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Les partenariats public-privé sont nuisibles et minent la démocratie

samedi 8 septembre 2007, par Marc Laimé

La Fédération canadienne des municipalités a publié le 30 août 2007 une étude exhaustive sur le fonctionnement et l’efficacité des partenariats public-privé (PPP) auxquels recourent un nombre croissant de collectivités, au Canada comme dans le reste du monde. Un éclairage bienvenu à l’heure où les PPP font figure d’horizon indépassable de l’action publique, en proie aux appétits d’un néo-libéralisme débridé.

Les partenariats-public-privé (PPP) sont-ils bien adaptés aux besoins des villes et des collectivités en matière d’infrastructures ? La question revêt une importance grandissante au Canada car le déficit des infrastructures municipales a franchi le cap des 60 milliards de dollars et le gouvernement fédéral y favorise de plus en plus les PPP pour la réalisation des projets d’infrastructure.

L’étude indépendante réalisée par le professeur Pierre J. Hamel analyse les constructions d’écoles, d’hôpitaux, de routes, de métro ou de réseaux d’aqueduc effectuées au Canada par l’entremise des PPP.

Elle n’y décèle aucune économie, bien au contraire.

Car lorsqu’on tient compte des dépassements de coûts, des amendements aux contrats à long terme et des modifications des priorités publiques, plusieurs de ces projets ont finalement été plus dispendieux qu’un projet équivalent directement financé par la collectivité publique.

L’auteur de l’étude aboutit donc à la conclusion que si la plupart des PPP ont un coût similaire aux projets publics, ils emportent nombre d’inconvénients :

- Rien ne démontre que les PPP coûtent systématiquement moins cher, ou offrent de meilleurs services que les projets publics conventionnels.

- Les PPP n’offrent pas de solution magique aux municipalités pour régler leur problème d’obtenir des fonds additionnels pour les infrastructures. Seul un investissement public important et soutenu permettra de répondre à leurs besoins d’infrastructure.

- Les PPP attribuent la responsabilité du financement des projets au secteur privé, même si le financement municipal conventionnel est simple, relativement facile et moins coûteux que le financement du secteur privé.

- Les PPP sont normalement utilisés pour la construction de nouveaux projets, qui sont généralement plus attrayants pour les investisseurs du secteur privé. Les PPP contribuent donc moins à régler le problème plus pressant du financement de la réfection et de l’entretien des infrastructures existantes.

- Si les municipalités dépendent trop des PPP, elles peuvent perdre leur capacité de gérer elles-mêmes des projets publics, limitant ainsi la gamme des projets qui s’offriront aux gouvernements locaux à l’avenir.

- Les ententes PPP de longue durée, qui gardent souvent l’information exclusive à l’abri du domaine public et confient la gestion quotidienne des services publics au secteur privé pour des périodes de 20 à 30 ans, peuvent réduire la souplesse, la transparence et l’imputabilité des gouvernements locaux.

L’étude met clairement en lumière l’absence de responsabilité politique en cas de problème, le « blindage » de contrats qui coûtent une fortune à modifier en cas de révision des priorités publiques, et des plans de développement si jalousement gardés que seule l’entreprise qui a remporté l’adjudication initiale sera en mesure de soumissionner lors des appels d’offres subséquents.

Le bilan est sans appel : les Partenariats public-privé minent la démocratie, nuisent aux petites entreprises et n’entraînent pas d’économies pour les contribuables.

