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Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières

mercredi 23 avril 2008, par Frédéric Lordon

Une version révisée et augmentée de ce texte, de préférence substituable à la version présente, est disponible en document attaché (téléchargeable ci-dessous en fin de texte)

Alors que la crise présente n’est que la répétition formelle d’une scène caractéristique de la déréglementation financière déjà expérimentée maintes fois depuis deux décennies, il devrait être parfaitement clair pour tout le monde que, sitôt les pertes digérées – il faudra certes encore quelques trimestres –, banques et fonds n’auront pas d’autre préoccupation que d’identifier le nouveau compartiment de marché susceptible de livrer le surplus désiré de rentabilité financière. Et le cycle apuration des pertes-bulle-krach repartira pour un tour…

Cet éternel retour est suffisamment pénible pour qu’on se décide à y mettre un terme. Il est cependant assez évident que les indigents moyens déployés jusqu’à présent, essentiellement constitués de menaces verbales sans suite ou de supplications à la transparence qui n’engagent à rien, ont peu de chance d’y suffire… Or la crise des subprimes est, ou aura été d’une gravité qui devrait dissuader de feindre l’action une fois de plus, et convaincre d’agir vraiment. C’est-à-dire radicalement.

Cette action radicale devrait être gouvernée par quatre principes fondamentaux – il ne devrait pas être trop difficile de voir en quoi ils rompent avec les stratégies du fil de l’eau suivies jusqu’ici. Elle pourrait prendre la forme plus précise de neuf propositions. Celles-ci revêtent nécessairement un caractère « technique » qui rend difficile de les exposer en peu d’espace. L’esquisse d’un « plan d’arraisonnement » qu’on va lire ici est tirée d’un ouvrage en préparation qui, la place y étant moins comptée, prendra le temps de rendre plus accessibles le fonctionnement des produits et des marchés financiers en cause. L’urgence commande cependant de mettre ces idées en circulation au plus vite, quelque imparfaites qu’elles soient, pour lancer à partir d’éléments substantiels et précis le débat collectif sur la re-réglementation avant que ne se referme cette exceptionnelle fenêtre d’opportunité par laquelle, à la faveur du spectacle de l’effondrement, il devient possible de dire ce qui était jusque là réputé « indicible » et de penser ce qui était décrété « impensable ». Cet empressement se paye au prix d’ellipses qui supposent implicitement connues certaines choses et peuvent rendre l’exposition incomplète et/ou peu accessible pour le non-spécialiste – en espérant que cet arbitrage entre urgence de l’intervention et clarté de la présentation soit au finale à peu près positif.

Quatre principes Retour à la table des matières

Principe 1  : Quand une bulle est formée, il est trop tard. Elle crèvera nécessairement, avec l’éventualité d’armer tous les mécanismes du risque systémique – c’est-à-dire de la prise d’otage des pouvoirs publics (banques centrales et Trésors) sommés de venir socialiser les pertes sous peine de risquer un collapsus majeur. Le schéma de re-réglementation de la finance doit donc poursuivre l’exigeant objectif stratégique d’empêcher la formation des bulles. On voit tout ce qui sépare ce schéma des pauvres tentatives en cours d’élaboration, notamment aux Etats-Unis – pourtant infiniment plus réactifs que les européens sur ces sujets ! – tentatives qui, de l’aveu même du Secrétaire au Trésor Paulson, n’ont ni la vocation ni la capacité d’éviter de nouveaux accidents financiers…

Principe 2  : La finance est serve. Sa présence et son action ne sont tolérables qu’à concurrence des services qu’elle rend effectivement à l’économie productive. Et ceci spécialement si l’on prend en considération le potentiel de catastrophes que recèle toute dérive auto-centrée de l’activité financière. C’est pourquoi, compte-tenu du degré manifeste – et manifestement dangereux – d’autonomie pris par la finance contemporaine, la ramener à la subordination exigera sans doute de lui imposer de brutales, mais salutaires, régressions. Il faut y être prêt.

Principe 3  : Le principe de level playing field retenu jusqu’ici par les institutions internationales de la régulation prudentielle (essentiellement les Accords de Bâle, I et II) est une impasse. Comme son nom l’indique, le level playing field vise à établir des normes communes pour réaliser un espace financier commun. On comprend bien, compte-tenu de ce dernier objectif, qu’il ne doive y avoir aucune « dénivellation » réglementaire sauf à induire des distorsions dans la concurrence des places, les places à basse intensité réglementaire jouissant d’un avantage compétitif évident. Mais comme toujours, l’objectif intermédiaire de normes prudentielles communes a conduit à des normes prudentielles minimales. Par un effet de plus petit dénominateur commun, le dogme du level playing field, c’est-à-dire du marché financier mondial unifié, ne peut mener ailleurs qu’au minimum minimorum de la régulation. L’incapacité des accords de Bâle à empêcher quelque crise que ce soit en est la tragique démonstration. Rétablir des zones financières à régulation adéquate, sans attendre que les plus intéressés à la déréglementation – Etats-Unis et Royaume-Uni – ne finissent par s’y rendre, exige donc de leur aménager des protections, c’est-à-dire de recloisonner le marché financier mondial.

Principe 4  : L’Europe est une zone d’activité financière autosuffisante. Elle peut parfaitement adopter unilatéralement un degré supérieur de réglementation financière sans risquer, comme on s’empresse de le dire, la désertion des capitaux, ou sans que les capitaux extra-européens partis lui manquent. Au demeurant, les impératifs de diversification sectorielle et géographique rendent impossible aux investisseurs extra-européens de « faire l’impasse » sur le marché européen. Qui sait, peut-être même finiront-ils par être séduits par le degré supérieur de stabilité qui y règnera une fois la réglementation mise en place… Il est bien évident que par « Europe » il faut entendre ici les 27 moins le Royaume-Uni. Puisque le Royaume-Uni est manifestement décidé à ne revenir sur aucune des « libertés » de la finance de marché, il faut lui appliquer une stratégie adéquate de cantonnement et le considérer, en tout cas du point de vue de la reréglementation financière, comme de facto non-européen. Le Royaume-Uni ainsi mis à part, il résulte du principe précédent que la zone européenne de réglementation financière ne peut émerger qu’en cessant d’être ouverte à tous les vents de la finance, donc en envisageant certaines restrictions aux mouvements des capitaux. L’abrogation de l’article 56 (renuméroté 63) du Traité européen consolidé est donc un préalable à toute reréglementation financière sur une base européenne. Tel est l’objectif défendu par le mouvement « Stop Finance » (www.stop-finance.org).

Neuf propositions Retour à la table des matières

Les principes précédents ont un caractère stratégique. Mais ils n’ont pas en eux-mêmes de portée opératoire – si ce n’est le principe 4 qui pose clairement le strict encadrement des transactions avec des entités financières extra-européennes qui ne se seraient pas soumises, d’elles-mêmes ou sous l’action de leur propre régulateur, aux normes européennes à venir.

Le passage à l’action re-réglementatrice s’appuie, lui, sur des principes tactiques. On ne s’étonnera pas que tous s’expriment sur le mode négatif du « dé- » car il est bel et bien question de faire régresser la finance et de lui ôter une partie de ce qu’elle a conquis. Ces principes tactiques sont au nombre de six : désincitation, désophistication, détitrisation, déleviérisation, désalimentation et déconnexion. Leur mise en œuvre s’étage sur tous les niveaux de la finance : microéconomique (les comportements des opérateurs) ; mésoéconomique (les constructions institutionnelles gouvernant le fonctionnement des marchés) ; macroéconomique (le pilotage de la politique monétaire).

Proposition 1. Désincitation

Toutes les incitations déterminant les conduites individuelles de la finance sont vicieuses. L’une des pires est incorporée dans les formules de rémunération de ses hommes. En effet l’investissement dans un actif financier quel qu’il soit est toujours l’acquisition d’un couple rendement-risque. Or les formules de rémunération de la finance ne prennent en compte que la première composante : les traders voient la part variable de leur rémunération courante indexée sur leur seule rentabilité courante. Mais cette rentabilité courante a pour compagnon invisible un certain niveau de risque. Il est invisible en temps réel puisque, par construction, le risque n’est matérialisé qu’ex-post ! Le trader touchera donc le profit dérivé de la hausse tant qu’il y a hausse, mais n’enregistrera aucun des effets de la baisse – simplement son bonus sera-t-il nul quand celle-ci se produira. Il est donc de ce fait incité à méconnaître le risque contracté pour privilégier la rentabilité courante qui alimente son bonus courant… puisque, si risque il y a, il ne sera manifeste qu’« après ». Il résulte de cette asymétrie des incitations une sous-appréciation notoire du risque – en d’autres termes il y a de puissants intérêts derrière ce que Hyman Minsky appelait justement « l’aveuglement au désastre ».

La première proposition vise donc à rétablir la symétrie d’incitation en rendant la rémunération des traders pleinement algébrique – c’est-à-dire susceptible de valeurs négatives ! Les pertes issues de la matérialisation des risques antérieurement contractés ne doivent plus seulement annuler les bonus mais les rendre négatifs. Les traders auraient ainsi à rembourser sur leurs gains passés les pertes présentes et dans les mêmes proportions. On imagine sans peine les effets de la rémunération algébrique sur leur comportement ! Soit la hantise d’avoir à restituer les gains antérieurs oblige à les mettre en réserve et paralyse la consommation ostentatoire – détruisant l’une des jouissances qui donne son ressort à l’existence comme trader ; soit elle ne parvient pas à produire le comportement de réserve mais alors au prix d’une nouvelle attitude face au risque rendue drastiquement rigoureuse. Dans tous les cas, la perspective de la perte personnelle cuisante devrait être puissamment régulatrice.

On objectera sans doute que, dans ces conditions, les traders les plus « compétents » prendront le chemin de l’exil sous l’effet de la concurrence des offres salariales de la part des banques qui ne seraient pas soumises à l’obligation de la rémunération algébrique. Surtout, qu’on ne les retienne pas ! L’utilité sociale de ces soi-disant « cerveaux » demeure des plus discutables. Que ne restent que les opérateurs « moyens » – non exportables – ne saurait être en soi un problème : si leur agilité à manier les produits les plus complexes est moindre, leurs employeurs leur en feront manier de plus rudimentaires. Or c’est exactement l’autre effet recherché ! L’une des plaies de la finance libéralisée vient de la dynamique incontrôlable de la dite « innovation » financière qui multiplie les produits d’une invraisemblable complexité dont la mesure de risque devient presque impossible. La proposition de désincitation des financiers est donc par ses effets collatéraux une mesure de dé-sophistication de la finance, mouvement qu’il est urgent d’amorcer pour recréer de meilleures conditions d’appréciation et de contrôle des risques.

