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Au nom de l’antiterrorisme en Inde

dimanche 17 août 2008, par Cléa Chakraverty

Emoi chez les intellectuels indiens. La dixième édition du célèbre festival du film international d’Asie, Osian’s Cinefan, qui s’est tenue du 3 au 20 juillet 2008, a été ternie par l’arrestation d’un de ses membres. Le réalisateur Ajay TG a été retenu sans charges pendant trois mois, du 8 mai au 5 août 2008, presque un an après l’arrestation du docteur Binayak Sen, dont il relate la vie et le travail dans son film Anjam. Tous deux ont été incriminés pour « complicité terroriste » avec le groupe armé maoïste naxalite. Tous deux travaillaient dans l’état du Chhattisgarh, dans le centre de l’Inde, fortement affecté par la rébellion maoïste. Tous deux étaient militants au sein de l’organisation de défense des libertés civiles People’s Union for Civil Liberties (PUCL).

« Il est choquant de constater combien le gouvernement du Chhattisgarh pense détenir un pouvoir absolu. Pourquoi les journalistes et réalisateurs ne pourraient-ils pas décrire la situation sociale ? Cela signifie-t-il obligatoirement qu’ils deviennent maoïstes ? » s’est interrogée Mme Aruna Vasudev, la directrice de l’Osian’s Cinefan, sur la chaîne NDTV (NDTV, reportage de Manu Sharma, 19 juillet 2008). L’arrestation de M. Sen permet cependant de se pencher sur les cas d’autres activistes arrêtés, harcelés ; sur ceux de journalistes battus depuis 2005 dans cet Etat, comme le dénoncent Amnesty International et Human Rights Watch (« Being neutral is our biggest crime »). Au nom de la lutte antiterroriste, deux mesures ont en effet été adoptées par le gouvernement régional : le Chhattisgarh Special Public Security Act (en 2006) et le Unlawful Activities (Prevention) Act (en 2004), donnant pleins pouvoirs aux forces de l’ordre, au mépris de l’article 19 de la Constitution indienne qui garantit la liberté d’expression.

Le docteur Sen, Ajay TG et bien d’autres ont non seulement dénoncé les conditions sociales, mais se sont également violemment opposés à la milice dite « de paix », Salwa Judum, mouvement « populaire » de lutte contre les naxalites. Selon plusieurs observateurs, Salwa Judum est en réalité une invention de l’Etat local avec le soutien du gouvernement central. Il harcèle, torture et massacre les adivasi (peuples indigènes, soit 70 % de l’Etat du Chhattisgarh), suspectés de collaborer avec les naxalites (lire Cédric Gouverneur, « En Inde, expansion de la guérilla naxalite », Le Monde diplomatique, décembre 2007) et Asian Center for Human Rights, « The Adivasis of Chhattisgarh Victims of the Naxalite movement and Salwa Judum campaign », 17 mars 2006).

Le Dr Sen, diplômé de l’une des cinq meilleures écoles de médecine d’Inde, CMC Vellore (au Tamil Nadu), et membre de l’académie de médecine du prestigieux Jawaharlal Nehru University, abandonna sa carrière pour se rendre au Chhattisgarh en 1981. Il travailla à la construction d’un hôpital pour les mineurs, le Mukti Morcha’s Shaheed Hospital, ouvert notamment, fait rarissime, aux populations indigènes. Il commença à militer sérieusement pour les droits humains lorsqu’il s’occupa de graves cas de famines dans les régions tribales au milieu des années 1990. Sa notoriété dans le monde médical, sa popularité auprès des populations locales en ont fait un symbole de la lutte pour les droits des adivasi.

