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Changement d’époque ?

Crise financière et délabrement néolibéral

lundi 8 septembre 2008, par Frédéric Lordon

Ce texte est l’épilogue d’un ouvrage intitulé Jusqu’à quand ? L’éternel retour de la crise financière, à paraître fin octobre aux éditions Raisons d’agir.

S’il était besoin de le préciser, autant prendre le temps de le dire très explicitement : s’occuper à entrer dans le détail de ses mécanismes n’est pas faire de la finance une entité complètement autonome, coupée de tout et capable d’une vie propre sans contact aucun avec le reste de l’économie. Mais n’a-t-on pas soutenu que la finance a une capacité d’expansion radicalement autocentrée, qu’elle développe ses produits et ses marchés à l’abri d’indigents alibis de « service à l’économie réelle », avec pour seule finalité la croissance du pur jeu spéculatif, et les ordres de grandeurs respectifs des sphères réelle et financière ne témoignent-ils pas éloquemment de cette déconnexion ?! Alors « autonome » ou « pas autonome » ? – il va falloir choisir ! Sinon Marx lui-même, ses continuateurs en tout cas, avaient jadis forgé, à propos d’un autre problème, le concept d’« autonomie relative ». Contrairement à ce qu’on pourrait être tenté de croire, l’idée d’autonomie relative offre plus qu’une simple résolution verbale – consistant à se défaire d’une contradiction en rassemblant en une seule expression les deux mots contradictoires… Mais pour que la synthèse soit davantage qu’un jeu de mots, il est vrai qu’il faut lui ajouter quelques explications.

Le cas des rapports de la finance et de l’économie réelle, envisagés non pas en toute généralité mais au travers de la crise présente, s’y prête idéalement. Car, pour procéder de l’éternelle répétition des mécanismes les plus fondamentaux des marchés de capitaux libéralisés, cette crise n’en présente pas moins un caractère particulier qui tient précisément au rapport finance-économie, ou plutôt à la façon dont elle exprime ce rapport, et qui la distingue sans doute des épisodes précédents. Il se pourrait même que le millésime 2007-2008 de la crise financière, non seulement donne de l’articulation présente entre la finance et le régime d’ensemble de l’économie réelle l’expression la plus profonde et la plus complète, mais, davantage, qu’elle en signale l’arrivée aux limites. Il était déjà possible de dire de cette crise qu’elle est (non contradictoirement !) spécifique, par les classes d’actifs et les compartiments de marché impliqués, et générique, parce qu’elle ne fait jamais que décliner les mécanismes fondamentaux de la finance libéralisée. Voilà que, sans goût particulier du paradoxe, on peut ajouter qu’elle est également singulière, au sens où elle se distingue dans la série des crises de la déréglementation financière. Ces dernières n’étaient que des manifestations « courantes » de la configuration en place du capitalisme. La singularité de la crise présente tient au fait qu’elle pourrait bien être le symptôme de son délabrement général.

Le crédit à gros débit, ou la béquille d’un capitalisme anti-salarial

Quand ils ne disent pas « économie de marché », manière de faire oublier par les lénifiantes abstractions de « l’offre » et de « la demande » la violence réelle des rapports économiques réels, les commentateurs bienséants parlent de « capitalisme » du bout des lèvres et surtout au singulier – « le » capitalisme. C’est oublier que le capitalisme n’existe pas autrement qu’en ses actualisations historiques et que celles-ci sont par définition changeantes. Non qu’il soit impossible de dégager un concept général du capitalisme – en cette matière, on fera difficilement mieux que Marx –, mais ce concept demeure nécessairement sous-déterminé, et c’est l’histoire qui, en quelque sorte, se charge de le « compléter » en lui donnant ses formes concrètes.

Du capitalisme des trente premières années du XXe siècle, à celui d’aujourd’hui, en passant par la période fordienne, c’est bien toujours de capitalisme qu’il est question, et pourtant de capitalismes à chaque fois différents. Que dire de sa configuration présente ? On pourrait être tenté de retenir l’hégémonie de la finance comme le plus saillant de ses caractères et, partant, comme sa « marque de fabrique » par excellence, la dimension qui exprime le plus complètement son identité véritable, et d’après laquelle elle devrait être nommée : capitalisme financiarisé. Ce ne serait sans doute pas faire fausse route, mais cependant oublier une partie de « l’histoire ». Loin d’exclure la finance, mais ne s’y limitant pas non plus, le principe structurant du capitalisme contemporain dans bon nombre de pays, c’est la déréglementation. Déréglementation générale du plus grand nombre de marchés possibles et sur la base internationale la plus élargie possible : voilà sans doute l’élément le plus caractéristique du capitalisme des trois dernières décennies – et incidemment une définition un peu plus analytique de ladite « mondialisation ».

Aux marchés de capitaux qui donnent au principe de déréglementation son application la plus radicale, il ne faut donc pas oublier de joindre celle du marché du travail, ni surtout celle du marché des biens et services (auxquels on pourrait joindre les investissements directs), alias la concurrence. Il faudrait une discussion plus substantielle pour rétablir l’idée d’une sorte de hiérarchie des déréglementations, où la finance occupe une place de choix, et justifierait le nom, disgracieux mais analytiquement plus précis, de capitalisme de déréglementation à dominante financière. Mais l’essentiel ici est plutôt de voir quelles terribles complémentarités entretiennent concurrence et financiarisation, et comment celles-ci étaient vouées à s’exprimer dans les tendances générales de l’endettement privé… et à terme dans la crise des marchés de crédit.

Concurrence et basse pression salariale

Le level playing field, qui fait les merveilles qu’on sait en matière de régulation financière a minima, produit sans surprise les mêmes effets en matière sociale. Aussi la mise en concurrence « plane » entre des pays aux standards sociaux et environnementaux extrêmement disparates entraîne-t-elle des ajustements salariaux par le bas dont les termes sont maintenant trop bien connus : intensification du travail, plans sociaux en série, et surtout pression constante sur les salaires, le tout sous évocation répétitive, mais hélas bien fondée, de la contrainte de compétitivité, ou la menace de délocalisation. Attaqué du côté des pressions concurrentielles, le salaire ne l’est pas moins du côté des pressions actionnariales. L’emprise des grands actionnaires institutionnels, telle qu’elle trouve son principe dans la configuration particulière des structures de la finance , a installé la rentabilité des capitaux propres en tête des priorités de l’entreprise (cotée) laquelle mobilise de force tous ceux qui sont sous sa dépendance – fournisseurs et, bien sûr, salariés – pour mieux servir l’« objectif unique ». On admirera au passage l’impressionnante cohérence d’ensemble du « modèle » et la parfaite tenaille qui suit de la combinaison entre déréglementation concurrentielle et déréglementation financière – il faudrait idéalement trouver un nom pour un outil bizarre à trois mâchoires si l’on voulait ajouter à ce tableau l’effet propre de la déréglementation du travail qui, faite exprès pour mieux permettre les ajustements des salaires à la baisse, s’offre à amplifier les effets des deux autres…

L’augmentation des prix énergétiques et alimentaires vient rendre aiguë une situation chronique de longue date et formée indépendamment : hors tout choc de prix exogène, le capitalisme de déréglementation est structurellement un régime de basse pression salariale. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que dans la quasi-totalité des grands pays industrialisés, le « swing » de la part des profits dans le revenu national ait fait plus que compenser ses reculs des années 1970, et que celle-ci se maintienne durablement à des niveaux très élevés – quand elle ne continue pas de croître. Pas plus surprenante la réfraction intrasalariale de ces pressions constantes, sous la forme d’inégalités polarisées comme on n’en avait pas vu depuis le début du XXe siècle – ceci dit à l’usage de tous ceux qui n’ont rien de plus pressé que de figurer les « avancées » néolibérales sous l’espèce du progrès historique. Il n’est plus l’heure de se rassurer en scrutant le rapport entre le salaire moyen du décile le plus haut (les 10% les mieux payés) et du décile le plus bas : la polarisation inégalitaire est telle qu’il y a beau temps qu’une bonne partie du décile supérieur a été entraînée à son tour sinon dans le déclassement du moins dans la stagnation. Pour observer l’explosion inégalitaire il faut une lunette un peu plus fine et regarder au niveau du centile (le 1% le mieux payé), voire des fractiles les plus extrêmes : là où, montre Camille Landais [1], le revenu fiscal déclaré de 90% de la population française augmente de 4,6% entre 1998 et 2006, celui du 1% supérieur augmente de 19,4%, celui des 0,1% du haut de 32% et celui du 0,01% ( !) de 42,6% . Inutile de le dire le phénomène est plus spectaculaire et surtout de formation plus longue aux Etats-Unis – fidèle à sa vocation de convertie de fraîche date, la France « rattrape »…

La demande perfusée au crédit

Pour tous ses efforts à pressurer le salaire, le capitalisme déréglementé ne résout qu’imparfaitement ses problèmes : il faut bien des débouchés pour le tas croissant des marchandises produites à bas coût. Or, contradiction déjà vue par Marx et Keynes en leur temps, le salaire, sans doute coût de production, est également le facteur de solvabilisation de la demande. La consommation, en France ou aux Etats-Unis, fait approximativement 70% du PIB, c’est-à-dire 70% de débouché potentiel pour la production totale – difficile de faire l’impasse dessus. Gagner d’un côté, c’est donc perdre de l’autre. Dans le droit fil de sa logique d’ensemble le capitalisme déréglementé propose « ses » solutions. D’abord l’allongement de la durée du travail : si un seul emploi ne vous permet pas de vivre, prenez en un deuxième, et s’il le faut un troisième – on aura reconnu dans le « travailler plus pour gagner plus » l’émulation bien française d’une formule en vigueur depuis longtemps aux Etats-Unis, un « rattrapage » de plus.

Mais les journées n’ayant que 24 heures et les limites en cette matière étant vite atteintes, la véritable parade au défaut de consommation intrinsèque au régime de déréglementation générale s’impose comme une évidence : l’endettement ! Si le pouvoir d’achat des ménages stagne ou régresse, mais que le capital réclame malgré tout des débouchés intérieurs, quoi de plus logique que d’étendre par le crédit la capacité de dépense des salariés au-delà de leur revenu ? On ne s’étonnera pas qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui ont quelques longueurs « d’avance » dans cette pente, le taux d’endettement des ménages par rapport à leur revenu disponible soit respectivement de 120% et 140%... Le président Sarkozy se flatte qu’il n’en soit pas ainsi en France. Mais tout ce qu’il fait y mène, ou plutôt y mène encore plus vite, car ce taux, de 68% en 2006, explose littéralement depuis dix ans, date d’installation dans un régime de « mondialisation franche », qui trouve ici un de ses symptômes les plus caractéristiques.

Aussi est-il temps de faire un sort aux poncifs qui veulent que le retard de croissance de la France par rapport aux Etats-Unis s’explique par « l’obésité » de son Etat, ses prélèvements obligatoires étouffants ou les rigidités de son marché du travail. Trahissant pour une fois la vocation majoritaire du Cercle des Économistes à célébrer l’état néolibéral des choses, Jacques Mistral livre une analyse d’une décapante lucidité des sources véritables – et non fantasmées – de la croissance étasunienne pour les quatre années 2001-2004 : 2,5 points de PNB de baisse d’impôts, 500 milliards de dollars de dépense publique supplémentaire, et enfin un octroi de crédit immobilier qui passe de 450 milliards de dollars en 2000 à 960 en 2004 (il atteindra les 1300 en 2006). « On n’avait peut-être jamais vu l’application, avec une pareille ampleur, de mesures d’inspiration plus purement keynésienne puisque pour relancer l’activité, ce sont 15,5 points de PNB qui ont été injectés ex ante dans l’économie. Cela pris en compte, il n’est guère surprenant que, sur la même période, la croissance du PNB ait été de 10% ! La comparaison des deux chiffres souligne au contraire l’ampleur des pertes en ligne dues à une compétitivité défaillante » [2].

L’intervention stratégique de la titrisation se situe précisément en ce point : en libérant les banques de leurs contraintes d’émission, elle a permis de propulser dans l’économie des volumes de crédits supplémentaires astronomiques, autorisant ainsi de nombreux ménages, à qui leurs revenus sous pression l’interdisaient formellement, de financer les trois gros postes de l’existence étasunienne, à savoir la maison, la voiture et les études universitaires des enfants. On dira que ce sont là des investissements qui n’ont aucun caractère distinctif et qu’on les retrouverait, à l’identique, acquittés par les ménages européens. À ceci près, d’une part que, dans bon nombre de pays européens les études universitaires sont sinon gratuites, du moins peu coûteuses, et qu’aux Etats-Unis le poste « université » est parfois plus proche en volume de la maison que de l’auto. Et d’autre part que la titrisation combinée à l’agressivité du marketing bancaire a entraîné dans la dette immobilière des catégories de ménages qu’on n’aurait jamais laissé y entrer ailleurs – les subprimes bien sûr.

Enfin, pour que le tableau soit complet, encore faut-il y ajouter que, loin de s’être cantonné au financement de ces biens durables, sortes d’équivalent de l’investissement pour les ménages, le crédit bancaire étasunien s’est en fait avéré le complément indispensable du financement des dépenses courantes auxquelles le seul salaire ne suffit plus à pourvoir. C’est pourquoi dans les grandes masses de crédits titrisées, à côté de l’immobilier, des crédits autos et des prêts étudiants, on trouve les cartes de crédit. Drogue dure d’un régime de croissance à basse pression salariale, la dette des ménages est poussée jusqu’à ses dernières limites. Ainsi le procédé du Home Equity Loan ré-extrait de la capacité d’endettement au fur et à mesure que le ménage rembourse sa dette immobilière et à concurrence de la « part » de sa maison dont il est effectivement devenu propriétaire à tel moment de son calendrier de paiement. Il n’est donc pas besoin qu’un emprunt soit intégralement soldé pour pouvoir en recontracter un autre. Au fur et à mesure qu’un ménage se libère d’une dette ancienne, il est déclaré apte à en porter immédiatement une nouvelle.

Mais il faudrait faire la liste complète de ces procédés, et pas seulement financiers, par lesquels les institutions financières s’efforcent d’étirer au maximum la capacité d’endettement des ménages et surtout de la saturer en permanence, pour ne pas même parler des intérêts quasi-usuraires (les cartes de crédits peuvent porter des intérêts allant couramment jusqu’à 20 voire 30%), des frais divers exorbitants qui aident les prêteurs à tondre un peu plus leurs clients, et surtout de ces formes de démarchage séparées de l’escroquerie pure et simple par des nuances de plus en plus ténues, comme celle qui fait matraquer des personnes déjà quasi-faillies avec de nouvelles offres : « We think you deserve more credit » (« Nous pensons que vous méritez plus de crédit ») annonce joyeusement cette enveloppe reçue par une femme qui lâche déjà 28.000$ d’intérêts au titre de ses divers prêts sur son revenu annuel avant impôt de 48.000$ et vient de perdre son emploi ; « you are prequalified » poursuit l’enveloppe porteuse de bonnes nouvelles, quelle chance ! – quelle tragique ironie [3]… L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), l’une des agences de supervision des banques, a fini par s’émouvoir de pareils excès et surtout de ce que l’approche du crédit par les banques a sensiblement changé en quelques années : « le point important pour les prêteurs n’est plus tant que les crédits à la consommation soient remboursés mais que les prêts deviennent (pour les banques) des actifs perpétuellement rémunérateurs » – le mot important étant ici bien sûr « perpétuellement » – s’inquiète non sans raison Julie Williams, chief counsel de l’OCC [4].

Une crise structurelle du régime d’accumulation étasunien ?

Mais qu’aurait été la croissance étasunienne sans ces excès ? Et a contrario que va-t-elle devenir maintenant qu’ils ont crevé ? Poser la question c’est y répondre. Là où, normalement, une croissance soutenable procède pour l’essentiel du bouclage du circuit production-revenu-demande, le soutien de la croissance étasunienne est venu pour la plus grande part de « l’extérieur » – déficit budgétaire et crédit. Incidemment, tous ceux qui, après avoir encensé Alan Greenspan pendant ses années de gloire, crient maintenant haro sur le baudet et le désignent comme fauteur de tous les maux étasuniens, oublient un peu vite que sa politique monétaire n’aura fait que se montrer fonctionnellement adéquate aux réquisits du capitalisme déréglementé. Eût-il, à structures invariantes, conduit une autre politique, jamais la croissance étasunienne n’aurait été pareille. On ne devrait d’ailleurs pas tarder à s’apercevoir qu’une fois asséché, le carburant du crédit va beaucoup manquer… Car l’évaporation est en cours.

