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Lettre de Bruxelles

La crise belge, une prophétie autoréalisatrice

lundi 4 août 2008, par Olivier Bailly

La Belgique traverse, depuis plus d’un an, une crise existentielle. Le 10 juin 2007, le parti flamand Christen-Democratisch en Vlaams (CD&V, démocrate-chrétien et flamand), associé aux nationalistes flamands de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (NVA), remportait les élections. Son homme fort, Yves Leterme, « Monsieur 800 000 voix », était propulsé premier ministre, avec, en guise de cadeau empoisonné, un programme singulier : scier la branche sur laquelle il s’asseyait, soit démanteler le pouvoir fédéral (l’Etat) au profit des entités fédérées (les Régions et/ou Communautés).

Un an plus tard, à défaut d’être premier ministre, M. Leterme est devenu démissionnaire professionnel. Il a en effet jeté l’éponge trois fois en un an, dont la dernière le 14 juillet 2008 ; le roi ayant refusé sa démission, il est resté à la tête du gouvernement fédéral.

Ses partenaires de la NVA réclament une Belgique confédérale, option qui trouve aussi désormais de plus en plus de partisans dans les rangs politiques francophones. Au fil de ces mois de tensions, les mentalités ont donc avancé ; ou plutôt, tout le monde s’est résigné. Les francophones ont aujourd’hui accepté d’entrer dans une vaste réforme institutionnelle. En Flandre, on espère que ces modifications attendues permettront à la région d’avancer à son rythme, laissant sur place un voisin au passif économique trop lourd. Côté francophone, les régionalistes de la première heure fanfaronnent. Le président du parlement wallon, José Happart, dédramatise par ailleurs la situation : « On pourrait vivre trois ans comme ça sans que les gens ressentent quoi que ce soit. Sans les médias, les gens ne sauraient pas qu’il y a une crise [1]. »

Les répercussions du blocage ne sont pourtant pas négligeables : les secteurs de la justice, de la défense, des finances, sont en souffrance ; la dette publique est aggravée par la crise, et l’addition devrait être payée cash par les ménages belges, à raison, dit-on, de 3 500 euros par an chacun. Autres victimes du bourbier fédéral : les sans-papiers, le gouvernement actuel étant incapable, après deux mois de discussion, de parvenir à un accord sur des critères de régularisation clairs.

Mais, par ailleurs, M. Happart n’a pas entièrement tort. Les Belges ne s’inquiètent pas de cette crise. En fait, ils ne la comprennent pas. Rares sont ceux qui pourraient expliquer l’enjeu de BHV – l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, où l’on parle à la fois français et flamand [2] –, ou la situation des francophones dans les « communes à facilités » [3]. Et ils s’en moquent un peu. Les Belges, comme tous les Européens, s’inquiètent du chômage, de la baisse du pouvoir d’achat, du prix de l’essence.

Et, puisque le « Belge moyen » s’intéresse peu à la crise, les médias et politiques ont les coudées franches pour lui faire dire tout et n’importe quoi. Le maintien de la monarchie, le bilinguisme, le rattachement à la France, le confédéralisme : tout y passe. Grâce aux sondeurs, le téléphone de monsieur Van Piperzele ne cesse de sonner. Dans ces tentatives pour entendre la voix du peuple, politiques et médias devraient se montrer humbles, et reconnaître qu’il n’y a pas de tendances lourdes, si ce n’est celles que les péripéties de ces douze derniers mois ont créées. Car, si le Belge se fiche de la crise, cela n’empêche pas la montée d’une rancœur irrationnelle. Les populations, qui n’étaient pas antagonistes jusqu’il y a peu, s’éloignent l’une de l’autre.