Proposition 2. Détitrisation

La dynamique des acquis sociaux semble avoir changé de camp. Tout ce que le travail a gagné est devenu contestable, tout ce que le capital obtient est décrété irréversible. Ainsi de l’« innovation » financière. Deux des plus toxiques, les produits dérivés et la titrisation, dont la finance s’est parfaitement passée pendant des décennies – rappelons qu’ils ont été répandus à partir du milieu des années 80 –, sont maintenant déclarés tellement indispensables qu’il serait simplement inconcevable de vivre sans. Ces braiements de la finance ne doivent impressionner personne. Jusqu’au début des années 90, les banques… ont fait leur métier de banquier : elles ont accordé des crédits, puis les ont conservés sur leurs livres jusqu’à l’échéance ; et il faudrait une certaine audace pour affirmer qu’elles s’en sont mal portées. Nous nous proposons de leur faire faire ce minime saut en arrière et de renoncer à nous convaincre que rien ne serait plus possible si on les privait de l’outil de la titrisation. Comme on sait, la titrisation permet aux banques de se défaire de leurs crédits aussitôt qu’accordés, et de les vendre sous la forme de créances négociables sur des marchés ad hoc. On se demande rétrospectivement comment il est possible de s’étonner que cet instrument de défausse systématique du risque de crédit ait conduit à un effondrement de la sélectivité des prêts – jusqu’à faire surgir la catégorie des prêts subprimes.

L’instrument de la titrisation est particulièrement dangereux car il a la propriété de soustraire le comportement bancaire d’émission de crédits, donc de risques, à toute régulation prudentielle. En effet les banques sont normalement limitées dans leur politique de crédit par les règles prudentielles qui les contraignent à réserver du capital propre à hauteur de 8% du total de leurs encours risqués. Mais les crédits titrisés sortent immédiatement du bilan des banques puisqu’ils sont formellement cédés à des entités juridiques distinctes, les Special Purpose Vehicles (SPV) – dont les fameux CDO (Collateralized Debt Obligations) ont été l’un des représentants les plus en vue lors de la crise du crédit. Par conséquent, des risques-crédit sont émis, et même en quantité gigantesque, mais en échappant à toute provision prudentielle de capitaux propres puisque la banque s’en débarrasse dans l’instant – du point de vue de la supervision, tout se passe comme si ces crédits n’avaient simplement pas été accordés…

Il y a donc dans ce dossier plus qu’il n’en faut pour interdire purement et simplement le recours à la titrisation des crédits. Si quelques timidités se manifestent, deux solutions un peu plus douces sont également disponibles. La première consisterait à drastiquement limiter la part titrisable des portefeuilles de crédit – pas plus de 5% par exemple, qui laissent ainsi une marge aux banques pour le redéploiement de leurs capitaux propres (pour mémoire on rappellera que lors des dernières années de la bulle subprime, près de 50% des crédits immobiliers ont été titrisés…). Une autre solution consisterait à laisser ouverte telle quelle la possibilité de la titrisation… mais à imputer aux banques la totalité des risques titrisés dans le calcul de leurs provisions prudentielles de capitaux propres, quand bien même ils ont été sortis de leurs bilans. Du point de vue de la surveillance du risque, cette formule équivaut donc à une conservation complète des crédits, la titrisation demeurant alors intéressante pour les banques, non plus comme instrument de défausse du risque, mais comme instrument de refinancement de marché.

Proposition 3. Déleviérisation d’endettement

L’un des procédés les plus générateurs de risque de la finance spéculative tient à la mobilisation intensive de l’effet levier – à savoir le recours à de forts taux d’endettement comme démultiplicateur de la rentabilité brute. Les agents prennent alors des positions qui peuvent excéder considérablement leurs capitaux propres, situation extrêmement dangereuse lorsque les paris spéculatifs tournent mal. Il est inutile de souligner la gravité des conséquences lorsque les agents en question sont des banques, à plus forte raison des banques de dépôt… Bien loin des aimables bluettes de certains manuels d’économie financière qui nous laissent croire que la valeur usuelle des leviers tourne entre 2 et 5, on rappellera que la banque Bear Stearns était leviérisée à 35 et le Hedge Fund Carlyle Capital Group à 32… avant de faire faillite l’un et l’autre. Dans le cas de Bear Stearns, la régulation prudentielle et ses ratios de capital (Cooke ou McDonough) ont eu à l’évidence quelques absences. C’est pourquoi il faut reconstruire des ratios réglementaires limitant strictement les effets de levier d’endettement (on verra ci-dessous qu’il est aussi une autre sorte d’effet de levier – à combattre tout autant, et pour les mêmes raisons de fond). On dira que telle était bien en un sens l’intention du ratio de capital lui-même en définissant les engagements risqués comme multiple des capitaux propres. Force est cependant de constater qu’en cette matière, l’échec aura été à peu près complet.

Comme il est impossible d’avoir une vue totalement déconsolidée (opération par opération) de l’activité de marché des banques et que la confusion des flux empêche toute imputation, la proposition présente suggère de construire un ratio de (dé-)leviérisation moyenné à échelle d’établissement. Pour une période donnée, on note P l’ensemble des positions de marchés (tous actifs financiers confondus) prises par la banque. On note D l’ensemble des dettes de toutes échéances contractées par elle. On note enfin E l’ensemble de ses engagements, débours réels et positions de marchés prises (il y a lieu de faire une différence car certains actifs dits unfunded ne réclament aucune avance de fonds donc aucun débours réel). Par convention on impute proportionnellement la dette DM = D*(P/E) aux prises de positions de marché. Il s’en déduit un effet de levier relatif aux positions de marché LM = P / (P – DM). Le ratio prudentiel de (dé-)leviérisation fixera alors une borne supérieure – sévère, c’est-à-dire basse – à LM. À ceux qui feront remarquer que ce ratio est quelque peu grossier, on répondra que dans sa définition même le ratio de capital retenu par les accords de Bâle n’est pas beaucoup plus subtil… L’extrême simplicité de conception du ratio de capital n’a pas empêché que lui soient données des mises en œuvre d’une grande précision de détail. Rien ne s’oppose en principe à ce qu’il en aille de même pour le ratio de (dé-)leviérisation. On ajoutera également que la rusticité, et surtout la brutalité, du ratio de (dé-)leviérisation sont très nécessaires. Bien sûr dans les applications « raffinées » dudit ratio, il faudrait en principe procéder de la même façon que pour le ratio de capital Bâle II, c’est-à-dire en pondérant les différents risques qui entrent dans l’agrégat P des prises de position de la banque. Il ne faut cependant pas avoir une confiance excessive en ces mesures de risque différenciées : pour des raisons fondamentales, qu’il est impossible d’exposer en détail ici, les modèles de mesure du risque en vigueur dans les institutions financières ont révélé des carences rédhibitoires – en témoigne intuitivement l’ampleur des pertes réalisées sur des produits de la finance structurée (notamment les fameux CDO) dont certaines tranches avaient été jugées parfaitement sûres… avant qu’on s’aperçoive qu’elles ne valaient plus tripette. À défaut de pouvoir l’expliquer complètement ici, il faut insister sur ce point : cette carence de la finance mathématique à mesurer les risques en temps de grande instabilité n’est ni accidentelle ni remédiable, elle est essentielle et indépassable – en deux mots tout de même, pour qui voudra, l’argument technique ultra-compacté : cette impossibilité tient au fait que les densités de probabilité qui entrent comme hypothèses dans les modèles dits de Value-at-Risk sont immanentes aux interactions des agents… et sont par conséquent radicalement indéterminées ex ante. C’est pourquoi la solution « du yatagan » qui impose des ratios de (dé-)leviérisation absolument draconiens n’a que d’excellentes propriétés d’économie de moyens puisqu’elle anticipe à raison que les risques jugés modérés par beau temps se révéleront très probablement extrêmes par gros temps : autant donc les limiter ex ante et de la plus sévère façon.

Proposition 4. Régulation impérative de tous les acteurs non-bancaires de la finance de marché

On fera sans doute observer, d’une part que le ratio de (dé-)leviérisation ne s’applique qu’aux banques qui ne sont pas les seuls acteurs de la finance marchéisée, et d’autre part que, en tant que brokers, les banques peuvent être amenées à passer des ordres pour des clients dont les investissements ont déjà été leviérisés par ailleurs (un investisseur peut confier un mandat de gestion à une banque A pour un volume de fonds dont une bonne partie est composée d’endettement contracté auprès des banques B, C, etc.). Les investisseurs, quelle que soit leur nature, doivent être soumis eux aussi à ces ratios de (dé-)leviérisation, pour des valeurs variant éventuellement par catégorie d’établissement. Une attention particulière devrait être portée aux Hedge Funds qui se distinguent des autres investisseurs, entre autres, par leurs leviers extrêmement élevés. Or ces fonds d’investissements, dont les prises de position agressivement spéculatives se révèlent très déstabilisantes, échappent à toute supervision prudentielle ! De fait la majorité des Hedge Funds font de l’évasion réglementaire un élément constitutif de leur stratégie en se domiciliant dans des places financières offshore. Cette carence réglementaire est intolérable et doit être impérativement comblée.

Il faut donc interdire toute transaction entre les opérateurs financiers de la zone européenne régulée et les entités des places offshore. N’auront accès aux marchés financiers européens que les Hedge Funds qui se seront enregistrés auprès de l’autorité européenne des marchés et qui par conséquent se seront soumis à sa réglementation.

Proposition 5. Déleviérisation « de marché » – les marchés organisés de produits dérivés

L’essentiel de la prolifération financière – terme qu’on préférera nettement à celui d’« innovation » financière – est venu du compartiment des produits dérivés. Quoique encore discutée par ceux qui voulant sauver tous les acquis de la finance ne se rendront jamais à l’évidence, leur contribution à l’instabilité financière est devenue patente, pas seulement par les interactions spéculatives qui s’établissent entre marchés à terme et marchés au comptant, mais aussi du fait de l’organisation propre des transactions sur dérivés. Ces transactions se distribuent en deux grandes catégories : transactions sur des marchés dits organisés ou bien sur des marchés de gré-à-gré (ou encore OTC, pour Over The Counter).

Toutes les transactions sur les marchés organisés passent par l’intermédiaire d’une chambre de compensation qui est la contrepartie commune de tous les intervenants : la chambre de compensation est l’acheteur de tous les vendeurs et le vendeur de tous les acheteurs. La chambre de compensation impose à tous les intervenants des avances de fond qu’on appelle dépôt de marge. Ce dépôt de marge est une sorte de coussin de sécurité dont l’épaisseur est beaucoup moins grande que les positions elles-mêmes puisqu’il n’est destiné qu’à enregistrer les variations de prix et à solder les éventuelles moins-values. C’est que la grande caractéristique des transactions sur dérivés (quel que soit le marché) est en effet la suivante : portant sur des promesses de vendre ou d’acheter, donc d’encaisser ou de payer, à une certaine échéance, elles ne nécessitent pas en principe de mise de fond immédiate au moment où elles sont conclues. Les opérateurs s’y engagent donc en quelque sorte à découvert, au sens où ils ne sont tenus à aucun apport de fonds propres (et même de fonds tout court !) au moment de la passation du contrat. Si l’on se souvient que le levier est défini en général comme la capacité de prendre une position sans disposer préalablement en propre de la totalité des fonds, c’en est ici la forme maximale !