Les marges de manœuvre budgétaires ne sont pas extensibles à l’infini – même si au moins les Etats-Unis n’hésitent pas à les utiliser. Mais, par exemple, le paquet de stimulation budgétaire lancé au mois de mars 2008 (pas tout à fait un point de PIB) a été vite épuisé et l’illusion aura été à durée limitée. Inutile de compter sur un mouvement de désépargne des ménages étasuniens qui soutiendrait une reprise de consommation : leur épargne est nulle ou presque – 0,3% de taux d’épargne en 2006, couronnement logique d’une tendance de vingt ans [5] qui a vu tous les moyens mobilisés pour satisfaire la frénésie consommatrice en régime de basse pression salariale. Et voilà les banques en mode « credit crunch », avec à la clé, par contagion, une révision générale de la qualité de toutes les dettes : crédits auto, prêts étudiants et cartes de crédit sont en train de rejoindre la dette hypothécaire dans la suspicion.

Quant à la « demande de crédit », elle pourrait se porter aussi mal que l’offre – la capacité d’endettement des ménages est en train de rejoindre son asymptote. Non seulement l’état de surendettement d’une grande proportion d’entre eux est avéré, ce dont témoigne le ratio, fût-il global, de leur dette ramenée à leur revenu disponible (120%), mais la crise y ajoute son effet propre. Car l’auxiliaire du Home Equity Loan est en panne pour un moment. La chute des prix immobiliers a plongé bon nombre de ménages en situation d’equity négative : ayant acquis leur logement avec un apport faible, voire pas d’apport du tout, ils se retrouvent avec une dette supérieure à la valeur de leur bien. Jacques Sapir montre que sur la période 2002-2007 de croissance des prix immobiliers, les ménages étasuniens ont, en moyenne, tiré du Home Equity Loan une capacité d’endettement de plus de 51 milliards de dollars par an (avec une pointe à 80 milliards pour l’année 2006), contre une moyenne annuelle de 5,8 milliards de dollars sur la période 1993-2001 . Les dépenses de consommation des ménages ont ainsi bénéficié d’un supplément moyen de 2,4% l’an entre 2002 et 2007, contre 0,4% entre 1993 et 2001 [6].

À voir l’ampleur du levier offert par le procédé du Home Equity Loan, et la contribution à la croissance étasunienne de la dette des ménages en général mais plus particulièrement de leur dette collatéralisée par les actifs résidentiels, on comprend mieux ce cri du cœur d’Henry Paulson, saisi d’effroi à la déconfiture de Fannie Mae et Freddie Mac, et conjurant les députés de valider son plan de sauvetage en invoquant la raison supérieure que « l’immobilier est le cœur de l’économie de notre nation » [7]. Pour le coup l’opportunisme manœuvrier rejoint la plus parfaite lucidité, à la grande surprise sans doute de tous les béats qui auraient juré sans hésiter que le « cœur » était évidemment à chercher dans la Silicon Valley ou bien à Seattle [8]. Oui, par ses volumes colossaux, par le nombre des ménages qu’il concerne, par le poids des engagements individuels qu’il suppose et par ses effets d’entraînement de toute sorte, il se pourrait bien en effet que l’immobilier ait été le véritable cœur de l’économie étasunienne, sans doute moins glamour que toutes les mythologies technicistes, entrepreneuriales et flexibles savamment entretenues à son propos – et avec les conséquences qui s’ensuivent au moment où ses prix chutent dans des proportions jamais vues depuis 1929…

Petites crises et grande crise du capitalisme étasunien

Mais dans ces conditions quelle trajectoire l’économie étasunienne est-elle en train d’emprunter, et ne vient-elle pas de passer par un point de bifurcation ? John Bogle fondateur du mutual fund Vanguard pressent qu’il se passe quelque chose d’inhabituel dans la crise présente, pourtant pas la première à laquelle il ait droit : « J’ai prédit l’été dernier que ce serait mon dixième marché bear [9]. Mais celui-ci est différent. Les précédents reflétaient des problèmes dans le marché, non pas des problèmes dans la société et dans l’économie. Il s’ensuit que nous entrons dans une période beaucoup plus troublée que celles qui ont suivi tous les grands marchés bear » [10].

Pour une intuition de praticien, on ne saurait mieux rejoindre cette thèse centrale de la théorie de la Régulation [11] selon laquelle : 1) le cours du capitalisme est scandé en périodes au cours desquelles l’accumulation du capital s’opère selon une certaine « logique » d’ensemble – on parle de régime d’accumulation ; 2) cette logique, toujours imparfaite, engendre continûment des déséquilibres mais rattrapés dans le cadre du régime d’accumulation et par le jeu même de ses mécanismes – on parle de petites crises ; 3) mais ceci seulement jusqu’au point où un cumul de tensions, non pas venues du dehors mais engendrées du fait même de la logique d’accumulation en place, ne peut plus être accommodé « de l’intérieur », ouvrant une grande crise qui signale l’arrivée aux limites du régime en place et n’admet pour résolution que la reconstruction tâtonnante d’une nouvelle séquence historique d’accumulation du capital. Or, à bien des égards, la série des crises financières, et son « couronnement » par la crise du crédit font penser à la dichotomie régulationniste « petites crises » / « grande crise ». Devenus comme la marque de fabrique du capitalisme déréglementé, les accidents financiers à répétition ont été les manifestations successives des déséquilibres de valorisation constamment recréés du fait de l’instabilité intrinsèque des marchés de capitaux libéralisés, donnant incidemment du fonds à l’idée que, parmi les multiples déréglementations, celle de la finance occupe une place distinctive, puisque le régime d’accumulation en vigueur aura donné à ses « petites crises » des expressions presque exclusivement financières.

Ce statut de « petites crises » est pour beaucoup dans l’apparence d’une autonomie de la finance, puisque systématiquement rattrapés, ces accidents sont à chaque fois apparus comme des parenthèses, interrompant le cours « normal » de l’accumulation par l’effet de perturbations spéculatives « séparées » – même si elles n’ont jamais été sans conséquences dans l’économie réelle. Le caractère relatif de cette autonomie, et l’articulation en fait profonde de la finance et des caractéristiques « réelles » du régime d’accumulation, sont de nouveau manifestes lorsque apparaissent, non seulement un accident de marché de plus, mais beaucoup plus fondamentalement l’arrivée aux limites de la logique d’ensemble du financement de la croissance étasunienne – par quoi il est permis d’évoquer l’hypothèse de la « grande crise ».

Des symptômes du dérèglement structurel

En témoignent une série d’indices dont la convergence ne vaut pas encore tout à fait preuve, mais esquisse déjà un tableau général assez cohérent. Comme toujours les tensions se totalisent vers les sommets et se trouvent récapitulées en les hauts lieux du pilotage de l’économie. L’explosion à venir du déficit budgétaire étasunien en est la première expression. À 2,4 points de PIB de déficit pour 2008, le budget certes a de la marge et, moins borné que ses homologues européens empêtrés dans leur invraisemblable numérologie budgétaire, le gouvernement étasunien ne se fera pas faute de l’exploiter – bien au-delà des 3%. La dernière crise, celle de 2000-2003, avait envoyé le déficit aux alentours de 5 points de PIB – il est vrai que la guerre d’Irak n’y a pas été pour rien. Ces à-coups budgétaires de plus en plus violents n’ont pas seulement pour effet de ridiculiser l’inepte orthodoxie européenne, mais signalent également une difficulté croissante à piloter la croissance étasunienne et la nécessité d’interventions de plus en plus fortes ; de ce point de vue on peut être certain de la vigueur de la réponse à venir – et tout autant s’en inquiéter comme d’un symptôme de profond dérèglement.

Les signes les plus préoccupants viennent cependant d’ailleurs : de la sphère monétaire-financière une fois de plus. Car ce sont les attributs majeurs de l’hégémonie économique étasunienne qui se trouvent mis en question : la qualité de sa dette souveraine et le statut de sa monnaie. Il est encore trop tôt pour dire si la politique de change en vigueur depuis plus d’une année restera comme une remarquable audace couronnée de succès ou comme un pari terriblement aventureux. Version optimiste : à l’inverse des Européens et de leur banquier central, les Etats-Unis ont depuis le début compris en profondeur ce que signifie « devise forte » – non pas une monnaie dont le cours contre un panier s’efforce de se maintenir au plus haut, mais une devise dont le cours peut connaître d’amples variations sans perdre son statut dans la croyance des investisseurs internationaux [12].

La « monnaie forte » n’est donc pas un cours de référence, contrairement à ce que s’obstine à croire Jean-Claude Trichet, c’est une latitude stratégique, et les Etats-Unis ne se sont pas privés de l’exploiter. Ils le font de nouveau et, au moins pour ce qui est des années 2007-2008, leur croissance doit exclusivement à l’ajustement du change de n’avoir pas sombré complètement. Version pessimiste : si le succès des instrumentations stratégiques de la « monnaie forte » bien comprise supposent de se maintenir dans la croyance monétaire internationale, force est de reconnaître que celle-ci ne peut être sollicitée à l’infini et qu’il n’est rien de plus dangereux que de la laisser se détériorer. « Détériorer » n’est d’ailleurs pas le terme adéquat, car la croyance en cette matière ne connaît pas les degrés intermédiaires : ou elle est, ou elle est renversée. Bien sûr on peut pressentir le renversement, mais il n’en survient pas moins toujours à grand fracas. Rien ne permet pour l’heure d’affirmer que, pour toutes les sollicitations stratégiques dont il est actuellement l’objet de la part du gouvernement étasunien, le dollar soit voué à cet effondrement. Mais il n’est plus permis de l’exclure absolument, et l’irruption de cette nouvelle option, fût-elle encore de probabilité minoritaire, est en soit suffisamment inquiétante – il suffit pour s’en convaincre d’imaginer les indescriptibles conséquences d’un run sur le dollar pour que même une probabilité faible paraisse insupportable. Or le remaniement souterrain de la croyance « dollar » est en cours depuis l’automne dernier dans les salles de marché. Il n’est pour l’instant d’aucune conséquence brutale, mais n’en nourrit pas moins une disposition de l’opinion financière collective qui pourrait trouver à s’activer à la faveur d’une conjonction imprévue d’événements adverses. En attendant nul ne sait où se situent ces seuils invisibles dont le franchissement fait passer de l’ajustement du change à son effondrement…

Puisque tout ce qui était jugé incontestable est maintenant en question, il est logique que la dette souveraine étasunienne à son tour fasse l’objet d’interrogations. Et si elle perdait sa notation triple-A ? La question, parfaitement incongrue il y a encore peu, circule désormais dans les notes d’analystes – et s’exprime dans les stratégies spéculatives. Le plan gouvernemental de secours à Fannie Mae et Freddie Mac, élaboré les 12 et 13 juillet 2008, aura été le point de bascule. Car jusqu’à présent, le contribuable étasunien avait été tenu relativement à l’écart. L’intervention publique auprès de Fannie et Freddie est pourtant d’un ordre de grandeur comparable à celle qui a accompagné la reprise de Bear Stearns par JP Morgan – autour de 25 milliards de dollars. Mais elle a le mauvais goût de venir en second et de s’ajouter à la précédente – faisant monter l’addition. Et surtout elle porte le risque de ne pas être la dernière. Nul ne sait, alors, jusqu’où vont aller les déboires des deux entités et, par ce plan de sauvetage, le gouvernement a clairement affirmé sa volonté de ne pas les laisser s’effondrer quoi qu’il lui en coûte – et il pourrait lui en coûter beaucoup : Standard&Poor’s qui estimait en avril qu’un sauvetage global des banques d’investissement pourrait coûter dans le pire des cas jusqu’à trois points de PIB, évalue un sauvetage comparable de Fannie-Freddie à… dix points de PIB [13] ! Voilà donc que font surface dans les salles de marché les évocations de la dette souveraine japonaise, elle aussi déchue au début des années 1990, à la suite d’une crise financière géante et que, pire encore, certains commencent à joindre le geste à la parole : les primes des CDS (Credit Default Swap) sur la dette souveraine étasunienne, c’est-à-dire le coût d’assurance de ses titres, est passé de 2 points de base* à 18 points de base pendant le week-end Fannie-Freddie des 12 et 13 juillet. Il y a donc maintenant des investisseurs qui prennent ouvertement des positions sur la dégradation de la dette publique étasunienne.

Enfin il y a la politique monétaire. Jadis impériale, offerte à l’admiration du monde entier pour son efficacité, la voilà irrésolue et frappée d’hésitations, tandis que la banque centrale est en proie à des divisions intestines. Il est vrai que le choc « matières premières » survient au pire moment et la plonge dans de terribles dilemmes. Comme toute banque centrale, elle tire d’abord son crédit de sa lutte contre l’inflation. Mais la Réserve Fédérale a aussi construit sa réputation sur son aptitude à ouvrir le registre de ses objectifs pour y faire entrer, en plus de la stabilité des prix, le pilotage de la croissance et de l’emploi ainsi que la régulation du système financier. Or voilà que tous ces objectifs la sollicitent simultanément, appelant chacun des actions contradictoires. L’inflation commande de relever les taux, mais la stabilisation financière et la détente du credit crunch de les baisser. Et bientôt peut-être la défense du dollar de les relever s’il est attaqué trop violemment. Or c’est peu dire que la Réserve Fédérale hésite : à la vérité elle semble ballottée au gré des fluctuations de l’opinion commune sur « la situation », et sa hiérarchie apparente de priorités frappée d’une grande instabilité. La phase juillet 2007-mars 2008, culminant avec le sauvetage de Bear Stearns, l’a vue tout entière engagée sur le front de la stabilité financière, maniant baisse des taux et fourniture abondante de liquidités.

Mais la Fed a sans doute été trop pressée d’épouser, comme d’ailleurs le reste de la communauté financière, la thèse de printemps que « le gros de la crise était derrière nous ». On peut lui pardonner d’avoir tant voulu y croire : l’idée de la détente financière avait le bon goût de lui faire aborder les problèmes séquentiellement et non simultanément, et par conséquent de la sortir d’inextricables dilemmes – après un succès de plus à endiguer la déstabilisation des marchés, elle allait pouvoir se mettre l’esprit tranquille au chantier de l’inflation. C’est pourquoi à partir du mois de mai la Réserve Fédérale fait pivoter son dispositif et prépare le terrain pour l’interruption du mouvement de baisse des taux en nommant le nouveau risque dominant : l’emballement des anticipations inflationnistes. Il est grand temps : des voix dissidentes jusqu’au sein de son conseil, le Federal Open Market Committee (FOMC), s’inquiétaient depuis un moment déjà qu’on accorde trop au système financier et pas assez à la stabilité nominale, au risque de détériorer ce qui leur paraît demeurer à coup sûr le critère n° 1 de la performance du banquier central.

Malheureusement les événements n’ayant pas toujours l’heur de se présenter dans l’appareil souhaité, la thèse de la sortie de crise s’est rapidement révélée prématurée : choc des monolines, faillite d’Indymac, Fannie et Freddie enfin. Voilà l’audition de Ben Bernanke le 15 juillet au Congrès dominée par le sauvetage des GSE, les perspectives de multiplication des faillites bancaires et les risques sur la croissance. Le balancier est donc reparti dans l’autre sens, et les opérateurs des marchés décodent parfaitement le langage aseptisé mais assez binaire de la banque centrale : soit risque « downside » sur la croissance, soit risque « upside » sur les prix. Si ça n’est pas l’un c’est l’autre, et même si c’est « les deux en même temps », comme c’est hélas le cas présent, seul l’un recevra l’attention de la banque centrale, et pour cause : elle ne peut pas courir deux lièvres à la fois… Après un printemps anti-inflationniste, l’audition du 15 juillet semble donner la prime au risque « downside ». Mais 22 juillet, finalement non : c’est bien toujours l’inflation qui est en haut de la liste. Pour toutes les indulgences que lui vaut une situation objectivement insaisissable, ces revirements du discours de la banque centrale pourraient bien s’avérer destructeur de son principal actif, cette chose intangible que faute de mieux on nomme sa « crédibilité ». Il faut remonter trois décennies en arrière et même plus pour retrouver la banque centrale étasunienne dans pareil état de désorientation. Et cette calamiteuse situation n’est en rien le signe d’une coupable irrésolution des hommes, mais celui d’une accumulation en la politique monétaire de contradictions de plus en plus difficile à accommoder – un symptôme par excellence de crise structurelle.

