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L’Afghanistan, Etat défaillant

par Alain Gresh, 6 février 2008

Une dépêche de l’AFP de Londres rapporte que l’institut de réflexion stratégique IISS « a brossé mardi un portrait sombre de l’Afghanistan, susceptible de devenir un Etat "défaillant" propice à la propagation de l’extrémisme islamiste, si l’Otan ne parvient pas à vaincre les talibans.
Les difficultés de la Force internationale d’assistance à la sécurité (Isaf)
de l’Otan, jusqu’ici "incapable d’inverser les problèmes" de l’Afghanistan,
suscite une "inquiétude croissante" dans la région, remarque l’International
Institute for Strategic Studies dans son rapport annuel sur les forces armées
dans le monde, "Military Balance 2008" »
.

(...) « Même si "les opérations conjointes entre les forces afghanes et l’Isaf ont permis d’améliorer la sécurité dans certaines zones", l’Isaf souffre d’un manque de ressources en hommes et en équipement. Elle est aussi pénalisée par les "conditions" posées par plusieurs gouvernements occidentaux sur l’utilisation de leurs soldats. »

La crainte de l’OTAN de perdre l’Afghanistan n’est pas nouvelle. Mais le débat est maintenant public, et il a été porté devant le Sénat américain, si l’on en croit un article du 1er février du Financial Times, « US strategy on Taliban attacked », de Daniel Dombey.

Le débat a porté notamment sur un rapport rédigé par le général Jame’s Jones, qui fut jusqu’en 1996 commandant suprême des forces de l’OTAN. Dans ce texte, on peut lire : « Les Etats-Unis et la communauté internationale ont essayé de gagner la lutte en Afghanistan avec trop peu de forces militaires et une aide économique insuffisante et sans stratégie globale claire et cohérente pour remplir le vide de pouvoir qui existe en dehors de Kaboul et pour s’opposer aux défis combinés des talibans reconstitués et d’Al-Qaida. »

Si les Etats-Unis ont décidé d’envoyer 3200 hommes supplémentaires, l’Allemagne refuse d’augmenter son contingent, mais la France envisagerait d’augmenter ses troupes, et même de les envoyer au sud, où se déroulent l’essentiel des combats. Le Canada vient de menacer de retirer ses troupes si des renforts importants ne sont pas envoyés par l’OTAN.

Signe de la crise, le refus des autorités afghanes d’accepter la nomination de M. Paddy Ashodwn, l’ancien haut représentant de la commuanauté internationale en Bosnie, comme émissaire de l’ONU en Afghanistan. Comme on peut le lire sur le site de RFI (27 janvier), « Paddy Ashdown, refusé par Karzaï, renonce à être envoyé spécial de l’ONU » :

« Paddy Ahsdown est réaliste : occuper un poste éminemment consensuel, comme celui d’émissaire de l’ONU, dans un pays qui, dès le départ, ne veut pas de lui est une tâche pour le moins délicate. C’est pour cela qu’il y renonce alors qu’il était quasiment déjà nommé par Ban Ki Moon. Cette décision permet par ailleurs de ne pas envenimer les relations déjà tendues entre Londres et Kaboul. »

« Ahsdown avait demandé des pouvoirs élargis, mais le président afghan ne l’entendait pas de cette oreille. Hamid Karzaï craignait en effet que ce super envoyé onusien, de surcroît britannique comme l’ancienne puissance coloniale, ne lui fasse de l’ombre et n’affaibisse son gouvernement déjà peu solide. » N.B. Je ne sais pas si on peut qualifier le Royaume-Uni d’ancienne puissance coloniale, celui-ci ayant échoué dans ses tentatives diverses d’occuper l’Afghanistan.

Cet incident est sans doute à relier avec une autre information donnée par le Financial Times du 4 février (« Kabul furious at British plan to retrain Taliban », de Jon Boone. Le Royaume-Uni aurait essayé de créer un camp d’entraînement de talibans ("repentis"), sans l’aval des autorités du pays. Cet incident se serait traduit par l’expulsion de plusieurs "diplomates" britanniques. Les autorités de Londres ont refusé de confirmer ou de démentir l’information du Financial Times.

Cette tactique britannique rejoint celle qui est utilisée par les Etats-Unis en Irak : ils se sont alliés à d’anciens insurgés sunnites pour lutter contre Al-Qaida.

Par ailleurs, un article du Washington Times du 5 février, « Afghan Civilian Casualties Rising, Analysts Report », de Sharon Behn, affirme que deux fois plus de civils ont été tués en Afghanistan en 2007 qu’en 2006. Ce qui reflète l’usage grandissant de l’aviation dans la guerre.

Enfin, un rapport de l’ONU confirme la place prise par le pays dans la culture de l’opium (« UN survey : Afghan opium high in 2008 », par Veronika Oleksyn, Associated Press). En 2007, l’opium a été cultivé sur 193 000 hectares, une augmentation de 17% par rapport à 2006. Sur les 469 villages qui ont été examinés, 148 (32%) ont affirmé qu’ils cultiveraient de l’opium ; mais on atteint 85% dans les villages du sud.

Iran : la Cour suprême confirme des peines de lapidation

Selon une dépêche du 4 février en provenance de Téhéran, « la Cour suprême iranienne a confirmé des peines capitales par lapidation pour deux sœurs reconnues coupables d’adultère, a rapporté leur avocat, cité lundi par le quotidien Etemad. "La branche 23 de la Cour suprême a confirmé la sentence de lapidation", a déclaré Jabbar Solati, alors que cette peine n’a été appliquée officiellement qu’une fois depuis 2002 ».

(...) « L’adultère n’est établi que sur l’aveu, exprimé à quatre reprises, par
l’accusé qu’il a bien été commis, ou sur la foi de quatre témoignages.
La lapidation reste inscrite dans le code pénal iranien, qui est fondé sur la
charia, la loi islamique. Mais le chef du pouvoir judiciaire, l’ayatollah Mahmoud Hachémi Shahroudi, a ordonné en 2002 que l’application de la peine soit suspendue jusqu’à nouvel ordre. Un homme a cependant été lapidé à mort en juillet 2007 dans la province de Qazvin (nord-ouest), en contravention avec cette directive. »

Sur ces questions et sur les femmes iraniennes, lire sur ce blog Islam, femmes et libération.

Raid israélien contre la Syrie

Le célèbre journaliste américain Seymour M. Hersh publie un long article dans The New Yorker intitulé « A Strike in the Dark. What did Israel bomb in Syria ? » et consacré au raid israélien du 6 septembre contre la Syrie. Selon Hersh, les informations affirmant que le site visé était nucléaire et construit avec les Coréens du Nord ne semblent pas fondées. Pour lui, le but essentiel du raid était d’envoyer un signal à l’Iran et à affirmer la capacité de dissuasion de l’armée israélienne.

Alain Gresh

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