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Femmes, islam et libération

par Alain Gresh, 22 novembre 2007

J’ai, à plusieurs reprises, abordé la situation des femmes dans le monde arabe. Et aussi le rapport entre lutte de libération et émancipation des femmes, notamment en Palestine. Et quelle est la place de l’islam dans les luttes des femmes aujourd’hui ?

Un dossier de l’hebdomadaire marocain Le Journal hebdomadaire, en date du 10 novembre, intitulé « Islam : la révolution féministe », y revient. Il ne semble pas que les textes aient été mis en ligne. Le dossier est bâti autour du dernier livre d’Asma Lamrabet, Le Coran et les femmes (éditions Tawhid) : un long entretien avec l’auteure, des extraits de l’ouvrage sur la polygamie, la violence contre les femmes, la liberté d’expression, etc.

Je signale, par ailleurs, la publication qui remonte déjà à quelques mois des actes du colloque organisé au mois de septembre 2006 par la Commision Islam & laïcité et intitulé Existe-t-il un féminisme musulman ? (L’Harmattan, Paris, 2007, 11 euros.)

D’autre part, une réunion d’information aura lieu à Paris le samedi 24 novembre de 15H à 17H30, organisée par Resisting Women–Femmes en Résistance autour de la campagne féministe iranienne Un Million de signatures pour le changement des lois discriminantes envers les femmes en Iran. Cette réunion se tient avec le soutien du Cedetim et de l’union syndicale Solidaires.

Une lecture progressiste du message de l’islam n’a évidemment pas cours partout. Ainsi Le Figaro du 22 novembre reproduit cette information : « Une Saoudienne condamnée pour avoir parlé de son viol » (Georges Malbrunot). Le journaliste écrit : « Elle A 19 ans. Elle est mariée et issue de la minorité chiite du royaume. Sa faute ? Avoir rejoint dans une voiture un autre homme que son mari, qui devait lui rendre une vieille photo d’elle. Pour “fréquentations illégales”, un tribunal la condamna en octobre 2006 à 90 coups de fouet. En Arabie, les femmes ne doivent pas s’exposer dans la rue avec un homme étranger au cercle familial. Peu importe que la malheureuse ait été violée par sept gros bras qui l’attaquèrent ce jour-là. Elle commit ensuite une autre « faute » : elle parla de son calvaire aux médias. « Une tentative d’envenimer la situation et d’influencer l’appareil judiciaire », l’accuse un nouveau jugement rendu la semaine dernière par la Cour générale de Qatif, qui aggrave la peine à 200 coups de fouet et six mois de prison. »

Dans le quotidien saoudien en anglais, Arab News du 21 novembre, Lubna Hussain publie un article intitulé « A Slap in the Face of Justice » (une gifle à la justice). Parlant de la victime, elle écrit : « Au lieu d’avoir été saluée pour avoir oser briser les tabous sociaux et affronter les conséquences des traumatismes dont elle a profondément souffert, elle se retrouve à la place des accusés avec ses violeurs, accusée de complicité dans leur crime. Selon la cour, d’abord elle n’aurait pas dû être avec un homme qui n’était pas son "gardien". Les juges ont lu dans une boule de cristal et vu qu’elle "avait l’intention de faire quelque chose de mal" et cela constituait une très bonne raison pour la bande de la violer. C’est toujours la faute de la femme, bien sûr ! » (...)

« Pour ajouter du grotesque à l’insulte, l’avocat de la défense est devenu maintenant l’ennemi public numéro 1 parce qu’il a avancé des preuves qui s’appuient sur la juridicition musulmane et des principes pour montrer combien ridicule et contraire à la foi était le jugement. Plutôt que d’accepter son erreur et de la redresser en appel, la cour a simplement montré que faire appel revient à demander un châtiment plus dur. C’est aussi une incitation aux avocats à ne pas défendre les victimes de crimes de haine, sinon ils risquent de perdre leur droit de pratiquer. »

Le ministère de la justice saoudien a publié le 20 novembre le communiqué suivant qui justifie le verdict (je n’ai pas le temps de le traduire) :

"Addendum to the previous statement and clarification issued by this ministry on what has been called the /Qatif girl/ and in reference to some satellite channels and media reports on the judgment in the case and how the lawyer Abd-al-Rahman Allahim - reportedly prevented from attending the defence ruling session - was treated, the ministry issues this clarification for the public :

The Ministry of Justice welcomes meaningful criticism which serves public interest, away from emotions. The system has guaranteed the right to object for whoever has an objection and requests an appeal without resorting to provocation through media which may not be fair nor grant a justice ; rather media may have adverse effects on the other parties involved in the case.

The case referred to, as explained in the previous statement, is summarized in the following :

First : The case had been tried by three different judges, not one single judge, as some media report.

