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Le Grenelle de l’environnement « in » et « off »

Fortement médiatisé par ses initiateurs, au premier rang desquels l’actuel gouvernement, à la fois juge et partie d’une négociation à l’issue indécise, le Grenelle de l’environnement, à peine engagés courant juillet 2007 des débats organisés en six groupes thématiques associant représentants de l’Etat, collectivités locales, organismes professionnels, syndicats, associations de protection de l’environnement, auxquels s’ajoutent des « personnalités qualifiées », génère une communication foisonnante, notamment par le biais d’internet. Révélant, tant les enjeux réels que les ambiguïtés d’un processus à bien des égards sans précédent.

par Marc Laimé, 5 août 2007

L’un des commentateurs politiques les plus en vue de la « blogosphère », Versac, s’interrogeait ainsi le 31 juillet dernier : Grenelle de l’environnement : pourquoi pas de débat en ligne ?

Question pertinente à l’heure où la politique revêt décidément les atours d’une communication effrénée.

Surtout quand le site « officiel » de l’opération témoigne effectivement d’une rare indigence.

Indice d’une coupable improvisation ? On est enclin à le croire quand on découvre que dès le 12 juin dernier M. Alain Lipietz, député Vert européen, avait déposé le nom de domaine « Grenelle de l’environnement », ce qui lui a permis, à la grande fureur du MEDAD, d’ouvrir un espace de débat joliment intitulé la salle du Jeu de paume du Grenelle de l’environnement.

Il y livre notamment une éclairante analyse, et de ce qu’il décrit comme un piège tendu par l’actuel gouvernement aux acteurs de l’écologie politique, et plus largement au mouvement social, et de la réponse politique à y apporter : le Grenelle de l’environnement, pourquoi faire ?

Tout aussi singulier dans une négociation de ce type, ce qui en dit long sur les tensions qui les traversent, les associations coalisées au sein de l’Alliance pour la Planète, qui se prévalent d’être à l’origine du fameux Grenelle, viennent elles-mêmes, alors qu’elles participent à des groupes de travail dont les échanges sont réputés demeurer confidentiels, d’ouvrir le « Grenellorama » qui, s’il ne révèle aucun scoop fracassant, recèle tout de même quelques informations sur les coulisses, fiévreuses, de la manifestation.

Ladite Alliance pour la Planète comptait au nombre de ses membres éminents, jusqu’à cet été, la fondation de M. Nicolas Hulot, animateur télévisuel dont l’activisme avait suscité nombre de commentaires à l’hiver 2006.

Un portrait fouillé de l’animateur, publié par l’Institut d’études économiques et sociales pour la décroissance soutenable, permet de mieux comprendre les volte-faces de l’intéressé : Nicolas Hulot, le pacte médiatique

Dès la fin juillet 2007 plusieurs officines liées aux lobbies agricoles et chimiques se livrent pour leur part à des attaques en règle contre des organisations ou des personnalités engagées dans la défense de l’environnement.

Ainsi le site Agriculture et environnement tire-t-il à boulets rouges le 23 juillet 2007 sur l’un des acteurs de l’Alliance : le WWF, une multinationale verte de notables.

Quant Alerte Environnement publie de consternants portraits à charge de Greenpeace, du professeur Belpomme et de M. François Veillerette, président du Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (Mdrgf), et co-auteur de « Pesticides, révélations sur un scandale français », paru en mars 2007.

WWF-France, toujours, s’est par ailleurs associé à Ecoforum, une association basée en Provence Alpes Côte d’Azur, pour préparer un « Grenelle Citoyen des urgences environnementales », qui invite notamment les « individus » à consacrer 1 minute pour notre terre à répondre à la question « Selon vous, quelles sont la ou les urgences environnementales dans votre département ? »

L’objectif est de réaliser « un inventaire citoyen des urgences environnementales dans chaque département en France » sur lequel s’appuyer (sans que la forme soit définie) dans le cadre des négociations du Grenelle de l’Environnement.

La deuxième facette de l’initiative consiste en l’élaboration d’un livre qui s’intitulera "Urgences environnementales en France », pour la rédaction duquel M. Daniel Richard, président du WWF-France, sollicite « chaque expert ou responsable d’une association environnementale » les invitant à envoyer, avant le 23 septembre 2007, leurs contributions.

Dernière facette du dispositif, des réunions de consultation avec les principaux responsables associatifs de l’environnement seront organisées dans chaque région de France par WWF-France et Ecoforum.

Ces « consultations régionales », prévues pour le mois de septembre, sont ouvertes aux groupements qui le souhaitent, à l’exclusion des partis ou mouvements politiques.

L’un des autres éminents acteurs de la concertation a pour sa part ouvert un site dénommé le Grenelle de France Nature Environnement.

Un réseau associatif que M. Claude-Marie Vadrot, figure de l’écologie, fustigeait hardiment le 13 juillet dernier dans un virulent billet posté sur son blog : « le Grenelle de l’environnement, FNE, la lutte dérisoire des pouvoirs et l’impôt sur la nature ».

(Descendre le menu déroulant pour lire le post, daté du 13 juillet 2007).

Quant aux Verts, dans le cadre de leurs journées d’été à Quimper, ils débattront en séance plénière de clôture du fameux Grenelle, comme le précise le programme des JDE.

Parallèlement, considérant que « l’organisation d’un Grenelle de l’environnement par le gouvernement Fillon n’est ni sérieuse ni crédible », La Décroissance, I.E.E.S.D.S et Casseurs de pub, auxquels sont associés la Confédération Paysanne, Alternatives non-violentes, Le Sarkophage, l’Université Populaire de Lyon, Alter Ekolo, le CRIIRAD…, préparent un Contre-Grenelle de l’environnement, prévu à Lyon le samedi 6 octobre 2007.

Et n’oublions pas le Grenelle vu par la CGT

Sans préjuger de l’issue d’une manifestation des plus singulière, ce prurit communicationnel augure toutefois, à n’en pas douter, d’un emballement médiatique qui ne va pas contribuer à la lisibilité d’enjeux pourtant essentiels.

Marc Laimé

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