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Une nouvelle télévision publique pour aider l’audiovisuel privé

Retour sur investissement pour le groupe Bouygues

mardi 3 juin 2008, par Marie Bénilde

La commission Copé sur la « nouvelle télévision publique » cache un projet politique plus urgent aux yeux du pouvoir : le plan de sauvetage de la télévision privée, dont l’audience est de plus en plus menacée.

Il n’a pas tort, Frédéric Lefebvre. Le député des Hauts-de-Seine, porte-parole de l’UMP et lobbyiste patenté, estime que Nicolas Sarkozy est « en train de sauver l’audiovisuel public » en supprimant tout ou partie de ses revenus publicitaires pour les compenser par des taxes [1]. Motif : les chaînes de France Télévisions, comme toutes les grandes télévisions hertziennes nationales, ne peuvent qu’assister à la chute de leur audience, et donc à l’érosion de leurs recettes publicitaires, sous l’effet de l’équipement grandissant des Français en télévision numérique terrestre. Ce qu’il oublie de dire, c’est que ce qui vaut pour France Télévisions vaut aussi, et plus encore, pour les grandes chaînes privées historiques, TF1 en tête. Pour la majorité, il y a donc urgence à trouver des solutions de financement pérennes pour aider le groupe audiovisuel détenu par Martin Bouygues à faire face à un effritement accéléré de son audience. Une érosion qui s’est traduite, pour la première fois au premier trimestre 2008, par un déclin des ressources publicitaires de la Une (-3,7%). TF1 rassemble aujourd’hui un téléspectateur sur quatre alors qu’elle en fédérait un sur trois en 2000.

Un pacte tacite entre TF1 et l’Elysée Retour à la table des matières

Il faut donc sauver la maison TF1, dont les cours de Bourse sont depuis quelques mois très chahutés. C’est ce que stipule une sorte de pacte tacite passé entre l’Elysée et le groupe Bouygues, dont Laurent Solly, ancien directeur adjoint de la campagne du candidat Sarkozy, est le garant à la direction générale de TF1. Depuis le livre de Pierre Péan et Christophe Nick, TF1 Un Pouvoir [2], nul n’ignore les accointances de la chaîne avec la droite, qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition. Aujourd’hui encore, le calage des sujets du journal télévisé en fonction de l’agenda médiatique du président de la République occupe une bonne place dans le dispositif de conditionnement politique du téléspectateur. Mais depuis l’élection du candidat Sarkozy, applaudie au Fouquet’s le soir de sa victoire par Martin Bouygues, le temps du retour sur investissement a sonné. C’est paradoxalement la réforme de l’audiovisuel public qui va servir d’intermédiaire à ce plan de sauvegarde des recettes de TF1.

On savait que la suppression de la publicité sur la télévision publique avait été en grande partie inspirée par Alain Minc, conseiller de Vincent Bolloré. Mais ce que l’on sait moins, c’est que rien n’aurait pu se faire sans l’assentiment de Martin Bouygues et des dirigeants de TF1. Ainsi que l’ont révélé en mars dernier Les Echos [3], la Une avait en effet rédigé à la fin 2007 un « livre blanc » qui avait été porté à la connaissance de l’Elysée quelques semaines avant l’annonce présidentielle. Dans ce texte, « financer le service public exclusivement par des fonds publics » arrive en quatrième position parmi les « huit propositions » de TF1. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi.

TF1 sait en effet qu’elle est en mesure de récupérer la majeure partie de cette manne publique, dans la mesure où elle détient plus de la moitié du marché publicitaire des chaînes hertziennes. Seul problème, elle ne peut pas placer actuellement beaucoup de spots de publicité à ses heures de grande écoute parce qu’elle atteint la limite autorisée de 12 minutes par heure d’antenne et que ses écrans sont à saturation. Toute l’astuce va donc consister, sous couvert d’appliquer une directive européenne sur les Services de médias audiovisuels (ex-Télévisions sans frontière), à élargir les capacités d’accueil des espaces publicitaires de TF1.

