Le Monde diplomatique
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La nouvelle pompe à phynance

Ouverture

mardi 22 avril 2008, par Frédéric Lordon

« Encore une fois, je veux m’enrichir, je ne lâcherai pas un sou »
(Ubu roi, acte II, scène 7)

Impossible d’ouvrir ce blog sans lui avoir d’abord trouvé un nom qui fasse l’affaire. Or, il faut bien l’avouer, pendant un bon moment et par une sorte de curiosité géométrique, le creux l’a disputé au plat parmi toutes les propositions en compétition. La solution est venue de Pierre Rimbert.

Que la phynance soit une préoccupation de première importance, il ne devrait pas être nécessaire de prendre trop de temps pour s’en convaincre. Encore faut-il s’entendre à propos de ce dont il est vraiment question. À vrai dire il y a peu de risque que les lecteurs fassent erreur : pour être un générique un peu vague, où le sens commun peut confondre des phénomènes qui méritent d’être distingués, la « finance » n’en désigne pas moins une réalité politiquement claire qui évoque d’abord l’empire d’un groupe particulier, le capital bancaire-actionnaire, sur le corps social tout entier. C’est bien, selon toute probabilité, ce à quoi les lecteurs penseront spontanément, et ils ne se tromperont pas.

S’il y a lieu d’ajouter quelques précisions, ce serait plutôt à l’intention des conservateurs sourcilleux de l’œuvre jarryienne, ou bien des malveillants. Car aussi bien la lecture littérale que la lecture libérale d’Ubu roi ne manqueront pas de rappeler, l’une par fausse rigueur exégétique, l’autre par opportunisme idéologique, qu’à l’origine ubuesque, « la pompe à phynance », c’est l’Etat fiscal ! Or, on l’aura compris, tel n’est pas exactement l’objet visé ici… Y aurait-il donc contresens manifeste à invoquer la phynance pour parler de la finance ?

Seule une lecture conservatrice et spécialement ignorante des mouvements de l’histoire pourrait le faire croire. De quoi, en effet, Ubu est-il fondamentalement la figure ? Du despote parasitaire. Mais, plus précisément, n’est-il pas vrai qu’Ubu est un souverain tyrannique vivant au crochet de son peuple assommé d’impôts ? Sans doute. Pour autant l’enfermer dans cette forme particulière serait sous-estimer gravement la productivité conceptuelle de Ubu – car Ubu est un personnage conceptuel – et de « la pompe à phynance » réunis. C’est que le despotisme parasitaire peut se donner des formes très diverses – bien plus que ne le suppose Jarry lui-même qui, assez naturellement, se rend au plus facile proposé par son époque. Or avant l’Etat fiscal, il y a eu la servitude féodale… et après lui il y a la prédation actionnariale. Aussi faut-il saisir la « pompe à phynance » en ses métamorphoses. Quelle est la puissance despotique d’aujourd’hui qui soumet absolument le corps social et le laisse exsangue d’avoir capté la substance de son effort ? Certainement pas l’Etat – dont on rappellera au passage qu’il restitue en prestations collectives l’ensemble de ses prélèvements… – mais le système bancaire-actionnaire qui, lui, conserve unilatéralement le produit intégral de ses captations.

Conformément à cette extension rationnelle du concept de pompe à phynance, ce blog a donc pour vocation de montrer à quel degré les nouvelles structures du capitalisme financiarisé ont transformé l’ensemble de l’économie en une gigantesque machine à remonter les gains de productivité de tous, concentrés sous la forme de la rentabilité financière, au sommet de la pyramide hiérarchisée qu’est devenu le système productif ; sommet – les grandes entreprises cotées – lui-même surplombé par l’actionnariat institutionnel qui est le véritable destinataire de ce pompage général. Cette idée, à laquelle on essaiera de donner quelques développements analytiques un peu plus substantiels, est en soit suffisamment pénible pour qu’il entre dans le propos de ce blog d’en élaborer les contrepoisons. Le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin, ou Marge Actionnariale Limite Autorisée), dont le schéma de départ a été exposé dans le Monde diplomatique de février 2007, se voulait typiquement un premier pas dans cette direction. Mais l’auteur doit plaider coupable : défaut de suite dans les idées ou incompétence dans le service après-vente, force est de reconnaître que pas grand-chose n’a été fait depuis ce qui devait être non un accomplissement mais un lancement… Si ce blog pouvait devenir le lieu d’un work in progress autour du SLAM, il ne servirait pas qu’à adoucir des remords de conscience.