Les Sen furent mis sur écoute. « Durant l’été 2007, alors que nous étions en vacances à Calcutta, m’explique Ilina Sen, sa femme, nous avons reçu des informations étranges, selon lesquelles quelqu’un avait été arrêté avec des lettres de Nareayan Sanyal, un chef naxalite. La personne aurait confirmé que ces missives venaient de mon mari. Celui-ci a en effet rencontré le chef maoïste pour le soigner dans sa cellule, surveillé par les autorités. Binayak, convaincu qu’il s’agissait d’une erreur, s’est rendu au poste de police, où ils l’ont arrêté. (…) La violence croissante, les soutiens nationaux et internationaux que nous recevons permettent de faire prendre connaissance de la situation mais ont également durci l’affaire. » Selon Mme Sen, la situation aurait changé au Chhattisgarh « avec la création de l’Etat [du Chhattisgarh] en 2000 et l’ouverture croissante aux multinationales et capitaux pour le ”développement”. Cela a débouché sur de nombreux conflits liés à la propriété agraire et l’acquisition illégale de terres au détriment des adivasi. »

Mme Sen poursuit le travail avec Rupantar, l’organisation non gouvernementale qu’elle a fondée avec son époux, malgré une énorme pression. Elle rend visite à son mari, chaque fois que c’est possible. « Le Dr Sen est psychologiquement stable, mais il a perdu près de 22 kilos en quatorze mois. Il souffre d’isolement et du manque d’informations. Dans les prisons indiennes, ils vous prennent même votre montre afin que vous perdiez la notion du temps », précise-t-elle.

M. Sen, le « tribal doctor » comme on l’appelle parfois, soutenu par vingt-deux Prix Nobel et de nombreuses organisations internationales, attend encore la promesse d’un procès équitable. Le manque d’informations et la peur des représailles paralysent une certaine frange de la presse indienne qui traite sporadiquement du sujet (lire notamment Siddharth Varadarajan, « Chhattisgarh has lost the plot », The Hindu, 13 mai 2008, et Shoma Chaudhury, « The doctor, the state and a sinister case », Tehelka, 23 février 2008). Malgré un rapport officiel de la commission d’Etat 2008 doutant de la légitimité du Salwa Judum, aucune action concrète n’a été prise contre les lois liberticides du Chhattisgarh.

Seules quelques campagnes pour la libération des activistes incriminés fleurissent sur Internet ou entre groupes de solidarité. « Que faire ? A chaque fois qu’il y a un attentat en Inde, on ne fait que renforcer la prise de mesures liberticides », s’interroge le réalisateur Anand Partwardhan, lors d’une projection des films d’Ajay TG, début août 2008. Le 15 juillet, le ministère de l’intérieur a rejeté un rapport d’Human Rights Watch demandant le démantèlement de la milice Salwa Judum. « L’Inde dispose d’un système judiciaire indépendant, d’une presse libre et de commissions tant au niveau national qu’à celui des Etats pour promouvoir et défendre les droits humains », a-t-il indiqué, renvoyant ainsi Human Rights Watch à ses études (« India rejects human rights report on Salwa Judum », Nerve, 15 juillet 2008). Le Dr Sen est toujours en prison.

Qui sont les adivasi ?

Les adivasi au Chhattisgarh représentent près de 70 % de la population totale du jeune Etat, créé en 2000. Ils sont majoritaires dans cinq districts. Plus de 21 % d’entre eux sont illettrés et leur accès aux soins extrêmement limité dans certaines régions, selon une source de Médecin sans frontières (MSF) qui travaille sur le terrain. Il existe une pluralité de clans, certains étant sédentaires et d’autres se déplaçant selon les saisons, pour des travaux journaliers, la cueillette ou la chasse. En juin 2004, Tata Iron and Steel Company Ltd. (Tisco), du groupe Tata, et le département des industries minières du Chhattisgarh signèrent un premier accord, permettant l’exploitation minière dans le district de Bastar — pourtant protégé par une loi sur les tribus — où les conditions de vie des adivasi dépendent principalement de la forêt et des terres, riches en minerais. Plus de 1 500 familles ont dû être déplacées, la contestation se muant souvent en affrontements violents avec les autorités. Les naxalites soutiennent (en partie) leur cause.