Bien sûr, tout ne s’explique pas par les événements des douze derniers mois : il y a d’abord le fruit de l’histoire, la fin des partis politiques uniques sur tout le territoire (les partis socialistes, libéraux et chrétiens se sont scindés en branches linguistiques dans les années soixante-dix), la fin de la circonscription fédérale (qui empêche un Flamand de sanctionner un politique wallon et vice-versa), l’option de territoire unilingue (à l’exception de Bruxelles)… Mais, depuis un an, les « sages », ces vieux routiers des partis traditionnels, considérés comme « raisonnables », et que l’on ressort tous les trois mois pour tenter de calmer le jeu, restent cantonnés au rôle subalterne de pompiers de service, tandis que les pyromanes, comme le libéral Olivier Maingain, ardent défenseur des francophones en périphérie de Bruxelles, ou Bart de Wever, le président de la NVA – confédéraliste, au mieux… –, monopolisent le champ politique.

Or, en Belgique comme ailleurs, ce n’est pas la réalité qui s’impose au regard, mais le regard qui impose le réel. Si la Belgique, par l’intermédiaire de ses médias et de ses hommes politiques, regarde son avenir à travers les lunettes des nationalistes et des maniaques de l’identité linguistique, comment s’étonner que la population finisse par adhérer à la vision de ces derniers ? Les sacro-saints sondages le montrent : en un an et demi, les rangs des régionalistes et des confédéralistes ont gonflé.

Place donc aux réformes institutionnelles, censées tout résoudre, et déjà si mal parties (la NVA ne souhaite pas voir à la table des négociations la région bruxelloise, majoritairement francophone). Depuis trente ans, affirme-t-on, la Belgique, grâce à ses incessantes modifications institutionnelles, fonctionne beaucoup mieux ; alors, pourquoi ne pas continuer ? Reste qu’un fossé plus important que celui séparant Flamands et Wallons est en train de se creuser : celui qui sépare la population de sa classe politique. En novembre 2007, seuls 10% des Belges estimaient que le monde politique répondait à leurs préoccupations [4]. Et si c’est un sondage qui le dit…

Les négociations pour mettre fin à la crise entre Flamands et Wallons se heurtent à la question de la région de Bruxelles, enclavée en Flandre mais à 85 % francophone. La ville connaît toutefois d’autres barrières — bien plus ethnico-sociales que linguistiques. « Avec les jeunes de Bruxelles enfermés dans leurs quartiers », une enquête d’Olivier Bailly, Madeleine Guyot, Almos Mihaly et Ahmed Ouamara, à lire dans Le Monde diplomatique d’août (en kiosques).

Notes

[1] « Bart va négocier devant sa glace », propos recueillis par Pierre Bouillon, Le Soir, 29 juillet 2008.

[2] Lire à ce sujet « BHV, les lettres sans réponse », par Michaël Sephiha et Olivier Bailly, Le Monde diplomatique, juin 2005.

[3] Les « communes à facilités » sont des communes dont les habitants, dans leurs relations avec les autorités publiques, peuvent utiliser une autre langue que la langue officielle de la région linguistique à laquelle la commune appartient.

[4] Sondage réalisé par Dedicated Research pour le quotidien Le Soir, 13 novembre 2007.

20 commentaires sur « La crise belge, une prophétie autoréalisatrice »

  • permalien Marco Bertolini :
    4 août 2008 @13h15   »

    Bien vu. L’obsédante litanie prononcée sur le mode incantatoire par des médias eux aussi déconnectés de leur lectorat (en chute libre) est en train de produire des effets désastreux sur le moral des populations et sur la perception que Flamands, Wallons et Bruxellois ont les uns des autres. Méme un article du Soir consacré au retrait de moules "flamandes" du commerce pour toxicité donne lieu á une foule de commentaires communautaires, voire communautaristes.

    En un peu plus d’un an, le fossé entre les communautés s’est approfondi de façon prodigieuse et les médias jettent de l’huile sur le feu en donnant systématiquement une tribune aux séparatistes.

    La seule question que les Belges devraient se poser est : á qui profite VRAIMENT la séparation ?

  • permalien Luc Delval :
    4 août 2008 @14h20   « »
    Pas mal vu, mais...

    L’analyse ne manque pas d’intérêt, malgré quelques approximations. Inévitables, car il est désormais bien connu que "si vous avez compris la politique belge, c’est qu’on vous l’a mal expliquée".