Et puis il y a la crise financière. Car le fléau de la phynance sait se donner des expressions variées. Cette phynance-là ne se confond pas avec celle – actionnariale – qui pompe au quotidien et silencieusement ; elle procède plutôt à grand fracas et par éruptions – quoique celles-ci deviennent récurrentes et, à force, d’une quasi-permanence pénible. À défaut de pomper directement, la merdre financière de la crise fait chier par la bande : comme le Père Ubu, elle sème une telle désorganisation dans la vie matérielle de la société, et d’abord parce qu’elle détruit les fonctionnements réguliers du crédit, qu’elle finit immanquablement en pertes de croissance et d’emplois. Comme on se demande jusqu’où l’on tolérera les progressions de la captation actionnariale, il faut se demander jusqu’à quand nous sommes prêts à souffrir l’éternel retour de la crise des marchés. On ne s’étonnera donc pas que les premières contributions à ce blog aillent d’abord vers cette actualité puisque qu’on ne trouve finalement jamais meilleure objection à la finance de marché que le spectacle chatoyant de ses propres effondrements et qu’il s’ensuit l’ouverture d’une fenêtre d’opportunité politique qu’il serait effarant de ne pas exploiter pleinement.

Un mot encore à propos de la tenue de ce blog. Décider de l’ouvrir n’était pas une mince affaire tant son exercice propre et celui de la recherche semblent contradictoires par la temporalité comme par le format. On ne peut pas complètement exclure que, rattrapé par le pli – et aussi les occupations – du chercheur, ce blog ne connaisse parfois quelques silences ou, disons, un régime un peu apériodique… C’est aussi qu’on n’a pas forcément quelque chose d’intéressant à raconter à date fixe. Est-il possible de formuler par avance une requête d’indulgence et de solliciter des lecteurs internautes non pas de la fidélité – d’abord ça ne se commande pas, et puis on vient de s’avouer incapable d’y satisfaire – mais plutôt une forme de réminiscence curieuse, qui fait revenir de temps en temps, au cas où, pour voir… et sans s’inquiéter qu’il n’y ait rien à voir… pour le moment !

Comme on sait, « la machine à décerveler » est, dans le monde d’Ubu, l’instrument rigoureusement complémentaire du « crochet à phynance » – et l’on ne se lasse pas d’admirer la prescience jarryienne, la généralité et l’actualité de ses trouvailles. Si ce blog – ambition sans doute bouffresque – pouvait apporter sa contribution à la machine critique, certes minoritaire, à recerveler, il aurait l’impression de n’être pas complètement inutile.

22 commentaires sur « La nouvelle pompe à phynance »

  • permalien AJH :
    22 avril @16h13   »

    Bonne chance pour ce blog qui promet au moins d’être plaisant et au plus de nous apprendre plein de choses passionnantes... A bientôt.

    PS : pour le moment le flux RSS ne semble pas fonctionner...

  • permalien yenayer :
    22 avril @17h53   « »

    Une excellente initiative. Il devient en effet vital d’informer autrement sur le monde de la finance. Happy birthday

  • permalien Pierre :
    22 avril @17h56   « »

    Pompe à phynance voilà un choix bien judicieux, pour qui, depuis les conférences de presse fébriles de Pompidou, n’a cessé d’entendre marteler à travers vents et mai(s)s soixante huit(s), la fin de la Çolydarité, de toutes les Çécuryrés et l’abandon de tout idée d’amélioration de Conphort, en un mot, de l"Hespérence.

