunier… Il ne trahit pas et ne ment pas. Dans les mauvais moments, on l’éteint. On le rallume quand on a de nouveau envie de lui parler, et il ne nous en veut pas."

    Et aussi : « Les personnes qui vont évoluer dans l’univers de l’informatique devront se soumettre aux règles de l’informatique sous peine de s’en voir refuser l’accès, c’est-à-dire qu’elles devront se soumettre aux règles des informaticiens. L’informatique permet d’ouvrir une fenêtre sur un monde d’ordre […]. Les informaticiens imaginent comprendre comment fonctionne l’univers réel en écrivant les règles qui permettent d’en décrire des portions. Mais imaginant que seuls les éléments pertinents de l’univers ont été modélisés, on oublie avec soulagement que le modèle est partiel. Avec l’ordinateur, on a l’impression de passer de l’autre côté du miroir. Dans l’univers de l’ordinateur, le hacker peut jouer à être Dieu. »
    Collet I. "L’informatique a-t-elle un sexe ?" L’harmattan 2006

  • permalien
    12 septembre 2007 @22h15   « »

    encore un mot pour dire qu’à la relecture, je trouve mon orthographe pitoyable (fasse ? face !!!) Mais aussi pour ajouter un mot sur la fonction paternelle.
    Disons que je n’ai pas étudié la question en terme de fonction paternelle ou maternelle, mais plutôt sous l’angle de la capacité à gérer les relations inter-personnelles.
    Les filles, constament élevées dans le souci des autres apprennent très tôt à tenir compte, à comprendre et à gérer les relations inter-personnelles.
    Les garçons ne sont pas supposés les avoir en charge et sont même éventuellement jugés trop sensibles et peu viriles s’ils s’en inquiètent.
    Ils n’est donc pas étonnant que par la suite, certains d’entre eux se sentent particulièrement peu à l’aise dans les situations de conflits ou de trop forte émotion.

  • permalien chachinette :
    28 mars 2008 @11h51   « »
    a quand la parite ?

    L’informatique n’a rien de masculin , d’autant plus que plus de 50% des internautes sont des femmes, que l’informatique s’applique a des metiers divers (ressources humaines, compta, document...) et que c’est "propre". Mais y travaillant depuis 15 ans , meme si le nombre de femmes y progressent, la mentalite des hommes regressent — ainsi ceux-ci ne se genent-ils pas pour s’exclamer en reunion que "n’embauchons plus de femmes, deja elles sont à 50% des salaries, c’est trop !" (evidemment 3 fois plus competentes et 20% moins bien payees !), "les femmes nous ont pris le travail, qu’elles restent a la maison" ou autre idiotie de ce genre. Personnellement j’en ai ras-le-bol !

  • permalien
    8 octobre 2009 @21h08   « »

    g trouve pas mal l’informatique qui ne fait qu’evoluer chaque jour et qui est indispensable dans notre vie si l’informatique n’etait pas comment serai-je entraint de vous communiqué

  • permalien Slashbach :
    1er novembre 2009 @15h27   «
    A la dérive des continents

    Votre article est remarquable.
    Il souligne la dérive que cette profession connaît :
    Avenir incertain : l’ essentiel des emplois sont sous-traités auprès de sociétés de service (SSII) :
    Début de carrière enthousiasmant, apprentissage chez les clients, mobilité sociale et géographique, évolution salariale.
    Passé une dizaine d’ années, les symptômes apparaissent : vous n’ êtes plus assez rentable (la facturation se fait en "journée/homme" ou au forfait), plus assez mobile, votre expertise est remise en cause par des nouvelles technologies pour lesquelles vous devez vous former par vous même (question de coût !).
    Les femmes ont très bien saisi les tenants et aboutissants de ce mode de vie et
    les témoignages (cf. forum lemondeinformatique.fr) ne trompent plus personne sur ces métiers.
    Alors oui, l’ Informatique est toujours passionnante mais la manière de l’ exercer est globalement consternante.

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