Depuis, de nombreux autres contrats, sur le même modèle, ont été signés dans l’ensemble de l’Etat. Environ 50 000 personnes ont été déplacées (de force) dans des camps entre 2004 et 2006 pour raisons de « sécurité » (Pierre Prakash, « Inde : la lutte sans espoir des milices antimao », Libération, 9 septembre 2006).

Cléa Chakraverty est journaliste à Bombay.

Pour en savoir plus

- Sur la situation politique et sociale au Chhattisgarh

Forum et mailing list animés par des journalistes et réseaux d’ONG, associations de défense des droits humains :
http://www.cgnet.in

Campaign for Peace and Justice in Chhattisgarh
http://cpjc.wordpress.com

Forum for Fact-finding Documentation and Advocacy
http://www.ffdaindia.in

- Sur le réalisateur et journaliste Ajay TG

http://www.releaseajaytg.in

- Sur le Dr Binayak Sen

www.savebinayak.ukaid.org.uk/index
www.freebinayaksen.org
www.Binayaksen.net

15 commentaires sur « Au nom de l’antiterrorisme en Inde »

  • permalien Sardon :
    19 août 2008 @15h24   »

    Bonjour,

    Telle qu’elle est décrite ici, la situation dans l’état indien du Chhattisgarh ne laisse pas de rappeler celle qu’avait connu le Nicaragua sandiniste dans les années 1980s ; la milice "Salwa Judum" jouant apparemment le même rôle que les Contras au Nicaragua. Dans les deux cas, c’est la même technique qui est utilisée : terroriser une population indocile ou simplement gênante par le biais d’une milice fantoche. Il n’est pas indifférent à cet égard que tout cela se déroule au nom de "l’ouverture croissante aux multinationales et capitaux pour le ”développement”" : là encore, dans les deux cas, il s’agit de faire place nette pour les grandes entreprises transnationales et leur soif de profit. (On pourrait d’ailleurs aussi étendre la comparaison à la Colombie actuellement.)

    Au sujet du Nicaragua, une interview inédite de Noam Chomsky datant du 03/11/1989 est disponible à l’adresse suivante (malheureusement en anglais seulement) : http://www.chomsky.info/interviews/...

  • permalien K. :
    19 août 2008 @17h13   « »

    Pour Paul Rogers, le fait que de tels mouvements insurrectionnels existent aussi bien dans la Chine autoritaire, que dans l’Inde démocratique (« une campagne soutenue de violence politique organisée touche maintenant en Inde plus que la moitié du vingt-huit Etats »), prouve que, contrairement à ce que font valoir les observateurs occidentaux, un « faible degré de démocratie » ne saurait être « la seule variable » en jeu, « ni même la plus décisive ».

    Ces mouvements seraient bien plus la conséquence du mécontentement social qu’entraine « l’orthodoxie économique dominante du monde »

    Et les moyens de saboter cette orthodoxie économique, deviendraient de plus en plus efficaces a travers le monde.

  • permalien G. :
    19 août 2008 @18h03   « »
    Venezuela (en réponse à la doxa chomskyste sur l’Amérique Latine et la Colombie et le Venezuela)

    Isabel - La quasi-totalité des ministères sont sous le contrôle de la bureaucratie militaire.

  • permalien G. :
    19 août 2008 @18h04   « »
    Venezuela (en réponse à la doxa chomskyste sur l’Amérique Latine et la Colombie et le Venezuela)

    Isabel - La population vénézuélienne a toujours vu avec de bons yeux l’intégration de leurs enfants dans la carrière militaire, comme une perspective d’intégration sociale. C’est pourquoi le gouvernement parle « des militaires qui font partie du peuple ». Mais c’est totalement démagogique et faux : quand tu fais une carrière militaire tu t’éloignes du peuple.