    J’aurais néanmoins aimé autre chose qu’un "dit-on" à propos du coût supposé de la crise pour les ménages : d’où sort l’estimation de "3 500 euros par an chacun" (ce qui représenterait donc dans l’immédiat une perte de revenus comparable à celle que provoquerait pour les Wallons, selon les estimations de certains économistes, la fin des "transferts" dont se plaint la Flandre).

    Par ailleurs, Olivier Bailly me semble négliger complètement une donnée essentielle. Il est un peu léger de dire que "les populations n’étaient pas antagonistes jusqu’il y a peu" quand on sait qu’aux élections législatives en Flandre ce sont les partis qui ont développé une virulente campagne sur des thèmes "communautaires", sans reculer devant aucune caricature des francophones et des Wallons en particulier, qui ont nettement emporté les faveurs des électeurs flamands.

    Il ne manque pas de gens, de part et d’autres de la frontière linguistique, qui entretiennent les rapports les plus cordiaux, voire les plus amicaux, avec d’autres, appartenant à l’autre communauté. Et chacun est prêt à jurer (sauf peut-être quelques fois dans les "communes à facilités") que dans la vie quotidienne "il n’y a pas de problème" et que tout cela n’est qu’invention opportuniste des politiciens. Reste que dans les isoloirs, pratiquement 4 électeurs flamands sur 10 apportent leur suffrage à un parti qui défend des thèses de plus en plus radicales (du Vlaams Blok franchement fasciste et raciste à la NVA alliée au CD&V, en passant par la néolibérale populiste "Liste De Decker" ).

    Sans doute "ce n’est pas la réalité qui s’impose au regard, mais le regard qui impose le réel", mais quand le regard parcourt l’hémicycle de la Chambre des Représentants, il croise ceux de députés flamands qui se sont massivement fait élire sur base d’une rhétorique à la limite extrême de la haine, tandis que ceux dont ce n’est pas le cas vivant dans la peur panique d’être considérés comme des "mauvais Flamands".

    Il ne s’agit plus tant, dès lors, de psychologie que d’arithmétique parlementaire.

  • permalien
    4 août 2008 @14h39   « »

    Luc,

    Concernant les 3500 euros par an, je vous invite à lire ce papier du Trends :
    http://www.trends.be/fr/economie/po...

    Ensuite, une récente étude (septembre 2007-juin 2008) de la KUL a conclu ceci (je cite le Soir) : "Interrogés sur les priorités ayant déterminé leur vote, les électeurs flamands citent prioritairement l’emploi. Suivent alors, dans l’ordre, les soins de santé, les pensions, la fiscalité, la sécurité sociale. Pour trouver la réforme de l’État, il faut descendre au onzième rang, après la justice, l’immigration, l’économie, l’environnement et encore l’enseignement".

    Que l’antagonisme communautaire soit la base du vote flamand et un élément fondamental de la composition de leur hémicycle parlementaire, voilà qui me semble, à mon tour, réducteur.

    Mais quitte à me répéter, qu’à cela ne tienne...A continuer avec pareille qualité politique (on voit de plus en plus apparaitre un vocable guerrier, "ligne de front", "refus de capituler", "le camp francophone", etc.), on arrivera au vote "contre l’autre", patience.

    Olivier Bailly

  • permalien Claude Thayse :
    4 août 2008 @17h37   « »
    La crise belge, une prophétie autoréalisatrice ?

