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Palestine 47 : un partage avorté

par Alain Gresh, 16 avril 2008

Les éditions André Versaille republient le livre que nous avons écrit, Dominique Vidal et moi-même, Palestine 47 : un partage avorté.

Ce livre retrace l’histoire de la décision de l’Assemblée générale des Nations unies du 29 novembre 1947 de créer deux Etats sur le territoire de la Palestine mandataire.

Je reproduis ci-dessous la nouvelle préface que nous avons écrite :

La fin d’un rêve ?

Flushing Meadows, à New York, le 29 novembre 1947. Réunie en session spéciale, l’Assemblée générale de la toute jeune Organisation des Nations unies adopte, à la majorité requise des deux tiers des Etats présents, sa résolution 181. Que prévoit-elle ? D’accorder l’indépendance à la Palestine sous mandat britannique depuis près de trente ans. Et, pour surmonter le conflit entre les deux communautés revendiquant le même territoire, de la partager en un Etat arabe et un Etat juif. Jérusalem – où s’enchevêtrent le mur des Lamentations, le chemin de Croix et la mosquée Al-Aqsa – serait régie par un statut international conforme à sa vocation universelle. Rêve pour les uns, cauchemar pour les autres, le projet se noya dans le sang abondamment répandu par la guerre de 1948-1949.

S’intéresser à ces événements ne procède pas seulement d’une légitime curiosité intellectuelle, car les conflits les plus brûlants qui ravagent le Proche-Orient contemporain s’y enracinent. Voilà soixante ans que l’enterrement du plan de partage structure l’histoire de la région.
Car seule une partie de la résolution 181 se matérialisa. Elle procura au mouvement sioniste l’Etat juif qu’il réclamait depuis un demi-siècle et conféra à Israël sa légitimité internationale : pour l’unique fois de toute leur histoire, les Nations unies portèrent un Etat sur les fonts baptismaux. En revanche, l’Etat arabe palestinien ne vit jamais le jour. Israël, la Jordanie et l’Egypte s’en répartirent le territoire, par les armes et la négociation. Une grande partie de la population palestinienne fut poussée sur le chemin de l’exil, entamant un long calvaire que le Proche-Orient devait payer d’un cycle infernal de guerres et de terreur, un cycle qui est loin d’être achevé.
Que le lecteur n’attende pas ici un récit chronologique, a fortiori une « histoire » de l’après-guerre en Terre sainte. Notre démarche est autre : éclairer, avec la documentation disponible, les ressorts de la pensée et de l’action de chacune des parties en présence (sionistes, Arabes palestiniens, Etats arabes, mandataire britannique, Etats-Unis, Union soviétique, ONU). A travers ces prismes, le livre aborde les grands moments de la crise palestinienne, de la Seconde Guerre mondiale aux armistices israélo-arabes de 1949, sans omettre l’indispensable retour en arrière dans les décennies précédentes.

Soixante ans, c’est beaucoup. Et la mémoire s’est estompée. Le lecteur sera peut-être surpris de découvrir l’engagement inconditionnel de l’Union soviétique aux côtés d’Israël ; ou bien l’incohérence systématique d’une politique américaine écartelée entre Maison Blanche, favorable au mouvement sioniste, et département d’Etat, beaucoup plus hésitant ; ou la force étouffée du courant sioniste partisan d’un Etat binational ; ou encore les accords secrets unissant l’Agence juive et le roi Abdallah de Transjordanie.
Sans doute se demandera-t-on pour le présent, au terme de ce voyage dans le passé, si Israël et les Palestiniens peuvent encore puiser l’inspiration d’une solution réaliste et durable du drame proche-oriental dans l’idée du partage. Le « processus d’Oslo » a échoué. Les rêves nés le 13 septembre 1993 à Washington du sommet en Yasser Arafat et Itzhak Rabin se sont transformés en cauchemar. Non seulement toute confiance entre les deux parties a disparu, mais la situation sur le terrain s’est profondément modifiée. La colonisation accélérée de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie (avec, au total, près de 500 000 Israéliens installés sur les territoires occupés par Israël en 1967), la reconquête militaire de la Cisjordanie, la construction du mur de séparation qui empiète très profondément sur le territoire palestinien et le morcèle, l’embargo américain et européen contre le gouvernement palestinien, les affrontements entre le Hamas et le Fatah à Gaza ainsi que les attaques de l’armée israélienne semblent rendre le partage illusoire.

Pourtant, l’autre solution, une Palestine où coexisteraient tous ses citoyens, quelle que soit leur religion ou leur origine, est-elle plus crédible ? Car l’idée d’Etat binational, chère à certains intellectuels juifs dès les années 1920, comme celle de Palestine démocratique des dirigeants palestiniens des années 1960 supposent une approbation des deux peuples. On en est loin…

Jimmy Carter et le Hamas

L’ancien président américain se rend en Syrie dans les prochains jours. Il doit rencontrer Khaled Meshaal, chef du bureau politique du Hamas (lire les déclarations de Meshaal, dans « ce que dit le Hamas »). Cet entretien a provoqué une levée de boucliers en Israël et aux Etats-Unis. Le gouvernement israélien a même boycotté l’ancien président lors de sa visite et lui a interdit de se rendre à Gaza. Pourtant, dans un éditorial du quotidien Haaretz (15 avril), « Our debt to Jimmy Carter », on peut lire :

« Le gouvernement israélien boycotte Jimmy Carter, le 39e président des Etats-Unis, durant sa visite cette semaine. Ehoud Olmert, qui n’a pas été capable de réaliser le moindre accord de paix durant sa vie et qui a même essayé de saboter toute négociation dans le passé, n’a "pas pu trouver le temps" de rencontrer le président américain, qui est signataire de l’accord de paix avec l’Egypte. Le président Shimon Peres a accepté de le voir mais a fait savoir qu’il réprimanderait son hôte sur sa rencontre avec Meshaal, comme si les réalisations du Centre Carter n’étaient pas au niveau du Centre Peres pour la paix. Carter, qui s’était fixé comme objectif quand il a pris ses fonctions de président, de réaliser la paix entre l’Egypte et Israël, qui a travaillé de manière forte et qui a réussi en deux ans, a été déclaré persona non grata par Israël. »

Rappelons que le président Carter avait déjà été violemment critiqué pour avoir osé utiliser le mot d’apartheid à propos d’Israël.

Désertions en Irak

Depuis l’offensive déclenchée par le gouvernement irakien contre la milice de Moqtada Al-Sadr, de nombreux soldats ont déserté, refusant de combattre leurs frères chiites. A Bassorah, on avait compté un millier de désertions. Le New York Times du 16 avril, dans un article intitulé « Iraqi Unit Flees Post, Despite American’s Plea », écrit par son correspondant à Bagdad Michael R. Gordon, remarque : « Une compagnie de soldats irakiens a abandonné ses positions mardi soir à Sadr City, passant outre aux demandes des soldats américains de tenir leurs lignes contre les milices chiites. Cette retraite a laissé une partie stratégique de la route sur la ligne de front sans défense durant des heures et a entraîné de rudes échanges entre les soldats américains et les 50 soldats irakiens qui ont abandonné leur poste. »

Alain Gresh

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