Sans surprise, ces contradictions traversent l’institution même et déchirent son comité directeur. Les minutes des réunions du FOMC révèlent des délibérations houleuses et les progrès corrosifs du dissensus. Ces tensions expriment pour une part la structure même de la Réserve Fédérale dont le comité fait siéger les représentants des Réserves régionales à côté des membres du directoire. Or les premiers sont plus à cheval sur l’orthodoxie anti-inflationniste quand les seconds, plus enclins à des points de vue globaux, sont davantage préoccupés du risque systémique – en cela généralement rejoints par le représentant de la Réserve régionale de New-York, qui a Wall Street sous les yeux, et se trouve directement à la manœuvre quand il faut éponger Bear Stearns.

D’abord tenues à un devoir de réserve sous le coup de l’urgence, des langues commencent à se délier. William Poole, quittant la Fed de Saint-Louis juge « consternante » la situation créée par le sauvetage de Bear Stearns. Vincent Reinhardt, fonctionnaire de très haut rang, la qualifie de « pire erreur en une génération ». Richard Fisher, le président de la Fed de Dallas voudrait un président comme Trichet, qui n’hésite pas à monter les taux [14]... Là encore il faut remonter des décennies en arrière pour trouver trace de pareilles divisions dans les débats de la Fed. Et pourtant on chercherait en vain l’action sournoise d’un mystérieux virus de la zizanie. La concorde spontanée n’était que le produit d’une situation objective de la politique monétaire qui rendait sa conduite simple et ses problèmes aisément solubles – l’expression d’un régime d’accumulation bien installé dans lequel ne surviennent que des « petites crises ». Le dérèglement des interventions monétaires, les divergences qui font exploser la communauté banquière-centrale manifestent la dislocation d’une unité doctrinale ancienne, mais surtout le délitement sous-jacent de la cohérence macroéconomique qui avait rendu cette unité possible.

Vers la croissance « molle » ?

On aurait tort de voir la « grande crise » de la théorie de la Régulation comme un concept à grand spectacle. Quoi que son nom puisse suggérer, il n’implique pas nécessairement des effondrements cataclysmiques ou des ruines totales. Il désigne analytiquement l’arrivée aux limites d’un régime d’accumulation et l’ouverture d’une phase indécise qui verra la recomposition d’une nouvelle « cohérence » capitaliste. Si bien sûr la thèse de grande crise, ou de crise structurelle du régime d’accumulation étasunien était avérée – et l’occasion est donnée de rappeler qu’elle n’est ici émise que sur le mode de la conjecture – à quoi pourraient ressembler les tendances à venir de la croissance ? Une longue transition de croissance molle offre un scénario possible pour un « entre deux cohérences ». Que la cohérence ancienne soit perdue, c’est probable, comme l’atteste l’épuisement du modèle de financement de l’économie étasunienne. Bien sûr, il est toujours possible d’imaginer l’apurement d’une partie de la dette immobilière des ménages, ou bien, passé l’accident subprime, la reprise de la croissance de leur taux d’endettement – après tout les ménages britanniques sont vingt points devant, c’est donc qu’il y a encore de la marge. Mais peu importe, à terme une chose est certaine : il y a quelque part une limite supérieure au soutien permanent de la consommation par le crédit.

Au passage, l’idée que les fonds souverains, et plus généralement les investisseurs de long terme, pourraient constituer l’axe central d’un nouveau régime de financement de l’économie étasunienne est assez étrange. Ces acteurs ont sans doute vocation à intervenir dans le financement des entreprises, mais leur contribution possible à celui des ménages est des plus douteuses – à moins qu’on ne forme le projet de les associer à une nouvelle vague de titrisation qui a si bien fait étalage de ses mérites. On voit donc mal, à part remettre à flots les capitalisations bancaires – ce qui n’est certainement pas négligeable mais ne fait pas un mode de financement alternatif –, à quoi ces fonds pourraient être utiles en ce grand moment keynésien : celui du constat des contraintes qui pèsent sur une économie dont la demande interne dépend à 70% de la consommation, quand cette dernière, incapable de se trouver suffisamment alimentée par le salaire, doit aller chercher des compléments permanents dans le crédit. Si la solution « titrisation-surendettement » à cette équation kéynésienne a démontré son potentiel de catastrophe, et rencontrera de toute façon à terme sa limite absolue, ne reste que la solution alternative de la re-solvabilisation salariale de la demande des ménages. Mais c’est là une tout autre affaire puisqu’elle supposerait en fait une transformation radicale de toutes les formes institutionnelles qui soutiennent le régime de basse pression salariale, à savoir la concurrence mondiale « level playing field » et l’hégémonie du point de vue actionnarial sur les entreprises – ni plus ni moins que les structures mêmes de la mondialisation… Est-ce assez dire, sans même parler de la dimension idéologique du problème, combien peu probable est sa solution à court terme ?

On a cependant tendance à oublier que les non-solutions sont des formes possibles de solution – et pas les moins fréquentes. La non-solution consisterait en l’espèce, à institutions du capitalisme déréglementé peu modifiées, à simplement réduire l’intensité du dopage de la consommation par le crédit, d’où résulteraient inévitablement des pertes de croissance, mais sans dépression majeure. L’économie étasunienne passerait d’un taux moyen de croissance de plus de 3,2% sur la période 1992-2007 (en sortant l’année 2001) à un taux moyen gravitant autour de 2% par exemple, voire moins, et ceci tout le temps nécessaire à la reconstruction d’une cohérence alternative de l’accumulation du capital, par exemple par l’amélioration structurelle de la compétitivité, le relais durable des exportations, ou quoi que ce soit d’autre. Il est cependant une force de rappel qui pourrait se manifester à plus court terme. Toute la politique économique étasunienne est puissamment orientée par l’idée-force que la société ne peut supporter un sous-emploi de masse durable et que tout doit être fait pour laisser au chômage le statut d’un point de passage toujours possible mais de courte durée, sachant qu’un salarié étasunien qui perd son emploi perd du même coup sa protection sociale et celle de sa famille...

On comprend mieux l’interventionnisme radical de la politique économique étasunienne qui laisse les inepties du laisser-faire à l’usage des gouvernants européens suffisamment crétins pour les prendre au sérieux. Il faut dire qu’au regard du maniement plus que vigoureux des instruments keynésiens, et de leur indiscutable contribution aux performances de croissance et d’emploi des Etats-Unis, la thèse de la « préférence française pour le chômage », qui n’avait rien trouvé de mieux que de rendre « l’égoïsme salarial » des munis d’emploi responsable du chômage des autres, a bonne mine – et ceci dit en faisant abstraction de ses arrière-goûts les plus détestables. Or l’intolérance de la société étasunienne, et surtout de sa politique économique, pour le chômage sera inévitablement mise à l’épreuve en régime de croissance molle. S’il est une force politique qui puisse susciter une réaction suffisamment puissante pour amorcer le virage vers un capitalisme post-déréglementation, et rendre à nouveau possible la pleine solvabilisation salariale de la vie matérielle des ménages étasuniens, ce sera celle-là et sans doute aucune autre.

Et si rien de tout ça ne se passait ? Le prospectiviste aurait l’air malin – ce ne serait pas la première fois… La projection de moyen terme suppose beaucoup trop d’hypothèses implicites pour avoir des chances raisonnables de confirmation, notamment des hypothèses de stationnarité ou d’invariances structurelles : « il se passera ceci, compte-tenu des forces de l’état présent, à condition que “tout le reste” demeure tel quel et que rien de nouveau ne survienne dans le paysage » – en général, c’est beaucoup demander… Quitte à assumer quand même le risque « prospectif » sans prendre la première issue de secours, il est une (double) proposition sur laquelle la présente analyse persiste et signe : 1) la crise financière ouverte en 2007 exprime comme aucune autre avant elle les tendances profondes du régime d’accumulation en place depuis deux décennies ; 2) elle en révèle aussi les limites : que celles-ci soient atteintes pour de bon maintenant ou plus tard, c’est une question plus incertaine. Mais elles ont été montrées. La présente crise sera peut-être surmontée une fois de plus – non sans douleurs économiques réelles. Mais ce ne sera que partie remise.

Pendant ce temps-là en France…

Et pendant ce temps-là en France, quoi de neuf ? Rien. On travaille juste à installer complètement le modèle importé des Etats-Unis au moment où celui-ci entre en crise… Les confirmations européennes répétées du duopole UMP-PS (ou PSG ? – comme Parti socialiste de gouvernement) témoignent de cette remarquable constance à forcer la société française à l’ajustement. Car s’il faut entendre par « mondialisation » le processus de déréglementation générale de tous les marchés, on voit mal comment il pourrait échapper à un esprit même modérément doté en capacités logiques que l’actuelle Union européenne, qui a pour articles premiers l’établissement de level playing fields généralisés, s’y conforme, s’y identifie, au point d’en être la simple délégation régionale. Tout ce que les médias comptent de répétiteurs libéraux s’escrime à nous exhorter de devenir enfin anglais ou, mieux encore, « américains », les plus hypocrites pleurant à chaudes larmes sur le « drame des inégalités » mais sans vouloir à aller jusqu’à l’analyser comme une caractéristique absolument consubstantielle au « modèle » dont ils se font par ailleurs les apologètes.

La gauche de droite, celle de Besson, Attali, sans compter tous ceux qui, restés au PS(G), n’en pensent pas moins, apporte tout son concours à l’accélération sarkozyienne d’un processus d’ajustement dont eux aussi déplorent depuis si longtemps la lenteur. Fidèle à l’esprit du « rattrapage », le rapport Attali, en cela conforme à la vision du monde et à la philosophie de l’existence de son commanditaire, retient la concurrence généralisée comme le souci constant, et en fait exclusif, de la « réforme ». À cet égard, le contresens de la concurrence dans la grande distribution comme stratégie de redressement du pouvoir d’achat est exemplaire de l’impasse systématique qui fait attraper le problème par le côté des prix et jamais par celui du salaire : lorsque le salarié revendique, on répond au consommateur… Mais la baisse des prix qu’on sert à ce dernier est cela même qui met sous pression le salaire nominal du premier, puisque l’ajustement concurrentiel des prix procède par celui des coûts… salariaux !

Merveille de la concurrence et preuve s’il en fallait de la remarquable cohérence interne du capitalisme déréglementé, les salariés jetés à la rue par un plan de délocalisation, décidé au nom de la compétitivité des prix, n’ont pas d’autre ressource que d’aller faire leurs courses au hard discount qui est l’extrémité la plus féroce de la chaîne concurrentielle, et activent précisément tous les mécanismes dont ils viennent d’être les victimes. Les salariés, à leur corps défendant, donnent ainsi « raison » à l’enchaînement même qui les maltraite, et contribuent, faute de toute autre possibilité, à le reconduire. On peut donc être tout à fait certain que les efforts déployés pour sauver le pouvoir d’achat par la concurrence n’auront d’autre effet que de précipiter le salariat un peu plus profond dans la difficulté matérielle, et ceci jusqu’au point où « s’imposeront » comme seules solutions restantes celles qui ont déjà été si bien pratiquées aux Etats-Unis : l’allongement de la durée du travail – mais nous y sommes déjà – et le relais massif des revenus défaillants par le crédit à la consommation – juste deux petites décennies de retard.

La concurrence délabre et se délabre à tous les étages, dans le compartiment de la finance à grand fracas, et dans le régime d’accumulation de manière silencieuse et perverse. Viendra-t-il à l’idée de nos « réformateurs » que tout ce qui est de nature à modérer le contrecoup réel de la crise financière est à trouver dans le legs du fordisme honni : ce qui reste au marché du travail de « rigidités » est précisément ce qui évite les ajustements à la baisse trop violents des salaires et de l’emploi ; l’Etat-providence, obèse et déresponsabilisant, cela va sans dire, a tout de même l’avantage de verser des revenus de transferts indépendants de la conjoncture et bien utiles pour stabiliser le revenu disponible des ménages en phase de retournement ; la retraite par répartition sécurise les pensions et rend par construction impossible que, à la façon de ménages étasuniens de plus en plus nombreux, la combinaison de l’insuffisance du revenu salarial et du surendettement ne conduisent à faire l’ajustement en puisant dans les comptes individuels d’épargne retraite capitalisée – on peut imaginer que la France sous double commande UMP-PSG se lancera joyeusement – enfin ! – dans la capitalisation au moment où l’on verra apparaître les premiers vieux miséreux sur les trottoirs étasuniens… Bref c’est nécessairement dans le pôle hors-marché, hors-concurrence, hors-privé que se trouvent les forces contracycliques, les seules capables de s’opposer aux enchaînements cumulatifs qui autrement prolongent et approfondissent les retournements – et c’est cela que la « réforme » s’attache méthodiquement à détruire…

Mais peu importe : il reste des Eric Le Boucher et des économistes en Cercle pour chanter les bienfaits de cette forme bien à eux de la destruction créatrice. Comme d’habitude, Nicolas Baverez a tout compris : « A rebours des années de protestations nihilistes (sic) […] la poursuite du processus de réforme en dépit de […] la dégradation de la conjoncture constitue un signal très positif » [15]. À part les plus définitivement irrécupérables, le spectacle des subprimes a cependant été un peu trop riche en impressions colorées et commence à ébranler quelques esprits. Bien sûr, prudence oblige, il était préférable d’attendre une bonne année de déglingue avant de s’avancer. Mais on enregistre de ci de là les premiers effets du doute – il est un autre indicateur avancé des changements d’époque : le discret déboutonnage de vestes avant le grand retournement. Car les mêmes qui n’avaient jamais assez de voix pour convaincre d’archaïsme quiconque n’adhérait pas pleinement aux principes du monde déréglementé s’avisent progressivement que l’état présent du capitalisme est de plus en plus difficile à défendre et que, au spectacle de crises toujours plus spectaculaires, le vent pourrait bien tourner.

Les plus malins, ou les moins aveugles, ont depuis quelques années commencé à baliser leurs sentiers de délestage. Des personnages aussi bien institutionnellement installés que Patrick Artus ou Jean Peyrelevade tiennent sur le capitalisme financier des propos qu’on trouverait insupportablement violents dans la bouche de n’importe quel altermondialiste, et raflent le bénéfice de la (demi) critique radicale enrobée de respectabilité institutionnelle. « Demi » seulement car leurs préconisations ont du mal à être à la hauteur de leurs analyses acérées : faire son aggiornamento intellectuel est une chose ; trancher dans le vif des intérêts dominants en est une autre… Pour empêcher « le capitalisme de s’autodétruire », Patrick Artus et Marie-Paul Virard attendent de « tous les acteurs [de la finance] [qu’ils] décident spontanément de réagir pour corriger [leurs] biais de comportement » [16] et en appellent à leur « responsabilité » – au risque de mal payer Patrick Artus pour ses efforts de détoner (heureusement) au milieu des économistes institutionnels, c’est bien là le genre d’appel qui n’engage pas beaucoup plus que l’expression des préférences pour la paix et contre la faim dans le monde. Jean Peyrelevade ne voit pas d’autre salut que dans la coordination internationale pour corriger les tares de la mondialisation – en une stratégie du passage à l’acte indéfiniment différé et de l’éternel regret [17].

D’autres qui ont la conversion plus tardive l’ont nécessairement plus maladroite. Elie Cohen n’a visiblement pas parfaitement saisi ce qui se passe à l’été 2007 et son commentaire à chaud est directement extrapolable de ses apologies ravies des dix dernières années : « Dans quelques semaines, le marché se reformera et les affaires reprendront comme avant » [18] ; « il faut s’habituer à l’idée que [les crises financières] ne constituent pas des cataclysmes mais des méthodes de régulation (sic) d’une économie mondiale que l’on n’arrive pas vraiment à encadrer par des lois ou des politiques » [19] – « s’habituer à l’idée », ou la philosophie économique d’Elie Cohen en deux mots. Un an plus tard cependant, on ne sait plus trop quoi penser de la bénignité des crises financières comme « méthode de régulation » ni si elles ne seraient pas subrepticement devenues plus « cataclysmiques » que prévu car, dans le documentaire dont Elie Cohen est coréalisateur [20], on voit une animation graphique d’un goût douteux, à base de corps chutant dans le vide des gratte-ciel new-yorkais, sans doute pour illustrer la défenestration des faillis, mais qui en rappellent irrésistiblement d’autres. La chose ne mériterait pas une ligne si l’on ne se prenait à imaginer la tempête des réactions scandalisées qui aurait suivi pareille illustration sous une signature « critique de la mondialisation » – ne s’était-il pas trouvé un personnage, Philippe Chalmin en l’occurrence [21], d’une bêtise suffisamment ignominieuse, pour faire explicitement le lien entre antilibéralisme économique et terrorisme du 11 septembre ?