  • permalien G. :
    19 août 2008 @18h06   « »
    Venezuela (en réponse à la doxa chomskyste sur l’Amérique Latine et la Colombie et le Venezuela)

    Isabel - Oui, ce nettoyage, qui est justifié au nom de la paranoïa chaviste du coup à venir, traduit en fait l’affirmation de tendances totalitaires.

  • permalien G. :
    19 août 2008 @18h09   « »
    Venezuela (en réponse à la doxa chomskyste sur l’Amérique Latine et la Colombie et le Venezuela)

    Le « chavisme » et le modèle néolibéral

    Isabel -Au-delà de ce lien direct entre des groupes de gauche traditionnelle et le chavisme, il y a autre chose qui le caractérise. Ce régime mène un projet qui s’intègre dans la situation internationale actuelle, qui est en accord avec les projets internationaux de domination capitaliste. Je m’explique. Il est aujourd’hui plus facile d’appliquer des pratiques néolibérales capitalistes dans un pays avec un pouvoir de gauche, qui tient un discours et des revendications populistes. Sans que cela provoque des réactions vives de la part des travailleurs. Pour nous, c’est là le rôle principal du chavisme. Attention, je ne dis pas que toutes les personnes et groupes qui appuient Chavez en sont conscients. Je le répète, le chavisme n’a pas un soutien homogène. Il y a ceux qui pensent que le régime fait ce qu’il peut pour améliorer le sort des gens... Il y en a même qui sont convaincus qu’on vit aujourd’hui une occasion unique de « construire le socialisme ». Nous pensons nous, que cette fonction néolibérale est visible dans la politique pétrolière et commerciale, dans toute la politique économique du régime. Le discours manipulateur populiste recouvre une pratique concrète qui donne toutes les facilités à l’implantation du modèle néolibéral. Comme jamais cela s’est fait jusqu’à maintenant dans ce pays.

  • permalien G. :
    19 août 2008 @18h15   « »
    Venezuela (en réponse à la doxa chomskyste sur l’Amérique Latine et la Colombie et le Venezuela)
  • permalien Sardon :
    19 août 2008 @20h34   « »

    Bonjour,

    @ "G." :

    Quel gouvernement vous subventionne pour que vous alliez semer votre désinformation sur un site tel que le "Monde Diplomatique" ? (J’espère pour vous que vous ne faites pas cela par plaisir ; si cela devait malheureusement être le cas, des psychiatres sont à votre disposition.)

    Apprenez, cher monsieur, qu’il n’y a pas de "doxa chomskyste". Noam Chomsky se contente d’expliquer pourquoi les Etats-Unis n’aiment pas Hugo Chavez : parce qu’il a fait du Venezuela un pays qui n’a plus une relation de type colonial vis-à-vis des Etats-Unis, ce que ces derniers ne supportent absolument pas. Noam Chomsky n’est pas un partisan de Hugo Chavez : il constate simplement, que malgré tous les défauts du personnage (et il en a, en effet), le sort des Vénézuéliens (et particulièrement les plus pauvres d’entre eux) s’est sensiblement amélioré depuis que leur pays n’est plus une chasse gardée américaine. Il est vrai que beaucoup de choses vont mal au Vénézuéla : mais n’est-ce pas plutôt la responsabilité des Etats-Unis et de leurs féaux locaux, qui se sont outrageusement servis sur le dos de la population locale pendant des décennies, quelles que puissent en être les conséquences sur cette dernière ? Les dégâts ont été tels qu’on ne peut attendre de personne, même d’Hugo Chavez, de tout réparer en un claquement de doigt.

