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Les Etats-Unis vont-ils gagner la guerre en Irak ?

par Alain Gresh, 27 février 2008

« Alors que l’ennemi est encore dangereux et qu’il reste encore du travail, la mobilisation [surge (1)] américaine et irakienne a obtenu des résultats que peu d’entre nous auraient imaginés il y a seulement une année [applaudissements]. Quand nous nous sommes réunis l’an dernier, beaucoup pensaient qu’il était impossible de contenir la violence. Un an plus tard, les attaques terroristes de grande envergure diminuent, les morts civiles aussi, et les tueries confessionnelles également. (...) Quand nous nous sommes réunis l’an dernier, Al-Qaida avait des sanctuaires dans de nombreuses régions d’Irak, et ses dirigeants proposaient à nos forces une voie sûre pour quitter le pays. Aujourd’hui, c’est Al-Qaida qui cherche une voie sûre [pour s’enfuir]. »

Ainsi le président George W. Bush, dans son dernier discours sur l’état de l’Union prononcé devant le Congrès le 28 janvier 2008, dressait-il le tableau de la guerre entamée voilà cinq ans en Irak. Il serait tentant de disqualifier d’un haussement d’épaules cette péroraison, tant cette administration a trompé l’opinion, manipulé les faits, tronqué les données... Une récente étude a d’ailleurs confirmé que M. Bush et six de ses plus proches collaborateurs avaient menti, entre le 11-Septembre et le début de la guerre, à... 935 reprises à propos du danger que représentait l’Irak pour les Etats-Unis (2) !

Cette fois, pourtant, les déclarations de l’hôte de la Maison Blanche, reprises et amplifiées par les médias et par certains responsables américains – y compris démocrates –, semblent s’appuyer sur des données solides.

Selon un rapport américain (3), en deux ans, le nombre des victimes de mort violente est passé pour les civils irakiens d’un maximum de 3 000 en novembre 2006 à 700 en décembre 2007 ; et, pour les soldats de la coalition, d’une moyenne de 100 par mois à la fin 2006 (130 en mai 2007) à une vingtaine à la fin de l’année dernière. Les attaques de grande envergure (voitures piégées, attentats-suicides, etc.) sont tombées de 130 en juin 2007 à 40 en décembre de la même année. Enfin, alors que 2 200 Irakiens étaient tuées en décembre 2006 dans des violences interethniques (pour l’essentiel entre sunnites et chiites), ce bilan chutait à environ 200 en novembre 2007. Ces succès ont amené l’administration à annoncer un retrait graduel de 5 000 soldats par mois – qui a, en partie, commencé : les forces américaines passeraient d’un pic de 170 000 soldats à 130 000 d’ici l’été.

Et pourtant, à la fin de l’année 2006, la situation des troupes américaines en Irak paraissait sérieusement compromise, et la pression de l’opinion pour un retrait rapide était forte, comme le confirmait la victoire des démocrates aux élections du Congrès de novembre. La commission bipartite, présidée par l’ancien secrétaire d’Etat James Baker et par l’ancien président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants Lee Hamilton, rendait un jugement très sévère sur la politique de Washington. Elle proposait un changement de cap, un désengagement progressif de l’armée américaine, ainsi que l’ouverture d’un dialogue avec la Syrie et l’Iran, et la prise en compte du problème palestinien.

Mais, contre vents et marée, le président Bush refusait de céder. Il s’engageait dans une autre voie, celle que préconisait un rapport de la fondation de droite American Enterprise Institute. Le texte, préparé par Frederick Kagan, une des plumes néoconservatrices, et par le général à la retraite Jack Keane, intitulé « Choosing victory : A plan for success in Iraq » (« Choisir la victoire : un plan pour réussir en Irak »), préconisait, au contraire de la commission Baker-Hamilton, un envoi de troupes supplémentaires et leur concentration dans la région de Bagdad afin d’y rétablir l’ordre.

(...)

La suite de cet article est à lire dans le numéro de mars du Monde diplomatique, disponible en kiosque. Le texte est accompagné de deux autres articles : « L’anthropologie, arme des militaires », par William O. Beeman, et « Au service du colonisateur », par Alain Ruscio, qui reviennent sur les ethnologues qui se sont mis au service de l’armée, en Irak aujourd’hui, dans les colonies françaises hier.

Alain Gresh

(1) On peut aussi traduire par « poussée ». Le terme, ici, signifie l’accroissement du nombre de soldats américains en Irak.

(2) Charles Lewis et Mark Reading-Smith, « False pretense », The Center for Public Integrity. Lire également le dossier du Monde diplomatique, « Cinq années de “guerre au terrorisme” », septembre 2006.

(3) Anthony Cordesman, « The evolving security situation in Iraq : The continuing need for strategic patience », Center for Strategic and International Studies, Washington, 21 janvier 2008.

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