À la remorque de leurs précepteurs libéraux, mais avec un temps de retard comme d’habitude, et surtout un remarquable sens de l’à-propos historique, les socialistes français ont décidé, par charte de principes fondamentaux interposée, de déclarer leur adhésion sans réserve à l’idée « du marché » au moment précis où le capitalisme déréglementé part en morceaux. Il y aurait beaucoup à dire sur la profonde ineptie d’un tel débat, archétype même de la pensée en vrac, idéalement fait pour correspondre aux formes de l’entendement journalistique, et dont il était par conséquent fatal que les socialistes y vissent un shibbolleth, le chiffre de leur conversion. Qui pourrait s’étonner dans ces conditions que le plan d’arraisonnement de la finance présenté ici même ait tout pour provoquer leur stupéfaction mêlée d’horreur ? Et quel degré d’abomination ne leur inspirerait pas l’idée que ce plan n’a fondamentalement de sens que comme élément d’un dispositif nécessairement plus vaste ? N’est-ce pas l’enseignement principal de cette n-ième, mais singulière, secousse de la finance en tant qu’elle signale les limites du régime d’accumulation où elle se trouve incluse ? Si l’alternative est bien celle que s’apprêtent à rencontrer les Etats-Unis, à savoir le binôme « concurrence dépressionnaire du pouvoir d’achat et relais par le crédit titrisé » ou bien « finance un peu re-régulée et croissance molle », la conclusion s’impose avec évidence : fermer le privilège de profitabilité de la finance se justifie en soi, mais si la question véritablement posée déborde le seul cadre de la finance, alors la réponse se doit d’avoir la même extension. En d’autres termes, s’il n’y a pas crise de la « finance seule » mais crise – avérée ou à venir – du régime de croissance, c’est l’ensemble des formes institutionnelles du « capitalisme déréglementé à dominante financière » qui appelle une profonde transformation – et notamment d’engager celle de la concurrence immédiatement après celle de la finance. Pauvres socialistes : ne sachant pas vraiment, de l’idée triviale et molle « d’économie de marché » ou de l’idée précise et toxique « d’économie à déréglementation concurrentielle généralisée », laquelle ils épousaient vraiment, les voilà, par défaut, ralliant triomphalement un monde finissant. La logique voudrait qu’ils finissent avec lui. À vrai dire, ils sont déjà, quoiqu’eux seuls l’ignorent, le corps mort de la vie politique française. Et, faute d’une trop improbable régénération minoritaire de l’intérieur, en attente d’un autre qui se lèvera à sa place.

Notes

[1] Camille Landais, « Les hauts revenus en France (1998-2006) : une explosion des inégalités ? », document École d’Économie de Paris, juin 2007.

[2] Jacques Mistral, « Supprimer la phase descendante du cycle peut gravement nuire à votre croissance à long terme. Essai sur l’activisme monétaire d’Alan Greenspan », in Patrick Artus (dir.), La crise financière. Causes, effets et réformes nécessaires, Les Cahiers, Le Cercle des économistes, PUF, 2008.

[3] Gretchen Morgenson, « Given a shovel, Americans dig deeper into debt », The New York Times, 20 juillet 2008.

[4] Citée par Gretchen Morgenson, art. cit.

[5] Pour avoir un ordre de grandeur comparatif en tête, signalons que le taux d’épargne des ménages français (en points de PIB toujours) est de 14,8% en 2005.

[6] Voir Jacques Sapir, « How bad, how long ? A forecasting tale of the current crisis », document CEMI-EHESS, 2008. Pour une traduction française, voir « Quelle ampleur et quelle durée pour la crise actuelle ? », Revue du MAUSS permanente, 19 mai 2008.

[7] Conférence de presse, New York Public Library, 22 juillet 2008.

[8] Siège de Microsoft et de Boeing.

[9] A l’inverse du taureau (bull) dont la symbolique de pacotille de la finance a fait le représentant du marché haussier, l’ours (bear) est celui du marché baissier. On parle de marché bear, ou bearish, lorsque les cours ont perdu plus de 20% par rapport à leur plus haut précédent.

[10] John Bogle, cité in Gretchen Morgenson, « A great divide : Main Street is bailing out Wall Street », International Herald Tribune, 21 juillet 2008.

[11] Pour une synthèse des travaux de la Régulation, voir Robert Boyer, La théorie de la Régulation, Repères, La Découverte, 2004.

[12] Voir à ce sujet Frédéric Lordon, Les quadratures de la politique économique, Albin Michel, 1997, et notamment le chapitre 6.

[13] Mark Gilbert, « There’s nothing sacrosanct about US AAA rating », Bloomberg, 17 juillet 2008. Deux mois plus tard l’idée de la facture se fait un peu plus précise : le week end du 7 septembre, le Trésor étasunien constatant l’incapacité des deux entités à se recapitaliser par elles-mêmes, décide carrément la nationalisation, moyennant une injection de 200 milliards de dollars.

[14] Neil Irwin, « Economic challenges draw out divisions at Fed », The Washington Post, 24 juin 2008.

[15] Nicolas Baverez, « Une économie plongée dans l’inconnu », Le Monde, 2 août 2008.

[16] Patrick Artus et Marie-Paul Virard, Le capitalisme est en train de s’autodétruire, La Découverte, 2006, p. 136.

[17] Jean Peyrelevade, Le capitalisme total, La République des idées, Seuil, 2005.

[18] Le Monde, 17 août 2008.

[19] Nouvelobs.com, 13 août 2007.

[20] Elie Cohen et Michel Kaptur, Bulles, krachs et rebonds, Arte, 1er juillet 2008.

[21] Professeur de finance à l’université Paris-Dauphine, sur France Inter le 12 septembre 2001 et dans une tribune au Monde le 21 septembre 2001.

124 commentaires sur « Changement d’époque ? »

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  • permalien habsb :
    8 septembre 2008 @17h26   »

    Ce qui il y a de fort amusant, dans ces crises economiques, c’est la disponibilite universelle d’experts qui peuvent tout expliquer, sans toutefois savoir proposer de solution, mis a part l’habituelle, qui consiste a demander de gerer l’argent des autres. Et qui depuis la dictature des savants de Platon, a travers le bolscevisme leniniste, et jusqu’a l’oppression fiscale de nos jours, trouve toujours de nouveaux argumentaires pour nous separer de nos economies.

  • permalien lodin :
    8 septembre 2008 @17h43   « »

    Je voudrais réagir au commentaire de HABSB et celui posté récemment. Dans un commentaire précédent il ironisait sur F. Lordon, un mauvais E. Gallois de la Finance et aujourd’hui il fustige l’expert. Je dois être naïf mais je n’ai jamais décelé chez l’économiste du CNRS une quelconque posture hautaine, arrogante mais au contraire un souci de "désenchantement" salutaire de la chose économique. Bref Lordon mobilise son savoir sans se poser en ingénieur/conseiller du prince, estimons nous heureux de profiter de ces éclairages, discutons ses propositions mais de grâce ne lui faisons pas le leçon...Il y a tellement d’économistes arrogants à fustiger....

  • permalien Frédéric Lordon :
    8 septembre 2008 @17h51   « »
    Réponse (?) à Habsb

    Ce qu’il y a de fort amusant dans ces forums économiques, c’est la disponibilité universelle de commentateurs qui peuvent tout commenter, sans toutefois savoir lire les textes qu’ils ont sous le nez, etc, etc.

    Si Habsb avait deux sous de bonne foi et d’attention — ou d’acuité visuelle ? — il se serait aperçu qu’il y a sur ce blog deux textes rondelets farcis de propositions. On se doute qu’elles ne lui plairont pas. Et aussi que le dialogue avec lui s’arrêtera là faute que soient réunies ses plus élémentaires conditions de possibilité.

  • permalien habsb :
    8 septembre 2008 @18h04   « »

    "Si Habsb avait deux sous de bonne foi et d’attention — ou d’acuité visuelle ? ..omissis.. le dialogue avec lui s’arrêtera là faute que soient réunies ses plus élémentaires conditions de possibilité."

    Quelles sont ces conditions de possibilite ? Vous suivre dans les appreciations sur la bonne foi de l’interlocuteur ? Ce n’est pas dans mes cordes.
    Neanmoins, je souligne et repete que je ne lamente pas l’absence de propositions tout court. Mais de proposition differente de l’eternelle "regulation" des marches, tres joli formule pour dire que je ne peux pas faire ce que je souhaite de mes propres economies.

  • permalien habsb :
    8 septembre 2008 @18h18   « »

    Regulation des marches par laquelle l’economiste s’avoue incapable de comprendre et integrer un milieu complexe et dynamique qui a autant des sujets que de personnes, et reve la simplification des sciences naturelles ou de l’ingenierie, ou le savant est le seul sujet face a une nature toujours egale a elle meme (ses lois ne changent pas suite a un experiment) et passive.
    L’economie est un systeme infiniment plus complexe, qui peut apprendre et s’autoadapter et qu’on peut seulement esperer approcher par la theorie des jeux.
    Ou alors par la violence de la "regulation des marches".
    Il est alors tres facile de prevoir l’evolution d’un marche ou d’une personne, une fois que vous l’avez immobilisee et liee a une chaise.

  • permalien Paul Jorion :
    9 septembre 2008 @04h31   « »

    Excellente analyse : félicitations ! Le fait le plus désolant est sans doute - comme vous le soulignez très justement - que la France se soit engagée dans un ensemble de voies de garage économiques alors que la faillite de ces formules était déjà patente aux États–Unis, et que leur analyse était déjà disponible pour quiconque aurait pris la peine de la lire.

    Espérons que les leçons de la saisie des Government-Sponsored Entities aux États–Unis ne seront pas totalement ignorées, sans quoi des catastrophes parfaitement évitables seront reproduites par simple automatisme idéologique.

  • permalien Fan of the Gipper :
    9 septembre 2008 @09h51   « »

    Encore une fois, le libéralisme est l’épouvantail des gauchos-miteux.

    Il faut quand même le dire : La France est un pays idéologiquement arriéré, marxisante en retard de 40 ans, amoureuse des idées ringardes post-soviétiques, de l’étatisation, des syndicats politisés de gauche, des idées qui cassent l’économie, etc.

    Le libéralisme, partout dans le monde sauf en France, est assimilé à une dynamique moderne, donc forcément, la gauche (française, la ringarde) n’aime pas.

    Apprenez, chers gauchos, que vous êtes en France les derniers dinosaures de l’idée "un problème ? il faut embaucher des fonctionnaires, et augmenter les taxes.".

    Pauvre socialos, pauvre gauche. Le libéralisme n’a jamais fait de mal à une mouche, et en tout cas moins que le PS ou les ringards-gauchos, la CGT-Staline-coco, même si comme tout mouvement, il a des dérapages.

  • permalien yesman :
    9 septembre 2008 @10h35   « »

    http://revolution.celeonet.fr/index...

    Un commentaire sur Lordon de la part d’un marxiste.

    J’aimerais que vous le lisiez car vous vous mesurez toujours aux minables libéraux et à leur pathétique vulgate.

  • permalien yesman :
    9 septembre 2008 @10h38   « »

    Gipper, Il y a parfois des mains invisibles dans la gueule qui se perdent.

  • permalien Yvan :
    9 septembre 2008 @12h06   « »
    Pourquoi parler de "crise" ?

    Quand des phénomènes se produisent régulièrement, est-il vraiment nécessaire de dramatiser en parlant de "crise". Est-ce que le terme de “rupture” ou d’ “ajustement”, ou même “correction” ne seraient pas plus appropriés et permettraient ainsi plus sereinement d’appréhender la réalité de la situation.

    Vous nous proposez une bonne paire de jumelles, Monsieur Lordon, mais j’avoue m’être un peu perdu dans les détails. "Dérèglementation financière", "capitalisme financier", "crise financière", "rapport de la finance et le l’économie réelle". Pour quelqu’un qui était persuadé que la finance n’est, avant tout, qu’un langage, certes avec sa rhétorique et ses mensonges, mais un outil de communication "relativement" neutre, par rapport à l’engagement que constitue la création de règles.

    Ne sommes nous pas après une de mise en place d’une consommation de masse (depuis les premières réformes de Necker, et avec les périodes de dérèglementation qu’ont constituées les guerres et autres révolutions) en train d’être les témoins de l’instauration d’un capitalisme de masse, avec ses "hedge funds" ses "fonds de pensions", ses "fonds souverains", mais aussi avec ses trésoreries monstrueuses de la grande distribution.

    Si c’est le cas, loin du capitalisme individuel et paternaliste du XIXième siècle, il est normal que ce nouveau capitalisme "collectif", dont la finance serait le langage, définisse ses propres règles.

    Ce qui n’est pas adapté à l’économie réelle (qui reste à définir), ce ne serait pas la finance, mais les règles justement qui aujourd’hui sont incapables de résoudre le paradoxe du salarié/consommateur/actionnaire.

    (je remets vos jumelles à l’endroit et retourne à votre passionnant article)

  • permalien habsb :
    9 septembre 2008 @13h21   « »

    Toujours dans l’attente d’une poli reponse de M. Lordon a mes remarques, j’en profite pour me trouver entierement d’accord avec Yvan sur l’exageration du mot "crise" voire "dereglement structurel" pour l’actuel ’credit crunch’.
    Comme toujours en finance, mis a part les inevitables fraudes egalement presentes dans le monde politique, et somme toute marginales, justice triomphe.
    Qui a perdu ? Ces banques comme Bear Stearns, WestLB, NorthernRock, Credit Agricole ou Natixis qui ont parie sur des "retours" excessifs et faciles, payes en derniere analyse par les epargnants yankees, soumis a des credits qu’ils ne pouvaient pas payer. D’autres banques plus prudentes, comme WellsFargo, sont plus solides que jamais.
    Donc, ce n’est pas le systeme en cause, mais comme toujours l’imprudence.
    Qui a perdu encore ? Les proprietaires expropries, bien evidemment, mais qui ont voulu vivre au dessus de leurs moyens, en prenant des risques importants. Encore une fois l’imprudence de certains est en jeu, pas le systeme.

    Il est difficile de sousestimer dans tout cela, la betise de la reforme Clinton, en 1995 du Community Reinvestment Act, par laquelle on obligea toute banque (sous peine de fortes ammendes et de harcelement fiscal et reglementaire) a accorder des credits immobiliers sans exclusion. Les banques ont ete obligees de preter, meme a des chomeurs avec apport personnel zero.
    L’issue etait inevitable. Mais il faut remarquer que cela est arrive non pas par manque de regles, mais bien au contraire a cause d’une nouvelle regle contraignante pour le marche : l’acteur banquier a ete prive de son autonomie et oblige a preter, meme la ou il ne fallait pas.
    Reviendra-t-on sur cet erreur ? Peu importe ! Le marche comme toujours, apprend a se auto-regler, et si les banques USA sont obligees de preter, elles le font desormais a des taux prohibitifs, et rendent inutile la stupide loi de Clinton.

  • permalien Paul Jorion :
    9 septembre 2008 @16h21   « »

    @ habsb

    Le Community Reinvestment Act n’a aucune responsabilité dans la crise : les GSE sont parvenues à contourner ses contraintes (grâce à des opérations fictives frauduleuses - avec Washington Mutual en particulier) tandis que les organismes de prêt privés n’y étaient pas astreints.

    Le hors-bilan que permettait la titrisation a déresponsabilisé l’ensemble des acteurs financiers qui ont perdu toute retenue.

    Il est commun dans les milieux ultra-conservateurs américains de vouloir attribuer tout désastre qui affecte la nation à Clinton. Dans ce cas-ci en particulier, cette tentative est tout simplement risible.

  • permalien habsb :
    9 septembre 2008 @16h37   « »

    PAUL JORION

    vous pouvez bien comprendre la valeur que peut avoir une assertion comme la votre, qui accuse de fraude sans l’appui de la moindre preuve, et pretend contredire l’opinion d’economistes tres respectes.

  • permalien habsb :
    9 septembre 2008 @16h41   « »

    PAUL JORION

    Et de toute facon, cela ne changerait en rien la realite du credit crunch, qui n’est pas "dereglement structurel", mais simple ruine des imprudents, et qui ne necessite surtout pas d’autres dangereuses "regulations", autre nom de la main mise politique sur les biens d’autrui.