Le dépôt de marge sur les marchés organisés instaure donc, mais artificiellement puisqu’elle n’est pas requise en principe, une obligation de mise de fond préalable. Mais cette obligation est d’une telle minceur en proportion des positions prises, qu’elle définit de fait des leviers faramineux. Ainsi, par exemple, un apport de 1000 dollars permet-il de prendre une position de 375.000 dollars sur le marché des futures de l’indice S&P500 ! Ce levier lié à l’organisation particulière des marchés dérivés vient donc se superposer au levier d’endettement proprement dit (voir proposition 3) – un opérateur pourrait en effet très bien avoir emprunté 900 des 1000 dollars requis pour le dépôt de marge et s’être engagé sur les 375.000 dollars de futures avec… juste 100 dollars en poche ! On ne s’étonnera donc pas que Bear Stearns avec 8 milliards de dollars de capitaux propres se soit retrouvé engagée, tous produits dérivés confondus, à hauteur de… 13.400 milliards de dollars ! Certes il ne s’agit pas là d’une position ouverte du même montant car, dans ce total, de nombreuses opérations sont de couverture mutuelle. Il n’en demeure pas moins que ces 13.400 milliards de dollars représentent bel et bien le risque de contrepartie que faisait peser Bear Stearns sur la communauté financière internationale, puisque en cas de faillite, il y aurait eu pour 13.400 milliards de dollars de transactions non réglées… On fera remarquer, là encore, que sur ce total beaucoup d’engagements à payer compensent des engagements à recevoir. Le risque de contrepartie net est donc moins élevé. Même s’il s’établissait à 10% du total, il n’en resterait pas moins 1340 milliards de dollars de transactions non soldées – une paille… S’y ajoute le fait que les compensations des paiements à effectuer et à recevoir n’a pas forcément le bon goût de s’opérer établissement par établissement, de sorte que certains se retrouvent vis-à-vis de Bear Stearns dans une position nette très ouverte… et par conséquent très exposée au risque de contrepartie. On imagine sans peine les effets d’un tel défaut. La Réserve Fédérale les a imaginés sans peine, et l’on comprend aisément l’urgence qui l’a saisie lors du week end du 15 et 16 mars alors que la faillite de Bear Stearns était imminente – et imminente également la ruine d’ensemble du système financier.

Parce que les exigences de fonds propres sur les produits dérivés sont ridicules, et que la leviérisation s’y élève au carré (leviérisation « de marché » x leviérisation « d’endettement ») ces marchés font régner un risque de contrepartie insupportable. La déleviérisation étant l’un des principes tactiques les plus centraux du schéma présent, il faut imposer aux chambres de compensation d’exiger des dépôts de marge beaucoup plus importants que les quelques ridicules pourcents d’aujourd’hui. On pourrait très bien imaginer en principe une règle de couverture intégrale en fonds propres des positions sur dérivés (dépôt de marge 100%, levier 0 – en fait : 1). Si ces produits sont hautement spéculatifs et déstabilisants, il faut donc les rendre inintéressants, or le levier est cela même qui produit par effet multiplicateur de faramineuses rentabilités des fonds propres. Si la couverture intégrale est jugée trop rigoureuse, qu’à cela ne tienne : on pourra mettre le curseur où l’on voudra, 50%, 80%, peu importe, mais en tout cas plus les dérisoires 1% ou 2% des dépôts de marge actuels.

Proposition 6. Nationalisation (européenne) des entreprises de bourse

On objectera peut-être à la proposition précédente que ce sont les chambres de compensation qui ont tout pouvoir de fixer le niveau des dépôts et des appels de marge et que ces « entreprises de marché » sont souveraines car… privées. Et c’est vrai ! Tel est bien l’un des scandales de la libéralisation financière : les places financières, c’est-à-dire l’infrastructure des marchés, ces institutions stratégiques pour la réglementation, sont sous la coupe d’entreprises privées ! Ainsi Eurex, l’entreprise qui tient les marchés organisés de dérivés en Europe est-elle issue de la fusion de Deutsche Börse AG et de Swiss Exchange, dans le but avoué de faire concurrence à une autre entreprise privée, le LIFFE de Londres. On se doute que ces « entreprises de marché » privées n’adhéreront pas spontanément à un projet qui se donne pour but explicite de rendre inintéressants les produits qu’elles cotent, et dont elles tirent leurs revenus… Il est d’une évidence impérative qu’un contrôle politique doit être récupéré sur ces « entreprises de marché » qui doivent par conséquent être nationalisées, dans le cas présent sous une forme européenne (donc sous un statut ou sous un dispositif encore à créer), afin de recouvrer toute latitude en matière de réglementation – et ici de déleviérisation – des produits dérivés. Pour celles de ces entreprises qui, telles Euronext, ont choisi de lier leur destin à leurs homologues américaines ou anglaises, il faudra briser le lien transatlantique ou transmanche, c’est-à-dire la dépendance à des zones financières qui n’ont visiblement aucune intention sérieuse de reréglementation.

Proposition 7. Déleviérisation « de marché » – les marchés OTC

Quand on a dit, comme précédemment, que le dépôt de marge constituait « la forme maximale du levier », on était en fait au dessous de la vérité. Car, par opposition aux marchés organisés, les produits dérivés s’échangent également sur des marchés dits de gré-à-gré (ou OTC, Over the Counter) qui, comme leur nom l’indique, consistent en la simple mise en relation bilatérale des contractants sans intermédiation d’une place (chambre de compensation). Pour le coup, sur l’OTC il n’y a aucun organisme médiateur qui vienne exiger une mise de fonds préalable, fût-elle aussi minime que les dépôts de marge. Il n’y a donc rien qui vienne limiter les positions que peuvent prendre les opérateurs à découvert de fonds propres. Le levier théorique y est par conséquent… infini !

Parce que ces marchés et leurs produits – on pense en particulier aux Credit Default Swaps (CDS) qui sont libres de tout financement préalable (et pour cette raison dits unfunded) et se sont spectaculairement illustrés dans la présente crise du crédit –, parce que, donc, ces marchés et ces produits sont au principe d’une accumulation invraisemblable de risques de contrepartie, il faut y mettre un terme. Dans la zone européenne réglementée, les transactions OTC seront purement et simplement interdites. Il n’est pas une transaction sur produits dérivés qui ne sera autorisée si elle ne passe par un marché organisé avec chambre de compensation, évidemment sous tutelle publique, et dans les conditions d’appel de marge conformes à la précédente proposition.

Comme d’habitude, le monde de la finance hurlera avant d’avoir mal et arguera de la « nécessité » de transactions de gré-à-gré qui offrent des couvertures de risque sur mesure alors que les produits échangés sur les marchés organisés sont standardisés pour être rendus fongibles (et ainsi proposer une meilleure liquidité). Que les couvertures soient alors imparfaites est réel, mais ne devrait pas être vu comme un problème, au contraire : dans le paysage de la nouvelle réglementation, la persistance de quelques risques mal assurés devient paradoxalement vertueuse puisqu’elle oblige les divers agents à plus de prudence. La fausse promesse par excellence était bien celle des marchés de dérivés libres et sans contrôle qui prétendent offrir des couvertures pour tout, incitant par là les agents à s’exposer sur les marchés au comptant à n’importe quel risque avec la croyance que celui-ci serait « de toute façon couvert » par l’acquisition du produit dérivé ad hoc. À voir les décapilotades successives que s’offre la finance de marché, il devrait être clair pour tout le monde que cette promesse d’« assurance universelle du risque financier » aura été une illusion de première grandeur.

Proposition 8. Désalimentation : une politique monétaire anti-spéculative

À l’étage supérieur – macroéconomique – de la nouvelle réglementation de la finance, il y a la politique monétaire. Comme on commence à en prendre conscience rétrospectivement – c’est-à-dire un peu tard – la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine n’aura pas été pour rien dans le gonflement des diverses bulles, et tout spécialement la dernière – Alan Greenspan, avant de tourner casaque pour un peu mieux organiser sa défense, n’a-t-il pas explicitement justifié son action passée en arguant de ce que « le risque valait d’être pris pour réaliser le rêve américain d’une société de propriétaires » ?… Moyennant quoi d’ailleurs des centaines de milliers « d’accédants à la propriété » n’auront « accédé » que le temps d’être jetés à la rue – admirable réussite, vraiment.

Si la spéculation se nourrit de flux de liquidités, dont le crédit représente une bonne part, il est clair que la politique monétaire lâche est une signalée contribution aux bulles financières. A contrario, il suffirait de relever les taux d’intérêt pour priver les marchés d’une part significative de leur carburant… mais au risque, évidemment d’étouffer l’économie réelle en même temps que l’économie spéculative ! On ne sortira pas de ce dilemme qui tient à l’existence d’un seul instrument – le taux d’intérêt – pour une multiplicité d’objectifs contradictoires – l’activité productive d’un côté, la stabilité financière de l’autre – sans… démultiplier les instruments. C’est précisément à cette fin qu’a déjà été avancée la proposition d’une politique monétaire dédoublée, munie d’un taux d’intérêt pour refinancer les banques à hauteur de leurs concours à l’économie réelle, et d’un autre taux d’intérêt pour les refinancer à hauteur de leurs concours à la sphère financière. Ainsi devient possible d’élever le taux d’intérêt « spéculatif » à des niveaux meurtriers, tout en maintenant le taux d’intérêt « productif » à des niveaux maximisant la croissance et l’emploi.

Cette huitième proposition pose à l’évidence le problème de l’indépendance de la banque centrale européenne. Si la régulation de la finance de marché est une affaire hautement politique, et si la banque centrale est un élément important du dispositif, il s’en déduit logiquement que l’action de la banque centrale doit être soumise à une forme de subordination politique autrement plus serrée que le quasi-rien – rapports divers et auditions sans importance – qui lui sert pour l’heure d’alibi. Soit la banque centrale s’exécute d’elle-même et entre pleinement dans le plan d’arraisonnement de la finance, soit il y aura matière à voir là une raison supplémentaire de revenir sur son indépendance.

À statut invariant – invariance qui n’a rien d’un objectif en soi –, notons toutefois que la banque centrale pourrait d’elle-même trouver quelques raisons d’adopter ce dispositif de politique monétaire dédoublée. C’est qu’en effet elle est la toute première victime de la prise d’otage où la jette immédiatement le risque systémique ! Il y a donc dans la logique institutionnelle même de la banque centrale quelque chose qui devrait résister à l’asservissement par la finance privée, puisqu’on ne peut pas qualifier autrement cette sommation impérative de lui venir à la rescousse sauf à provoquer d’immenses dégâts. Si la banque centrale prend au sérieux la mission de la stabilité financière, elle devrait être intéressée au premier chef par le dispositif de la politique monétaire dédoublée qui la sort de son dilemme instrumental autrement insoluble.

Proposition 9. Déconnexion : encadrer les rapports entre la zone européenne financière et les zones non régulées

En application des principes 3 et 4 ci-dessus, il est évident que la parfaite liberté de circulation des capitaux entre la Zone Européenne Financière (ZEF), régulée par définition, et les Zones Non Régulées (ZNR) est immédiatement caduque. Sur quelles bases cependant rétablir de possibles rapports entre ZEF et ZNR ?