    Votre lecture est un peu rapide et superficielle, mais bon, c’est en effet compliqué, il est difficile de résumer en quelques lignes un contentieux qui remonte à la conquète romaine...
    Deux réactions quand même.
    1) Il n’y a jamais eu de circonscription fédérale ni nationale. Les partis se sont toujours comptés sur une base provinciale avant de le faire sur une base régionale. Les partis traditionnels étaient composés de Flamands élus chez eux, de Bruxellois élus chez eux et de Wallons élus par les leurs.
    2) Si les sondages sont toujours auto-prédictifs, ils témoignent cependant d’une évolution. aprsè avoir subi des centaines de sondages disant que les belges voulaient vivre ensembles, nous assistaons à un renversement assez intéressant et significatif - vous le laissez d’ailleurs entendre - de la tendance. Le fossé entre les populations (je n’ose pas dire Peuple sauf pour les Flamands) est en train de se creuser de manière très importante. J’ai donc plutôt l’impression que la prophécie vient confirmer les faits.
    Les prochains mois vont être intéressants à observer.
    Enfin, pour l’enjeu derrière BHV, au delà de l’aspect linguistique assez anecdotique, il y a un véritable enjeu national que j’ai résumé dans cette carte blanche publiée par le quotidien bruxellois "Le Soir" sous le titre : BHV, le dernier verrou : http://www.lesoir.be/actualite/belg...

  • permalien Sardon :
    4 août 2008 @18h55   « »

    Bonjour,

    "Pratiquement 4 électeurs flamands sur 10 apportent leur suffrage à un parti qui défend des thèses de plus en plus radicales (...) [, dont le] Vlaams Blok franchement fasciste et raciste (...)"

    Pour quiconque a lu le très beau livre de Hugo Claus, "Le Chagrin des Belges", cela ne constitue pas une surprise, pas même une information à proprement parler.

    La rancoeur et la haine ont toujours été des éléments constitutifs de l’identité flamande depuis la création de la Belgique en 1830. Et pour cause : à cette date, ce sont les francophones qui ont pris le pouvoir en Belgique, aidés par la France qui voulait contrebalancer le fait que le nouveau souverain belge Léopold Ier avait été imposé par la Grande-Bretagne au détriment d’un des fils de Louis-Philippe (Léopold Ier était d’une famille allemande apparentée à la famille royale britannique). Du coup, les francophones ont fait de la Belgique un état officiellement unilingue et francophone, et le flamand s’est vu ravalé pendant plus d’un siècle (jusqu’aux années 1930 où le mouvement flamingant a vraiment pris son essor) à un rang de patois tout juste toléré. Les journaux les plus importants publiés en Flandre de 1830 à 1920 environ étaient tous en français, la langue de l’administration, de l’enseignement supérieur et de la justice était exclusivement le français, et d’ailleurs les élites intellectuelles flamandes de l’époque s’étaient pour la plupart intégralement francisés, en particulier les poètes et les écrivains comme Verhaeren, Maeterlinck, Hellens, Van Lerberghe, Rodenbach, Grégoire Le Roy, etc. Dans ce contexte de subordination culturelle totale de la population flamande, il n’est pas étonnant qu’à partir des années 1930 les idées fascistes et racistes aient été un élément important de la renaissance flamingante, dont la plupart des leaders et des penseurs ne cachaient pas, dès avant 1939, leur admiration pour l’Allemagne nationale-socialiste.

    On voit que, bien loin d’être une péripétie récente, les tensions entre Flamands et Wallons ont leur origine dans l’origine de la Belgique moderne elle-même, et qu’après près de 180 ans les Wallons risquent de payer au prix fort la faute originelle qu’ils ont commise en 1830 d’accaparer tout le pouvoir au détriment des Wallons : car, bien sûr, un démantèlement de la Belgique favoriserait économiquement la Flandre, qui gagnerait en richesse et en "compétitivité", n’étant plus retenue par le "boulet" wallon ; alors que la Wallonie est sinistrée économiquement à un point tel qu’elle n’aurait tout simplement pas les moyens de rester indépendante, et serait contrainte et forcée de demander son rattachement à la France.

  • permalien Luc Delval :
    4 août 2008 @19h00   « »
    @ Olivier Bailly

    Merci pour le lien vers le papier de "Trends", (revue économique patronale et flamande, faut-il le rappeler ?).

    Il me semble un peu gonflé d’en tirer argument pour affirmer que " l’addition devrait être payée cash par les ménages belges, à raison, dit-on, de 3 500 euros par an chacun " alors que j’y lis au contraire que " certains de ces coûts « peuvent être mesurés directement sur le coût de refinancement de la dette de l’Etat. D’autres seront payés par la prochaine génération  » et que au surplus «  il est difficile de départager les effets de la crise politique belge des effets de la crise économique qui sévit sur les marchés financiers depuis l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis  ».