  • permalien Dhomih :
    9 septembre 2008 @22h03   « »

    @habsb

    Moi j’ai des solutions, la première c’est des têtes au bout de piques.

    Explication pour les mous du cerveau : ce qui se passe aujourd’hui est politique, c’est un choix de société. Celle-là te plaît peu-être, c’est ton choix. Néanmoins, quand une masse critique d’exclus ou de mécontents la changera ....

    Ceci est d’ailleurs intégré par nos élites et explique largement la mise en place de contrôles et surveillance de la masse (Edvige et autres)

    Hélas non, en réponse par avance à ceux qui pensent pouvoir disserter tranquillement d’économie, l’économie appartient au monde réel et la politique aussi.

  • permalien habsb :
    10 septembre 2008 @09h10   « »

    DHOMIH
    "Néanmoins, quand une masse critique d’exclus ou de mécontents la changera ...."

    Mais la masse critique d’exclus et mecontents EST DEJA en train de changer la societe mondiale. A travers leur travail. En Chine, Inde, Bresil.. Pour atteindre le meme niveau de vie que pretendent (sans travailler) leurs homologues francais en vertu du droit divin d’etre nes sur le sol francais.

  • permalien Yvan :
    10 septembre 2008 @09h36   « »
    La dérèglementation ça se décrète.

    L’avantage des périodes de "dérèglementation" c’est qu’on devrait voir quelles sont les tendances naturelles de l’économie que la construction abstraite du "contrat social" corrige.

    La disparition de la notion de "contrats" régissant les rapports humains sur des bases égalitaires entraine un phénomène d’assujettissement des plus vulnérables, en recréant des relations de débiteurs à créditeurs entre les individus.

    exemples :
    - Le remplacement des contrats de location immobilière, par une accession à la propriété, par l’emprunt, équivaut à remplacer des contractants par des propriétaires endettés.
    - L’annualisation du temps de travail lié à une politique du contrôle des performances (travail à la tache), entraine la fin du contrat de travail, et rend l’employé débiteur de son temps non salarié à l’employeur.
    - La destruction du contrat de la "solidarité nationale" rebaptisée pour la circonstance "assistanat", oblige l’étudiant boursier à s’endetter, le chômeur à se "journaliser" (le RSA en plus "assiste" les employeurs empêchés de délocaliser pour cause d’augmentation des coûts des transports), le malade à emprunter (via les assurances), les actifs à donner une journée de travail (corvée) pour "désaltérer" les inactifs) etc.

    Ainsi donc la pente naturelle serait un retour aux féodalisme, sauf que là on revient aux "mortgages" enrichis de la psychanalyse, de l’informatique (interconnexion des fichiers sur les personnes), et toutes les connaissances acquises grâce aux progrès dûs au contrat social.

    L’émoi de Henry Paulson, face à la nécessité de sauver deux organismes de prêt importants, montre que le "naturel" c’est comme reste, ça se décrète.

  • permalien habsb :
    11 septembre 2008 @15h44   « »

    YVAN
    "Le remplacement des contrats de location immobilière, par une accession à la propriété, par l’emprunt, équivaut à remplacer des contractants par des propriétaires endettés"

    Yvan,
    remplacement par ailleurs totalement volontaire, personnellement je suis heureux locataire. Personne ne vous oblige a vous endetter !

  • permalien Yvan :
    11 septembre 2008 @16h56   « »

    Habsb,

    Personne ne vous oblige a vous endetter !

    si, un petit peu quand même.

    Voici comment, sous couvert de la lutte contre «  l’habitat indigne en France », Christine Boutin résout ce problème : "Nous voulons une France à 70% de propriétaires", conformément aux engagement du candidat Sarkozy.

    Vous admirerez au passage l’exercice rhétorique, consistant non pas à parler de “logements insalubres”, mais d’habitat indigne, notion hautement subjective, (où chacun place-t-il sa dignité ?).

    Il semble que pour nos gouvernants l’indignité consiste à refuser l’assujettissement par l’endettement. Et que salubre ou non tout achat d’un habitat doive se traduire par un endettement même à taux zéro.

    Il faut rappeler quelques avantages de cet endettement :
    - un propriétaire hésitera a mettre le feu au quartier en cas d’insurrection.
    - un salarié verra sa mobilité se réduire, et sera beaucoup plus consensuel au niveau de ses conditions de travail.
    - un consommateur pourra augmenter ses possibilité d’endettement en ayant des biens à engager (voir subprimes).
    - un propriétaire n’a pas de comptes à rendre quant au nombre de personnes qu’il héberge, ce qui résout les problèmes des coûts ’collatéraux de l’hébergement des improductifs (retraités et enfants à charge).

    ... à vous d’en découvrir d’autres, c’est tout bénèf.

  • permalien Yvan :
    11 septembre 2008 @18h42   « »

    Habsb,

    je partage d’autant plus votre point de vue que j’ai des doutes sérieux sur mon immortalité. Nous ferrons partie des 30% (même ça, c’est prévu).

    Mais il ne faut pas s’étonner si dans les temps à venir, nous ressentons la situation de locataire comme particulièrement inconfortable et dévalorisante.

    Il faut le savoir, c’est tout, et jamais oublier que le Président et sa bourgeoise eux aussi sont des locataires à l’Élysée.

  • permalien lodin :
    11 septembre 2008 @20h46   « »

    Le dialogue Hasbc /Yvan illustre de manière paradigmatique les risques inhérents à ce genre de Blog : F. Lordon lance, à partir de travaux précis et documentés, un débat/analyse sur les métamorphose du capitalisme et les commentaires se diluent dans un bavardage insipide.... Dommage, mille fois dommage !!! Je serais parano je supputerais un complot nuisible, une volonté d’obstruction mais j’opte simplement sur le constat de la bêtise, le désœuvrement de certains...

  • permalien Manon :
    11 septembre 2008 @23h17   « »

    • Réponses (R) à Habsb et d’autres qui résument des arguments habituels de l’idéologie financiariste

    • 1-« Des experts qui proposent seulement… de gérer l’argent des autres »

    • R-Mais que fait l’oligopole financier mondial aujourd’hui avec nos économies pour la très grande majorité de ceux qui en ont ?

    2-Vous proposez « l’eternelle "regulation" des marches, très jolie formule pour dire que je ne peux pas faire ce que je souhaite de mes propres economies. »
    R- Mais vous représentez moins de 10% des citoyens si on compte avec vous des gens qui font confiance à des groupes financiers nés d’Internet ou autres qui risquent de faire faillite bientôt (finance Ponzi). La régulation est soit oligarchique par la haute finance, soit démocratique par une intervention progressiste de la puissance publique.

    • à Fan of the Gipper le critique de la France moisie :
    « Il faut quand même le dire : La France est un pays idéologiquement arriéré, marxisante en retard de 40 ans, amoureuse des idées ringardes post-soviétiques, de l’étatisation, des syndicats politisés de gauche, des idées qui cassent l’économie, etc. Le libéralisme, partout dans le monde sauf en France, est assimilé à une dynamique moderne, donc forcément, la gauche (française, la ringarde) n’aime pas. »

    R- Ça sent le copier coller des sites N.S. En fait le financiarisme néo-libéral est critiqué partout dans le monde. La ringardise c’est de reprendre les idées ultra-libérales du XIXème à moins de prendre la grande majorité des 90% de salariés et des travailleurs indépendants pour des débiles.

    A Yvan, le laudateur du capitalisme soi-disant populaire
    « Ne sommes nous pas…en train d’être les témoins de l’instauration d’un capitalisme de masse, avec ses "hedge funds" ses "fonds de pensions", ses "fonds souverains", mais aussi avec ses trésoreries monstrueuses de la grande distribution.
    Si c’est le cas, loin du capitalisme individuel et paternaliste du XIXième siècle, il est normal que ce nouveau capitalisme "collectif", dont la finance serait le langage, définisse ses propres règles.
    Ce qui n’est pas adapté à l’économie réelle (qui reste à définir), ce ne serait pas la finance, mais les règles justement qui aujourd’hui sont incapables de résoudre le paradoxe du salarié/consommateur/actionnaire. »

    R- La réalité est que la très grande majorité des salariés continue à retirer l’essentiel de leurs revenus de leurs salaires. Combien de salariés détenteurs de quelques actions d’entreprises privatisées ont-ils été licenciés ? La différence passe entre gros actionnaires présents au C.A. et petits actionnaires qui sont de fait de simples épargnants. Approximativement deux tiers des ménages n’ont pas d’actions ;10% des ménages possèdent plus de 90% des actions, 1% plus de 50%. Le capitalisme financiariste est antipopulaire.

  • permalien Yvan, le laudateur du capitalisme soi-disant populaire :
    12 septembre 2008 @06h44   « »

    @Manon,

    soit vous vérifiez la signification du mot “laudateur”, soit vous évitez de citer des propos qui signifient le contraire. Le fait de constater qu’aujourd’hui, l’essentiel de la capitalisation boursière est entre les main des zinzins, ne fait de moi un “laudateur” de rien du tout et surtout pas de feu la “petite rente”.

    Le fait de constater que l’expression de ce capitalisme soit la finance, se vérifie chaque jour, à travers les cahots de l’information sur les délocalisations, les plans de restructurations, les économies d’échelles, mais aussi, le financement des frais de transports des employés, les contrôles de performances individuelles. Nous ne sommes plus à l’époque où les patrons construisiaent des citées ouvrières pour attirer la main d’œuvre.

    « La réalité est que la très grande majorité des salariés continue à retirer l’essentiel de leurs revenus de leurs salaires. » dites-vous. C’est peut-être votre réalité, mais elle est de moins en moins vrai. Pour l’essentiel les salariés tiraient l’essentiel de leur salaires de leur "travail". Mais justement cette situation est en train d’évoluer avec aujourd’hui la bienveillance, voire la complicité, des partis de "gauche". Ainsi la suppression des contraintes contractuelles pour les employeurs, (annualisation, “missionarisation” des tâches, banalisation des CDD, RSA ) font non seulement du salarié une matière première corvéable, mais implique aussi son entourage familiale.

    Et ceci au profits non plus d’individus (il en reste rassurez-vous), mais de caisses de retraites, d’assurances chômage, d’assurances vie, d’assurances maladies, d’états, d’organismes de crédit, d’épargne c’est à dire de salariés justement.

    Là ou le travailleur et patrons pouvaient se rencontrer, "le social", il n’y a plus aujourd’hui que le désert aride et abscons de la finance.

    @lodin,

    désolé que la prestation ne soit pas à la hauteur de vos attentes, peut-être qu’en vous adressant directement au Diplo, vous pourriez obtenir un dédommagement de votre frustration. En tout les cas merci de contribuer, dans le mesure de vos moyens, au débat.

  • permalien habsb :
    12 septembre 2008 @08h41   « »

    LODIN
    "F. Lordon lance, à partir de travaux précis et documentés, un débat/analyse sur les métamorphose du capitalisme et les commentaires se diluent dans un bavardage insipide...."

    Vous avez raison, mais comment oublier le fait que mes commentaires a l’analyse de M. Lordon, qui evoquaient un substantiel manque de propositions en dehors de la vieille et fallimentaire cuisine de la "regulation des marches", ont ete ignores, en primis par l’auteur, et pardonnez moi, par vous meme ?

  • permalien habsb :
    12 septembre 2008 @08h57   « »

    MANON

    "La régulation est soit oligarchique par la haute finance, soit démocratique par une intervention progressiste de la puissance publique.

    Merci pour une agreable reponse, que d’autres, en primis M. Lordon, n’ont pas daigne envoyer.
    Il faut bien concorder sur le mote regulation que j’ai utilise. Regulation signifie "contraindre le marche par des normes juridiques qui lui empechent certaines actions". Un example pour tous : la reforme Clinton du Community Reinvestment Act qui a oblige les banques a accorder des prets immobiliers a quicomque (differemment qu’en France ou vous avez du mal a financer l’achat d’une villa provencale si vous etes chomeur). La discretionalite des banquiers et leur bon jugement ont ete sterilises : des annees des credits douteux (subprime) s’en sont suivis, et nous en payons desormais les consequences avec la faillite de grandes banques et le "credit crunch" qui menace l’economie mondiale.
    Il est donc evident qu’on ne peut pas parler de "regulation" par la haute finance oligarchique. Celle-ci demande au contraire pleine liberte d’action, et meme si elle voulait "reguler", elle n’aurait tout de meme pas les outils legislatifs pour ce faire. Par example, ce n’est pas parce que BNP Paribas ne veut pas, que vous ne pouvez pas acheter des lingots d’or en Suisse. Alors que les Etats ont plusieurs fois dans le passe interdit d’operations pareils, meme aux US.

    "approximativement deux tiers des menages n’ont pas d’actions"

    j’ai lu des statistiques bien differentes, je vous demande donc d’appuyer apr une source fiable cette surprenante declaration. Et n’oubliez pas les actions detenues indirectement a travers l’assurance vie ou les Plan Epargne Entreprise.
    Au plaisir de vous relire...

  • permalien Yvan :
    12 septembre 2008 @10h13   « »

    Et pendant ce temps-là en France, quoi de neuf ? Rien. On travaille juste à installer complètement le modèle importé des Etats-Unis au moment où celui-ci entre en crise…

    L’assolement triennal n’est pas à proprement parler une nouveauté, attendre que les blés soient à maturation pour commencer les moissons, est le B-A BA du bon cultivateur.

    Effectivement, une fois qu’un champs est moissonné on l’apprête pour les prochaines moissons, et on passe au champs suivant.

    Quiconque à travaillé dans une multinationale sait que ce comportement n’est pas nouveau. L’Europe avec ses champs regorgeant de "caisses de solidarités nationales", ses "privatisables", ses "capacités de crédits à la consommation" est un beau chantier en cours de récoltes, pendant que les USA entrent lentement en période de jachère et que l’Asie est prête pour une prometteuse récolte de “consommation” . Alterner les cultures, en passant d’internet, à la pharmacie, puis à l’immobilier, et encore aux matières premières, se préparer au militaro-industriel, voilà de sages (sinon saines) règles de prudence de la part des "accumulateurs initiés".

    Il suffit de relire les discours de Pompidou dès 1967 à propos de la fin du "petit commerce", où cette réponse en 1973 a Ivan Levaï à propos de l’affaire Lip, pour se rendre compte qu’effectivement en France (mais pas seulement), les choses avancent au rythme des saisons. Cet enregistrement est intéressant car il montre que le procédé qui consiste à stigmatiser l’ouvrier à propos des conséquences des turpitudes du patron n’est pas nouvelle, et il annonce l’ouverture d’une nouvelle plantation "l’assistanat" actuellement en cours de récolte.

    Il est à noter que bien loin de venir en aide aux victimes des subprimes, le gouvernement US court au sauvetage des organismes qui en sont la cause (avec l’argent prélevé sur les victimes par les taxes).

    Je trouve que les gents sont bien gentils.

  • permalien habsb :
    12 septembre 2008 @10h42   « »

    YVAN
    "Il est à noter que bien loin de venir en aide aux victimes des subprimes, le gouvernement US court au sauvetage des organismes qui en sont la cause (avec l’argent prélevé sur les victimes par les taxes)."

    Ceci me parait inexacte.
    Pour commencer, le gouvernement US n’est pas encore intervenu au sauvetage de qui que ce soit. Il a seulement rappelle que Fannie Mae et Freddie Mac jouissent d’une garantie implicite de l’Etat, comme cela a ete toujours le cas. Quant a leurs patrons, ils sont licencies sans golden parachute. La debacle de ces organismes est la consequence ultime de leur garantie etatique qui demotive toute quete d’efficacite.
    Les nombreuses banques moyennes qui ont fait faillite (la derniere est Silver Star au Nevada), n’ont pas recu comme en Europe le sauvetage etatique offert a WestLB en Allemagne et a NorthernRock en R.U. et bientot sans doute a Natixis en France : libre marche signifie heureusement encore quelques chose aux USA.
    Les geants comme Bear Stearns et bientot Lehman Bros sont rachetes par plus gros qu’eux, sans la moindre intervention etatique, mais avec la solidarite de ce consortium des grandes banques qui est la FED. Solidarite exprime en gonflant la liquidite, ni plus ni moins qu’a Francfort ou M. Trichet la "monte en neige" au rythme de 12% annuel.

