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Eau publique : le site de la reconquête

vendredi 13 juin 2008, par Marc Laimé

Corporate Europe Observatory et le Transnational Institute, engagés de longue date dans les luttes pour la republicisation de l’eau, en Europe et dans le monde, viennent d’ouvrir le site remunicipalisation.org qui présente une cartographie mondiale des collectivités qui ont repris la maîtrise publique de leurs services d’eau. Alimenté par les contributions des réseaux engagés dans les luttes contre la marchandisation de l’eau, il offre un panorama évolutif d’une reconquête qui s’accélère sur les cinq continents.

Le site du Water Remunicipalisation Tracker présentera les republicisations en cours sur les cinq continents, à l’initiative des villes, régions et pays qui se réapproprient la gestion de leurs services d’eau, des études de cas précisant les différents modus operandi observés, et relaiera les campagnes d’information en cours dans les régions où les opérateurs privés ne remplissent pas leurs engagements (1).

Une démarche d’actualité puisque en France la gestion de l’eau à Paris – siège des deux plus grands opérateurs privés du secteur – est en passe de revenir sous contrôle public (2).

Un nouvel opérateur public y verra le jour en 2009, qui reprendra les missions aujourd’hui dévolues à la Compagnie des eaux de Paris (Veolia Environnement) et à Eau et Force, (filiale de Suez-Lyonnaise des eaux), conformément à l’engagement contracté avant sa réélection par M. Bertrand Delanoë, réélu maire de Paris en mars 2008.

Le projet de la municipalité parisienne de substituer à Suez et Veolia un nouvel opérateur public qui prendra en charge l’intégralité du service, s’inscrit dans un mouvement général de republicisation en cours en France, dont près de 80% des services de production et de distribution d’eau sont gérés par des sociétés privées.

Au delà, plusieurs séminaires regroupant responsables de sociétés publiques, représentants d’ONG et syndicalistes de différents pays européens vont se tenir dans le courant du mois de juin en Espagne, dans le cadre de l’exposition internationale Zaragossa 2008 dédiée à l’eau, inaugurée le 14 juin 2008, et qui prévoit d’accueillir 6,5 millions de visiteurs jusqu’au 14 septembre prochain. Ces séminaires étant consacrés aux alternatives à la privatisation de l’eau.

Pour M. Satoko Kishimoto, de Transnational Institute « La vague de la republicisation se déploie dans le monde à mesure que les communautés réalisent que la privatisation des services n’atteint pas ses objectifs. Elle témoigne que les services d’eau sont mieux gérés sous contrôle public. »

La privatisation des services a fortement été promue depuis une vingtaine d’années par les organisations internationales, comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, et même par l’Union européenne, comme la solution permettant d’accroître les investissements requis par les services de l’eau. Mais les cas présentés par le site remunicipalisation.org attestent que la privatisation n’a pas atteint ses objectifs.

Service défaillant, manque d’investissement et augmentation du prix de l’eau sont les reproches récurrents adressés aux services privatisés, de l’Afrique aux Etats-Unis.

A contrario l’alternative publique peut apporter de réelles améliorations, comme le reconnaissent les communautés et les gouvernements concernés. Plusieurs modèles de gestion peuvent être mis en oeuvre, qui accordent une large place à la participation des usagers, qui se substituent de plus en plus nettement aux modèles de management traditionnels.

Quoiqu’il soit de plus en plus évident que le secteur privé a échoué, l’Union européenne, comme l’OCDE, continuent à promouvoir la privatisation des services en Europe, où, comme dans d’autres pays développés, les financements en faveur de la gestion publique sont difficilement mobilisables.

Pour M. Olivier Hoedeman, de Corporate Europe Observatory « Il est temps que l’Union européenne tienne compte des faits et revoie sa politique de l’eau. La privatisation des services accroît les profits des entreprises, mais n’est pas le meilleur moyen de fournir de l’eau aux citoyens européens, pas plus qu’à ceux des pays les plus pauvres. »

Voir le site du Water Remunicipalisation Tracker

Notes :

[1] Le Water Remunicipalisation Tracker est un projet évolutif qui présentera progressivement, tant des études de cas de republicisation déjà effectives, que des processus de remunicipalisation en cours.

[2] Les deux plus grandes entreprises multinationales de services dans le domaine de l’eau, Suez Lyonnaise et Veolia, ont leurs sièges à Paris.

[3] Voir la situation à Paris

Pour plus d’information sur la situation à Paris, contacter Anne Le Strat, adjoint au maire en charge de l’eau :

le_strat@eaudeparis.fr

anne.le_strat@paris.fr

+33 1 40 48 98 13,

+33 1 42 76 44 53

www.remunicipalisation.org est un projet commun de Corporate Europe Observatory et de Transnational Institute (TNI), qui présente une cartographie des alternatives à la privatisation de l’eau.