    Le but n’est pas de respecter à la lettre un catéchisme "libertaire" imaginaire ; mais, plus simplement, et de manière plus pressante, de sortir des millions de personnes de la pauvreté absolue où la rapacité états-unienne les a placés. Le fait qu’Hugo Chavez soit arrivé, en à peine une dizaine d’année, à obtenir des résultats significatifs sur ce point (même si ils sont loin d’être suffisants), et ce malgré la haine des Etats-Unis, des médias occidentaux, et de l’élite traditionnelle vénézuélienne inféodée aux Etats-Unis (ceux qui sont exclusivement consultés par les médias occidentaux quand ils parlent du Vénézuéla), est digne de respect, sinon d’admiration.

    Peut-être que Hugo Chavez est "paranoïaque". Cela se peut. Même si on peut le déplorer, il ne faut pas oublier qu’il fait, depuis son élection, l’objet d’une campagne systématique de déstabilisation au Vénézuéla, financée et soutenue de toutes les manières possibles par les Etats-Unis, et, à l’étranger, d’une campagne non moins systématique de dénigrement et de désinformation dont vous vous faites ici le relais. Comme l’a dit Bossuet, "On ne peut s’affliger des conséquences tout en s’accomodant des causes."

    Mais, en dernier lieu, répondre aux gens de votre acabit est une perte de temps. Les gens comme vous savent qu’ils ont définitivement perdu la partie auprès de l’opinion publique internationale ; d’où leur haine, leur hargne, et leurs calomnies incessantes.

  • permalien G. :
    20 août 2008 @01h02   « »

    Sans haine, ni hargne, ni calomnie aucune, prenez au moins le temps de lire l’entretien dont j’ai fait suivre le lien.

    Il est aussi disponble sur rezo.net, il fait partie du site de Claude Guillon.

    Que Chomsky soit honnete et n’ait pas reellement de dogmatisme, c’est bien possible et je le respecte ainsi.

    Cela dit, et votre reaction le montre, il a genere, comme toute pensee forte et amplement mediatisee, beaucoup d’enfants plus ou moins fanatiques.

    Et sur l’Amerique Latine en genral, sur le Venezuela en particulier, malheureusement, les jugements sont par trop encore structures par la guerre froide et par l’influence de sa dignite Noam.

    Libre a vous de continuer a croire au bien fonde du "socialisme du XXIe siecle".

    Dans ce cas, bonne chance a vos croyances.

    Qu’en ferais-je ?

    Sachez qu’avoir des opinions contraires a ce que pensent une bonne partie de la "gauche critique" tout en faisant partie d’une frange assez radicale de la pensee critique n’est pas une partie de plaisir, surtout lorsque l’expression momentanement de certains points de vue divergents sont recus comme vous le faites.

    Salutations

  • permalien Sardon :
    20 août 2008 @04h04   « »

    Bonjour,

    @ "G." : n’êtes-vous tout simplement pas Claude "G."uillon ?

    A tous ceux qui se réclament de Foucault et des situationnistes (cf. le site auquel vous renvoyez le 19 août à 18h15), on ne peut que recommander quelques lectures :

    Chomsky (Noam), Foucault (Michel), "Sur la Nature humaine", Ed. Aden, Bruxelles, 2007 : http://livre.fnac.com/a1667492/Mich...

    Monville (Aymeric), "Misère du nietzschéisme de gauche, de Georges Bataille à Michel Onfray", Ed. Aden, Bruxelles, 2007 : http://livre.fnac.com/a1872385/Ayme...

    Plus quelques liens intéressants :

    http://nbaillargeon.blogspot.com/20...

    http://nbaillargeon.blogspot.com/20...

    http://nbaillargeon.blogspot.com/20...