    Tout ces magots amassés depuis 1945 au nom d’un bien-être commun, et de ce qu’on osait encore appeler le “progrès” ne pouvait qu’attirer les adeptes de la chrématistique, qui tout à leurs instincts n’ont cessé de détruire jusqu’à l’idée de société, pour abattre toute les barrières légales qui avaient étés posées sur leur le chemin de leur avidité.

    Privatisation des solidarités, commercialisation de la sécurité, finaciarisation du confort, marchandisation de l’espérance ; toutes les filons ont étes exploités jusqu’à la géhenne. Aujourd’hui, toutes les tecnologies d’appropriation du bien commun se dirigent vers un objectif unique et suprême, le Préteur en Dernier Ressort.

  • permalien RP :
    23 avril @04h57   « »

    Rien ne vaut quelques sigles pour mobiliser (surtout en France) et de préférence avec un caractère bien de chez nous, non reconnu par l’ICANN :

    E.Ç.B. Enfin Ça Bouge

    P.J.Ç Plus Jamais Ça

    Et peut-être un Manga façon Shaddok pour illustrer Jarry.

    Bonne chançe pour le blogue

  • permalien Maryse :
    24 avril @13h42   « »

    Eh oui, jusqu’où peuvent-ils aller et combien de temps allons nous tenir face à cette armée de financiers, de spéculateurs ? Notre arme c’est de leur faire perdre les moyens de production : s’unir tous ensemble, faire grève et tenir.

  • permalien Anonymous :
    24 avril @15h57   « »

    Bonne chance pour ce blog. J’espere aussi apprendre beaucoup.

  • permalien Ruiz Pereyra Faget :
    24 avril @19h43   « »

    Muy interesante el blog sobre el devastador mundo de las finanzas.

    Ustedes, los europeos y franceses, en particular, tienen mucha razón en prestarle toda atención a este fenómeno y a crear conciencia para aprovechar sus crisis, como la actual.

    ¿Pero qué opina de América Latina que sufre la succión de su sangre, por esa bomba, desde que finalizó la Guerra de Corea, en 1953 ?

  • permalien BD :
    24 avril @19h56   « »

    Si ce blog s’inscrit sur la ligne du Monde Diplo., je vais surement l’apprécier. Bonne chance et sortez du lot.

  • permalien RF :
    24 avril @20h29   « »

    Bonne chance !

  • permalien Le président de "la Polynésie française", des Françaises et des (...) :
    24 avril @20h43   « »
    TAHITI : XPF DSK 31/12/1998.

    Bonjour, Je confirme que le lien pour le flux RSS ne fonctionne pas. Je suis intéresse par toute mention qui sera faite sur ce site sur les "XPF" et autres FRANCS ou FRANCS des COLONIES françaises du Pacifique si d’aventure Monsieur Frédéric LONDON osait aborder ces blanchiments/noircissements franco-europeano-colonialo-français.

    Royaume de TAHITI et sa Couronne, le 24 avril DEUX MIL 8

    Avec Honneur

    Le président de "la Polynésie française", Président des Françaises et des Français René G. HOFFER Tél (689) 77 71 70

    renehoffer@yahoo.fr

    http://www.myspace.com/renehofferpr...

    http://www.euro-ombudsman.eu.int/de...

    http://www.euro-ombudsman.eu.int/de...

    http://vids.myspace.com/index.cfm ?f...

  • permalien JCK :
    24 avril @23h19   « »
    À propos du blog "La nouvelle pompe à phynance"

    24 avril 2008

    Cher Monde Diplo,

    Bravo pour cette nouvelle rubrique "phynance"

    Je me permets de signaler à votre attention un article où avec ma consoeur SG nous traitons de la "neurophynance". Il a été publié dans la revue Médecine/Sciences (http://www.edk.fr/) dans son numéro d’avril 2008. Je recopie ci-dessous le titre et quelques extraits. L’article entier avec ses illustrations sera envoyé à toute personne qui en fera la demande.


