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Accès à l’eau : les bénéfices sanitaires et économiques

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de chiffrer l’impact à l’échelle mondiale, sur la santé, mais aussi l’économie, du manque d’accès à l’eau potable et à des systèmes sanitaires corrects. Rendu public le 26 juin 2008, ce rapport met clairement en exergue les bénéfices considérables qui découleraient d’une véritable mobilisation en faveur de l’accès à l’eau à l’échelle de la planète.

par Philippe Rivière, 27 juin 2008

Le rapport Safer water, better health (« De l’eau plus sûre, une meilleure santé »), publié hier à Genève, met en exergue des chiffres révélateurs.

Il rappelle que les problèmes d’eau, d’assainissement et d’hygiène sont responsables de 9,1 % des maladies enregistrées chaque année dans le monde. Les enfants en sont de loin les premières victimes, puisque l’eau est en cause dans 22 % des maladies des moins de 14 ans.

« Dans les 35 pays les plus touchés, plus de 15 % des maladies pourraient durablement être évitées en améliorant l’eau, l’assainissement et l’hygiène », a ainsi souligné à Genève lors d’une conférence de presse l’une des auteurs du rapport, Mme Annette Prüss-Ustün.

Au-delà, si l’eau est à l’origine de moins de 1 % de la morbidité dans les pays développés, cette proportion atteint 10 % dans les pays en développement, avec une pointe à 24 % pour l’Angola. L’eau est mise en cause dans des maladies comme le paludisme, la dengue ou les diarrhées.

L’eau sale est donc à l’origine d’un dixième des maladies et de 6 % des décès dans le monde.

Mettant en évidence une forte inégalité entre pays riches et pauvres. le rapport ne se limite pas à une « complainte humanitaire ». Il souligne qu’à l’échelle de la planète, 9,1 % des journées de travail perdues pour cause de maladie (1)
pourraient être évitées si l’accès à l’eau potable se généralisait.

Très sensible aux débats qui critiquent l’aide internationale au
développement, parfois présentée comme le tonneau des Danaïdes, qui se
vide au fur et à mesure qu’il se remplit, l’OMS démontre ensuite que les investissements dans l’eau et les systèmes sanitaires sont rentables, et même très rentables, sur le plan sanitaire, mais aussi économique.

Ainsi, par exemple, pour une dépense annuelle de 11,3 milliards de
dollars, les bénéfices attendus, en termes d’économies pour les
systèmes de soin de santé, de gains de productivité liés à la
présence des enfants à l’école et à la santé des travailleurs, du temps
gagné en diminuant la corvée d’eau, etc., sont évalués à 84 milliards.
Soit sept fois la mise initiale.

Un argument de poids pour une intervention publique massive.

Car lorsque « les caisses de l’Etat sont vides », c’est parfois tout
simplement parce que, faute d’investissement, elles sont percées et
fuient de toutes parts.

Philippe Rivière

(1) Ce que les économistes de la santé appellent AVCI, pour année de vie corrigée du facteur d’invalidité.

À lire

 Annette Prüss-Üstün, Robert Bos, Fiona Gore et Jamie Bartram,
Safer water, better
health
,
rapport OMS, 58 pages (en anglais).

 « Bidonvilles et immeubles
chics
 », Le Monde diplomatique, avril 2008 ; reportage à Kliptown, dans la
banlieue de Johannesburg en Afrique du Sud, où l’on trouve encore les
toilettes dites bucket system.

 Marc Laimé, « Pourquoi plus d’un milliard d’êtres humains n’ont-ils pas accès à l’eau ? », Carnets d’eau, 14 mars 2008.

Cartes :

Philippe Rekacewicz nous a confié les trois cartes présentées ici ; elles font partie d’un travail sur les statistiques vitales de l’eau à paraître prochainement sur Internet.

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