    Voilà donc, par votre raccourci pour le moins audacieux, que le "communautaire" se retrouve accusé des effets des errements du capitalisme financier international et que les dettes à long terme se paient "cash"...

    Par ailleurs, dans la mesure où les revendications dites "flamandes" dissimulent en grande partie une volonté d’imposer des recettes néolibérales "dures" (que les rapports de forces politiques en Wallonie entravent), il est logique que les marchés financiers boudent un peu et que les analystes des grandes banques poussent à l’adoption de réformes sur la nature desquelles, eux, ils ne se méprennent pas.

    Pour le reste, libre à vous de considérer collectivement les électeurs flamands comme des crétins qui ne connaissent pas la signification et la portée de leur vote.

  • permalien Claude Thayse :
    5 août 2008 @13h00   « »
    @ Sardon : La Wallonie un désert économique ? (1)

    La propagande flamande a été décidément très efficace. Deux remarques...

    1. Ce ne sont pas les Wallons qui ont opprimé les Flamands, mais l’élite flamande ayant choisi de s’exprimer en français pour se différencier du peuple. Les fameux "fransquillons" ou Francophones de Flandre. Ce sont eux qui actuellement encore dirigent le pays, mais en flamand. Belle preuve d’adaptabilité, puisqu’il sont actuellement reconvertis dans les instances les plus dures du Mouvement flamand.

  • permalien Claude Thayse :
    5 août 2008 @13h01   « »
    @ Sarton : suite...

    2.Les scénarii financiers catastrophes sur le séparatisme publiés ces derniers temps se basent sur une hypothèse des deux ou trois Etats distincts dans un cadre territorial d’une future ex-Belgique « isolée du reste du monde ». Cet exercice est limitant et orienté. Car enfin, soyons sérieux, la Wallonie sinistrée ? Ce n’est quand même pas le tiers monde !
    Nous avons surtout eu un problème de gouvernance et ne sommes « pauvres » qu’en comparaison avec la Flandre qui est-elle, relativement riche. Par rapport à un PIB européen moyen de 100, la Flandre se situe à 123 (en 2004), tandis que la Wallonie est à 90. La Flandre est précédée d’autres, comme le Bade-Wurtemberg, le Pays basque espagnol, la Lombardie, la Bavière, la Catalogne ou l’Irlande.
    Michel Quévit, économiste universitaire et spécialiste du "déclin wallon" se demandait dans l’Echo (Journal économique)du 31/08/2007 « si la stratégie actuelle de la Flandre ne consiste pas à récupérer les moyens financiers qui lui permettraient d’intégrer le peloton de tête européen ? Ce qui expliquerait pourquoi la pression flamande porte surtout sur des compétences à incidence financière »…
    Il faudrait aussi expliquer un jour, comment la Flandre en est arrivée là en détournant beaucoup de moyens à son profit depuis 1945… grâce à la majorité démographique. Y compris, comme le fait encore remarquer Quévit grâce à la rigidité du principe de péréquation financière. Cette péréquation qui fait qu’ailleurs, les entités fédérées riches contribuent au développement des entités plus pauvres. La clé de répartition entre les communautés (60/40) bétonnée dans les lois de financement est anormalement rigide à la différence du modèle allemand par exemple, où les Länder contribuent au pot commun en fonction de leur croissance économique respective. Dans tout Etat, les régions riches contribuent ainsi au développement des régions moins riches au prorata de la richesse qu’elles créent. C’est le fondement même de la solidarité. Sauf en Belgique. Ce contingentement de la solidarité « à la belge » est une des causes peu citée et donc peu connue, mais à mon sens essentielle du retard (qui est plutôt du « mal-développement ») qu’on ne rattrape pas sur les autres régions européennes de vieilles industrialisations comparables.

  • permalien Claude Thayse :
    5 août 2008 @13h02   « »
    @ Sarton : suite... et fin !