    Médecine/Sciences n° 4, vol. 24, 1er avril 2008

    Rubrique : DÉBAT FORUM

    Titre : Actualités médico-financières

    Auteurs : Sybil Gilgamesh, Johann-Chrysostomos Kaprank

    (SG : Institute of Human Primatology,Nancy, France.

    JCK : Institute Coach-In, Paris, France.)

    [Titre anglais : Current trends in Neuroeconomics]


    Texte :

    « Science sans phynance n’est que ruine de l’âme »

    Nous sommes en mesure de donner aux lecteurs de Médecine/Sciences la primeur d’un important projet de réforme des programmes des Universités. Celui-ci, émanant conjointement des Ministères des Finances et de l’Éducation Nationale, a reçu l’aval unanime de tous les Présidents des Universités, pourtant désormais autonomes. Il s’agit de ne plus conserver comme disciplines en sciences humaines et médicales que l’Économie et les Neurosciences et de les fusionner en une seule matière, la Neuroéconomie (URL : http//neurophynancedough. org). Les mémoires de master et de thèse seront publiés à la fois en version papier dans le magazine Neuron et sur la toile sur le site Bloomberg (http://www.bloomberg.com/). Pour être validés, ils devront concerner des travaux subventionnés par les grandes banques internationales, et comporter des conflits d’intérêt manifestes, preuve de la pertinence des sujets abordés et de la probité de leurs auteurs. Cet important changement dans l’orientation des Sciences françaises vise à mettre le système universitaire français en conformité avec les nouvelles directives européennes. Celles-ci viennent d’être édictées dans l’urgence, à la suite des graves événements qui ont très récemment ébranlé le monde de la finance et le village global lui-même.

    Trois facteurs ont été déterminants dans le choix de cette réforme

    1. La naissance d’une approche moléculaire de la prise de décisions à risque

    ..........

    2. La convergence de la Science et de la Finance .........

    3. L’affaire J. K. et le drame de la Société Géniale

    . etc.etc.

    [Pour recevoir l’article entier (format pdf ) s’adresser à : kaplan@cochin.inserm.fr ]

  • permalien Dr Daves, Economiste :
    25 avril @06h53   « »
    À propos du blog "La nouvelle pompe à phynance"

    J’aimerais recevoir le texte complet en PDF Je vous en remercie. Dr Daves

  • permalien lodin :
    25 avril @09h27   « »

    Cher Lordon, j’aime ta persévérance à mobiliser ton savoir dans l’espace critique, si étroit en effet. C’est vrai qu’entre le "cercle des économistes" et la "république des idées"( je suis de plus en plus agacé par Philippe Eskénazy, qui me paraissait il y a peu encore intéressant dans son analyse du monde du travail, et qui lui ne semble pas avoir de scrupules à poser périodiquement deux ou trois idées dans ses différents éditos "mondains" ou d’ailleurs), il est pertinent de nourrir un espace de discussion éclairée. Il faut aussi que cela se fasse sur le mode de l’intelligence collective , c’est donc aussi à nous, avec nos compétences ou nos questionnements, de le nourrir. Merci pour cet énergie !

  • permalien mac beth :
    25 avril @10h02   « »

    Bien vu ! Voilà un blog qui promet d’être intéressant et enrichissant. Continuez comme ça et ne vous laissez pas influencer de quelque manière que ce soit.

  • permalien Frédéric Lordon :
    25 avril @10h29   « »
    Education populaire et diffusion du savoir

    Je me permets de reproduire ici telle quelle une réponse faite à deux messages postés sur la page de l’article "Quatre principes et neuf propositions",mais dont la teneur est peut-être plus adéquate encore à "l’article" d’ouverture de ce blog.

    Je finis par me demander si la 10ème proposition de Yohann n’est pas la plus importante. En tout cas elle est la plus universelle puisqu’on pourrait la mettre en n+1 ème — ou en 1er — de toutes les listes de propositions sur tous les sujets...