Pour plus d’information sur les alternatives, voir aussi le site de Waterjustice.

Contact :

Olivier Hoedeman :

Tel. : 31 20 612 7023

Mobile : 31 6 4546 0007

Email : olivier@corporateeurope.org

4 commentaires sur « Eau publique : le site de la reconquête »

  • permalien Gael :
    16 juin 2008 @17h38   »

    Je cite "Pour M. Olivier Hoedeman, de Corporate Europe Observatory « Il est temps que l’Union européenne tienne compte des faits et revoie sa politique de l’eau."

    Je suis tout à fait d’accord avec cette phrase !
    Je vais régulièrement voir le site eau de paris.
    En tout cas merci pour cette information !

    Gael d’ Economie d’eau

  • permalien Hans :
    3 juillet 2008 @22h29   « »

    Je pensais le monde diplo et Marc un peu plus sérieux. Êtes-vous allés sur ce site ? Il y a une dizaine de villes en référence et même ses initiateurs trouvent ça tellement faible qu’ils collent des villes où il y a juste une association locale de 30 personnes qui fait un peu de bruit et utilise tous les recours juridiques possibles et imaginables : je parle bien entendu de Toulouse… D’ailleurs lequel d’entre vous s’est-il demandé comment étaient financés les frais de justice qu’ils engagent ?
    Je ne suis pas un partisan des multinationales et loin de là mais il y a quelque chose que je supporte encore moins bien c’est la manipulation et cela quelque en soit les auteurs. Et là je vous tire mon chapeau. Depuis des mois j’entends qu’il y a un grand mouvement de retour à la gestion publique (ce dont je me réjouissais car je suis un partisan des biens collectifs) mais en fait c’est une duperie totale d’après ce que je vois. Pourquoi vous faites vous l’écho de ce genre de manœuvre, je suis déçu et ce monsieur Kishimoto me parait être surtout un bon communiquant … ce type de manœuvre ne me semble pas digne de la grandeur du combat qu’il faut mener pour l’eau pour tous.
    HG

  • permalien Marc Laimé :
    4 juillet 2008 @07h11   « »

    Le projet débute, il est inabouti et très perfectible, mais il nous appartient aussi de le faire vivre... Cordialement.

  • permalien xavier dupret :
    4 septembre 2009 @08h37   «

    Monsieur Laimé,

    Je m’appelle Xavier Dupret (chercheur au Gresea). Vous avez déjà eu, et j’en suis heureux, l’occasion d’apprécier certaines de mes productions. Et je m’aperçois que sur votre blog du Monde Diplomatique, vous avez parlé de la manière dont Veolia procédait pour échapper au fisc français en se servant de la pratique des intérêts notionnels tel que le code fiscal belge le permet aux entreprises multinationales. J’ai réalisé un jour un petit article à ce sujet dans une petite revue belge intitulée "Humanisme et solidarité". Pour mémoire, j’ai développé une méthode d’évlaution du coût réel des intérêts notionnels.

    Il se trouve qu’aujourd’hui en Belgique, la question de l’austérité budgétaire est au centre des discussions politiques. Le risque est grand de voir les salariés payer une crise avec laquelle ils n’ont rien à voir. Le cas de Veolia est, à cet égard, intéressant voire emblématique.

    Car depuis 10-15 ans, on insiste sur la nécessité pour l’économie belge d’être attractive. Et les libéraux au pouvoir chez nous depuis 1999 et les socialistes devenus blairistes ont succesivement diminué la progressivité de l’impôt, octroyé, sur base inconditionnelle, des programmes de réduction de cotisation de sécurité sociale au profit de multinationales qui se sont contentées d’embaucher l’effet d’aubaine sans qu’on ait constaté une augmentation franche et massive de l’emploi en Belgique.

    Ma proposition est la suivante : à partir du cas de Veolia que vous illustrez bien (si vous le voulez, je pourrais ajouter certains détails pratiques et bien belgo-belges), ne pourrions-nous pas montrer toutes les tensions que cause dans un petit pays comme la Belgique les nouvelles orientations de la politique macroéconomique européenne (le processus de Lisbonne notamment) ? La presse, chez nous, est de plus en plus contrôlée par de grands groupes privés qui se montrent trrès frileux sur le plan socioéconomique. Peut-être pourriez-vous essayer de placer ce papier auprès du Monde Diplomatique qu iest très lu en Belgique dans les milieux progressistes ?

    D’avance, merci

    Xavier Dupret
    Chercheur Gresea

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