Une première solution simple et économe plaiderait pour une base de… non-rapport ! Ceci n’est d’ailleurs que la traduction du principe 4 réaffirmant – en fait constatant – l’autosuffisance de la ZEF. La ZEF n’a aucun besoin d’être inondée de capitaux extérieurs, elle en recèle suffisamment elle-même, ni encore moins que des institutions financières privées aillent chercher l’aventure au dehors, sauf à importer les aberrations de marchés qui resteront le propre des ZNR. En d’autres termes, l’Europe est une zone de chalandise financière suffisamment profonde et diversifiée pour satisfaire les ambitions de la finance privée, telles que le présent schéma les rend raisonnables, c’est-à-dire sensiblement revues à la baisse. La finance privée européenne doit en effet oublier les profits mirobolants des bulles et apprendre à se satisfaire de moins : 50% de rendement des capitaux propres pour la banque de marché, quand la banque de détail n’en dégage « que » 25%, les entreprises du CAC40 entre 15% et 20%, et que les taux d’intérêt qui donnent normalement une mesure de la rémunération du capital sont à 4%, c’est fini ! Il est important d’avoir ces chiffres en tête pour être bien convaincu que les glapissements que la finance privée ne manquera pas de pousser sont moins le fait d’une épouvantable injustice qui lui serait faite que de la fermeture d’un exorbitant et injustifiable privilège de profitabilité. Retour à la normale donc.

On peut toutefois, si on le veut vraiment, songer à des formes de relations financières entre ZEF et ZNR, mais en sachant bien de quoi il y va : la ZEF a pour finalité d’éviter que ne se recréent les dynamiques de marché aberrantes et les formations de risques globaux qui demeureront le lot des ZNR. Si c’est pour que le régime des relations ZEF-ZNR annule tous les effets de la re-réglementation interne à la ZEF, ce n’est pas la peine d’y penser. Il est donc évident que ces relations devront être strictement encadrées et soumises à condition.

Les flux sortants (dans le sens ZEF-ZNR donc) seront contingentés puisqu’il n’est pas question que la finance privée européenne aille contracter aux Etats-Unis les risques qui lui sont interdits – évités – dans la ZEF. Seule une part très minoritaire – 10% ? – de l’accroissement de ses encours risqués (crédits et positions de marché) pourra être engagée en ZNR et parmi eux une fraction obligatoirement en actifs sans risque – les titres de la dette souveraine etatsunienne… pour l’instant.

Les flux entrants (dans le sens ZNR-ZEF) ne seront admis que si les institutions d’où ils sont originaires sont elles-mêmes soumises de fait aux normes européennes, et tout particulièrement au ratio de (dé-)leviérisation tel qu’il pourra être calculé par l’autorité publique européenne de régulation financière à l’aide des données communiquées par le Comité de Bâle et en application des propositions 3 et 4 ci-dessus. En d’autres termes, seuls les acteurs hors-ZEF garantissant par leurs comportements un risque de contrepartie modéré seront admis dans l’espace financier européen. Un contingentement des flux entrants fera vraisemblablement partie du dispositif pour éviter que la restriction de l’alimentation en liquidités de la ZEF du fait de la nouvelle politique monétaire ne soit tournée par des afflux de capitaux en provenance d’une ZNR où la politique monétaire demeure trop accommodante pour la finance.

Il faudrait être spécialement peu perspicace, ou bien malintentionné, pour ne pas voir que ce schéma n’a rien d’un plan achevé. Il n’est pas complet – bon nombre d’autres propositions pourraient lui être ajoutées –, et il reste à travailler sa mise en œuvre détaillée. Mais la matrice est là.

On entend d’ici les cris d’orfraie… Il ne devrait pas y avoir lieu de leur accorder trop d’attention. On le regretterait rétrospectivement tant ceux qui les poussent n’ont pas compris la portée de l’événement et sont simplement en retard sur l’histoire : car cette crise financière est d’une ampleur qui doit produire un changement dans la façon de penser l’organisation internationale de la finance. Les défenseurs de l’ordre ancien n’ont donc pas saisi que celui-ci a failli et qu’il faut en faire surgir un autre. Dans les années trente, ils auraient hurlé au Glass Steagal Act qui a séparé les banques commerciales et les banques d’investissement – une autre excellente idée qu’on pourrait inclure ci-dessus. En fait ils ne pensent jamais que selon l’époque, et sont incapables du moindre effort projectif. De l’époque ils épousent toutes les évidences et tous les impensés. Jusqu’à ce qu’une autre époque détruise les anciennes évidences et en installe d’autres. À ce moment, ils jugent les anciennes évidemment dépassées et les nouvelles évidemment indépassables. On ne va donc pas s’étonner qu’ils se cabrent et poussent de hauts cris puisque le schéma présent leur propose exactement ce que leur esprit est incapable de métaboliser. Et on ne va pas non plus perdre une minute à attendre ni leur bon vouloir ni leur conversion mentale. Car il y a urgence, et eux sont des retardataires.

Voir en ligne : Stop Finance

75 commentaires sur « Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières »

  • permalien Pierre :
    23 avril @10h29   »

    Le Principe 4 a de quoi faire sauter De Gaulle dans sa tombe “comme un cabri”.

    Entre le néo-atlantisme-méditerranéen français, l’américano-irakisme britannique, l’antimissilisme polonais, le poutino-moi-non-plus merkellien, ne serait-il pas prudent de définir ce que vous entendez par “Europe” ?

    Parce que si l’Europe n’est pas qu’« une zone d’activité financière autosuffisante », comme le suggère le Principe 2 (« Sa [la finance] présence et son action ne sont tolérables qu’à concurrence des services qu’elle rend effectivement à l’économie productive. »), le Principe va s’élaborer autour de ses fissures, ce qui n’en fait pas une base solide.

    A moins que l’utilisation de ce “bouclier financier” (ou réglementaire?) ne devienne une motivation (enfin!) commune aux citoyens aux politiciens et aux entreprises européens, suffisamment puissante, pour décoincer les corporatismes (à mon avis, c’est vendable!).

  • permalien lemmane :
    23 avril @14h10   « »
    Principes et propositions... simple

    Enfin... une analyse et des propositions sans mièvrerie ni lâcheté. Et merci pour le bon sens : les retardataires et incompétents ne sont évidemment pas ceux que les pouvoirs financiers et médiatiques (mais est-ce bien différent, ou en tout cas les seconds ne sont-ils pas les exécuteurs bienveillants et soumis des premiers : quelques principes et propositions seraient là aussi bienvenues, dans l’espace européen au moins...) désignent tout de go à la vindicte populaire sous couvert "d’aveuglement à l’inéluctabilité de la mondialisation".... qui est bien évidemment synonyme de progrès...

    A lire à ce sujet le clair et court ouvrage de Robert Redeker "Le progrès ou l’opium de l’histoire".

  • permalien Anastase :
    23 avril @18h00   « »
    Principes et propositions... simple

    Merci pour vos conseils de lecture, je me permet à propos du“ progrès et de la mondialisation” vous soumettre aussi cette interview de F. Lordon :

    J’hésite entre deux stratégies : dénoncer l’indigence conceptuelle du couple « moderne »-« archaïque » - sans lequel l’éditorialiste libéral réformateur de base n’est plus capable de construire une seule phrase -, ou bien le retourner contre ses utilisateurs. Car seule une formidable inversion rhétorique peut donner la régression libérale pour un « progrès »..

  • permalien djam :
    23 avril @23h08   « »
    Principes et propositions... simple

    évite de nous conseiller de lire un écrivain mineur et islamophobe

  • permalien djam :
    23 avril @23h09   « »
    Principes et propositions... simple

    précision, je voulais bien-sur parler de Robert Redeker

  • permalien frederic :
    23 avril @23h13   « »

    J’aime beaucoup votre initiative ; je pense qu’effectivement un maximum de gens en France et a travers l’Europe doit prendre connaissance de cette alternative. Mais je suis convaincu qu’il serait bon de vulgariser encore un peu certains aspects ; j’avoue que j’ai eu un peu de mal avec la proposition 3 par exemple :( Si les idées sont bonnes, il faut les rendre accessibles au plus grand nombre. En tous les cas, je pense que vous prenez le problème par le bon bout et je vous remercie de votre implication citoyenne !

  • permalien Jc deroubaix :
    24 avril @00h28   « »

    Et pourquoi ne pas revenir non seulement à une séparation entre banques d’affaires et banques commerciales, mais aussi à une spécialisation du secteur du crédit couplant épargne locale (caisses d’épargne, caisse coopérative, etc) avec investissement local (logement, commerce de détail, artisanat, etc.) ?

    Le fractionnement et la spécialisation sont des garanties que certains besoins de financement seront assurés.

  • permalien Poids-Plume :
    24 avril @00h56   « »

    Bonjour,

    excusez moi, mais je ne comprends pas cette phrase dans la proposition n. 2 :

    "On se demande rétrospectivement comment il est possible de d’étonner que cet instrument de défausse systématique du risque de crédit ait conduit à un effondrement de la sélectivité des prêts – jusqu’à faire surgir la catégorie des prêts subprimes."

    Un petit "s" peut-être ?

  • permalien Poids-Plume :
    24 avril @01h15   « »

    A quel public est destiné ce texte ? Des économistes parlant latin ?

  • permalien DSK :
    24 avril @09h22   « »

    L’incipit prévient que ce texte est ardu, votre remarque est donc superflue. Contrairement à la propagande libérale qui s’étale dans les médias cet argumentaire ne se cantonne pas à des principes simplistes faisant appel à un prétendu "bon sens", il demande de la réflexion.

  • permalien Utopia :
    24 avril @09h39   « »

    Merci pour cet excellent article.

    Mais quitte à donner un coup de pied dans la fourmilière, n’aurait-il pas fallu aller aussi loin par exemple que Paul Jorion qui propose (à la suite d’un débat fort animé et argumenté ) sur son blog dans un projet d’article intitulé "La monnaie : projet de réforme"

    Une réforme de la manière dont la monnaie est créée est indispensable. Cette réforme devrait prendre la forme suivante.

    Toute création de monnaie doit relever de l’État et de l’État seul par l’intermédiaire de la Banque Centrale indépendante du pouvoir politique mais œuvrant dans le cadre de la démocratie.

    La monnaie créée et prêtée par la Banque Centrale à l’État ou aux collectivités publiques ne peut financer que des dépenses d’investissement, d’aide à des secteurs à vocation d’intérêt collectif tels que l’éducation, la santé et la protection de l’environnement, et en cas de crise ou de catastrophe naturelle. A l’exception de cela, les dépenses de fonctionnement et d’amortissement doivent être financées par les recettes fiscales.

    La Banque Centrale détermine, afin de contenir l’inflation dans des limites raisonnables, de viser un objectif de plein emploi et de faciliter le développement durable de l’économie, la quantité de monnaie proposée et les taux d’intérêt auxquels les banques commerciales peuvent emprunter entre elles et auprès d’elle-même.