Un enjeu démocratique majeur

Ce rapport vient à point nommé. L’un des plus importants, et des plus discrets, groupes de pression français, l’Institut de la gestion déléguée dont le site s’adorne d’un clinquant « The French PPP Institute », s’apprête en effet, avec le soutien de l’actuelle majorité, à lancer une offensive sans précédent, non seulement dans le secteur des industries de réseau et des « multi-utilities », domaine dans lesquels les « champions français » de l’eau et de l’environnement, Veolia et Suez, font de longue date figure de précurseurs, mais plus largement dans ceux de la réalisation d’infrastructures du ressort traditionnel de l’action publique : infrastructures routières, ferroviaires, aéroportuaires, ports, hôpitaux, gendarmeries, prisons…

Une ordonnance avait déjà tenté en 2004 de favoriser le développement de nouveaux « Contrats de partenariat ». Le succès mitigé des premières réalisations engagées dans ce cadre ont conduit plusieurs parlementaires de l’actuelle majorité à proposer un « assouplissement » de l’ordonnance précitée, qui devrait intervenir prochainement.

A cet égard, l’étude publiée par la Fédération canadienne des municipalités, sans équivalent en France à ce jour, ce qui en dit long sur l’emprise qu’y exercent les tenants du PPP, offre donc un argumentaire bienvenu pour contrecarrer une puissante offensive idéologique, aujourd’hui relayée par tous les tenants d’un néo-libéralisme sans entraves.

Voir l’étude :

« Les partenariats public-privé (PPP) et les municipalités : au-delà des principes, un survol des pratiques »

Ce rapport de recherche indépendant a été commandé par la Fédération canadienne des municipalités (FCM) et rédigé par le professeur Pierre J. Hamel, professeur-chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS-Urbanisation, Culture et société) à Montréal, au Québec.

Le professeur Hamel a travaillé avec des associations, des entreprises, des syndicats, des municipalités et des ministères gouvernementaux. Le professeur Hamel détient un baccalauréat en administration (HEC–Montréal), une maîtrise en sociologie (Université de Montréal) et un doctorat en économie et sociologie (Laboratoire d’économie et de sociologie du travail – Centre national de la recherche scientifique et Université de la Méditerranée–Aix-Marseille II).

Pour de plus amples renseignements ou pour une entrevue : Maurice Gingues, au 613-907-6395.

Le dossier des PPP :

Adieu services publics : L’institut de la gestion déléguée redessine la France d’après

Les eaux glacées du calcul égoïste, 30 mai 2007

Les PPP sont nuisibles et minent la démocratie

Carnets d’eau, 8 septembre 2007

La France soumise au PPP

Carnets d’eau, 25 octobre 2007

AUDIO : le rôle des multinationales dans la gestion de l’eau en France

Les eaux glacées du calcul égoïste, 29 octobre 2007

Mobilisation internationale contre les PPP

Carnets d’eau, 16 novembre 2007

Les PPP, nouvelle offensive de privatisation de l’action publique

Drôle d’En-Droit, Gilles J. Guglielmi, 11 janvier 2008

8 commentaires sur « Les partenariats public-privé sont nuisibles et minent la démocratie »

  • permalien Philippe :
    8 septembre 2007 @18h37   »
    Les Partenariats-Public-Privé (PPP) sont nuisibles et minent la démocratie

    George Monbiot vient juste de publier un article dressant un portrait peu flateur d’ un exemple de financement par PPP d’un hopital au Royaume Unis.

    L’article de Monbiot n’y fait pas reference probablement car il a ete ecrit un peu avant mais un autre exemple de PPP au RU est en train de faire la une des journaux. Il s’agit de l’entretien du metro de londres : l’une des deux firmes a qui avait ete confie cette tache (en PPP) vient de faire faillite. La situation est assez cahotique.

    Voir en ligne : The Fat Cats Protection League by G Monbiot

  • permalien
    11 septembre 2007 @03h06   « »

    Il me semble que vos conclusions sont un peu vite trouvees. Que les PPP ne resolvent pas tous les problemes des municipalites est bien probable et tout a fait attendu, mais de la a dire que les PPP sont anti-democratiques et neo-liberal, je trouve que vous tombez dans le travers qui mine le systeme democratique francais et par la celui des pays francophones !
    Il y a des choses que les PPP ont apportees aux municipalites, alors essayons plutot de trouver le juste milieu, par example un respect plus strict des contracts au risque pour l’entreprise d’etre penalise sur les contrats suivant ou bien meme, devant payer une penalite si elle ne respecte pas le cahier de charge.
    Lorsque les gouvernements emprunte trop (car a part les taxes c’est l’autre facon pour le gouvernement de transferer aux municipalites des fonds) ils etouffent les entreprises dans l’acces aux finances.
    Cette recherche est en effet tres interessante dans la mesure ou elle nous montre ou se trouve les problemes, alors cherchont a les resoudres au lieu de rejeter en vrac un concept qui a enormement d’examples de reussites (ports, aeroports, autoroutes)