La seconde coupure publicitaire Retour à la table des matières

C’est bien ainsi qu’il faut comprendre la perspective d’une seconde coupure publicitaire dans les films et les fictions longues des chaînes privées, laquelle devrait être à l’ordre du jour d’un projet de loi sur l’audiovisuel qui sera débattu cet automne. Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, qui préside une commission sur la « nouvelle télévision publique » s’est empressé le 31 mai de se déclarer favorable à cette vieille revendication des groupes privés alors même qu’il a la plus grande peine à faire avancer ses travaux sur le financement du service public après le refus obstiné du chef de l’Etat d’accepter toute augmentation, même minime, de la redevance (six députés du Parti socialiste doivent annoncer cette semaine leur démission de la commission pour protester contre cette décision). Jean-François Copé a aussitôt été rejoint par Christine Albanel, la ministre de la culture et de la communication, qui avait déjà pris fait et cause pour les propositions de Nonce Paolini, directeur général de TF1. Dans une interview au Monde, le 1er décembre 2007, ce patron appelait à réviser le dispositif anticoncentration, le cahier des charges publicitaire et le droit d’exploitation des œuvres en faveur des diffuseurs privés. Christine Albanel s’était immédiatement faite l’écho de ce programme qui devrait notamment permettre à TF1 et M6 de faire sauter le verrou législatif qui limite à 49% la part détenue dans le capital d’une chaîne hertzienne qui totalise plus de 2,5% de l’audience.

Au total, selon les chiffres fournis par les agences d’achat d’espace publicitaire Aegis et ZenithOptimedia (Publicis), ce sont 300 à 550 millions d’euros qui sont susceptibles de tomber entre les mains des chaînes privées à la suite des modifications législatives ayant pour but d’assouplir leurs contraintes publicitaires. TF1 devrait recueillir 200 à 360 millions d’euros, suivant qu’une nouvelle coupure publicitaire dans les œuvres lui sera ou non accordée. Mieux, comme la réforme de l’audiovisuel public a de bonnes chances de se faire progressivement après septembre 2009, et en supprimant la publicité seulement après 20 heures jusqu’à la fin 2011, les experts estiment que la télévision privée sera mécaniquement le bénéficiaire obligé de la manne venue du public (et non Internet ou les autres médias).

Le remembrement de l’audiovisuel privé Retour à la table des matières

A l’heure ou la question d’un démantèlement de l’audiovisuel public est posée – notamment en cas d’abandon de toute prétention à une télévision populaire pouvant inquiéter l’audience des chaînes privées –, la seule certitude proclamée bien haut par le pouvoir est donc le droit à un remembrement de TF1 ou de M6. « Il n’est pas question de nuire aux chaînes privées », répète à l’envi Jean-François Copé aux membres de sa commission. La taxe envisagée sur les recettes supplémentaires dont bénéficieront ces deux chaînes par effet d’aubaine est d’ailleurs de portée toute limitée puisqu’il ne s’agirait, selon un des scénarios de la commission Copé, que d’abonder avec cet argent le budget de l’Institut national de l’audiovisuel, actuellement de 82 millions d’euros.

Comment s’étonner d’un tel tour de passe-passe ? Le gouvernement a déjà montré les avantages qu’il était prêt à consentir au groupe-ami Bouygues en lui concédant en janvier l’exploitation de trois prisons à Nantes, Lille et Réau et en lui versant pour ce faire un loyer de 48 millions d’euros par an pendant vingt-sept ans [4]. Parallèlement, Bouygues Telecom peut regarder avec satisfaction s’éloigner la perspective d’une quatrième licence de téléphonie mobile allant à un nouvel opérateur concurrent : le gouvernement s’oriente vers un découpage par lots confiés à plusieurs acteurs nécessairement moins menaçants [5]...

Beaucoup se demandaient, pendant la campagne électorale de 2007, quel serait le prix à payer pour l’allégeance du groupe Bouygues et de ses chaînes TF1 et LCI en faveur du candidat Nicolas Sarkozy. Ils ont aujourd’hui la réponse.

Notes

[1] « Questions d’info », LCP-AN, avec Frédéric Lefebvre, le 18 mai 2008.

[2] Fayard, 1997.

[3] Les Echos, 7-8 mars 2008.