    Pour avoir l’occasion de temps en temps de faire des débats à l’invitation d’associations diverses, le plus souvent Attac et les AMD, j’ai fini par prendre conscience de l’intensité de cette demande de savoir.

    N’étant pas membre d’Attac — contrairement à ce qu’on voit parfois écrit — je ne m’en sens que plus libre pour dire que c’est sans doute ce qu’il y avait (ce qu’il y a) de meilleur et de plus fort dans le projet de départ : l’éducation populaire. Comme le disent de nombreux messages, ici et ailleurs, "l’expertise" économique fonctionne, inintentionnellement mais aussi parfois très délibérément, comme un instrument de dépossession. La "complexité" des choses est le tout premier des arguments pour renvoyer les gens à leur passivité et les écarter de toute compréhension de... ce qui leur arrive. Comme on sait, l’ignorance est la première béquille de tous les pouvoirs abusifs. Surtout ne pas la dissiper...

    Or l’expérience montre — et ça n’est pas démagogie de le dire — qu’une très grande partie de la population est très apte à saisir les principaux mécanismes économiques, mais, bien sûr, pourvu qu’on se donne la peine de les lui expliquer de manière appropriée. Mais on imagine sans peine les dégâts qui en résulteraient pour les pouvoirs si leurs mandants venaient à être éclairés...

    Comme cette demande d’éducation populaire est très forte et qu’elle se manifeste, entre autres, ici mais dès les premiers articles — en quoi je vois un indice très significatif — je dois m’empresser de faire une précision pour éviter les déceptions ou les faux espoirs : le blog ne me semble pas l’outil le plus adéquat pour un projet d’éducation populaire. Peut-être lui arrivera-t-il de temps à autre d’avoir de bonnes propriétés en cette matière, mais à la vérité c’est à un autre outil qu’il faudrait penser. Car le blog procède par sujets ponctuels, or, comme le demande Jardin, c’est à une exposition complète, méthodique, progressive et systématique des choses de l’économie qu’il faudrait penser. Yohann donne des idées à ce propos. Je me demande s’il ne faudrait pas envisager quelque chose comme une université populaire d’économie : rendez-vous périodiques, salle ou amphi, programme bien balisé, etc. Et pour ma part je n’aurais plus qu’à militer pour la journée de 35h.

  • permalien Astérix :
    25 avril @11h13   « »

    Au cas où l’Europe aurait oublié sa vocation et les citoyens ne sauraient plus à quel "sein" se vouer, je recopierai le texte de Jean Rostand (1953) auquel l’effort constant des siècles précédants nous impose d’être fidèles. " J’ignore quel sera le système d’économie le plus apte à assurer l’équitable distribution des biens matériels et spirituels ; mais je suis à peu près sûr que l’époque ne peut plus être lointaine où l’on s’étonnera que, durant tant de siècles, tant de choses aient pu rester le privilège de si peu de gens, et que la société ait pu se partager en groupes si inégalement traités qu’on y différait par la taille, par le quotient intellectuel, par la résistance aux maladies, par l’espérance de vie, par le taux de criminalité."

    Le Commissaire (Peabag ou Pibag) a posé une question sur l’esthétique de l’énergie. Ne comprenant pas ce qu’il voulait dire je suis allé dans mon dictionnaire pour regarder à "énergie" : qualité d’un corps produisant un travail.

    Comprenez-vous pourquoi le dumping social ? La mort, le chomage détruit les salariés sans avoir à les trier, recycler, toutes opérations qui coûtent cher à l’entreprise, d’autant que c’est la famille ou la Sécu qui paye(nt) ! Maintenant les DRH seront formatés par les "neurosciences"

    Il nous faut trouver une autre économie respectueuse du vivant. On se moque des Etats qui n’ont été jusque là qu’à la solde des entreprises pour asservir toujours plus les humains. Et comme cette économie doit être juste il nous faut répondre aux besoins (et non aux envies) des vivants. Là est le travail qui s’impose. La justice et non le légal.

