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Lettre de Palestine

Gaza, le blocus au quotidien

par Heba Zayyan, 28 janvier 2008

Depuis que le Hamas l’a emporté sur le Fatah dans la bande de Gaza, les habitants de celle-ci subissent un blocus sévère et inhumain, qui a affecté tous les aspects de leur vie quotidienne. Suite à la fermeture des frontières avec Israël et l’Egypte, les entrées et sorties du territoire sont devenues impossibles : un million et demi de Gazaouis s’en retrouvent prisonniers.

De surcroît, de très nombreux produits ne sont plus disponibles sur le marché, et d’autres ont subi une hausse des prix considérable. Certains articles, tels le fer ou divers matériaux de construction, ne peuvent plus être livrés dans la bande de Gaza, affectant des secteurs entiers de l’économie, en particulier l’activité des ingénieurs, entrepreneurs et ouvriers du bâtiment. Certains types de médicaments ne sont plus fournis ou sont rationnés, ce qui pose de graves problèmes de fonctionnement à la plupart des hôpitaux.

Du coup, le chômage et la pauvreté atteignent des chiffres record et plongent la population dans un dénuement extrême. Et, pour couronner le tout, on assiste à une sévère dégradation de l’état psychologique et social de la population, en proie à des sentiments d’emprisonnement, de réclusion et d’impuissance totale.

La semaine dernière, plusieurs événements ont durement frappé la bande de Gaza. Vingt jeunes membres du Hamas ont été tués lors d’une incursion de l’armée israélienne dans la zone très peuplée d’El-Zaytoun. En représailles, le Hamas a lancé des roquettes sur Israël, qui a répondu par un renforcement sans précédent du blocus. Gaza est totalement privé de carburant, de gaz naturel et de nourriture, provoquant de graves pénuries dans cette ville déjà surpeuplée.

Pendant trois jours, très peu de véhicules ont circulé dans les rues et l’électricité a été coupée dans la quasi-totalité des foyers. Alors que Gaza connaît une grande vague de froid et que les étudiants passent leurs examens dans les universités, les radiateurs électriques ne fonctionnent plus. Quant à ceux alimentés au gaz, on les utilise parcimonieusement, de peur que la crise ne se prolonge. Cette situation constitue surtout un risque pour la vie de certains patients dans les hôpitaux, à commencer par les prématurés dans les couveuses. Inutile de dire que tout cela a aggravé notre sentiment d’impuissance, vu notre incapacité à agir pour changer le cours des choses.

Suite à certaines campagnes de presse, des quantités limitées de carburant ont pu être livrées dans le territoire. Cela pourrait donner le sentiment au monde extérieur que la crise du carburant et du gaz est terminée. Ce n’est hélas qu’une apparence, car l’électricité reste toujours aussi rare, et il n’y a toujours pas de carburant pour les voitures. Il semblerait que ces restrictions doivent se prolonger, et nous redoutons plus que tout un rationnement de l’électricité.

Mercredi dernier, des brèches ont été percées par des groupes armés dans le mur qui sépare la bande de Gaza de l’Egypte. Heureusement, l’Egypte nous a permis d’entrer provisoirement sur son territoire, provoquant un sentiment de relatif soulagement dans la population. Il se trouve que, ce jour-là, j’avais à faire à Rafah : j’ai eu la chance d’observer de mes propres yeux tous ces Gazaouis traversant la frontière à pied ou dans des voitures bondées.
Comment ne pas les comprendre, après avoir subi un blocus aussi long et eu accès à aussi peu de denrées et de services ? Beaucoup de ces gens n’ont pas d’emploi : ils essayaient de gagner quelques sous en important d’Egypte des produits qu’ils pourraient revendre dans la bande de Gaza. D’ailleurs, les prix très élevés des produits devenus rares, comme les cigarettes, ont chuté en quelques heures seulement. Nombre de ceux qui se sont rués vers El-Arich, en Egypte, attendaient depuis plus de huit mois de quitter Gaza pour aller travailler ou étudier de l’autre côté de la frontière.

Je me demande quel regard le monde extérieur jette sur ces populations, sur leurs tentatives d’accéder à une ville relativement proche avec des ressources presque aussi limitées qu’à Gaza, avec tant de joie, de persévérance et d’enthousiasme ! A mes yeux, il n’y a pas de spectacle plus aigre-doux que ces gens marchant en longues files sur de grandes distances, avec leur mouton ou un bidon d’essence, heureux d’avoir arraché cette minuscule victoire, de si courte durée.

Les autorités égyptiennes ont annoncé que le passage entre la bande de Gaza et El-Arich (uniquement El-Arich, et non le reste de l’Egypte) resterait ouvert jusqu’à nouvel ordre, tant que les Gazaouis auraient besoin de se ravitailler en produits de première nécessité. Cependant, cela n’annonce toujours pas la fin du blocus. Le Hamas et l’Autorité palestinienne à Ramallah devraient, selon moi, parvenir très vite à un accord, en dépassant leurs divergences et en s’entendant pour soutenir ensemble le peuple palestinien.

La bande de Gaza ne devrait plus être isolée de la Cisjordanie. Sa population ne devrait plus continuer à vivre en marge, exposée aux privations et aux violations des droits de l’homme. Quand donc va prendre fin son attente désespérée d’un changement miraculeux qui lui permettrait d’être considérée par le reste des nations comme formée d’êtres humains à part entière, qui aspirent à une vie « normale » ? Les Gazaouis n’ont pas à subir de punitions collectives en raison de la vision qu’a le monde de l’action de leurs dirigeants.

Heba Zayyan

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