    Mais reflechissons sur qui sont vraiment les "victimes de la crise des subprime".
    Les chomeurs ou petits salaires qui ont vecu pendant des annees dans une maison qui ne pouvaient pas se permettre, et ils le savaient tres bien ?
    Les investisseurs (particuliers, institutionnels) et banques privees qui ont beneficie pendant des annees de retours inouis sur des portefeuille a haut risque et haute remuneration ?
    Chacun a largement merite sa ruine, comme souvent arrive en finance.

  • permalien Yvan :
    12 septembre 2008 @11h06   « »

    Habsb,

    Les pouvoirs publics se sont accordés sur une recapitalisation de ces deux organismes vitaux mis à mal par la crise du crédit. Le Trésor se dit prêt à investir 200 milliards de dollars au total. Les PDG des deux groupes sont évincés.

    Vous noterez que les organismes ont étés mis à mal par la crise du crédit, ils sont donc victime de cette crise.

    Finalement si je vous comprends bien, les sacrifiés ce sont les 2 PDG, qui ont été abusés par des emprunteurs peu scrupuleux ?

    Dans ce cas, je comprends qu’aucune poursuite judiciaire ne soit engagée contre eux. Êtes-vous sûr d’être toujours en mesure de payer votre loyer ?

    Vu la multiplication des publicités d’ offres de crédit à la consommation en France, je vous promet une sacrée période de turbulence. Tant mieux si vous y échappez.

  • permalien Frédéric Lordon :
    12 septembre 2008 @11h10   « »
    Le gouvernement US n’est pas intervenu ?

    Il est possible de revenir dans la discussion quand elle redevient technique, c’est-à-dire censément rationnelle. Et il est utile de le faire quand certains arguments sont erronés, surtout quand ils le sont à ce point.

    Le gouvernement étasunien n’est pas intervenu dans le sauvetage des banques ? C’est une contrevérité flagrante. La Réserve Fédérale a repris 29 milliards d’actifs pourris de Bear Stearns pour rendre possible sa revente à JP Morgan, et cette reprise a été conditionnée à un transfert in fine des moins values au Trésor étasunien — de l’avis général, ces actifs sont tellement avariés qu’ils ne valent plus un kopeck. En termes clair : c’est le budget de l’Etat et les contribuables qui épongeront les pertes que Bear Stearns ne pouvait plus porter et que son repreneur, JP Morgan, ne voulait pas porter...

    Le sauvetage de Fannie-Freddie va évidemment bien au delà du rappel de la garantie d’Etat aux GSE (Government Sponsored Entities). En juillet, le Trésor US a débloqué pour les deux "entités" (on ne sait plus comment les appeler) une enveloppe de 25 milliards de dollars à partager entre lignes de crédit et prise de participation. Pas plus tard que le week end dernier, ce plan a été "légèrement" révisé à la hausse, puisque le gouvernement a annoncé son intention de s’engager à hauteur de 200 milliards de dollars (100 pour chaque entité) d’injection en capital (sous la forme de warrants, c’est-à-dire d’options d’achat qui seront exercées progressivement et en tant que de besoin). Le Wall Street Journal, le Financial Times et The Economist, trois organes marxistes bien connus, ont donné son vrai nom à la chose : nationalisation. Oui, c’est aux Etats Unis et c’est une nationalisation ! Il n’y a qu’en France qu’on trouve encore chez certains l’aveuglement idéologique qui empêche de voir ça. (suite au message d’après)

  • permalien Frédéric Lordon :
    12 septembre 2008 @11h12   « »
    Le gouvernement US, suite

    On aurait pu parler d’Indymac également. Notre précepteur libéral nous aurait sûrement expliqué que la reprise de la banque faillie a été opérée par le FDIC, l’organisme d’assurance des dépôts et aurait sans doute joué sur les mots en disant que Indymac est devenue une banque "fédérale" ’Indymac Federal Bank, c’est son petit nom maintenant, eh oui, ça fait drôle n’est-ce pas ?) et non stricto sensu une banque nationalisée (i.e. détenue par l’Etat (state-owned). Et, en effet, le FDIC quoique étant une agence fédérale, est entièrement financé par les cotisations des banques assurées. Mais Habsb, à supposer qu’il soit au courant de tout ceci, sait-il que le FDIC a prévu de lâcher entre 7,5 et 15% de ses ressources totales en une seule opération ! Si oui, il pourrait se poser la question de savoir ce qui se produirait si quelques autres faillites du même calibre venaient à se produire et que les ressources du FDIC fondent comme neige au soleil. Qui ferait l’appoint pour protéger les dépôts ? Est-ce que ça ne serait pas l’Etat par hasard ?...

    J’aurais été tenté d’ajouter que Bear Stearns, Indymac et Lehman, dont le sauvetage va probablement s’organiser frénétiquement ce week end, en sont sûrement arrivées là parce qu’elles étaient publiques et que la présence de l’Etat les a épouvantablement démotivées, mais ç’aurait été inutile cruauté.

  • permalien habsb :
    12 septembre 2008 @11h31   « »

    LORDON
    "Le gouvernement étasunien n’est pas intervenu dans le sauvetage des banques ? C’est une contrevérité flagrante. La Réserve Fédérale a repris 29 milliards d’actifs pourris de Bear Stearns"

    Comme chacun (? ? il faut croire que non) sait, la Reserve Federale est un organisme prive qui regroupe les principales banques (privees bien sur) des USA.
    Qu’est-ce que cela a voir avec le gouvernement ?
    Est-ce que les avoirs de cette Reserve Federale sont finances (comme le gouvernement) par l’argent pique aux contribuables via les impots ? Non, les emissions de la FED sont garanties par la richesses de ses banques actionnaires. Donc, si ces banques actionnaires decident d’aider hier JPMorgan a payer les dettes de Bear Stearns, et demain BofA a payer les dettes de LehmanBros, qu’est-ce que le gouvernement ou les contribuables ont a voir la dedans ?

  • permalien habsb :
    12 septembre 2008 @11h40   « »

    Pour aider a comprendre qui pourrait se perdre dans la grossiere confusion de certains soi disant experts, il faut bien distinguer entre le cas de Bear Stearns et NorthernRock ou WestLB.

    Dans ces derniers cas ce sont les politiciens anglais ou allemands qui ont mis les main dans la cagnotte des impots payes par les contribuables, pour payer les dettes des banques en question, et sauver le job de leurs amis dans ces banques. Un vol d’argent public qui frole la corruption. Le socialisme dans toute sa splendeur

    Dans le case de Bear Stearns, ce sont D’AUTRES BANQUES privees (JPMorgan directement, et toutes les autres importantes via la FED dont elles sont actionnaires et proprietaires), qui ont mis la mains dans leurs propres avoirs pour payer les dettes de Bear Stearns, et la racheter a un prix inferieures a la valeur de ses immeubles. Un investissement lourd et risque, qui peut se reveler bien profitable. Capitalisme dans sa vraie essence.

  • permalien Pierre :
    12 septembre 2008 @12h41   « »

    Acculé, Habsb se fait plus royaliste que le roi. Relisez bien ce que Lordon dit à propos du renflouage de Fannie Mae et Freddy Mac :

    "Le Wall Street Journal, le Financial Times et The Economist, trois organes marxistes bien connus, ont donné son vrai nom à la chose : nationalisation. Oui, c’est aux Etats Unis et c’est une nationalisation !"

    Le sauvetage des 2 entités correspond bien à ce que vous appelez avec tellement de tempérance :
    "Un vol d’argent public qui frole la corruption. Le socialisme dans toute sa splendeur"

    Si même les dirigeant américains deviennent des corrompus socialistes, qu’allez-vous faire ? Vous exiler sur une île déserte ?

  • permalien habsb :
    12 septembre 2008 @13h12   « »

    PIERRE

    Merci pour votre contribution.
    Mon dernier commentaire concernait plutot l’affaire Bear Stearns, et j’espere que Lordon voudra bien me repondre a ce sujet.
    Vous voulez parler d’une autre affaire, bien differente, Fannie Mae et Freddie Mac. Pourquoi pas ?
    A difference de l’affaire Bear Stearns, il est evident qu’il s’agit la` d’une intervention du gouvernement.
    Deux remarques s’imposent :

    1) cette demarche n’a pas ete une surprise : ces organismes ont toujours ete sous l’aile protectrice de l’Etat dont ils representent une intrusion dans le libre marche. Fannie Mae fut creee en 1938, par le democratique (evidemment) Roosevelt et resta 30 ans dans le budget etatique. En 1968 un autre democratique (Johnson) l’introduisit en Bourse, dans le cadre de l’assainissement du budget federale ruine par Kennedy. En creant au passage Freddie Mac pour donner un semblant de concurrence. Vous ne pensez pas a EDF et GDF ? Vous avez tort. Comme EDF et GDF (ou France Telecom), Fannie Mae et Freddie Mac ne feront jamais faillite. Le socialisme est implicite dans leur creation.

    2) Est-ce que le gouvernement a le choix ? A ces organismes manque quelque chose comme 5000 milliards de dollars : qui peut les payer ? Le default sur des sommes pareilles peut faire ecrouler tout le systeme financier US et mondial.
    C’est bien l’n-ieme preuve de l’inefficacite des organismes soutenus par l’Etat, en regime de quasi monopole, unie aux degats provoques par la terrible reforme clintonienne du Community Reinvestment Act.
    Delano Roosevelt, Kennedy, Johnson, Clinton : est-ce une malediction ?

  • permalien Frédéric Lordon :
    12 septembre 2008 @13h23   « »
    à Habsb — et fin

    J’ai répondu à propos de Bear Stearns mais votre entêtement idéologique va jusqu’à vous faire ignorer purement et simplement les réponses qu’on vous fait — attestation s’il en fallait de l’impossibilité de ce dialogue et de l’urgence pour moi de m’en soustraire.

    Donc, et pour la dernière fois : Bear Stearns a été racheté par JP Morgan moyennant reprise de 29 milliards d’actifs pourris par la Fed sous condition d’endossement des moins values par le Trésor US. Normalement c’est là le genre d’équation que vous reconnaissez au premier coup d’oeil : Trésor = gouvernement = Etat = l’horreur. Ohé, c’est le contribuable US qui va casquer pour les moins values de Bear-JP Morgan. Imaginez vous à sa place un instant : c’est votre bel argent, celui dont vous avez dit tant de fois que vous ne voulez pas qu’on y touche, qui y passerait, et à cause des sottises des banquiers privés, tellement plus efficaces et géniaux.

  • permalien habsb :
    12 septembre 2008 @13h52   « »

    LORDON

    Vous vous trompez.
    Bear Stearns a ete rachete par JPMorgan sous condition d’echanger AUPRES DE LA FED les creances douteuses de Bear Stearns contre emprunts d’Etat. Triple A contre junk bonds.
    Certainement une aide importante, mais non pas fournie par les contribuables, mais par la FED elle meme, qui n’a rien a voir avec les contribuables.
    Alors pourquoi pas un petit mot d’excuses pour vos erreurs et tous vos insultes, y compris ceux envoyes a mon adress email privee que je continue de demander en vain comment vous avez obtenu aupres d’un site ou vous n’avez rien a voir (selon vos propres mots)

  • permalien Dhomih :
    12 septembre 2008 @14h51   « »

    @Ha...

    Tu sembles très intéressant dans tes analyses mais je n’arrive pas à te suivre, quel est ta théorie/message/vision car pour le moment tu n’as que des détracteurs face à toi et je n’arrive pas à voir ton fil directeur.
    Es-tu un libéral, ultra-libéral, autre .
    Je m’excuse par avance du terme libéral que j’emploie dans le sens communément admis mais qui ne doit pas correspondre à ta définiton.

  • permalien habsb :
    12 septembre 2008 @15h20   « »

    LORDON

    Je recois sur mon adresse personnelle le message suivant de Lordon, que je commente avec plaisir :

    "vous persistez dans l’erreur en confondant la procédure de sauvetage de Bear et l’ouverture de la Term Security Lending Facility qui a été ouverte quelques jours plus tard..."

    Nulle confusion. La premiere demarche, le 14 mars, ce fut l’octroi d’un emergency loan sur 28 jours, pour eviter la cessation de paiement. Le pret fu octroye par JPMorgan et la FED de NewYork. Deux jours plus tard, le 16 mars, ce fut la signature de la vente a JPMorgan pour $2 par action, sous la forme d’echange d’actions, prix qui souleva un tolle chez les actionnaires, et fut par la suite releve a $10. En meme temps, toujours la FED, s’engagea a echanger les creances douteuses de Bear contre des emprunts d’Etat. Condition imposee par JPMorgan pour accepter la fusion/rachat. Cela fut techniquement realise par un non-recourse loan de 30 milliards de la FED a JPMorgan, garanti par le collateral des creances douteuses de Bear.
    A aucun moment le Tresor US n’est intervenu, a aucun moment le contribuable US n’a sorti un cent de sa poche. Tout a ete fait par JPMorgan et la FED, organismes a actionnariat entierement prive. On peut voir l’operation comme une solidarite entre grandes banques, sans aucune trace de la violence socialiste qu’on a vu a l’oeuvre dans les sauvetages de WestLB en Allemagne et NorthernRock au Royaume Uni.
    Il n’y a rien de mal a se tromper, mal se souvenir, ne pas avoir saisi les finesses de l’affaire. A chacun son metier. Mais il est sympa de le reconnaitre.

  • permalien Yvan :
    12 septembre 2008 @18h50   « »

    « Personne ne vous oblige a vous endetter ! » dites-vous Habsb.

    Mais alors, sur quelle planète vivez-vous donc ?

  • permalien Yvan :
    13 septembre 2008 @06h21   « »
    Changement d’époque ? La fin de la récré. ?

    Lorsque, à propos de Lehman Brothers, le Wall Street Journal, repose la question du “préteur en dernier ressort” et réclame qu’on sonne la fin de la récré.

    Ceci ne veut pas dire que tout le monde devrait se réjouir d’un crack boursier désordonné. Dans une crise financière, une grande partie de la gouvernance consiste à résoudre les problèmes des banques avant qu’ils ne se transforment en paniques. Un mariage forcé serait une meilleure gouvernance, même si les actionnaires de Lehman seraient forcés d’absorber le coût de la mauvaise gestion de la société. Ils ont prospéré dans la folie spéculative, comme ce fut le cas des gestionnaires de Lehman, qui devraient aussi être mis à la porte. Le Trésor et la FED peuvent arranger ce mariage sans utiliser l’argent des contribuables.

    On en est pas à réclamer des poursuites judiciaires (quiconque cause un tort à autrui...), même pas à nommer les responsables (S. Anonyme oblige), mais on sent tout de même une certaine rancœur troublée par une légère inquiétude.

  • permalien yann :
    13 septembre 2008 @13h34   « »

    Je tiens juste à mettre en lien deux interviews de Jacques Sapir, notamment la première vidéo qui rejoins bien évidement le texte de monsieur Lordon. Sapir s’avère limpide est très bon pédagogue pour qui nage un peu dans le brouillard de l’imbroglio de la mondialisation néolibérale et son gout prononcé pour le suicide économique :

    http://www.debout-la-republique.fr/...

    PS : la deuxième vidéo concerne la situation en Géorgie.

  • permalien Oysterhead :
    13 septembre 2008 @16h13   « »

    A habsb

    "Comme chacun (? ? il faut croire que non) sait, la Reserve Federale est un organisme prive qui regroupe les principales banques (privees bien sur) des USA. Qu’est-ce que cela a voir avec le gouvernement ? Est-ce que les avoirs de cette Reserve Federale sont finances (comme le gouvernement) par l’argent pique aux contribuables via les impots ? "

    Les avoirs de la Réserve fédérale ne sont-ils pas pour partie alimentés par les intérêts qu’elles touchent précisément de sa fonction d’émission de monnaie ?

  • permalien Oysterhead :
    13 septembre 2008 @16h17   « »

    Et cet argent que les banques formant la FED touchent ne provient-il pas des contribuables américains ?

  • permalien Jordi Grau :
    13 septembre 2008 @17h50   « »

    À Frédéric Lordon

    Merci pour ces analyses, très éclairantes comme toujours. J’aimerais avoir votre avis sur deux points :

    - un des internautes ("Yes Man") vous renvoie à un site marxiste où quelqu’un fait une critique de votre texte. Même si elle discutable (elle vous fait notamment un procès d’intention), elle me semble très intéressante. Qu’en pensez-vous ?