    Le réseau des banques privées comporte 3 types de banques :

    1. - Banques de dépôts : encaissements, paiements, garde de dépôts de leurs clients.

    2. - Banques de prêts : le montant global des prêts ne peut excéder le montant global des fonds empruntés (épargne préalable ou émission monétaire de la Banque Centrale). Les financements proposés par les banques de prêts doivent être assurés par des emprunts dont le terme est au minimum de même durée.

    3. - Banques d’affaires : investissent dans les entreprises les fonds empruntés au public ou aux banques de prêts.

    Dans une perspective assurantielle, les banques ont le droit de couvrir leurs positions mais les positions nues, équivalentes à des paris directionnels sur l’évolution des marchés, leur sont interdites.

    A moins que vous ne pensiez que c’est une mauvaise proposition de réforme, bien qu’elle aurait comme conséquence de rendre à la collectivité les revenus de l’ensemble des intérêts sur la création monétaire et par la même occasion de diminuer aussi sérieusement la charge de la dette publique ?

    Quitte à changer les statuts de la BCE (car ce sera nécessaire, je pense), autant aller jusqu’au bout et laisser la "collectivité" se réapproprier la création monétaire, toute la création monétaire...

  • permalien Frédéric Lordon :
    24 avril @10h34   « »

    En réponse à Utopia (début) :

    La création monétaire est un sujet effervescent au sein de la gauche alternative et critique en ce moment — il est sans beaucoup de rapport, je le dis immédiatement, avec la problématique de la régulation de la finance. En ces temps de congélation du débat, tout motif d’effervescence devrait être bon à prendre. Malheureusement je n’entre pas dans celui-ci. Je crois que ce débat sur la "création monétaire publique" a la vertu de poser certaines questions très légitimes, notamment (à la façon de AJ Holbeq et Etienne Chouard) celle de l’intérêt dont les banques font leurs gains, mais qu’il est émaillé par ailleurs de nombreux contresens et confusions sur ce qu’est la monnaie et comment on en régule l’offre. On annonce, en certains endroits, avoir mis au jour un terrible scandale : la monnaie serait créée par les banques privées. En fait cette proposition est vraie mais trivialement : on l’apprend aux étudiants en première année d’université (peut-être même aux lycéens de ES)... il est donc peu pertinent d’en faire la matière d’un gigantesque scandale politique sur le thème "tout ce qu’on vous a toujours caché".

    Dans un registre proche on lit également des choses comme "l’Etat a abandonné la création monétaire aux banques privées", proposition qui est parfaitement fausse — ou terriblement mal construite. 1) L’Etat n’a jamais eu en direct la capacité de création monétaire, ce sont toujours les banques privées qui en ont été les émettrices (pour 95% de la masse monétaire) ; 2) il est vrai cependant que l’Etat a eu jusqu’aux années 80 la capacité de faire financer monétairement une partie de son déficit par création monétaire, non par ses soins directs mais par les avances de la banque centrale (la vraie créatrice de monnaie). On dira que la banque centrale de l’époque étant aux ordres du Trésor, ça ne fait pas grande différence politiquement, et c’est vrai — mais conceptuellement un peu plus. Et maintenant ? (suite et fin au message suivant)

  • permalien Frédéric Lordon :
    24 avril @10h38   « »

    Suite de la réponse à Utopia

    3) et maintenant ? En effet l’Etat ne jouit plus de cette facilité monétaire. Est-il donc "par conséquent" tombé dans les mains des banques privées ? Non : lorsque l’Etat se finance, il le fait par des instruments obligataires, donc en s’adressant, non aux banques, mais aux marchés financiers, et il n’y a là aucune opération de création monétaire en direct. Ces modalités actuelles de financement de l’Etat peuvent — et doivent — être contestées. Les dispositions des traités de l’UE qui interdisent tout financement monétaire des déficits publics sont une aberration économique et une honte politique. Mais la question est hélas passablement plus compliquée que de redonner tel quel tout pouvoir de création monétaire à l’Etat, ce qui navigue entre l’absurde et le dangereux — à mes yeux. Mais là, il me faudrait beaucoup de temps et de place pour vous donner mes arguments là dessus. Comme pour vous donner ceux de mes désaccords avec la proposition de P. Jorion.

    Je ne vous donne donc ici qu’un très petit échantillon de mes désaccords avec tout ce courant de pensée par ailleurs fort honorable car pour beaucoup, ce sont des amateurs qui se saisissent d’une matière économique ordinairement jugée "réservée" et il n’y a pas mieux que ce genre de transgression grâce à quoi les citoyens constestent le monopole des "experts" et se ré-approprient la discussion de questions qui les concernent. Pour autant on n’est pas obligé non plus de valider tout ce que disent ces mouvements au seul motif qu’ils procèdent de ce sain principe de ré-appropriation. En l’occurence celui-ci me semble s’égarer gravement en plusieurs occasions.

    Comment cependant avoir un débat public — qui en vaut 1000 fois la peine — sur ces questions ? Ca n’a rien d’évident, je le vois aux seules difficultés que j’ai eues à avoir des débats privés avec certains des agitateurs (le terme est très positif ici, croyez moi) de cette question monétaire. Ca n’est pas qu’il est "difficile" de parler avec eux, mais c’est que le débat est tellement dense en arguments, contre-arguments, interruptions mutuelles que je ne vois pas comment il serait possible, pour l’heure, de l’avoir à plus de quatre personnes ! Mais il faudra bien que nous trouvions une solution !

  • permalien A-J Holbecq :
    24 avril @13h54   « »

    Bonjour Frédéric

    "sans beaucoup de rapport, je le dis immédiatement, avec la problématique de la régulation de la finance" ; je suis d’accord !

    Je crois effectivement que cette page de commentaires à ton article très puissant n’est pas le bon lieu de débat concernant les avantages et inconvénients d’une émission monétaire totalement centrale (ce qui équivaudrait à ce que ce soit l’Etat qui émets la monnaie, simplement parce qu’il est seul "actionnaire" de la Banque de France, institution dont le capital "nous" appartient).

    Puisque les arguments de ceux (dont je fais partie) qui défendent ce point de vue sont maintenant un peu mieux connus (même si parfois l’expression est un peu excessive), pourquoi ton blog ne te servirait il pas à développer les arguments opposés ; le débat pourrait à ce moment là prendre forme ici même ? Mais si tu préfères un débat "privé", je suis ton homme ;-)

    Je voudrais juste soulever un point de détail .. Lorsque tu écris " lorsque l’Etat se finance, il le fait par des instruments obligataires, donc en s’adressant, non aux banques, mais aux marchés financiers, et il n’y a là aucune opération de création monétaire en direct ", c’est indéniablement exact, mais qui donc a créé cette monnaie qui au terme d’un certain nombre de "cycles" (ou directement par les banques pour une part, peut-être?) sera prétée à l’Etat si ce n’est les banques qui l’auront émise lors d’une demande satisfaite de crédit bancaire par des agents non bancaires ?

    Très cordialement,

    André-Jacques Holbecq

  • permalien Poids-Plume :
    24 avril @16h36   « »

    Bon, ben ça va DSK, le clampin dégage... Parlez entre vous, pas de problème.

    Le "bon sens" conselllerait probablement des sauts de lignes dans les textes ardus (mais les mises en pages compactes semblent être de nos jours un signe ostentatoire de "savoir" et de "sérieux"), ainsi que la précision sur les éléments qui constituent les "équations" avant de "spéculer" avec (et pas pendant, parce que cela contribue à rendre un texte ardu pour un néophyte en texte complètement illsible... je rajoute que c’est ce qui se pratique généralement dans les ouvrages de science... pourquoi?) En l’occurrence, le passage suivant : "Comme il est impossible d’avoir une vue totalement déconsolidée (opération par opération) de l’activité de marché des banques et que la confusion des flux empêche toute imputation, la proposition présente suggère de construire un ratio de (dé-)leviérisation moyenné à échelle d’établissement. Pour une période donnée, on note P l’ensemble des positions de marchés (tous actifs financiers confondus) prises par la banque. On note D l’ensemble des dettes de toutes échéances contractées par elle. On note enfin E l’ensemble de ses engagements, débours réels et positions de marchés prises (il y a lieu de faire une différence car certains actifs dits unfunded ne réclament aucune avance de fonds donc aucun débours réel). Par convention on impute proportionnellement la dette DM = D*(P/E) aux prises de positions de marché. Il s’en déduit un effet de levier relatif aux positions de marché LM = P / (P – DM). Le ratio prudentiel de (dé-)leviérisation fixera alors une borne supérieure – sévère, c’est-à-dire basse – à LM." Où je me suis dis que l’auteur n’avait pas vraiment envie que Poids-Plume puisse le comprendre. Il est probable que cette "ardutitude" soit liée à une nécessaire "dé-sophistication" de la pompe à finance... Et il est encore plus probable qu’un certain sens de la vulgarisation soit nécessaire dans un monde vulgaire.

    En ce qui concerne le "latin", auquel le langage économique peut-être comparé semble-t-il, le Mouvement de Libération du Clampin International que je représente sur cette page, quand on lui dit "Ad hoc", il répond "Sick transit". Il serait temps que le Concile des Economistes élise Paul VI.

    J’ai la réponse à la question que je posais, ce texte a été écrit pour vous, c’est bon, je n’ai rien à faire ici, je m’en vais. Je vous aurais normalement tiré ma révérence comme il se doit entre clampins, mais si le plumage de votre pseudo correspond au ravages de quelques institutions financières internationales, je m’assois sur vous, Monsieur. Comme je m’assieds sur tous les puissants de cette Terre.

    Cordialement.

  • permalien
    24 avril @17h22   « »

    Réponse à André-Jacques

    Je me rends compte que je mets un tel soin à écorcher soit ton prénom, soit ton nom, soit les deux, que t’en faire l’excuse publique est bien le moins que je puisse faire...

    Au fait maintenant : non, je ne peux pas être convaincu par ton argument sauf à le reconnaître trivialement vrai. Certes, en dernière analyse, tout paiement n’a été rendu possible que par échange de signes monétaires. C’est une vérité absolue... mais triviale, car obtenue par définition — "un paiement est la livraison de signes monétaires en échange de quelque chose" — et dont on ne peut donc tirer aucune conclusion intéressante.

    La vraie question est bien celle de savoir si le paiement dont nous parlons — en l’occurence celui d’un titre de la dette publique — a été effectué à l’aide de réserves préconstituées ou bien s’il a été solvabilisé par une avance — c’est-à-dire au sens strict du terme : un crédit. Or quand l’Etat émet des obligations sur les marchés financiers, en première analyse, il se fait payer à l’aide de fonds déjà là. Il se pourrait cependant, diras tu, que certains de ces fonds aient été préalablement pré-constitués, pour une part, à l’aide d’emprunts antérieurs. En effet c’est possible. Mais ceci n’aurait rien à voir avec ton argument et renverrait à une tout autre problématique : celle du levier.