    Wallonie pauvre, vraiment ?
    Un certain… Di Rupo, alors ministre président de la Région wallonne (et actuel président du PS) publiait ceci en 2006 : « A l’échelle de la France, le PIB de la Wallonie la placerait au 8ème rang des 22 régions françaises et au 3ème en matière d’exportations, juste derrière l’Ile-de-France et la région Rhône-Alpes. En termes d’emplois, les groupes français occupent la 1ère place avec 34.000 postes, soit 32 % des 100 premières entreprises industrielles en Wallonie. La France est, de très loin notre 1er client avec quasi 35 % du total des exportations wallonnes. Notre intégration est du point de vue économique est très avancée... On ne le dit pas assez »
    Avec les équipements, les talents dont elle dispose et sa situation géo-stratégique , la Wallonie a tous les atouts pour être une des régions les plus performantes d’Europe.
    Son extraordinaire atonie économique actuelle n’est qu’un effet du contexte particratique belge dysfonctionnel.
    La maladie de la Wallonie ? Et si c’était... la Belgique ?

  • permalien Michel GIGOT :
    5 août 2008 @15h49   « »

    Excellente analyse/réponse de Claude Thayse.

    Et maintenant que faut-il proposer face à ces blocages ?

    Les wallons et les bruxellois doivent accepter : 1.La scission électorale de l’arrondissement Bruxelles/Hal/Vilvoorde (BHV).
    2.Ils doivent également cesser de revendiquer l’élargissement du territoire de la Région de Bruxelles.
    3. La fin à un terme de 5 ans des facilités administratives dans les 6 communes de la périphérie bruxelloise.

    En contrepartie les flamands doivent accepter : 1.Bruxelles comme une Région égale en droit aux deux autres.
    2.La possibilité pour les plaignants francophones de la périphérie de Bruxelles d’avoir un jugement en français à Bruxelles.
    3. Le maintien des écoles maternelles et fondamentales francophones dans la périphérie bruxelloise.
    4. La création d’une communauté urbaine autour de Bruxelles, impliquant les trois Régions, pour répondre aux problèmes de mobilité et d’expansion économique de Bruxelles.

    Les wallons et les flamands doivent accepter de financer Bruxelles sur base des navetteurs qui viennent travailler à Bruxelles.

    Enfin pas touche à la Sécurité Sociale fédérale ainsi qu’à l’impôt fédéral des entreprises.

    A peu près tout ce qui reste des compétences fédérales et communautaires peut être transféré aux Régions.

    Cette forme d’état pourrait alors être appelé la Confédération Belgique des Etats Régionaux de Flandre, de Bruxelles et de Wallonie.
    Dans ce cadre là nous préconisons bien entendu aussi la disparition de la Communauté française (francophone)de Belgique.

  • permalien Francis Vanden Berghe :
    6 août 2008 @10h10   « »

    Un belle analyse, mais quand est-ce que votre journaliste comprendra-t-il qu’en Flandre on parle le néerlandais (le flamand étant un particularisme du néerlandais, tout comme le hollandais en est un particularisme).

  • permalien José Fontaine :
    6 août 2008 @22h33   « »

    Il y a dans les messages qui suivent cette analyse discutable, l’idée que les Wallons ont pris le pouvoir en 1830 et en payeront le prix. On entend dire souvent cela. Mais les élites flamandes et wallonnes (celles-ci émanant d’une population moins nombreuse) en 1830 n’avaient qu’une seule langue, le français : le fait de l’imposer comme langue officielle du pays peut être présenté comme l’imposition d’une langue par une classe sociale à un pays, mais rien d’autre.

    Ces Wallons se plaignirent dès la fin du 19e siècle d’être mis en minorité : les gouvernements belges formés à partir de 1884 appartenaient tous au pari catholique dominant d’une manière écrasante en Flandre et minoritaire dans une Wallonie rendue plus laïque par l’industrialisation (libéraux seuls, puis socialistes et libéraux). Vingt-huit ans plus tard, fut envoyée au roi la "Lettre sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre" où Jules Destrée réclamait le fédéralisme au bénéfice de la minorité wallonne qui était déjà une minorité en 1830 et dont la langue n’était pas le français mais une langue régionale proche du français.