  • permalien Le concombre masqué :
    27 septembre 2007 @02h47   « »

    En réponse à l’anonyme :
    Tout le problème est de faire respecter les contrats ! Les collectivités sont incapables de le faire en France sur des contrats d’eau, je doute fortement qu’elles puissent le faire sur des prisons ou des hôpitaux. Il faut des compétences (juridiques, techniques, administratives) qui disparaissent progressivement en délégant au privé. Le problème est que le coût global au bout de trente ans de plusieurs formes de gestion n’est jamais étudié.
    Exemple concret : vous faîtes construire une jolie prison par un privé. Dans votre contrat vous prévoyez une somme conséquente pour l’entretien. Personne ne va jamais regarder ou dans le meilleur des cas, un audit (qui coûte cher) préconise certains travaux, qui ne sont pas faits non plus. Au bout de vingt ans il faut agrandir la prison, et là, enjoy ! les travaux de réhabilitation sont inclus dans le devis. Ce qui fait que la société susvisée ne débourse pas un euro et tout le monde est content. C’est le même processus qui explique la fortune de Véolia et consorts.
    Le suivi des contrats face aux entreprises spécialisés demande énormément d’énergie, de temps et d’argent. Les élus sont rarement prêts à s’y investir (quelle galère pour faire changer une vanne). Ces entreprises investissent par contre énormément pour éviter de remplir leurs obligations. Ca s’appelle la dissymétrie de l’information et c’est bien connu des spécialistes de ces domaines.
    Si on se base sur des critères objectifs le privé est toujours plus cher que le public. Actionnaires à rémunérer, frais de publicité et de mise en concurrence, services juridiques musclés, frais financiers...
    L’air du temps est à jeter le bébé avec l’eau du bain, c’est à dire à mettre à la poubelle tout ce qui est public en prenant prétexte des dysfonctionnements (réels mais limités) de l’état et des collectivités pour privatiser. Quitte à renationaliser à grands frais dans trente ans pour résoudre les difficultés liées à la gestion privée.
    Je ne suis pas sure que les exemples pris à l’étranger soient de nature à rassurer (voir les prisons américaines qui ont gentiment rétabli l’esclavage).

  • permalien julien :
    5 novembre 2007 @23h04   « »

    Pour répondre au concombre masqué : Le PPP est un outil parmi beaucoup d’autres de mise en oeuvre de projets entre l’état et le privé. Pour être également métaphorique, quand je construit ma maison j’ai besoin d’outils : pelle, pioche, marteau, truelle,... Le PPP est d’une puissance et d’une efficacité maximales pour certaines applications et pas pour certaines autres.

    Seulement, si on ne le teste pas, en France, on ne saura jamais vraiment ce dont il est capable ! De grâce ne condamnons pas trop vite une "nouveauté" entrée dans l’arsenal juridique frannçais en 2004, avant de l’avoir un tant soit peu apprivoisé (j’entends par là modifier le décret, faire des statistiques,...).

  • permalien Kévin VL :
    27 juin 2008 @21h45   « »
    Le Partenariat Public-Privé du Château de Versailles imposé par Christine Albanel implose 15 mois après !!