    Nous avons donc bien besoin de ce débat ! J’espère bien que nous trouverons une occasion de l’avoir dans les meilleures conditions. Je ne suis pas pessimiste.

  • permalien A-J Holbecq :
    24 avril @18h16   « »

    Frédéric

    Pas de problème pour "l’écorchement" ;-)

    Pour ne pas polluer ce débat "Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières", j’évite de relancer : mais ce n’est donc que partie remise à une autre occasion...

    Cordialement

    André-Jacques

  • permalien Yohann :
    24 avril @19h55   « »

    Bonjour, J’ajouterai une 10e proposition : pourvoir à l’instruction des foules sur ces affaires financières. Alors NON ce n’est pas une critique du texte ou de l’intention de M. Lordon, non pas parce que celle-ci serait en soi illégitime, mais parce que M. Lordon prend la peine de nous prévenir - à l’instar de Rousseau - qu’il ne connaît point l’art d’être clair pour qui ne veut être attentif. Exit, donc, poids-plume dont le 2e post était de pure mauvaise foi. Salut clampin ! Je fais donc partie des gens qui apprécient M. Lordon tant pour son savoureux parlé que pour la qualité de ses explications. Néanmoins, la jouissance de son verbe chatoyant (pour reprendre une de ses expressions favorites) ne doit pas nous empêcher de voir le problème que pose la méconnaissance des arcanes de l’économie financière. De fait, l’opacité de ce milieu constitue le premier et le plus sûr rempart contre la colère des foules et donc - puisque c’est la le premier moteur, contre tout changement politique. M. Lordon a pour projet un livre qui répondra à cet objectif stratégique, soit, mais ne devrions-nous pas faire plus ? Il serait assez simple de mettre en place un site web pédagogique s’adressant au plus grand nombre de ceux qui veulent penser. J’y insiste car je possède quelques heures de lectures et de discussions sur le sujet me permettant au moins d’appréhender une partie des raisons et arguments, mais j’éprouve des difficultés considérables à en entretenir mes amis qui pourtant sont dans d’autres domaines à la plus fine pointe de la circonvolution théorique. C’est qu’en matière économique l’ignorance est largement partagée jusque dans les sphères académiques qui ont massivement démissionné face au byzantinisme des théories et des institutions économiques. Ce qui est fort pratique pour ces dernières. Alors donc l’idée : un site web pédago usant - pourquoi pas - de tutoriels vidéo avec un ensemble d’étapes, un parcours et peut-être deux niveaux (débutant, avancé), un comité scientifique chargé de veiller à la rigueur des propos et un ensemble de bénévoles travaillant à la production de contenus accessibles. Bref, un outil de réappropriation et de diffusion du savoir. Tout cela est techniquement facile à faire, les outils de gestion et de publication sont là, il serait facile de se doter d’une routine, reste que ce genre de projet n’est pas très économe en énergie humaine et demande une masse critique pour démarrer. Je crois que les mécanismes financiers seraient la cible première de cet exercice d’éclaircissement... reste à former un collectif et mon expérience des dernières années m’a fait comprendre que c’est là le premier souvent ultime obstacle. Je lance donc cette idée comme une bouteille à la mer, en espérant que ça ne sera pas une robinsonnade de plus.

  • permalien Hispano :
    24 avril @21h27   « »

    Stop les robinsonnades ! Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’en démocracie la pédagogie est essentielle. M. Lordon a une rhétorique délicieuse et saisissante lui permettant d’humaniser voire de poétiser une science, l’économie, perçue trop souvent comme froide, implacable, mécanique... Alors oui il nous faut des démagogues de l’économie alternative qui la simplifient la rendant plus populaire, accessible et ce lieu est bon pour commencer. Des gens comme nous, lecteurs profanes mais engagés et curieux. Je ne sais pas si M. Lordon entend convaincre à travers ce blog la horde des économistes orthodoxes, apôtres de cette oligocratie délirante, mais il est certain que la tentation narcissique de certains de déblatérer sur la pertinence de tel ou tel technicisme risque d’égarer le lecteur lambda (et non vulgaire)en quête de lumière.

  • permalien fécalucsein. :
    25 avril @05h27   « »

    ce n’est pas un texte facile il faut du travail et l’honnête homme peut très bien le comprendre ce qui est mon cas. bravo à l’auteur.

  • permalien jardin :
    25 avril @06h35   « »

    Poids Plume, tu as tort de t’énerver, moi non plus je n’ai rien compris au principe 3, je l’ai quand même lu jusqu’à la fin, espérant la lumière. Elle était, comme souvent, au bout du tunnel, et ce sont les derniers mots qui me l’ont apportée.

    Je fais ça assez souvent, lire bêtement sans me soucier de pas comprendre, puis relire. Même si ça ne passe pas cette fois-là, je m’imprègne, genre "bain de langage" : après tout, c’est comme ça que les enfants apprennent leur langue.

    Ils finissent même par la parler, mais bien sûr je n’espère pas aller jusque là !

  • permalien jardin :
    25 avril @07h56   « »

    "un site web pédago usant - pourquoi pas - de tutoriels vidéo avec un ensemble d’étapes, un parcours et peut-être deux niveaux (débutant, avancé), un comité scientifique chargé de veiller à la rigueur des propos et un ensemble de bénévoles travaillant à la production de contenus accessibles. Bref, un outil de réappropriation et de diffusion du savoir".

    Je fais partie de ceux que ça intéresserait sacrément. Je barbote dans l’économie en autodidacte et en dilettante, j’essaie de glaner ça et là quelques miettes de compréhension. Résultat, il commence à y avoir des lacunes dans mon ignorance, et quelques petits détails commencent lentement à émerger de la brume.

    Mais ça va quand même pas très vite. Votre proposition pourrait, si elle se concrétise, m’aider à accélérer un peu le débit.

  • permalien Utopia :
    25 avril @08h43   « »

    Merci Monsieur Lordon, pour cet avis qui quand même (mais vous vous en expliquez), n’est pas très argumenté. J’espère donc, comme le souhaite Monsieur Holbeq, que vous pourrez ici faire assez rapidement (pendant que le fer est chaud) un article complet expliquant votre position et pourquoi vous rejetez ces propositions de Paul Jorion (identiques à celles de quelques mouvements qui " semble(nt) s’égarer gravement en plusieurs occasions.")

  • permalien vladimir :
    25 avril @09h00   « »

    bonjour a toutes et tous,

    ce debat ne peut se limiter a la finance, la comprehension des mecanismes d’une reforme de celle ci et de ses enjeux implique l’apprehension d’un debut de strategie de changement de société, une piste :

    il n’y a pas d’alternative ! par Jean Zin

    http://jeanzin.fr/

    Alors que les menaces écologiques se font de plus en plus pressantes, on peut s’étonner du léger des solutions qu’on prétend y apporter, pas du tout à la hauteur des enjeux et sans une véritable vision globale. Au lieu d’une écologie-politique collective et réaliste, on nous vend plutôt habituellement une écologie individualiste et moralisante, que ce soit dans sa version religieuse ou libérale, mais, en dehors de quelques marginaux, il n’est jamais question, ou presque, d’une véritable alternative au productivisme qu’on impute à l’avidité humaine plus qu’au système du profit.........

    http://www.agoravox.fr/article.php3...

    http://jeanzin.fr/index.php?2008/04...

  • permalien Frédéric Lordon :
    25 avril @10h26   « »
    Réponse à Yohann et Jardin : éducation populaire et diffusion du savoir

    Je finis par me demander si la 10ème proposition de Yohann n’est pas la plus importante. En tout cas elle est la plus universelle puisqu’on pourrait la mettre en n+1 ème — ou en 1er — de toutes les listes de propositions sur tous les sujets...

    Pour avoir l’occasion de temps en temps de faire des débats à l’invitation d’associations diverses, le plus souvent Attac et les AMD, j’ai fini par prendre conscience de l’intensité de cette demande de savoir.

    N’étant pas membre d’Attac — contrairement à ce qu’on voit parfois écrit — je ne m’en sens que plus libre pour dire que c’est sans doute ce qu’il y avait (ce qu’il y a) de meilleur et de plus fort dans le projet de départ : l’éducation populaire. Comme le disent de nombreux messages, ici et ailleurs, "l’expertise" économique fonctionne, inintentionnellement mais aussi parfois très délibérément, comme un instrument de dépossession. La "complexité" des choses est le tout premier des arguments pour renvoyer les gens à leur passivité et les écarter de toute compréhension de... ce qui leur arrive. Comme on sait, l’ignorance est la première béquille de tous les pouvoirs abusifs. Surtout ne pas la dissiper...

    Or l’expérience montre — et ça n’est pas démagogie de le dire — qu’une très grande partie de la population est très apte à saisir les principaux mécanismes économiques, mais, bien sûr, pourvu qu’on se donne la peine de les lui expliquer de manière appropriée. Mais on imagine sans peine les dégâts qui en résulteraient pour les pouvoirs si leurs mandants venaient à être éclairés...

    Comme cette demande d’éducation populaire est très forte et qu’elle se manifeste, entre autres, ici mais dès les premiers articles — en quoi je vois un indice très significatif — je dois m’empresser de faire une précision pour éviter les déceptions ou les faux espoirs : le blog ne me semble pas l’outil le plus adéquat pour un projet d’éducation populaire. Peut-être lui arrivera-t-il de temps à autre d’avoir de bonnes propriétés en cette matière, mais à la vérité c’est à un autre outil qu’il faudrait penser. Car le blog procède par sujets ponctuels, or, comme le demande Jardin, c’est à une exposition complète, méthodique, progressive et systématique des choses de l’économie qu’il faudrait penser. Yohann donne des idées à ce propos. Je me demande s’il ne faudrait pas envisager quelque chose comme une université populaire d’économie : rendez-vous périodiques, salle ou amphi, programme bien balisé, etc. Et pour ma part je n’aurais plus qu’à militer pour la journée de 35h.

  • permalien Jean-Camille de Barros :
    25 avril @12h04   « »

    Le texte de M. Lordon s’inscrit dans un projet bien plus vaste que Cornélius Castoriadis a essayé de dessiner et de "desseiner".

    Comme à chaque fois, l’hétéronome se cache derrière son ignorance pour clamer un texte qui lui soit compréhensible ; il est évident que l’enfant de deux-ans acquière le langage – donc le sens – grâce à un gène qu’il ne nous resterait plus qu’à découvrir.

    Le projet d’Autonomie que Castoriadis a poursuivi dans toute son « œuvre » impose, à l’individu qui se lance sur son chemin d’autonomie, de se former – de s’auto-apprendre ; donc de faire l’effort intellectuel et matériel nécessaires pour se dépasser et pour accéder au sens, donc à la compréhension, des choses publiques (j’aurai tendance à utiliser ce mot : « polistique »).

    Avec M. Lordon donc il faut prendre rendez-vous pour son ouvrage que j’attends fébrilement, et à qui je demanderai de ne pas être avar de références bibliographiques.

    Jean-Camille de Barros

    P.-S. : les mots : « autonomie » et « hétéronomie » n’ont pas du tout leur sens usuel. Quant au mot « polistique », je l’ai créé pour remplacer « intellectuel » tel que définit par Castoriadis.