    L’influence de Nietzsche sur une grande partie de la gauche française "critique" (comme par exemple, Michel Foucault et les situationnistes) est une catastrophe, car elle lui a fait déserter la critique rationnelle du capitalisme pour toute une série de considérations fumeuses et de contre-vérités caractérisées, dont je réserve la primeur à ceux qui auraient l’idée d’aller sur votre site. Le résultat : la seule véritable critique de gauche de langue française est, comme le montrent les liens précédents, l’oeuvre de belges ou de canadiens (Jean Bricmont, Normand Baillargeon), mais pas de français. C’est un sujet bien trop vaste pour être abordé ici, mais le retour de Chomsky sur la scène hexagonale (d’ôù il avait été censuré pendant près de 20 ans) marque peut-être le début d’une retour à une certaine rationalité, qui avait manqué à la gauche française depuis au moins 1945.

  • permalien Sardon :
    20 août 2008 @04h15   « »

    Bonjour,

    @ "G." - Claude Guillon :

    Monville (Aymeric), "Misère du nietzschéisme de gauche, de Georges Bataille à Michel Onfray", Ed. Aden, Bruxelles, 2007 : http://livre.fnac.com/a1872385/Ayme...

    A propos de ce livre : "Il démontre en quoi l’œuvre du philosophe [Nietzsche] est recyclée pour servir d’arme au sein de la gauche critique pour s’attaquer au matérialisme issu des Lumières et in fine à l’ensemble de la philosophe issue du marxisme et du mouvement ouvrier. A ce petit jeu, Deleuze et Foucault en prennent pour leur grade.
    Comment en France aujourd’hui, on peut vendre 12 000 exemplaires par an de La Généalogie de la morale alors que toute critique philosophique un peu engagée peine à se faire connaître ? Quelles sont les responsabilités de philosophes comme Derrida ou Onfray dans ce constat ?
    En bref, comment une aberration philosophique (le nietzschéisme de gauche) devient l’idéologie la plus répandue au sein de la gauche critique et avec quel dégât ?"

    Ne prétendez pas faire partie d’une frange "radicale" de la "gauche critique" : la seule chose que vous critiquez radicalement, c’est le combat anti-capitaliste d’une frange de la gauche, qui, elle, ne vous en déplaise, est vraiment minoritaire (par rapport au reste de la gauche, s’entend), mais qui a su se dégager des errements dont vous êtes un exemple criant et qui durent depuis maintenant trop longtemps.

    Encore un autre lien sur le sujet : http://www.monde-diplomatique.fr/20...

  • permalien G. :
    20 août 2008 @05h01   « »

    Sardon,

    Je ne suis pas Claude Guillon.

    Il est vrai que Nietzsche est un auteur qui m’a prondément influencé, et continue de le faire durablement. Cela dit, j’aime prendre des distances suffisantes avec lui. Un peu à la manière de Jacques Bouevresse dont je me revendique beaucup plus, lorsqu’il dit (vous pouvez le lire dans Le philosophe et le réel. Itiniéraire du Jura au Quartier Latin), que Nietzsche est toujours sain pour se prémunir de croyances trop faciles, de bigoteries en tout genre et d’hypocrisies morales. Quant à sa fascination pour la puissance et l’autortié traditionnelle, son anti-démocratisme, etc., je la laisse aux ombres de la littérature.

    Je vous remercie pour vos liens sur les textes de Baillargeon et Bricmont. J’apprécie plutôt leurs textes, donc je crois qu’on pourra s’entendre sur ce plan.

    En revanche, je ne crois pas que vous ayez raison au sujet du Venezuela. Je vois que vous soutenez une position asez modérée dans le soutien critique que vous apportez à Chavez et son mouvement. Claude Guillon, à vrai dire, je n’en ai lu que de tr`s peu. Mais cela me paraît de la très bonne littérature de web. En tout cas, l’entretien entre Charles Reeve et les deux venezueliens libertaires est impecable, et je ne saurais trop vous conseiller de vous y pencher de plus près. La revue Herodote avait publié il y a deux ans un numero interessant.

