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Sport - Football - Cartographie animée

Les joueurs africains rêvent d’Angleterre

Ingénieur d’étude, cartographe, laboratoire ThéMA (Théoriser et Modéliser pour Aménager - unité mixte de recherche (UMR) 6049), université de Franche-Comté, Besançon.

par Armelle Kaufmant, 17 janvier 2008

Les techniques d’animation d’images numériques sont de plus en plus utilisées en cartographie. Certaines réalisations sont assez réussies : la thèse de doctorat en géographie de Sébastien
Caquard
, soutenue en 2001, propose un « état de l’art » assez complet de ce qui se fait en cartographie dynamique. Le site gapminder offre des représentations de l’évolution des Etats du monde selon différents indicateurs. Les graphiques
animés sont ici ingénieusement pensés. Samuel Robert a publié dans la revue Mappemonde un article qui présente « l’intégration de l’animation dans la représentation cartographique du paysage visible ». Le Groupe de travail sur la cartographie animée et la représentation des territoires (GCART) présente quant à lui une nouvelle sémiologie graphique et une méthodologie originale pour la cartographie animée.

Malgré ces exemples, je n’ai été que rarement convaincue par les usages de l’animation en cartographie, principalement à cause du « bruit graphique », c’est-à-dire du trop plein d’informations non organisées et de la pauvreté des scénarios. Je me suis pourtant laissée tenter par ce jeu, et nous avons imaginé, avec Loïc Ravenel (1) et Raffaele Poli (2), une représentation dynamique des trajectoires individuelles de quelques joueurs de football africains :

Essai de cartographie animée

Dans un premier temps, nous avons cartographié (sur papier) les trajectoires empruntées par ces sportifs de haut niveau. Il nous est tout de suite apparu que l’objectif était le même pour tous — les grands clubs anglais —, mais que chacun utilisait des stratégies différentes pour y arriver.

Pour parvenir à leurs fins, certains joueurs ont multiplié le nombre d’« étapes », c’est-à-dire de saisons dans des clubs différents, alors que d’autres ont privilégié la stabilité. Emmanuel Eboué atteindra son but en 2,5 saisons (deux ans et demi) et une seule étape dans le club de Beveren, en Belgique (figure 1), alors que Henri Camara y parviendra après avoir fréquenté sept clubs sur une période de six ans et deux mois (figure 2). Les trajets effectués sont simplement représentés par des lignes droites reliant une origine à une destination. Les cercles sont proportionnels à la durée des séjours, c’est-à-dire au nombre de saisons passées dans un club.

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Figure 1
Trajectoire d’Emmanuel Eboué
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Figure 2
Trajectoire d’Henri Camara

La représentation cartographique des trajectoires est claire lorsque chaque joueur est considéré individuellement. Mais si les itinéraires des huit joueurs sont réunis sur la même carte, elle devient trop complexe pour que le message soit lisible : la comparaison et la mise en évidence des diverses stratégies sont difficiles à voir et à comprendre (figure 3). C’est pourquoi nous avons eu l’idée d’utiliser l’animation pour essayer de rendre cette représentation plus claire.

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Figure 3
Trajectoires de huit joueurs africains

Animer la carte : une solution pour mieux
mettre en valeur le facteur temps

Cartographier des déplacements, c’est mettre en relation l’espace avec le temps. La représentation de ce processus spatio-temporel - pour être compréhensible - nécessite la création de plusieurs cartes statiques. L’animation, en revanche, permet de synthétiser l’information sur un document unique, dont la réalisation d’ailleurs ne dédouane pas le cartographe du travail de préparation qu’il fournirait de toute façon pour produire des cartes simples.

Formaliser le défilement du temps reste un problème : alors que les trajets effectués par les joueurs peuvent être estimés selon une unité de mesure qui est l’heure (on considère ici que le déplacement s’effectue par avion), la durée de la présence dans un club se compte en mois — le minimum de présence dans un club étant de deux mois (figure 4).

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Figure 4
Nombre de saisons pour arriver à la destination finale

Le défi était ici de rendre visible ces deux temporalités mesurées dans des unités différentes. Autrement dit, comment représenter un événement qui ne dure que quelques heures, quand l’ensemble de l’information à représenter s’étale sur plusieurs saisons sportives, c’est-à-dire sur plusieurs années ? La méthode que nous avons choisie est arbitraire, puisque nous avons attribué une seconde d’image animée à chacun des déplacements, quelle que soit la distance parcourue. Après plusieurs essais, c’est effectivement cette durée qui est apparue comme la plus adéquate, chacun des trajets étant visible, ni trop rapide, ni trop lent (une démarche scientifique basée sur les niveaux de perception permettrait probablement d’obtenir une représentation plus fine).

Nous avons conservé les cercles proportionnels utilisés pour représenter la durée du séjour dans les clubs. Mais pour rendre plus spectaculaire la notion de durée, ils ont été animés : les cercles se dilatent le temps que les joueurs restent sur place, pour atteindre une taille maximum (définie préalablement). Dans l’animation, une saison entière de résidence en club dure quatre secondes.

La juxtaposition de différentes mesures de temps étant manifestement possible, la carte animée a pris forme, d’abord avec le format SVG (3), puis avec le logiciel Flash (4) (c’est avec ce logiciel qu’a été réalisée la version la plus aboutie de la carte animée).