Second : After deliberations and hearings of all parties and verification of evidence filed by the prosecutor, it was not proved to the court that it should impose death penalty against the defendants ; this is in compliance with the saying of Prophet Mohammed (peace be upon him) / thou bar capital penalty by suspicions / as no capital penalty ordered by God is carried out unless there is a clear-cut evidence, that is the testimony of two upright adults on the occurrence of the crime, or the culprit’s unwavering plea of guilt until the execution of the sentence. Due to the presence of evidence that supports what has been claimed in the lawsuit, that is pleading guilty during interrogation but then denying guilt in court, with other evidences which support guilt, the defendants were sentenced to different periods of imprisonment and whipping, while the woman and her companion were sentenced chastisingly to whipping since some of the charges against them were prov ! en.

Third : After reading out the ruling before the Prosecutor General, and the defendants, including the woman and her companion, all of them contently accepted it, giving the verdict the characteristic of final judgment.

Fourth : Based on the petition presented to the Royal Court by the woman and her lawyer Abd-al-Rahman Allahim, requesting reconsideration of the ruling, the verdict has been forwarded to the Supreme Judiciary Council (the Permanent Body) to scrutinize the judgment.

Fifth : The Supreme Judiciary Council in its Permanent Body issued ruling No 979 / 4 dated 16 / 6 / 1428 H. Including a note of dissatisfaction on the ruling, and returned the case to their eminence the judges who first ruled the case, recommending them to increase the chastisement whipping of the defendants each according to his guilt, including the woman and her companion.

Sixth : Based on the decision of the Supreme Judiciary Council in its Permanent Body, the judicial committee formed to judicially consider the case, held a session. Accordingly, the case was re-studied and the judges decided to augment the chastisement whipping of the defendants, including the wOman ; the deliberations will be returned to the Supreme judiciarycouncil to scrutinize the ruling.

As for the lawyer Abd-al-Rahman Allahim, the judges of the Court have filed that he has insulted the Supreme Judiciary Council, opposed regulations and instructions and showed ignorance of them. Also, he refused at the session held on 7 / 9 / 1428 H. To sign the minutes of the session. regular procedures were taken accordingly, noting that the lawyer was not authorized by the woman until after the ruling which became final with the consent of his client. The judges have filed their notes against the lawyer for his faulty behaviours that contradict the ethics of his profession and violate the provisions of practicing law and its executive code, requesting the Punitive Committee on Violations of Lawyers, to consider what he has committed".

Il sera intéressant de voir comment la presse de large audience (en arabe) réagit à ce verdict en Arabie saoudite.

Désertions dans l’armée américaine

Les désertions dans l’armée américaine ont atteint leur niveau le plus haut depuis l’année fiscale 2001, avec 4698 soldats déclarés déserteurs, selon un article de William H. McMichael dans le Washington Times du 18 novembre, « Desertions highest since 2001 ». Cela représente une augmentation de 42,3% par rapport à l’année précédente. Cette augmentation, selon l’article, serait due à deux causes : le « renvoi » de soldats en Irak (car l’armée ne dispose pas d’assez d’effectifs pour permettre de longues périodes de repos) ; la diminution du « niveau » des recrutements (pour favoriser les engagements, l’armée accepte des gens dont le casier judiciaire est chargé. Sur ce thème du recrutement, on pourra lire un précédent envoi sur ce blog, « L’armée américaine à la recherche de "volontaires" étrangers ».

Liban, initiatives françaises

Selon une dépêche de l’AFP du 22 novembre :

« Le président Nicolas Sarkozy s’est entretenu mercredi au téléphone avec le chef de la majorité parlementaire libanaise antisyrienne Saad Hariri et le candidat à la présidentielle Michel Aoun, a annoncé jeudi le porte-parole de l’Elysée David Martinon. "L’entretien avec M. Aoun a notamment permis d’obtenir l’engagement de celui-ci à respecter la procédure proposée par la France, et en réalité acceptée par l’ensemble de la communauté internationale, pour l’élection d’un président libanais de large rassemblement dans les délais constitutionnels", a déclaré M. Martinon lors de son point de presse hebdomadaire. Ces entretiens ont eu lieu alors que, à vingt-quatre heures du dernier délai fixé, les négociations engagées entre la majorité parlementaire soutenue par l’Occident et l’opposition appuyée par Damas et Téhéran pour s’entendre sur le successeur du président Emile Lahoud paraissent au point mort. »

(...) « Alors que le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner multiplie depuis dimanche les contacts à Beyrouth pour trouver une solution, Nicolas Sarkozy a téléphoné mardi soir à son homologue syrien Bachar Al-Assad. Ce premier contact téléphonique entre les deux dirigeants rompt avec la pratique du prédécesseur de M. Sarkozy, Jacques Chirac, qui avait cessé tout contact avec Damas après l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005. »

Alain Gresh

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