  • permalien
    25 avril @14h41   « »
    Réponse à Yohann et Jardin : éducation populaire et diffusion du savoir

    Cher Mr Lordon,

    Je constate, non sans un certain sentiment de désolation, que depuis que j’ai laissé 2 petits commentaires, certes taquins mais certainement pas méchants sur cette page, allez hop, c’est reparti comme en 40... c’est à dire vers une défaite.

    Alors, afin que vous puissiez reprendre le cours normal (ou prévu) de vos discussions économiques, je précise que mes commentaires n’impliquaient pas nécessairement la création d’un grand service d’éducation populaire (il existe bel et bien une association du nom d’Attac... qui ferait bien de communiquer très largement et avec la plus grande transparence sur ce qui s’est passé à sa "tête" si elle veut gagner la confiance du peuple sujet de sa mansuétude). Ils n’impliquaient pas non plus que vous fassiez le Tour de France des conférences et rencontres-débats (vous le faites déjà, félicitations). Et pas davantage que vous passiez à des journées de 35 heures. Non.

    Par contre, si vous faites lire vos textes avant publication à 2 ou 3 néophytes (à différents degrés) de votre entourage (vous arriverez bien à en trouver... ou alors votre cas est désepéré) et qu’ensuite, sans leur ré-expliquer de vive voix (motus et bouche cousue), vous leur demandez de vous dire ce qu’il en ont compris... je pense que vous aurez fait un pas en direction de la disparition du hiatus entre "spécialistes" et "clampins".

    La disparition de ce hiatus me semble assez essentielle parce que je crois que la plupart des autres spécialistes auxquels vous vous adressez ne seront sensibles à une argumentation raisonnable qu’à la la condition d’avoir le peuple aux fesses.

    Me réjouissant par avance de l’impact de ma "chatoyante élégance fessue" sur la corporation, et n’ayant rien à ajouter,

    je vous salue Mr Lordon.

  • permalien MLeD :
    25 avril @15h04   « »
    Et maintenant ?

    J’avais suivi avec interet vos interventions sur le SLAM pendant la campagne presidentielle, et j’ai ete decu qu’elles n’aient aucun echo dans la campagne, ayant moi meme pointe celles ci a l’attention de la candidate socialiste sur son site web. Vos proposition me paraissent frappee du sceau du bon sens, du moins pour toute personne qui ne risque pas de pousser des "cris d’orfraie". Il reste que ces gens la tiennent les levier de commande, du moins de ce que je puis en voir. Y a-t-il des canaux dont vous avez connaissance qui pourrons faire remonter ces proposition au niveau decisionnaire europeen pertinent pour leur mise en oeuvre ?

  • permalien zéro comme nul :
    25 avril @15h13   « »

    La finance pour les nuls :

    - Principe 1 : Quand une bulle est formée, il est trop tard... Pour se moucher.

    - Principe 2 : La finance est serve... Les financiers dépendent de nous pour nourrir leur famille.

    - Principe 3 : Le principe de level playing field retenu jusqu’ici... parce que "l’égalité des chances" c’est trop ringard.

    - Principe 4 : L’Europe est une zone d’activité financière autosuffisante. ... l’Europe a une activité financière opaque.

    Faites un effort bande d’assistés, on va tout de même pas tout vous expliquer!

  • permalien
    25 avril @18h50   « »
    Réponse à Yohann et Jardin : éducation populaire et diffusion du savoir

    Bonjour M. Lordon, Ce n’est pas à vous d’être plus clair ou pédagogue. Ceux qui écrivent dans ce blog le font en vertu de leur capacité à dépasser leurs limites en matière économique et financière, et se délectent avec ce que vous écrivez et comment vous le faites ! Je pensais plutôt à ces lecteurs qui n’étant pas de "ce monde" ;) devraient, et c’est mon cas, traduire, décoder ce que vos articles et conférences véhiculent pour que le plus grand nombre puisse comprendre qu’il existe un autre discours, d’autres voies possibles et qu’on reconnaisse enfin les responsables de nos malheurs. C’est vital pour la démocratie en absence de médias réellement indépendants.

  • permalien Poids-Plume :
    25 avril @21h40   « »
    Réponse à Yohann et Jardin : éducation populaire et diffusion du savoir

    Charmante inconnue, j’aimerais beaucoup être "parfaitement" d’accord avec vous... mais je ne peux pas car je crois que dans les moments "vitaux pour la démocratie", c’est à nous tous de faire des petits pas. Et en réalité, Mr Lordon en a fait un (grand) en écrivant ce texte... et j’en ai fait un (petit) en commençant à le lire.

    Arrivé à un moment de sa lecture, Poids-Plume se retrouve soudain un peu perdu... il relit la phrase étrange... et comprend que si on remplace un "d" par un "s", la phrase devient beaucoup plus compréhensible. Alors Poids-Plume le signale... et continue sa lecture... (vous voyez, ça en fait des petits pas...)

    Arrive un autre moment où Poids-Plume est à nouveau perdu. Quand Poids-Plume est perdu au milieu d’une classe d’école, il lève le doigt en criant "Hé M’sieu Lordon, M’sieu Lordon, vous en avez pas une version un peu moins tarabiscotée?" (eh oui, il vient d’une cité, Poids-Plume)

    Je ne sais pas si vous avez, étant petite, fait "les pattelles" pour former les équipes de jeux (c’est fort possible, vous avez l’air très portée sur le football), mais il y a quelque chose qui me rappelle cela dans la situation présente.

    Alors Mme Lordon, si vous avez entrepris la difficile tâche de traduire les textes de votre mari et que vous pensez que des personnes "venant d’un autre monde" devraient y contribuer, le plus intelligent serait de le faire en équipe. C’est que faire chanter la prose de votre mari est beaucoup plus difficile que mettre l’annuaire en musique. (Non, ce n’est pas une vacherie, c’est une évidence)

    Vous savez, de nos jours, même les morts ont le téléphone. Si vous ne me croyez pas, regardez le film de Bunuel... "Le fantôme de la liberté".

  • permalien Frédéric Lordon :
    26 avril @09h57   « »
    Réponse à MLeD : de la catatonie des forces de gauche

    Je vous avoue que je suis aussi perplexe que vous... Le SLAM était fait pour que des organisations politiques et syndicales s’en saisissent. Travail mâché, juste se pencher pour ramasser. Eh bien non, rien, nada !

    Même chose pour la pétition Stop Finance, et je gage que les présentes propositions connaîtront le même destin.

    Mon carnet d’adresses est plat comme une limande, je n’ai pas de connexions dans le monde politique et on n’arrive visiblement pas à faire boire de lui-même un âne qui n’a pas soif. Comment sortir de cette impasse ? Vous l’avez parfaitement identifiée vous-même, si vous avez des idées, très franchement je suis preneur !

  • permalien Frédéric Lordon :
    26 avril @09h58   « »
    Réponse à Yohann

    Pas de place pour les "sentiments de désolation" puisque nous sommes d’accord sur presque tout

  • permalien Ollier Dominique :
    26 avril @19h30   « »
    Il faut changer de société

    Désolé, mais le capitalisme s’accommode de TOUT ! Donc, il faut démanteler les supports du capitalisme :

    1- Démanteler les multinationales : cela à déjà été fait (IBM par exemple), et fixer une taille limite aux entreprises, afin de dimminuer les risques de corruption. 2- SUPPRIMER tout système d’actionnariat et de cotation à la bourse. 3- SUPPRIMER TOUTE PUBLICITE DEFINITIVEMENT (bien sûr que l’on peut s’informer sur tout ce qui existe sans pub !) 4- INTERDIRE TOUT PASSAGE DE RESPONSABLE D’ENTREPRISE PRIVEE VERS LE POUVOIR POLITIQUE d’ETAT (mauvais exemples actuels et passés : Mme Lagarde, ex Thierry Breton ...) 5- UN SEUL MANDAT lors d’exercice du pouvoir, LIMITER à une seule personne par famille dans un temps à déterminer, la possibilité de prendre des responsabilité politiques 6- ETABLIR VITE UN SALAIRE MAXIMUM pour tout le monde 7- PASSER à la 6e REPUBLIQUE : Objectifs : favoriser la prise de responsabilité politique pour toutes les couches sociales possibles, et non plus la caste des milliardaires, et à tous les échelons du pouvoir, organiser un pouvoir à l’abri de la corruption et des lobbies en tout genre ... Créer une justice réellement indépendante ... 8- Small is beautiful : développer des petites entreprises et relocaliser, dans tous les domaines : démanteler (c’est mon mot préféré, désolé ...) les supermarchés ... 9- Tout le monde doit faire des propositions : je ne veux pas passer pour un dictateur ou un mégalo ...

    Allons, courage, ca se fera de toute façon, mais si personne n’adhère, cela se fera malheureusement dans le chaos ..

  • permalien Jp :
    26 avril @21h59   « »

    Votre article est d’un intérêt vital : présenter une alternative de bon sens.

    Quant à la manière de la faire passer, ce devrait être l’affaire d’autres spécialistes, des publicitaires, créatifs et autres scénaristes, car c’est la série tv et le spot publicitaire qui servent aujourd’hui de premier vecteur éducatif pour ces masses qui en ont tant besoin, et qui ne sont plus réceptive qu’à ce format.

    Je pense que nous devons nous inspirer de projets comme Linux ou Wikipedia pour envisager un tel chantier éducatif. Dreamworld emploie des centaines de personnes pendant 2 ou 3 ans pour produire un dessin animé de 90 minutes comme "Ratatouille". Il nous faut "Finance-ouille", écrit, dessinée, mis en musique via un collectif international de compétences, et diffusé gratuitement via le web...

    (J’imagine déjà le tableau de bord du spéculateur, les indices de performance complétés avec les conséquences (nombre de morts, nombre de nouveaux pauvres créés, pollution), et son fils lui demandant chaque soir quand il rentre : "ça va p’pa?"...)

  • permalien Utopia :
    27 avril @07h45   « »

    @jp

    Small is beautifull, comme le dit l’intervenant précédent. Inutile d’envisager un dessin animé de plusieurs dizaine de milions d’euros... des "spots" diffusés sur youtube ou équivalent devraient déjà avoir de l’effet... mais des films à petit budget (la monnaie, la double face de la monnaie..) ont déjà de bons impacts ... et ca serait encore mieux si ça se passait chez les ch’tis :-)

  • permalien zéro comme nul :
    27 avril @09h20   « »
    Il faut changer de société

    Désolé, mais le capitalisme s’accommode de TOUT ! Donc, il faut démanteler les supports du capitalisme :

    Parce que le capitalisme s’accommode de tout, il faut renforcer les règles qui protèges les citoyens.