  • permalien malatof :
    26 avril @00h28   « »

    Salut à tous. Je suis novice en économie, mais mon intérêt pour cette science est grandissant, au vue de son impact sur notre vie.

    Peut on faire des comparaisons simples entre l’économie mondiale et l’économie d’une famille ? Des budjets , un capital, un résultat, des investissements, des placements... Tous ces termes se retrouvent dans le monde de la finance et aussi dans le quotidien.

    Vous nous proposez le SLAM, donc limiter les bénéfices de l’entreprise. Peu de gens acceptent de réduire volontairement leur train de vie pour le partager avec leurs voisins. La société "d’en bas" dans son immense et morne majorité aspire au "bling bling"et au pouvoir de l’argent. La cupidité des uns écrase la générosité des autres.

    Au plaisir de continuer cette conversation.

  • permalien regal :
    29 avril @22h47   « »

    Dans le blog de M Laimé, sur le montage financier de véolia, l’auteur parle d’un montage permettant à cette entreprise de faire de collossales bénéfices sans investir un centime.Et alors.

    Une succursale vend des obligations foncières sur le marché financier avec un très bonne cotation de risque car étant appuyé sur les contrats de délégation de véolia, pour ainsi dire des obligations d’états, ce qui est bien venu en ce moment .JMM est de retour ?

    Avez vous plus de précision sur ce genre de pratique relativement contestable,et sur le nom de cette filiale ?

    Merci à bientôt.

  • permalien living soul :
    30 avril @02h46   « »

    Ce texte est bien écrit, il y a de beaux mots et beaucoup de métaphores, je dois toutefois admettre mon total désaccord au sujet du fait que l’Etat est au service de la re distribution comparativement a l’entreprise privée.

    L’État collecte des taxes, légifère, redistribue en mesure de controler et de limiter l’initiative privée qui pourrait nuire au grand mouvements de capitaux oligopoles. L’État est au service de banques et d’ailleurs ces dernières financent l’État qui leur est redevable. Gauche-droite c’est du pareil au meme. La gauche se scandalise au moindre son du mot profit. La droite quand a elle veut tout comercialiser. On peut s’entredre sur une chose c’est que les deux veulent le controle ( du corps sociale) des corps hunains (et encore) qui servent de véhicule a nos esprits aux prises avec la matérialité.

  • permalien Jordi GRAU :
    4 mai @23h09   « »
    L’Etat a-t-il vraiment cessé d’être despotique ?

    Bonjour à Frédéric Lordon et aux autres internautes.

    J’aimerais revenir sur un passage du texte de M. Lordon : "Quelle est la puissance despotique d’aujourd’hui qui soumet absolument le corps social et le laisse exsangue d’avoir capté la substance de son effort ? Certainement pas l’Etat – dont on rappellera au passage qu’il restitue en prestations collectives l’ensemble de ses prélèvements… – mais le système bancaire-actionnaire qui, lui, conserve unilatéralement le produit intégral de ses captations."

    Il me semble que cette analyse est un peu trop simple. L’Etat a depuis longtemps un double visage : d’un côté, il redistribue les richesses et assure des "prestations collectives" ; de l’autre il défend les intérêts des plus puissants et des plus riches. Pour simplifier, il y a l’Etat social et l’Etat sécuritaire. Vous semblez, M. Lordon, réduire l’Etat à son côté sympathique, social, soucieux de l’intérêt général. Or, il sembe bien que la disparition progressive de l’Etat social ne signifie pas forcément la disparition de l’Etat tout court. Les "prestations collectives", au lieu de servir l’intérêt commun, sont bien souvent accaparées par de puissantes firmes (lobbies pharmaceutiques, militaro-industriel, etc.). Elles peuvent aussi constituer en un renforcement des dispositifs sécuritaires (constructions de nouvelles prisons, par exemple). Tout cela est très visible aux Etats-Unis, mais existe aussi en France.