[4] Cf. L’Usine nouvelle, « Le groupe Bouygues va construire trois prisons », 19 février 2008.

[5] Cf. Le Monde, « Ecofrictions », « L’enterrement de la quatrième licence », 9 mai 2008.

14 commentaires sur « Retour sur investissement pour le groupe Bouygues »

  • permalien
    3 juin @22h31   »

    Je ne suis pas historien de la tv, mais la tv est morte elle ne représente plus les hommes depuis fort longtemps, c’est une chimère qu’on se refuse à démonter

  • permalien Emelyne :
    3 juin @23h07   « »

    Ce sont des "petits arrangements" entre amis qui, de toutes les manieres, n’empecheront l’erosion du capital confiance des citoyens vis a vis des medias.

  • permalien Corbeau13 :
    4 juin @00h40   « »

    Qu’il ne compte pas sur moi pour gagner plus. Ça fait plusieurs années que je n’ai plus d’antenne TV .
    - une console
    - Un bon lecteur DVD pour les films.
    - Internet pour les infos, achats, forums, chat etc.

    Et en plus avec le telephonne gratuit. Merci Internet pourvu que le groupe Bouygues n’en soit JAMAIS le proprio !

  • permalien Shana :
    4 juin @11h30   « »

    A l’évidence le pouvoir, les richesses rt les outils de communication se concentrent de plus en plus dans les mains d’une poignées d’hommes d’affaires souvent milliardaires et proches des politique(Murdoch, Dassault , Rothchild)

    Il semblerait que Murdoch va acheter la chaine arabe ROTANA à un milliardaire arabe.Ceci pour probablement influencer la jeunesse arabe. Sauf que manque de bol, la jeunesse arabe préfére les chaines satellitaires occidentales, le net. Pour ma part ça fait un bail que je ne lis plus la presse dominante alors que j’étais une lectrice assidue du MONDE et de LIBERATION. Sans vouloir faire de la pub je pense que le DIPLO et POLITIS, entre autres, répondent mieux à ce que l’on attend d’une information indépendante.

  • permalien Duck :
    4 juin @13h38   « »

    la forte présence de Nicolas Sarkozy sur TF1 (le 20 h le plus regardé d’Europe) et LCI (la chaîne d’information de référence en France), gênante si l’on considère les liens du susdit avec la famille Bouygues, propriétaire des 2 chaînes,

    - le matraquage visuel sur Sarkozy du Point (propriété d’Artémis, la holding de la famille Pinault), du Figaro (propriété de la Socpress et de la famille

  • permalien Mounya :
    4 juin @16h30   « »

    De quoi se plaint-on ? Sarkozy nous avait prévenu avant d’être élu : "ensemble tout devient possible"

  • permalien Froidefond :
    4 juin @17h25   « »
    Albanel, la naine aux mains des groupes audiovisuels

    Je renvois aussi vers l’entretien que la ministre Christine Albanel a accordé aux Echos d’hier. Dans cette interview intitulée "Comparée aux télécoms, les groupes audiovisuels sont des nains", Madame le Ministre montre que la propagande de TF1 et M6 a parfaitement fonctionné auprès du gouvernement. Elle propose de faire passer le volume moyen de publicité autorisé sur les chaînes privées de 6 minutes par jour à 9 minutes. En gros, le discours est le suivant : On est des nains, donc vous devez nous aider, sinon demain il n’y aura plus ni d’industrie audiovisuelle française ni d’ambition européenne pour les acteurs français de la télé. Rigolo, quand on songe que TF1 est la première télé européenne et et que sa filiale Eurosport compte avec CNN et BBC News parmi les principales chaînes internationales. Le drame de la ministre Albanel, c’est qu’à force de fréquenter les lobbyistes de TF1 et de Bouygues, elle a fini par croire elle-même aux inepties qu’elle raconte. Avec la candide assurance de celui qui croit faire plaisir au prof en répétant dans sa dissert des passages entiers appris par coeur..

