En kiosques : octobre 2016
Abonnement Faire un don

Première visite

Vous êtes abonné(e) mais vous n’avez pas encore de compte en ligne ?

Vous n'êtes pas abonné(e) ?

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout le site.
Une question, un problème ? Consultez la notice.
Accéder au menu

Avant tout, le refus israélien

par Alain Gresh, 22 avril 2008

Aaron David Miller est un diplomate américain qui a joué un rôle important sous l’administration du président Clinton, notamment comme adjoint de Dennis Ross (responsable du processus de paix au Proche-Orient). Il vient de publier un livre, The Much Too Promised Land : America’s Elusive Search for Arab-Israeli Peace (Random House, 2008, 416 pp. $26.00).

Akiva Eldar, journaliste au quotidien Haaretz, en fait un compte-rendu intitulé « Dear Diplomat, whose side are you really on ? »

Akiva Eldar écrit : « Il y a quelques années, Ross a publié un livre sur la politique étrangère américaine au Proche-Orient sans faire aucune référence à l’influence de la politique intérieure en général et de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), en particulier. Ross affirmait qu’il ne pouvait se rappeler une occasion où la communauté juive avait imposé à l’administration de faire (ou de ne pas faire) quelque chose concernant le processus de paix. Bien que confirmant pour l’essentiel ce propos, Miller le nuance :»

« Ceux d’entre nous qui conseillaient le secrétaire d’Etat et le président étaient très sensibles à ce que la communauté pro-israélienne pensait et, quand nous étudiions des idées qu’Israël n’aimait pas, trop souvent, nous nous appliquions une sorte d’autocensure préalable. Que plusieurs d’entre nous étaient juifs était moins important que le climat général pro-israélien qui s’est affirmé avec Bill Clinton et une nouvelle administration déterminée à éviter ce qu’elle considérait comme la vision beaucoup trop critique d’Israël de ses prédécesseurs [il fait référence à l’administration de Bush père]. L’accession au pouvoir d’Itzhak Rabin, les relations spéciale de Clinton avec lui, avec Israël et les juifs américains ont contribué à une grande sensibilité à l’égard d’Israël. Ces affinités et l’empathie personnelle du président (il était particulièrement sensible aux Palestiniens aussi) ont sapé notre volonté d’être fermes avec Israël sur la question des colonies et nous ont empêchés de refuser les mauvaises idées d’Israël, ou d’adopter des idées de notre propre cru, notamment durant la négociation sur le statut final, et cela jusqu’à ce qu’il soit trop tard... » (p. 123)

L’International Herald Tribune revient sur ce livre le 17 avril : « The Much Too Promised Land. Advice after two decades of Arab-Israeli diplomacy », sous la plume d’Ethan Bronner.

« Contrairement à Ross et Bill Clinton, qui ont abordé le sujet dans leurs mémoires, Miller affirme que les Etats-Unis ont donné à Israël beaucoup trop de liberté d’action et ont échoué à pousser ce pays à respecter ses engagements et à faire des choix douloureux. Il dit que Clinton était beaucoup trop impressionné par le premier ministre Itzhak Rabin (...), et il ajoute : "Ainsi, nous n’avons jamais eu une conversation dure ou même honnête avec les Israéliens sur leur activité de colonisation." »

Mais, de fait, Miller ne va pas au bout de son raisonnement. En revanche, Henry Siegman, un ancien dirigeant de l’American Jewish Committee, résume bien la raison principale de l’impasse actuelle dans un article de The Nation du17 avril , intitulé « Tough love for Israel » :

« Le scandale de l’impuissance de la communauté internationale à résoudre un des conflits les plus longs et les plus sanglants de l’histoire est simple : elle connaît le problème mais n’a pas le courage de dire la vérité, encore moins de l’affronter. La conférence de Berlin [que Merkel a convoquée pour juin] va souffrir du même manque de courage qui a marqué tous les efforts précédents. Elle va aborder tous les problèmes, sauf la cause principale de l’impasse. Quoi que l’on pense de tous les péchés attribués aux Palestiniens – et ils sont nombreux, y compris une direction inefficace et corrompue, l’échec dans la construction d’institutions étatiques, la violence meurtrière des groupes du refus –, il n’y a aucune perspective de créer un Etat palestinien viable et souverain d’abord et avant tout parce que les différents gouvernements israéliens depuis 1967 n’ont jamais eu l’intention de permettre l’émergence d’un tel Etat. »

Nous connaîtrons, dans le sillage de la conférence d’Annapolis, d’autres réunions, déclarations, engagements concernant le conflit israélo-palestinien. Mais on peut assurer, avec Siegman, sans crainte d’être démenti par les faits, que tout cela n’aboutira à rien tant que la communauté internationale ne s’attaquera pas au refus israélien.

Assassinat de Moughniyeh

L’assassinat du dirigeant militaire du Hezbollah Imad Moughniyeh (le 12 février à Damas) reste non résolu. Les autorités syriennes ont annoncé, à plusieurs reprises, qu’elles allaient rendre publics les résultats de l’enquête, mais elles n’ont rien fait pour l’instant. Répondant aux rumeurs d’implication des Saoudiens, le ministre de l’intérieur du royaume a affirmé que ces accusations étaient « risibles » (Al-Watan, 20 avril).

Alain Gresh

Partager cet article /

sur Zinc
© Le Monde diplomatique - 2016