Ce sont des limites de connaissance du format SVG — surtout dans l’écriture de scripts (afin d’intégrer une forme d’interactivité) — qui nous ont empêchés de continuer dans cette voie. La différence fondamentale entre les deux outils réside dans la gestion du temps : là où il suffit de déclarer une durée d’animation avec le format SVG, l’utilisation de Flash nécessite une conversion du temps en nombre d’images par seconde. Au fur et à mesure de l’élaboration du scénario dans Flash, la gestion du temps s’est avérée plus complexe qu’il n’y paraissait. En utilisant les paramètres énoncés plus haut, à savoir une seconde par trajet (soit 12 images) et quatre secondes par saison (48 images), Henri Camara, avec ses sept étapes (figure 4), arrivait dans son club de destination bien après Emmanuel Adebayor, Benjani Mwaruwari, Geremi Njitap et Aaron Mokoena, alors que dans la réalité il y parvient quatre mois auparavant !

Nous avons fait une erreur d’appréciation en nous focalisant trop sur les éléments de base à représenter (trajet et temps de résidence) alors que ce que l’on souhaitait montrer, c’était avant tout les différentes trajectoires et l’accession au club de destination selon des durées différentes et un maximum de 6,5 saisons. C’est ainsi que la trajectoire d’Henri Camara a été réadaptée pour qu’il atteigne son club de destination au bout de six saisons et deux mois. Il a fallu réduire le nombre d’images constitutives de sa trajectoire ; l’information la plus importante étant la durée de présence dans un club, nous avons réduit le nombre d’images représentant chacun de ses trajets.

La sémiologie graphique — si parfaitement décrite par Jacques Bertin (5) — s’adapte facilement à la cartographie animée. Mais la méthode utilisée dans l’exemple développé ici n’est valable que pour ce cas précis. Il reste encore à développer une méthodologie pour la représentation de la mesure du temps qui pourrait s’appliquer de manière plus universelle.

Sources

 The Professional Football Players Observatory

 Fonds de carte : Atelier de cartographie de Sciences-Po

Anamorphoses (ou cartogrammes) animées...

Nous devons ces deux petites animations au géographe russe Vladimir S. Tikunov, professeur à la faculté de géographie de l’université d’Etat de Moscou (laboratoire de cartographie intégrée). Elles datent du début des années 2000 et montrent — en quelques secondes — l’évolution du revenu national brut (RNB) d’une part, et de la population d’autre part entre 1950 et 2000. Impressionnant...

MPEG - 1.8 Mo
Evolution revenu national brut (RNB) entre 1950 et 2000
MPEG - 5.5 Mo
Evolution de la population entre 1950 et 2000

Sites Internet

 Hans Rosling (développement, santé)
+ Gapminder
+ Une brillante présentation filmée de Hans Rosling (en anglais)
Ted
ou Tedblog
ou Google video
ou Mefeedia

 5000 ans d’histoire impériale en 90 secondes
 Röyksopp - Remind Me sur le site You tube
 International networks archives (INA), Princeton University :
+ Non geographic mapping,
and Infographics

 Sur le site de Carto.net, une série d’exemple de cartes interactives.

Bibliographie

 Raffaele Poli, « Migrations de footballeurs et mondialisation : du système-monde aux réseaux sociaux », Mappemonde, n° 88, 4-2007.

 Didier Josselin et Sara Fabrikant (dir.), « Cartographie animée et interactive », Revue internationale de géomatique, Volume 13 – n° 1/2003.

 Sandrine Assalin et Laurent Segura, « Cartographie animée de la diffusion spatiale. Application à la migration des patronymes de la moyenne vallée du Rhône depuis 1891 », sixièmes Rencontres de Théo Quant, Besançon, 2003, Cybergeo.

 Guérino Sillère et Samuel Robert, « Les cartes animées »,
Mappemonde, n° 86, 2-2007.

 Jean-Paul Cheylan, « Les processus spatio-temporels : quelques notions et concepts préalables à leur représentation », Mappemonde, n° 87, 3-2007.

 Eric Guichard, « Des atlas en SVG pour analyser les élections françaises », Mappemonde, n° 85, 1-2007.

Armelle Kaufmant

(1) Maître de conférences en géographie, université de Franche-Comté, Besançon.

(2) Centre international d’étude du sport (CIES), Institut de géographie, université de Neuchâtel.

(3) Scalable Vector Graphic : format de fichier basé sur le language XML et qui permet de décrire des ensembles de graphiques vectoriels.

(4) Créé et commercialisé à l’origine par la société Macromedia, le logiciel Flash est aujourd’hui diffusé par Adobe dans une nouvelle version (Creative Suite 3 - CS3).

(5) Géographe et cartographe français né en 1918, auteur de plusieurs ouvrages sur la « graphique » dont Sémiologie graphique. Les diagrammes, les réseaux, les cartes, Paris, La Haye, Mouton, Gauthier-Villars, 1967 (2e édition : 1973, 3e édition : 1999, EHESS, Paris) et La Graphique et le traitement graphique de l’information, Paris, Flammarion, 1977.

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