    - Jacques Sapir, dans la vidéo signalée par Yann dans un précédent message, fait une analyse de la crise économique et financière très proche de la vôtre. Il y a tout de même une nuance : si je l’ai bien compris, il considére la croissance du PIB comme une bonne chose, alors que vous ne le dites pas explicitement.

    Pourriez-vous expliciter votre position sur ce point ? Puisque les ressources naturelles sont limitées, ne peut-on penser, comme les "objecteurs de croissance" ou "décroissants", que c’est le système capitaliste en général - et pas seulement une forme particulière de capitalisme - qui est condamné à disparaître ? Si le capitalisme est un régime économique qui permet une accumulation indéfinie de capital, et si l’on admet que la production des richesses dépend toujours - malgré les progrès de la technologie - d’une certaine quantité de ressources naturelles, la pensée "décroissante" ne manque pas de vraisemblance. Qu’en dites-vous ?

  • permalien Jordi Grau :
    13 septembre 2008 @18h10   « »

    À Habsb :

    Merci d’être le trouble-fête droitier et libéral de ce site antilibéral. Vos interventions ont le mérite, entre autres, d’apporter de l’eau au moulin de vos adversaires. En l’occurence, je remarque 2 faiblesses dans votre discours :

    - vous vous plaignez de ce que des États plutôt libéraux conservent des reliquats de socialisme. C’est ainsi que vous fustigez le Royaume-Uni, l’Allemagne et les USA d’être intervenus pour sauver des banques ou des fonds victimes de leur imprudence. Ce qui cloche dans l’économie libérale, autrement dit, c’est qu’elle n’est pas suffisamment libérale. Cela me fait un peu penser à ceux qui voulaient défendre le socialisme soviétique en disant qu’il n’était pas encore débarrassé de ses impuretés. Ce à quoi certains mauvais esprits faisaient remarquer qu’il était bien joli d’espérer l’avènement d’un socialisme idéal : en attendant, le socialisme réel était insupportable. Je crois qu’il en va de même pour le capitalisme, même "néolibéral". Ses impuretés ne sont pas des accidents, des archaïsmes dont les vrais libéraux sauront nous débarrasser. En vérité, le libéralisme pur n’existe pas. Quand un acteur économique est puissant, il a toujours une grande influence sur l’État. Tantôt cette influence va dans le sens d’une libéralisation des marchés, tantôt au contraire dans le sens d’une intervention étatique. Cela n’est pas nouveau : au 19e siècle, avant qu’elles ne deviennent partisanes du libre-échange, les grandes puissances économiques étaient pour la plupart protectionnistes. Même aujourd’hui, on sait que les États-Unis et l’Union européenne, entre deux discours libre-échangistes, continuent d’aider une partie de leurs multinationales. Il en va de même pour la finance : quand tout va bien, on ne veut pas que l’État se mêle du business ; quand tout s’effondre, on l’appelle à la rescousse.

    - Vous attachez beaucoup d’importance, Habsb, à la propriété privée, et en particulier à celle de votre argent. Pourquoi pas ? Mais alors vous devriez vous opposer autant au capitalisme actuel qu’au défunt capitalisme d’État. Dans les deux cas, les gens ont très peu de contrôle sur la richesse qu’ils produisent. Primo, les travailleurs d’une entreprise ne disposent pas d’un droit de propriété sur la richesse qu’ils ont créée en commun. Secundo, même les détenteurs de titres financiers sont rarement maîtres de leur argent, puisque celui-ci est géré dans la plus grande opacité. Le capitalisme, au fond, c’est comme le bolchevisme : c’est un système fondé sur l’expropriation (comme le disait Hannah Arendt, qu’on ne saurait accuser de sympathie pour l’étatisme).

  • permalien spongebob :
    13 septembre 2008 @18h16   « »

    Très bon texte, j’attends le bouquin avec impatience.
    A signaler une vidéo de Jaques Sapir sur le sujet sur le site daylimotion : http://www.dailymotion.com/video/x6nlb6_jacques-sapir-depression-subprimes_news

  • permalien
    14 septembre 2008 @16h23   « »

    C’est vrai monsieur Lordon, vous n’avez pas réagi en ce qui concerne une critique marxiste de votre texte.

  • permalien Yvan :
    15 septembre 2008 @07h36   « »
    Changement d’époque ? La fin de la récré !

    Lehman Brother, la faillite ?

    La "main invisible" n’est plus visible.

  • permalien Oysterhead :
    15 septembre 2008 @08h35   « »

    Les propos de habsb sur l’auto-adaptation des marchés et leur complexité, qui proscrivent toute forme de régulation étatique, rappellent ceux d’Alan Greenspan (dans Le Temps des Turbulences) : "(...) j’étais parfaitement conscient que les banques étaient mieux placées et équipées pour comprendre ce que les autres banques et les hedge funds faisaient que les agences de régulation financière du gouvernement (...)" (p. 475)...

    On voit le résultat de ce principe de non ingérence, aux Etats-Unis (et en Europe, en dépit de règles mieux établies de couverture des risques) ainsi que de "l’hyperlucidité" de ces acteurs financiers dans leur monde ultra autonomisé, totalement déconnecté des réalités sociales... "We make home possible" était le slogan de Freddie Mac...

  • permalien habsb :
    15 septembre 2008 @08h57   « »

    OYSTERHEAD

    "On voit le résultat de ce principe de non ingérence, aux Etats-Unis "

    Non, on voit justement le resultat de l’INGERENCE de l’Etat regulateur et de sa reforme en 1995 (Clinton) du Community Reinvestment Act, qui a oblige les banques a octroyer des credits immobiliers sans condition, y compris aux chomeurs sans apport. Sous peine de fortes ammendes pour la banque qui refuserait un credit. Cela a marche tant que le boom immobilier a dure, alimente par les capitaux en sortie de la bulle technologique.
    En Europe, les Etats ont sagement LAISSE FAIRE les banquiers et leur bon jugement, et on n’a pas eu de crise, si non pour les investisseurs sur les subprime US.

  • permalien habsb :
    15 septembre 2008 @09h39   « »

    JORDI GRAU

    "Ce qui cloche dans l’économie libérale, autrement dit, c’est qu’elle n’est pas suffisamment libérale. Cela me fait un peu penser à ceux qui voulaient défendre le socialisme soviétique en disant qu’il n’était pas encore débarrassé de ses impuretés."

    Avec une difference, accordez-le moi, remarquable : dans le socialisme tout le pouvoir est aux mains du Parti, donc les "impuretes" sont structurelles. Dans les liberismes on voit la coexistence du marche et du pouvoir politique. Et c’est celui ci qui joue a l’apprenti sorcier et provoque crise sur crise. Donc pas d’archaismes pas d’impuretes, mais degats provoques par les politiciens.

    "Quand un acteur économique est puissant, il a toujours une grande influence sur l’État. Tantôt cette influence va dans le sens d’une libéralisation des marchés, tantôt au contraire dans le sens d’une intervention étatique."

    Vrai. C’est exactement pour cela qu’il ne faudrait pas donner de pouvoir economique aux gouvernements. Car le gouvernement sera tres souvent domine par l’aristocratie des grandes acteurs economiques, qui vont donc nous opprimer de deux facons : par leur pouvoir economique directe et par le pouvoir d’intervention economique du gouvernement qu’ils controlent (ne serait ce que a travers les media et les financement des campagnes electorales de plus en plus pharaoniques). Pensez a la France et aux amis de M. le President. Role du gouvernement est de s’occuper seulement de l’ordre, securite, justice, aide aux demunis...

    "Cela n’est pas nouveau : au 19e siècle, avant qu’elles ne deviennent partisanes du libre-échange, les grandes puissances économiques étaient pour la plupart protectionnistes"

    J’eviterais de confondre protectionnisme et aides d’Etats. Bien que les classiques du liberisme aient parle des benefices du libre echange et des avantages comparatifs, ils n’en ont pas fait une question capitale de droits de l’homme. On peut tres bien etre liberal (au sens de Locke) et protectionniste. Par contre, l’aide d’Etat s’apparente a la nationalisation et donc au vol arme. Le Parti au pouvoir s’approprie de l’argent des impots, paye pour garantir ordre, securite, et aide aux plus demunis, et il l’utilise pour alimenter une concurrence deloyale entre acteurs economiques. C’est une violation du contrat fiscal par lequel j’accepte de payer des impots pour des services qui me sont utiles, et non pas pour aider WestLB aux depens de Deutsche Bank.

  • permalien habsb :
    15 septembre 2008 @09h40   « »

    JORDI GRAU (II)

    "Vous attachez beaucoup d’importance, Habsb, à la propriété privée, et en particulier à celle de votre argent. .. Primo, les travailleurs d’une entreprise ne disposent pas d’un droit de propriété sur la richesse qu’ils ont créée en commun. Secundo, même les détenteurs de titres financiers sont rarement maîtres de leur argent, puisque celui-ci est géré dans la plus grande opacité."

    Les travailleurs d’une entreprise renoncent a tout droit sur la propriete co-produite, en echange d’un salaire mensuel + cotisations sociales. C’est leur libre choix.
    S’ils preferent, ils peuvent devenir entrepreneurs, en achetant machines, brevets, et accepter les risques du marche.
    L’opacite de la gestion actionnaire est un probleme du moment que nous confions a un manager la gestion de notre propriete. Devoir de tout actionnaire, comme de tout proprietaire immobilier, et de participer activement aux assemblees generales. Ceci dit, l’opacite des societes anonymes est plus que cristalline comparee a celle du gouvernement a qui pourtant on paie en impots directes et indirects bien plus qu’a chaque societe, et cela un echange d’un seul vote. Et encore, si je trouve opaque la gestion d’une societe, nul m’oblige a etre actionnaire, alors que je ne saurais tout de meme me soustraire a l’impot, sous pretexte d’une gestion opaques des finances etatiques.

  • permalien Frédéric Lordon :
    15 septembre 2008 @09h46   « »
    Réponse à la critique marxiste

    Un internaute me fait observer à très juste titre que je n’ai pas répondu à la critique marxiste qui m’a été signalée (adressée ?) par Yesman. Ce n’est pas que je l’évite ou que je ne la prenne au sérieux, tout au contraire. Mais, après essai, je m’aperçois que le format d’un commentaire est insuffisant pour une réponse qui devrait être assez substantielle. J’envisage donc de consacrer à cette question un texte en soi. A venir aussi vite que possible.

  • permalien habsb :
    15 septembre 2008 @10h43   « »

    LORDON

    Je recois sur mon adresse personnelle le message suivant de Lordon, que je commente avec plaisir :

    "vous persistez dans l’erreur en confondant la procédure de sauvetage de Bear et l’ouverture de la Term Security Lending Facility qui a été ouverte quelques jours plus tard..."

    Nulle confusion. La premiere demarche, le 14 mars, ce fut l’octroi d’un emergency loan sur 28 jours, pour eviter la cessation de paiement. Le pret fu octroye par JPMorgan et la FED de NewYork. Deux jours plus tard, le 16 mars, ce fut la signature de la vente a JPMorgan pour $2 par action, sous la forme d’echange d’actions, prix qui souleva un tolle chez les actionnaires, et fut par la suite releve a $10. En meme temps, toujours la FED, s’engagea a echanger les creances douteuses de Bear contre des emprunts d’Etat. Condition imposee par JPMorgan pour accepter la fusion/rachat. Cela fut techniquement realise par un non-recourse loan de 30 milliards de la FED a JPMorgan, garanti par le collateral des creances douteuses de Bear. A aucun moment le Tresor US n’est intervenu, a aucun moment le contribuable US n’a sorti un cent de sa poche. Tout a ete fait par JPMorgan et la FED, organismes a actionnariat entierement prive. On peut voir l’operation comme une solidarite entre grandes banques, sans aucune trace de la violence socialiste qu’on a vu a l’oeuvre dans les sauvetages de WestLB en Allemagne et NorthernRock au Royaume Uni. Il n’y a rien de mal a se tromper, mal se souvenir, ne pas avoir saisi les finesses de l’affaire. A chacun son metier. Mais il serait sympa de le reconnaitre.

  • permalien Yvan :
    15 septembre 2008 @11h19   « »

    habsb, j’espère que vous appréciez à sa juste valeur, le fait que les bolchéviks de Washington, abandonnent l’assistanat pour Lehman Brother au profit de la vertu des marchés.

    Si ça devient la règle on peut se demander si nous ne somme pas dans les prémices d’une crise.

    A noter a propos de lafaillite d’Alitalia, une nouvelle technique pour annoncer les licenciements, on donne aux citoyens le nombres des rescapés (en réalité il y a 3000 licenciements, pour l’appétit des investisseurs) :

    L’accord-cadre accepté par les quatre confédérations syndicales nationales (Cgil, Cisl, Uil et Ugl) fixe notamment les effectifs de la nouvelle compagnie à 12.500 personnes dont 1.550 pilotes, 3.300 hôtesses et stewards et 7.650 techniciens, employés et cadres dirigeants, selon l’agence Ansa.

    A une époque où même la laïcité se doit d’être positive, c’est la moindre des choses que le nombre d’employés jetés à la rue le fut aussi.

    Nul doute que l’économie réalisée en ne versant pas d’indemnités de licenciements aux nouveaux enmloyés de la nouvelle société, permettra de régler les notes de kérosène à la raffinerie Eni.

  • permalien Yvan :
    15 septembre 2008 @14h52   « »

    "Par sa mise sous tutelle de Freddie Mac et de Fannie Mae il y a huit jours, le Trésor américain a d’un coup démultiplié la dette publique des Etats-Unis", la faisant passer de 9 500 milliards à 14 000 milliards de dollars, rappelle ainsi Le Temps, qui note que "l’injection massive de liquidités, par la Fed ou la dette publique, va à nouveau stimuler la hausse des prix".

  • permalien Jordi Grau :
    16 septembre 2008 @00h43   « »

    À Habsb

    Je crois qu’un monde nous sépare. Il est probable que des heures de discussion et des centaines de message échangés ne suffiraient pas à nous rapprocher, sauf de façon marginale. J’envoie tout de même un dernier message, sachant qu’il ne vous convaincra pas, et qu’il suscitera de votre part des objections qui ne me convaincront pas non plus.

    - Vous dites que les gouvernements ne devraient pas s’occuper d’économie. Pourtant, même dans une optique strictement libérale, ils sont bien obligés de le faire. C’est le pouvoir politique qui est la garantie du respect des lois et de la propriété, donc de la monnaie et des échanges. Dans une société libérale, le gouvernement intervient pour défendre les riches propriétaires contre la masse des pauvres qui souhaiterait s’approprier leurs biens, ou du moins organiser une redistribution des richesses.

    Le 19ème siècle européen est particulièrement exemplaire de ce point de vue là. En cette ère libérale, les ouvriers avaient parfaitement compris que l’État n’était pas là pour les protéger mais pour les empêcher de contester l’ordre établi. Et c’est pourquoi nombre d’entre eux étaient anarchistes, et en tout cas méfiants à l’égard de l’État.

    Plus tard, les choses ont changé, parce que la menace révolutionnaire a contraint la bourgeoisie et les gouvernements à mettre de l’eau dans leur vin, en intervenant dans l’économie pour redistribuer un peu les richesses et apporter un peu de protection sociale aux pauvres. C’est pourquoi les riches d’aujourd’hui récriminent sans cesse contre l’État et les gouvernements, alors même que ces derniers sont issus généralement de la bourgeoisie et font tout ce qu’ils peuvent pour la contenter (un bon exemple : Bush et Sarkozy, et leurs cadeaux fiscaux).

    Bref, l’État et les gouvernements ne peuvent jamais être totalement indépendants des acteurs sociaux et économiques. Lorsque les pauvres sont encore faibles et désunis, l’État est un outil au service des plus riches. Il est là pour mater les rébellions des pauvres, pour les faire rentrer dans le rang. Quand les pauvres sont plus forts, l’État fait une politique plus équilibrée, une sorte de compromis plus ou moins boîteux entre les différentes forces sociales. Comme disait l’autre, la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Nier ce fait, c’est avoir une vision complètement abstraite de la société, nier qu’elle est sans cesse menacée d’éclater sous la pression d’intérêts divergents.