    Donc, même si les gouvernements, par démagogie antipopuliste, diminuent les impôts sur le revenu, il reste tout de même une somme considérable d’argent qui est investie dans des prestations peu utiles pour l’intérêt commun. Même si l’Etat se désengage (y compris de ses fonctions régaliennes, comme on peut le voir aujourd’hui dans la Justice française), il peut donc très bien exercer un pouvoir despotique, frère jumeau du despotisme de la finance. Il n’y a pas, me semble-t-il, à opposer ces deux monstres : ils marchent main dans la main, s’entendant à merveille pour donner aux riches ce qu’ils ont volé aux pauvres.

    Cela dit, je ne prétends pas qu’il faille supprimer purement et simplement l’Etat - même si je respecte les convictions anarchistes. En revanche, il faudrait démocratiser de fond en comble cette institution pour qu’elle soit réellement au service de l’intérêt commun. Et cela ne pourra pas se produire sans un puissant mouvement social.

    Bien à vous,

    Jordi GRAU

  • permalien glattering :
    6 mai @13h43   « »

    Jordi GRAU, ce que vous dites et ce que F Lordon écrivait ne sont pas en opposition il me semble. La notion d’Etat, et le but originel de l’Etat est bien ce qu’en décrit F Lordon. Ensuite, que le pouvoir de l’Etat soit détourné pour le bien de quelqu’uns au détriment de sa mission originelle ne font pas de l’Etat un Janus a deux visages. Il y a toujours sa mission d’une part, et l’état actuel des choses d’autre part. Les fondements de l’Etat sécuritaire, avant ses dérives, me semble faire partie de l’Etat social que vous décrivez : un service collectif comme les autres.

    A F Lordon : Au sujet du blog, je viens de le découvrir, et je compte bien repasser de temps à autre. Ne pas y lire des nouveautés régulières ne me dérange pas. Il faut aussi le temps à la réflexion, pour laisser décanter les idées, les mettre en relation, chacune à leur place, avant d’être prêt à incorporer de nouvelles idées.

    Merci beaucoup à vous de prendre le temps de partager vos réflexions, qui en susciteront j’espère d’autres chez vos lecteurs, faisant d’eux autant de relais de propagation d’une volonté de compréhension et d’esprit critique.

    /glattering

  • permalien Jordi GRAU :
    7 mai @20h59   «
    Réaction au message de Glattering

    Merci d’avoir pris la peine de répondre à mon message. Je suis partiellement d’accord avec vous, quand vous dites qu’assurer la sécurité doit faire partie des missions de l’Etat. Mais alors il faut entendre la sécurité en son sens le plus large : elle comprend non seulement la sécurité des biens et des personnes contre le crime et la délinquance, mais la protection sociale sous toutes ses formes. Or, force est de reconnaître que cette protection sociale ne faisait guère partie, à l’origine, des préoccupations de l’Etat. Adam Smith, le célèbre philosophe et économiste libéral disait que le rôle de l’Etat était surtout de défendre la propriété des riches contre les pauvres. A la même époque à peu près, Rousseau disait que, dans un Etat où il y a de fortes inégalités économiques, les lois sont faites pour les riches et par les riches. Car, pour celui qui ne possède quasiment rien, la sacralisation de la propriété privée est surtout un obstacle à un plus juste partage des richesses. Il a fallu de puissants mouvements ouvriers et des menaces révolutionnaires pour que l’Etat consente - du bout des lèvres, le plus souvent - à ne plus être unilatéralement du côté des riches.

    On peut donc penser qu’un Etat juste doit répartir équitablement les richesses, mais il est inexact de dire que c’est sa mission originelle. La disparition progressive de l’Etat social - que nous pouvons voir sous nos yeux depuis une vingtaine d’années - n’est donc pas de ce point de vue une perversion du modèle d’origine, mais un retour à l’Etat libéral-sécuritaire du XIXème siècle. Sur toutes ces questions, je vous recommande la lecture d’un ouvrage passionnant que j’ai découvert il y a quatre ans : Les métamorphoses de la question sociale, de Robert Castel.

    Cordialement,

    Jordi Grau

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