  • permalien kako :
    4 juin @17h43   « »

    Il n’y a plus que les naïfs pour penser que NS ne renverrait pas l’ascenseur à un moment ou un autre. Et ce n’est qu’un début ; d’autres sont dans les startings blocks, Bolloré, Pinault etc... C’est la république des coquins. Sauf que c’est nous qui payons !!! Mais nous étions prévenus ; le pire se profile à l’horizon avec la modification de la constitution ; car avec ce texte nous entrons de plein pied dans une forme déguisée de dictature.Personne n’en parle dans les grands médias ; on se fait rouler avec les discours du genre : "il faudrait qu’on m’explique pourquoi on est contre plus de pouvoir pour le parlement", alors qu’en réalité c’est plus de pouvoir pour le président. Lisez le texte, lisez la constitution et regardez bien les modifications qui sont proposées. Alors vous comprendrez qu’on est très mal barré avec ce président. Encore quatre ans à tenir. Courage

  • permalien Fany :
    5 juin @17h50   « »

    La diminution des allocations familiales aux plus demunis(truc sans precedent) en dit long sur l’ideologie au pouvoir. Si les programmes tv etaient moins abrutissants et les infos objectives ils auraient de l’audimat ceux qui nous prennent pour des demeures a la moitie du cerveau disponible pour coca-cola. L’argent du contribuable va dans la poche des riches. L’atlantisme ici ne fait que commencer.Desormais, ce sera:Marche ou creve.

  • permalien Yvan :
    8 juin @05h44   « »

    Tout ça avait déjà été exposé par le candidat Sarkozy, et il est normal que ce soit mis en œuvre.

    L’idée, c’est de dire les choses, presque vraies, avec une réalité construite par des émissions à la "de Villeneuve" presque fausses, pour des électeurs presque vivants.

    Ce qui manque, dans les périodes électorales où la droite est Bling-Bling et la gauche Gnan-Gnan, ce sont des électeurs Boum-Boum.

    C’est quand même beau la Démocratie, demandez, vous êtes servi !

    D’où l’intérêt dès maintenant (enfin quand tout le monde sera rentré de Beyrouth), de s’intéresser aux besoins de chacun (quoique personnellement en temps que partisan du chaos permanent, je trouve tout ça encore un peu trop mou!).

  • permalien Emelyne :
    9 juin @10h24   « »

    Yvan, j’ai pas compris votre phrase :"en tant que partisan du chaos permanent". J’espere que c’est de vous, et non d’un responsable politique. Le chaos permanent est contre productif.C’est dans la paix et l’harmonie que les gens sont plus creatifs.Avec la peur au ventre tu ne peux projeter dans le futur.

  • permalien Yvan :
    9 juin @20h23   « »

    @Emelyne,

    imaginez un avenir avec des chaines privées saturées de publicité, et des chaines publiques saturées de bouts de ficelles, les accrocs à la TV-miroir en viendraient à fermer leur poste et seraient bien capables de descendre dans la rue.

    Voilà ce qui est contre-productif, c’est de faire du pognon pour le pognon et foutre en l’air un merveilleux outils de propagande.

    Demandez-vous Emelyne, si les politiques partisan du chaos ne sont pas déjà au pouvoir.

    Les circonstances de l’élimination de PPDA peut aussi nous amener à penser que nous assistons à une soviétisation de secteur privé.

    Amicalement.

  • permalien Fany :
    13 juin @13h20   « »

    Martin Bougues, propriétaire de la principale chaîne de télévision française, TF1, a confirmé la nomination de Jean-Claude Dassier à direction de l’information de TF1 et celle de Laurence Ferrari comme nouvelle présentatrice du journal de 20h, en remplacement de Patrick Poivre d’Arvor (dit « PPDA ») qui occupait cette fonction depuis 19 ans.

    Martin Bouygues est un milliardaire proche du président Nicolas Sarkozy. Il fut le témoin de son mariage avec Cécilia et est le parrain de leur fils Louis.

    Au lendemain de l’élection présidentielle, Martin Bouygues a nommé le directeur adjoint de campagne électorale de M. Sarkozy, Laurent Solly, directeur adjoint de TF1

    source:voltairenet.org

  • permalien Pierre :
    1er juillet @19h34   «

    Le président prédit des changements sur France 3 OFF

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