    Le 28 mai 2008, la direction de l’Etablissement Public du Château de Versailles a décidé de mettre un terme au PPP signé il y a un peu plus d’un an par Christine Albanel, alors Présidente de l’établissement, avec la société Unilog (aujourd’hui Logica).

    lire l’article

  • permalien
    18 août 2008 @20h02   « »

    Jean Codognès, conseiller municipal d’opposition de Perpignan met en garde Jean Paul Alduy sur les dangers du PPP. Le maire de Perpignan, contraint par le surendettement de la ville, a décidé de construire le théâtre Jean Nouvel par le biais d’un PPP.

    lire l’article :
    http://jeancodognes.typepad.fr/perp...

  • permalien dutarras :
    23 avril 2010 @22h38   « »
    PPP DIDEROT ......EXEMPLAIRE !

    De : Michel Parigot <parigot@pps.jussieu.fr>
    Date : 13 avril 2010 21:54
    Objet : au sujet du PPP
    À : Vincent Berger <vincent.berger@univ-paris-diderot.fr>

    ( extrait )

    Monsieur le président,

    L’université a fait le choix de recourir à un Partenariat Public Privé
    (PPP), ce qui signifie que les bâtiments sont construits par un
    opérateur privé qui les louera à l’université pendant une période de
    30 ans à l’issue de laquelle celle-ci deviendra propriétaire. Au terme
    d’un « dialogue compétitif », vous avez signé un contrat PPP le 24
    juillet 2009 avec le groupement Unicité piloté par la SOGAM (Société
    générale d’aménagement et de montages immobiliers) du groupe Vinci.

    L’offre définitive prévoyait des bâtiments flexibles, c’est à dire des
    bâtiments dont l’usage peut varier au cours du temps en fonction des
    besoins, des surfaces de bureaux pouvant par exemple être transforméesen salle de réunion. Cette flexibilité est une nécessité impérative pour des locaux destiné à usage universitaire sur plusieurs décennies
    et suppose que la structure supporte la charge d’exploitation de 400
    kg/m2 prévue par les normes en vigueur (dans les bâtiments du Gril
    Jussieu, elle est à ma connaissance de 500 kg/m2). Dans le cas des
    bâtiments M5B2, M6A1 et M3I2, cela impliquait des travaux au niveau
    RFF, qui avaient d’ailleurs été budgétés.

    Or il est apparu depuis que Vinci a supprimé cette flexibilité et
    prévu de passer une grande partie des locaux à une charge
    d’exploitation de 250kg/m2, ce qui limite essentiellement ces locaux à
    un usage de bureaux. Il apparaît même que sur un même plateau, on
    trouve des morceaux avec des charges différentes, ce qui en fixe
    complètement l’usage et constitue une source de risque potentiel.

    L’architecte d’un des bâtiments a attiré l’attention de l’université,
    en la personne de son « chef de projet », François Montarras, sur ce
    changement et sur ses conséquences en terme de sécurité et de
    limitation d’usage. Il a eu la surprise de constater que ledit chef de
    projet, au lieu de défendre l’intérêt de l’université, validait les
    modifications de Vinci. Accessoirement, Vinci a rompu le contrat de
    l’architecte, qui lui défendait l’intérêt objectif de l’université.

    Pourquoi votre chef de projet a-t-il pris le parti de défendre Vinci,
    qui économisera dans cette affaire plusieurs millions d’euros, aux
    dépens des intérêts de l’université, qui aura au bout du compte des
    bâtiments non conformes aux besoins universitaires et qui poseront
    probablement des problèmes de sécurité ?

    Sur un tel dossier, la transparence s’impose : il est indispensable que
    l’ensemble des documents soit rendu public et examiné par une
    commission indépendante, afin que la communauté universitaire, qui est
    au premier chef concernée , puisse être informée objectivement.

    Cordialement

    Michel Parigot

  • permalien dutarras :
    25 avril 2010 @21h19   «

    PS : LE GROUPEMENT LAUREAT DU PPP DE L’UNIVERSITE PARIS 7 DIDEROT EST UNICITE QUE PRESIDE XAVIER DUPLANTIER (DIRECTEUR DU DEVELOPPEMENT GTM CONSTRUCTION – VINCI)

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