    Le français a continué à dominer et il faut admettre qu’il pose encore aujourd’hui des problèmes à la vitalité du néerlandais en Flandre.

    Mais les Wallons n’ont jamais eu vraiment le pouvoir en Belgique. raison pour laquelle ils réclamèrent l’autonomie qu’ils ont finalement obtenue à travers des luttes sociales extrêmement dures où ils marièrent émancipation sociale et régionale, mariage qui existe toujours dans une organisation syndicale puissante en Wallonie, la FGTB.

    Mon ami Claude Thayse me permettra de lui dire que dans cette suite de messages, on peut voir la nocivité de l’idéologie réunioniste car, d’une part, les Flamands nous accusent de les dominer et lui-même, qui est réunioniste, nous demande de considérer que nous ne sommes pas un peuple. Somme toute, nous sommes 1) des mauvais 2) qui n’existent pas ! Face à la pluie flamande faut-il nous jeter dans la mer française ? Ce débat me permet de dire à Claude et, je crois, de lui montrer, pourquoi la manière dont il nie que nous soyons un peuple est profondément gênante pour le peuple en question... Qu’il me pardonne ma franchise : je pense, tout en étant passionnément francophile, que la réunion à la France serait une abdication pour le peuple wallon.

  • permalien Pierre DUTRON RPW :
    6 août 2008 @23h25   « »

    Sans vouloir en ajouter plus qu’il n’en faut, je voudrais simplement dire que je partage totalement les termes de la réponse de Monsieur Fontaine sur l’existence de notre peuple Wallon. Il suffit pour s’en convaincre de voir le nombre invraisemblable de réalisations industrielles faites par nos braves wallons lors de la conquête du nouveau monde. D’autre part que les critiques fusent sur le PS actuel me semble certes répondre à un constat réel, mais de courte vue sur le jugement d’une vie d’un pays, car si la belgique aujourd’hui jouit d’un service de santé des plus performant du monde industriel, si elle jouit d’un service de couverture sociale des plus favorable du monde industriel pour les travailleurs salariés, c’est quand même, il ne faut pas trop vite l’oublier grâce à l’action des luttes sociales syndicales et politiques menées par le monde socialiste depuis plus de 100 ans.
    Il est certain que ces acquits sont de plus en plus menacés et aussi remis en cause par les grands capitalistes du BIT et de l’OMC, ce qui est pour moi une preuve, si il en fallait une que ses protections sociales sont de grandes valeurs pour le monde salarial et que leur simple existence, est un exemple dur à digérer pour ces grands tenants du monde capitaliste et ultra libéral, en réalité conservateurs forcenés.
    Donc Monsieur Thayse, svp modérez votre négationnisme anti wallon et votre négativisme anti socialiste primaire, merci à Monsieur Gigot pour sa contribution qui a le mérite de ne pas froisser les plus revanchards, et merci Monsieur Fontaine pour votre remise des pendules à l’heure.

  • permalien Nobo :
    8 août 2008 @12h15   « »
  • permalien A.B. :
    14 août 2008 @17h06   « »
    Belgique : chronique d’une mort annoncée

    Cette analyse montre bien les difficultés que rencontrent actuellement le royaume. L’implosion de la Belgique est elle possible ? oui. Souhaitable ? certainement pas.

    A Lire : “Belgique : chronique d’une mort annoncée”
    sur http://abenarous.wordpress.com/

    Cordialement

  • permalien blanc :
    16 août 2008 @15h11   « »

    Je suis Français et ne connait pas le problème B elge pour en parler dans le détail.Cepandant,je crois que les difficultés que vit la Belgique traduisent l’échec de la construction européenne telle qu’elle est pratiquée.Je veux parler de ce grand "ectoplasme" européen qui,dans sa course folle,écrase tout sur son passage.Les flamands,par exemple,doivent légitimement se sentir menacés dans leurs racines (qui se trouvent être chrétiennes et dont, on nous apprend, qu’il n’en est plus rien).Par ailleurs,on apprend à l’école que le référendum est un moyen trés démocratique pour permettre aux peuples de s’exprimer,mais l’Europe précise qu’il convient de faire REVOTER LES GENS SI LEUR PREMIERE REPONSE NE CONVIENT PAS A CERTAINS.Heureusement que le domaine militaire n’est pas concerné...Cordiallement à tous et bienvenue aux francophones,éventuellement.