    Au sujet de l’Amérique Latine, il faut absolument se sortir d’une vision de guerre froide, a defaut de trouver une autre formulation, qui consiste a ne voir que l’influence americaine (et d’ailleurs oublient l’influence soviétique, cubano-soviétique, et aujourd’hui la relative autnomisation des pays latino-américains comme le Bresil et l’Argentine), et ne pas distinguer autre chose pour comprendre la politique de cette region. C’est un tres grand defaut de Chomsky, dont Bricmont, a en croire son Imperialisme humanitaire et ses articles dans Le grand soir.info (ils n’auraient pas pu trouver un titre moins ridicule...), se fait le relais.

    Quant au besoin de rationalité, sinon de rationalisme dans la province parisienne, je ne saurais plus aller dans votre sens.

    Amicalement

  • permalien G. :
    20 août 2008 @05h17   « »

    Sardon,

    Au sujet de Michel Foucault.
    Si j’ai lu avec beaucoup d’intérêt le dialogue entre Chomsky et Foucault (Sur la nature humaine), qui est passionnant, et vous donne raison sur le point que Foucault défend un peu une position limite, il ne faudrait tout de même pas en conclure que cette figure est diabolique, où serait une sorte de contre-révolutionnaire comme semble le dire votre auteur de chez Aden, qui est un marxiste.

    Foucault est certainement l’un des philosophes de sa génération des plus géniaux et des plus féconds, pour la philosophie, l’histoire et les sciences sociales, et la pensée critique en géneral, bien que son usage soit dans tous ces cas-là, délicat et problématique, en partie à cause de lui. Je ne saurais trop vous recommander la lecture d’un article du socio-historien Gérard Noiriel sur Michel Foucault, dans Penser avec, penser contre. Itinéraire d’un historien, Belin, 2003.

    Il montre, en substance, les trois figures majeures de Foucault, intellectuel dans sa tour d’Ivoire à ses débuts, intellectuel révolutionnaire et enfin intellectuel spécifique, plaidant en faveur de ce dernier type de l’intellectuel, qui s’engage dans la sphère publique uniquement sur des débats qui concernent des thèmes de son travail de scientifique, par souci d’honnêteté, et parce que l’intellectuel, comme tout citoyen, n’en sait pas plus sur les sujets qu’il ne travaille spécifiquement, que tous les autres, et n’est surtout pas plus légitime à en parler publiquement. Ce point rejoint Bourdieu. Mais Foucault et Bourdieu se rejoignent, car s’ils critiquent génialement tout deux le pouvoir que le savoir recouvre, ils en ont usé abondamment tous les deux.

    Bref, garder une dextérité pour le sens des problèmes et une certaine modestie quant à l’issue de leur solution, voilà en somme le propos que j’essaye de dire.

    Merci de la discussion.

    Amicalement

  • permalien G. :
    20 août 2008 @05h21   « »

    Par ailleurs, cela me semble véritablement indispensable de défendre et de cultiver une certaine forme d’auto-critique, voire de veille et de contrôle et d’auto-controôle, dans la sphère de la pensée critique et de l’action militante.

    Ne croyez-vous pas ?

  • permalien Pierre :
    20 août 2008 @14h25   «
    Au nom de l’antiterrorisme en Inde et dans le monde...

    Le prétexte de l’antiterrorisme, génère des situations parfois plus ridicules que mortelles :

    Ainsi le Vénézuela, contraint par l’embargo antiterroriste étasunien à acheter des armes à la Russie, pour lutter contre... le terrorisme de la IVe Flotte :

    Cependant, les achats du Venezuela ont relancé le débat sur une course aux armements en Amérique latine. Depuis 2005, Caracas a investi 4 milliards de ­dollars dans la modernisation de son armée. Un appétit qui rend les compagnies américaines d’autant plus mécontentes qu’elles ne peuvent pas en profiter : Washington a annoncé en 2006 un embargo sur les ventes d’armes au Venezuela, considérant que le pays ne « collaborait pas totalement » dans la lutte antiterroriste.

    et pan sur le bec du complexe militaro-industriel !

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