    La solution paradoxale (changer tout parce que le capitalisme se nourrit du changement) que vous semblez appeler de vos vœux a déjà été décrite par Marx :

    En faisant de son lieu funéraire le berceau de la République bourgeoise, le prolé- tariat força celle-ci à apparaître aussitôt sous sa forme pure comme l’État dont le but avoué est de perpétuer la domination du capital, l’esclavage du travail. Les yeux toujours fixés sur l’ennemi couvert de cicatrices, implacable et invincible, - invincible parce que son existence à lui est la condition de sa propre vie à elle - force était à la domination bourgeoise libérée de toute entrave de se muer aussitôt en terrorisme bourgeois. (Les luttes de classes en France 1848-1850)
    , désolé
  • permalien Ollier Dominique :
    27 avril @10h30   « »
    Il faut changer de société

    Bien sûr que j’ai lu et relit parfois Marx : c’est le manque de temps qui me rends inculte moi aussi : mais par rapport à Marx qui était dénigré par les déjà capitalistes, on peut depuis déjà bien longtemps constater ses PREDICTIONS ! Donc, l’avenir du capitalisme est déjà presque achevé ... Dans un autre style bien décrit : LIRE OU RELIRE les tribulations du Bernard Tapi de l’époque du roman d’anticipation de ce bon vieil Emile Zola : "L’argent" : Aristide Saccard ! et la Banque Mondiale ! : Aristide, c’est aussi Moi Monsieur le Maître du Monde : Jean-Marie Messier ! : il a fidèlement reproduit la démarche d’Aristide : ce qui est à pleurer, c’est que Emile Zola avait déjà bien compris les travers (c’est un minimum, pour que je reste calme et poli) du libéralisme-capitalisme-mondialisation ! Quel talent cet Emile ! Et ca n’a pas fait réfléchir quiconque au pouvoir à l’époque ! Allez, on y croit tout de même, on a des enfants à charge, battons nous pour eux au moins... Dr D. OLLIER

  • permalien goutelle lionel :
    27 avril @12h51   « »

    Les choses du « monde de la finance » que vous expliquez (mais y a t’il aujourd’hui un autre monde tant son pouvoir est devenu monstrueux ?) et les propositions élémentaires et incontournables que vous faîtes (et qui, à la manière de celles du rapport Attali, se tiennent toutes ) semblent d’une importance civique élémentaire tellement évidente qu’il est profondément anormal que vous ne disposiez pas, justement comme Attali, d’un « battage médiatique » élémentaire. Personnellement, je vis très mal cette acceptation de l’incivisme des médias comme faisant parti de l’ordre normal des choses. Je sais que vous allez me rétorquer que d’une part les médias alternatifs (là bas si j’y suis, internet, etc…) ont une puissance aujourd’hui intéressante, et d’autre par que vous n’acceptez logiquement de parler dans les médias que si les conditions élémentaires de la communication sont remplies et qu’elles ne le sont quasiment jamais (parole non coupée,longueur et temps d’exposition des séquences causes effets respectées, etc…), mais personnellement je vis mal que vous/nous ne touch-iez/ions que le cercle habituel des « convaincus d’avance » qui écoutent et lisent les médias alternatifs (et dont je fais bien sûr parti,et je m’incrimine moi le premier). Ne serait-il pas possible sur ce cas d’école particulièrement stratégique de faire coup double (une collaboration avec Acrimed ?) et d’attaquer aussi le mur du silence des médias et la façon anormale dont ils ne couvrent pas la « crise financière » (pléonasme) pour ne pas informer le citoyen du danger qu’il court à laisser ce monde dans l’état ou il est ? Je pensais par exemple à une pétition parallèle (ou on n’hésiterait pas à entrer dans le détail technique de la non communication des arguments essentiels sur un problème pourtant vital pour la société)…Bref frapper aussi en passant les mœurs de nos médias qui « oublient » qu’ils devraient être là dans l’intérêt des citoyens les plus anonymes….

  • permalien MLeD :
    27 avril @14h27   « »
    Réponse à MLeD : de la catatonie des forces de gauche

    De ma tentative, certe timide, de diffuser l’idee du SLAM sur le site Desir d’avenir, je tirerais la consequence qu’il aurait peut etre fallu etre moins timide et engager un veritable lobbying aupres des politiques les plus a meme d’apprecier ces alternatives. Cependant je n’etais pas le meilleur avocat du SLAM, car pour batailler et convaincre il faut plus que la lecture du seul article explicatif, mais aussi une connaissance fine des contrarguments economiques qui ne manqueraient pas de lui etre oppose. En definitive, le meilleur avocat serait vous-meme, M Lordon, arme de patience et de 35 heures par jour pour faire le siege de personalites susceptible d’atteindre au pouvoir tout en etant peut etre sensible aux alternatives economiques que vous presentez. Naivement et par exemple, je penserais, au vu de leurs prise de positions publique et en supposant leur honnetetee, aux reformateurs socialistes comme Arnaud Montebourg amontebourg@assemblee-nationale.fr ou Laurent Fabius http://www.laurent-fabius.net/rubri... Bien sur la liste peut s’etendre. En plus d’un contact et argumentaire direct, je penses qu’un lobbying de vos lecteurs, sur ce blog par exemple, en proposant un message type et facile a faire suivre, attirerait l’attention. De plus il serait interessant de savoir publiquement les reactions des politiques contactes a vos propositions, a la maniere d’ATTAC lors des campagnes electorales, en essayant d’en tirer les raison fines plutot que les reactions de relations publiques. Avez-vous tente aussi de faire paraitre quelque chose dans les colonnes debat du Monde ?

  • permalien Kazeo :
    28 avril @12h18   « »

    "Lorsque l’effondrement se produisuit, il fut naturellement d’autant plus drastique aux Etats-Unis que l’essor léthargique de la demande avait été compensé par une expansion considérable du crédit à la consommation. Déjà frappées par le boom spéculatif de l’immobilier qui, avec l’aide habituelle des optimistes incurables et des escroqueries finncières foisonnantes, avait déjà atteint son faîte quelques années avant le Grand Krach, les banques cribblées de mauvaises dettes, refusèrent d’accorder de nouveaux prêts immobiliers ou de refinancer les crédits existants. Celà ne devait pas les empêcher de faire faillite en masse, tandis que près de la moitié des hypothèques américaines étaient en défaut et que les saisies immobilières se multipliaient à raison d’un millier par jour."

    Qui donc a bien pu prononcer un discours d’un telle justesse pour parler de la crise actuelle ? Comme vous l’aurez remarqué il ne parle pas de subprime mais du Grand Krach. En effet, celui qui parle n’est pas économiste mais historien.

    Il s’agit de Hobsbawm dans L’âge des extrêmes, Histoire du Court XXème siècle, p 142

    La finance serait-elle incapable de tirer les leçons que lui fournissent sa propre histoire ? Il semblerait bien que oui et les ardents défenseurs de la dérèglementation financière, eux qui n’ont qu’à la bouche le paradigme de la modernité et du pragamatisme, de se retrouver ramenés près de 80 ans en arrière, à leurs premiers "errements" dont on se souvient des conséquences...

  • permalien vonB613 :
    28 avril @18h29   « »

    Que de commentaires pour un premier billet. Vous idées ont des echos chez les nostalgiques de la société passée, d’une finance contrôlée et manoeuvrée depuis Bercy. Malheureusement pas capable d’affronter la mondialisation et la complexité des échanges actuels. Je suis tout à fait d’accord avec votre constat : la dérive du système financier, mais certainement pas avec vos solutions, qui consiste à élever des règlementations etatiques dans un système aujourd’hui international et décoreller des problèmes et des frontières étatiques (la preuve étant que les crédits à risque américain ont un impact direct sur l’économie française).

    C’est au contraire en évoluant, en trouvant de nouveaux modèles financiers (qui peuvent être liés au nouvelles technologies), comme le micro crédit, ou encore le controle de l’épargnant sur son investissement, et réaliser ainsi une intelligence collective financière (plutot qu’une intelligence centralisée chez les enarques de Bercy), ou avec l’avènement prochain de l’open money, et la liberté à tout un chaque de frapper sa monnaie, qui nous permettrons de sortir de l’égémonie du monde financier.

  • permalien zéro comme nul :
    28 avril @18h55   « »

    @vonB613

    Vous idées ont des echos chez les nostalgiques de la société passée, d’une finance contrôlée et manoeuvrée depuis Bercy. Malheureusement pas capable d’affronter la mondialisation et la complexité des échanges actuels.

    ... dites vous, en reprenant les arguments des années 80 de Maggy Tatcher( "There Is No Alternative") et en nous présentant comme un progrès un phénomène qui est vieux comme l’humanité.

    Il semble que contrairement aux “nostalgiques” vous soyez capable "d’affronter" la mondialisation comme Don Quichotte “affrontait” les moulins à vent. Je vous souhaite une guerre joyeuse.

  • permalien Auxenfans joël :
    28 avril @19h00   « »

    Encouragements pour cette réflexion encourageante !

    Je diffuse largement ce que vous développez et l’appel. Je suis persuadé que les néophytes peuvent comprendre petit à petit les idées et les mécanismes en jeu, et ne plus s’en laisser autant conter (ou compter), en tout cas s’y intéresser de plus près. En fait dès qu’on s’approche un peu de la réalité des comptes, des faits, on entre dans une possibilité d’imagination et de proposition. Je ne ferai que répéter ce que j’ai compris de ce que vous écrivez, mais en le disant avec mes mots je m’approprierai une perspective de proposition. Je suis aussi convaincu que la circulation des idées (comme au temps des Lumières entre autres) peut contribuer à modifier le rapport de force des idées d’une époque. Sans quoi autant se considérer comme des insectes.

  • permalien NoE :
    28 avril @20h35   « »

    Bonjour.

    Pour faire écho au 10ème principe (l’éducation populaire), sa réalisation se pourrait être, effectivement, indispensable. Les "cris d’orfraies" deviennent singulièrement puissants quand il s’agit de "cris d’or frais". A part une crise systémique ou une guerre, rares seront les motivations qui ferons bouger notre caste politico-journalistique parisienne. Alors pourquoi pas un grassroot movement ?

    Les sites internet ont pour cela une puissance limité : auditeur solitaire, éduqué et rarement bruyant, difficile de pénétrer les masses...

    Vous voulez de la conscientisation ? Parlez aux artistes et aux réseaux locaux. Nos maisons de quartiers ont beau faire peur, avec leurs tags et leurs dealeurs, je connais peu d’endroit où les débats s’allument avec autant d’énergie et où les rumeurs se répandent plus vite. Un peu du style "Hé Papa ! Tu sais pourquoi on t’as mis à la porte ya deux ans?". Les rappeurs ont des mots qui interrogerons bien plus sûrement la foule que les timides questions de nos journalistes. Le premier pas peut être difficile à faire (un artiste, c’est rarement un blanc aisé hétéro) mais la demande est réellement là. Quasi-certain que coté étudiant et agriculteurs (entre autre), il y aurait aussi matière à agitation...

    Pour ceux qui comme moi tirent un peu la langue sur les questions techniques, une émission de M. Lordon (à écouter ne serai-ce que pour les légionnaires, le bordel et la canasta!)et un kit d’attac sur la crise financière.

    En tout cas, merci pour cette douche mentale, ça réveille et donne espoir.