  • permalien Campagnol :
    20 août 2008 @00h16   « »
    La crise belge, simple conséquence des faits

    La Belgique est dirigée depuis toujours par un milieu économico-politique d’expression française mais d’origine Bruxelloise ou flamande. (direction tempérée de loin en loin par un "coup de gueule" wallon sans lendemain du genre Renard ou Cools)

    Les Flamands, dopés par une presse flamande très militante ou mercantile, c’est selon, acceptent de plus en plus difficilement que ce milieu dirigeant soit "d’expression française".

    Et les Wallons commencent tout doucement à rejeter "l’origine flamande ou Bruxelloise" de ces décideurs autoproclamés.

    Simple exemple : l’émission "C dans l’air" ce ce 15 aout, sur fr5, a invité pour commenter un sondage sur le rattachement de la Wallonie à la France, concernant donc la population wallonne : une Française (c’est normal), un Flamand (c’est normal), un intellectuel bruxellois d’expression française (pourquoi pas...), et une journaliste flamande d’expression française (pourquoi ?). Pas un seul Wallon, représentant les Wallons, qui sont pourtant les premiers concernés...

    Si les responsables économiques et politiques ne comprennent pas (vite) que la coupe est quasi pleine, les débordements ne sont pas loin...

  • permalien Polyxene :
    22 août 2008 @09h43   « »

    A tous,

    il faut cependant voir, depuis Bruxelles le décalage entre ce qui est exprimé par les élites journalistiques et politiques et les Brusselers et autres Zinneke, dont les parlers sont aussi multiples que leurs origines, même dans les quartiers "nouvellement" flamands, les quartiers maroxellois voir les riches quartiers de Uccle et autres....

    Comme pour le prétendu choc des civilisations, l’œuvre idéologique avance ses effets, tranquillement et crispe là ou le compromis et la négociation prévalaient...

    On peut chipoter sur les détails de l’argumentaire de M.Bailly, mais sur le fond, il est clair que l’esprit local est modifié par des élites dont on ne comprends pas toujours les dessins.

    Parfois même ce miroir déformant est tourné depuis la France ou les idées saugrenues du rattachement viennent faire plaisir à un pays sécuritaire au nationalisme irrédentiste latent, tout en faisant rire dans les chaumières, de ces Belges forcément toujours un peu fou.

    Les reconstructions historiques pour justifier des situations contemporaines, souvent liées plus à de l’économique que du culturel ou du linguistique, sentent l’Ex-Yougoslavie des grandes heures des poésies illuminées de Karadzic. Il faut aussi plonger dans les sous cultures urbaines des supporters d’Anderlecht et dans les clubs techno frontaliers du Nord de la France pour voir s’exprimer en musique et en chants paillards, une culture nationaliste naissante qui ne palirait pas à côté du turbo-folk des années 90.

  • permalien Lorraine :
    24 août 2008 @20h02   « »

    Si les Wallons le veulent vraiment, qu’ils demandent une très large autonomie, parce que :

    1) la province n’est pas aussi bien traitée par Paris qu’on peut le croire (voir ce qui se passe dans cette région limitrophe de la Wallonie...)

    2) avant d’intégrer une nouvelle région, Paris ferait mieux de bien traiter celles qui lui ont beaucoup donné.

  • permalien darts44 :
    29 avril 2010 @20h14   «

    Demander aux Belge de voter :
    rester Belge ou separation
    Si separation , demander aux wallons de rester independant ou de se ratacher a la France.
    Si separation , demander aux Flamand de rester independant ou de se ratacher a la Hollande.

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