  • permalien Jordi Grau :
    16 septembre 2008 @00h56   « »

    À Habsb (suite et fin)

    - Au sujet du protectionnisme, il s’agit tout de même d’une claire intervention de l’État dans l’économie. Comme son nom l’indique, il s’agit bien de protéger (donc d’aider) un certain nombre d’entreprises - soit pour éviter qu’elle se fasse manger par la concurrence internationale ; soit pour les aider à dévorer les entreprises concurrentes. Parfois même, le protectionnisme s’accompagne de subventions à l’exportation. C’est le cas pour le coton ou pour l’agriculture, mais il y a d’autres exemples. Et contrairement à ce que vous pensez, ce genre de politique peut être véritablement criminelle : lorsqu’on inonde le marché des pays pauvres de produits subventionnés, on fait plonger dans la misère énormément de petits producteurs.

    - Au sujet du "choix" des salariés, je me demande si vous parlez sérieusement. Quand il y a beaucoup de chômage, on n’a guère le choix : on prend le travail qu’on nous offre, fût-il mal payé et très pénible. Et cette contrainte est d’autant plus forte qu’on vit dans une société plus libérale : dépourvu de protection sociale, le salarié est contraint de travailler pour presque rien s’il veut survivre.

    Par ailleurs, peut-on sérieusement dire à TOUS les salariés : il ne tient qu’à vous de devenir chefs d’entreprise ? Sauf rares exceptions, une entreprise ne se réduit pas à une seule personne physique. Les patrons sont bien contents de trouver des gens qui veulent travailler pour eux.

    Enfin, vous n’envisagez que deux manières, pour un salarié, de devenir propriétaire du fruit de son travail : devenir patron ou devenir actionnaire. Vous oubliez une troisième possibilité, beaucoup plus satisfaisante, beaucoup plus conforme à la liberté humaine et aux droits fondamentaux défendus par les libéraux : l’abolition du salariat, l’appropriation collective des moyens de production par les travailleurs. Par ces mots, je n’entends pas l’étatisation systématique, et encore moins la gestion des entreprises par un Parti tout-puissant : j’entends par là l’auto-gestion, la démocratisation intégrale du monde du travail.

  • permalien Bizz :
    16 septembre 2008 @02h50   « »

    Avis tres complet et tres interessant

    L’avis politique sur les positions du PS parait qq peu facile aujourdhui. Dans une société où les idées seulement moins libérales paraissent utopistes et ringardes, il est peu surprenant, bien que decevant, que le PS acceptent de renoncer ce à quoi la société a elle meme renoncée. La désinformation libérale a fait craqué la solidarité en comparant toute forme de redistribution à de l’assistanat et à de l’archaisme economique. Apres un an de crise, aucun constat de specialiste connu dans les grands medias (... la désinformation) n’aborde les questions des responsabilités (structurelles et de personnes physiques ou morales) de cette crise, des grands perdants de cette crise (ou des autres) et des necessaires forts ajustements pour eviter que les accumulations cycliques se produisent ! Et que dire du mensonge perpétuel qui annonce régulièrement que la crise est fini apres une semaine sans turbulence financiere, mme Lagarde ayant annoncée par exemple fin juillet 2007 que le plus fort de la crise etait derriere nous ! Seules qq analyses dont celle ci abordent les problemes et evoquent des solutions. Mais combien de temps faudra t il pour que les esprits de nos concitoyens soient informés et je ne dis pas convaincus. La "chance" de cette crise pourrait que sa durée aide à cela ! Chaque courte crise etant trop rapide pour qu’une analyse de fond de la société soit posée en débat aux yeux de tous. Les defenseurs du schema cyclique font profil pas en attendant la fin de l’orage et reparte de plus bel lorsque celui ci est fini, critiquant tous ceux qui annoncaient la necessité d’un changement radical, et je ne parle pas de revolution !
    Le PS est piégé par son incompetence parfois mais souvent par le matraquage d’analyses court-termistes et markettés qui noient les esprits dépolitisés et désyndicalisés...

  • permalien Yvan :
    16 septembre 2008 @07h53   « »
    Celui qui y croit et celui qui n’y croit pas.

    Ce que la gauche française n’a pas (ou n’a pas voulu) comprendre, c’est que le combat des néo-tout-ce-qu’on-veut, est avant tout rhétorique.

    Revendiquer le mensonge au travers de l’alibi "Leo Strauss" (jadis Machiaviel), voilà le crédo des néos.

    La riposte se doit d’être d’abord rhétorique.
    - Mentir à son tout fait de vous un nouveau-néo.
    - Démonter démontrer expliquer est fastidieux, mais peut-être profitable dans la mesure ou vous faites œuvre de pédagogue et ainsi vous participez à la progression de la démocratie.

    Les démocrates américains après avoir longtemps fait le choix du mensonge (administration Clinton), semble aujourd’hui changer de stratégie en créant ce site internet : www.mccainpedia.org, qui démonte les mensonges des républicains.

  • permalien habsb :
    16 septembre 2008 @10h56   « »

    JORDI GRAU

    Merci pour votre reponse et pour le ton civil, assez rare dans ce blog.

    "Plus tard, les choses ont changé, parce que la menace révolutionnaire a contraint la bourgeoisie et les gouvernements à mettre de l’eau dans leur vin, en intervenant dans l’économie pour redistribuer un peu les richesses et apporter un peu de protection sociale aux pauvres"

    Je ne partage pas votre cle de lecture de l’histoire. Ce n’est pas du tout cela. Les choses ont change car les politiciens ont compris la grande opportunite (en termes de pouvoir et enrichissement personnel) qui s’offrait a eux avec la "menace sociale". L’impot sur les revenus, la TVA, les banques federales et toutes les autres terribles inventions politiques ont ete justifiees par le noble souci de redistribuer. Mais qu’est-ce qu’on a redistribue ? Aujourd’hui 2008 la DISTANCE SOCIALE entre un VRAI pauvre et un VRAI riche est plus grande qu’il y a 100 ans. En termes de niveau de vie, pouvoir, sante’, tout. Aux USA comme en Chine, en Russie ou en Europe.
    Certes, la medecine a fait des progres, certes, bouffe et fringues se produisent plus facilement, je dirais chimiquement. Donc la condition de pauvre est moins dure. Mais je ne vois aucune redistribution, bien au contraire.
    En 1908 JPMorgan imposait un facteur 20 maximum entre les salaires des entreprises controlees. Savez-vous a combien on est aujourd’hui dans le repute modele francais ?

    Si vous reflechissez a ce sujet, vous arriverez comme moi a la conclusion qu’aucune redistribution n’a ete faite en 100 ans, au contraire on a regresse. Alors a quoi bon payer des taxes astronomiques ? L’utilisation des taxes aujourd’hui n’est pas celle liberale, regalienne (securite, justice, atouts qu’en France font serieusement defaut), ni celle socialiste d’une redistribution qui n’existe pas. Mais celle, inventee dans le XX siecle, d’alimenter royalement une classe de burocrates et politiciens, le nouveau clerge de cette Eglise qui s’appelle Etat republicain, qui agite face aux contribuables (au lieu de l’Enfer et de la Damnation) le spectre de la revolte sociale et de l’anarchie. Alors que les gens se sont historiquement revolte seulement a cause des impots.

  • permalien habsb :
    16 septembre 2008 @11h08   « »

    JORDI GRAU

    "l’abolition du salariat, l’appropriation collective des moyens de production par les travailleurs"

    Vous oubliez qu’une entreprise est
    1. Machines
    2. Competences et idees
    3. Main d’oeuvre
    4. Capitaux pour payer les salaires avant d’avoir vendu.

    Un ensemble de travailleurs qui s’approprie sans payer des machines et des capitaux d’autrui a la meme legitimite d’un banquier (capitaux) qui s’approprie de la main d’oeuvre sans payer (esclavagisme). Dans les deux cas, il s’agit d’un vol avec violence.
    Si on peut voler machines et capitaux, plus difficile est voler competences et idees, comme il nous apprend la desastreuse nationalisation de l’energie de Chavez, qui a vu precipiter le niveau de productivite suite au depart des multinationales etrangeres. Meme en Iran, Alain Gresh ne nous le dit jamais, mais on extrait moins de petrole que sous le Shah.
    Comme toujours, les vols et les violences reussissent une seule fois, apres les autres vous evitent. Donc l’appropriation collective des choses d’autrui aura comme consequence le depart des capitaux et la fin des investissements dans le pays en question. Cuba et Coree du Nord sont alors de bonnes examples de ce qui vous attend au terminus.

  • permalien Yvan :
    16 septembre 2008 @11h46   « »

    habsb, vous êtes impayable, l’aplomb avec lequel vous alignez votre contre-vérités est d’une certaine façon remarquable.

    Je ne réagirai que sur la question du pétrole vénézuélien : « la desastreuse nationalisation de l’energie de Chavez, qui a vu precipiter le niveau de productivite suite au depart des multinationales etrangeres. » dites-vous. Comme si l’exploitation d’un puits de pétrole était plus “productif” avec un "étranger"qui pompe.

    Ce qui a chuté, ce n’est pas la “productivité” mais la production. Et c’est normal, puisque les intérëts, du Venezuela, ne sont pas les mêmes que ceux de "l’étranger".

    Pétrole : le Venezuela va proposer une baisse de la production

    J’espère pour vous que vous ne croyez pas à ce que vous écrivez.

  • permalien habsb :
    16 septembre 2008 @12h51   « »

    YVAN
    il est difficile d’etre precis dans l’espace d’un message arbitrairement limite a 3000 caracteres, sans inonder le blog de messages.
    Bien evidemment dans un puits deja en exploitation il est difficile de gacher le travail deja fait par autrui.
    Mais l’EXPLORATION de nouveaux puits demande competences que le pauvre Chavez et ses sousfifres ont du mal a obtenir. Malgre le triomphalisme de la propagande, la decouverte de nouveaux gisement a cruellement marque le pas. On lie tout de meme la productivite d’une entreprise d’exploitation petroliere, a sa decouverte de nouveux gisements. Mais votre message demontre qu’il vaut mieux toujours expliciter ce qui semble connu par le lecteur.

    Il est egalement important de souligner que le gravissime manque de competence s’ajoute la bas a l’usage erronee des profits petroliers : le libre marche voudrait que les profits engranges actuellement, soient investis dans la recherche et l’exploration, pour l’avenir. Mais c’est vrai que au Venezuela des profits il en reste tres peu apres que la burocratie, la famille et les amis de Chavez se sont servis, et ses comptes personnelles a grand Cayman bien renfloues.

  • permalien Yvan :
    16 septembre 2008 @13h27   « »

    habsb, si vous pensez que la nationalité des capitaux, détermine la productivité des entreprises.

    Si vous croyez que la rente pétrolière vénézuelienne, ne donne pas les moyens au Venezuela de se payer les meilleurs spécialistes (parmi lesquels il y a de nombreux Vénézuéliens).

    Si vous croyez que l’intérêt du Venezuela, c’est de brader ses matières premières pour booster les ventes de 4X4 aux USA.

    Alors vous avez raison.

    Sinon, vous avez peut-être, des préjugés ou des arrières pensées.

  • permalien habsb :
    16 septembre 2008 @13h48   « »

    YVAN

    Non, la nationalite des entreprises n’a rien a voir la dedans. Les grandes entreprises petrolieres sont norvegiennes, bresiliennes, yankees, british, italiennes, francaises..
    Et les meilleures specialistes en exploration ne sont pas du tout venezueleens mais justement norvegiens, bresiliens, yankees. Et ils ne travaillent pas en freelance, mais au sein des multinationales de leur pays parce que le know how n’est pas seulement une question d’experience d’un ingenieur, mais de procedures, machines, culture d’entreprise...
    Il y a une poignee d’ entreprises au monde qui peuvent fournir le materiel necessaire a l’exploration moderne, et encore moins qui peuvent l’utiliser correctement, pour soi ou en soustraitance d’une ’major’.
    Extraire du petrole aujourd’hui est un defi qui demande la collaboration de plusieurs entreprises a tres haute technologie. Vous ne voulez pas collaborer, vous voulez garder tout le profit pour vos comptes a Grand Cayman et pour acheter les elections a force des cadeaux aux pauvres ? Et alors contentez vous des anciens puits, tant qu’ils crachent de l’or noir, apres quoi vous ne pourrez pas faire pire que Castro.

  • permalien Yvan :
    16 septembre 2008 @14h20   « »

    habsb, ok, donc vous avez des préjugés ou des arrières pensées.

    (ce n’est pas une question, vous pouvez aussi avoir des préjugés et des arrières pensées).

  • permalien Jordi GRAU :
    16 septembre 2008 @14h57   « »

    Message à Habsb

    C’est sans doute idiot, mais je ne résiste pas, malgré mes bonnes résolutions, à la tentation de vous répondre encore une fois.

    Que les inégalités soient plus fortes en 2008 qu’en 1908 n’est pas très étonnant, puisque :

    - le monde est globalement beaucoup plus riche, en grande partie grâce au progrès technique ;

    - une grande partie de la population mondiale est dans la misère la plus extrême.

    Mais cet exemple ne prouve aucunement l’inefficacité des politiques de redistribution : en 1908, celles-ci étaient encore balbutiantes. Ce qui serait beaucoup plus éclairant, c’est d’étudier l’évolution des inégalités - globalement et pays par pays - depuis une trentaine d’années. C’est surtout à partir de ce tournant néo-libéral que les inégalités ont commencé à exploser. Pendant les "trente glorieuses", elles avaient plutôt tendance à diminuer.

    Par ailleurs, vous continuez à opposer le monde de l’économie et le monde politique, comme si les preux entrepreneurs étaient floués par les méchants politiciens. Mais tous ces gens viennent du même monde. Ils se connaissent, se tutoient, se considèrent comme des frères... S’il y a opposition dans la société, c’est plutôt entre les pauvres et les riches (pour aller vite).

  • permalien Jordi GRAU :
    16 septembre 2008 @15h23   « »

    Nouveau(ultime ?) message à Habsb :

    Pour vous, Habsb, l’appropriation collective des moyens de production est un vol. Nul besoin d’être marxiste pour voir en quoi ce jugement est discutable.

    Je ferai d’abord remarquer que la notion de propriété est juridique. Le statut de la propriété peut donc changer en fonction des lois. Et ce qui fait la légitimité des lois, c’est un certain consensus social. Ainsi, à supposer que la grande majorité des gens veuillent l’autogestion, l’appropriation collective des moyens de production n’apparaîtra plus du tout comme un vol.

    Ensuite, je vous conseille de relire Locke, auteur que vous citiez dans un précédent message. Dans le second Traité du gouvernement civil (dont le texte est accessible sur internet), Locke justifie la propriété privée de la manière suivante :

    1. Au départ les ressources naturelles ont été données par Dieu à toute l’humanité ;

    2. Seulement cette propriété commune ne servirait à rien si chacun ne pouvait s’approprier, pour ses besoins particuliers, une part de la propriété commune.

    3. Objection : mais comment éviter que certains ne prennent la part du lion, au détriment des autres ?

    4. Réponse : pour pouvoir justifier son appropriation, chaque propriétaire doit travailler sur la ressource naturelle qu’il a prise à la propriété commune. Le produit de mon travail étant mon oeuvre propre, j’en suis le propriétaire. Et comme les forces de chaque travailleur sont très limitées, il n’y a pas de risque que quelques uns s’approprient une trop grande part, car ils ne pourraient plus la transformer par leur travail.

    Si Locke était allé jusqu’au bout de cette idée, il serait sorti du cadre libéral de sa pensée. Il aurait vu que plusieurs personnes travaillant en commun sont (selon le "droit naturel" défini par Locke) co-propriétaires de leur production.

    Pour terminer, je ferai remarquer que la propriété privée a souvent commencé par une expropriation extrêmement violente, tout à fait contraire aux beaux principes libéraux. Exemples : les enclosures en Angleterre, ou les terres volées aux Indiens dans toutes les Amériques.

  • permalien habsb :
    16 septembre 2008 @16h24   « »

    JORDI GRAU

    "Par ailleurs, vous continuez à opposer le monde de l’économie et le monde politique, comme si les preux entrepreneurs étaient floués par les méchants politiciens. Mais tous ces gens viennent du même monde. Ils se connaissent, se tutoient, se considèrent comme des frères.."

    Et justement ! Comment alors ne voyez-vous pas votre enorme contradiction qui consiste a croire pieusement que ces politiciens qui se frottent aux riches, se rangeraient au nom de la redistribution du cote des demunis ? Comment peut-on redistribuer par l’IRPP, (qui ne frappe aucunement une fortune qui ne genere pas de revenus), et par une ISF qui coute plus qu’elle ne rapporte ? Un seul impot serait juste et efficace en meme temps, et pourrait remplacer tous les autres au nom de la redistribution : 2% annuel de votre fortune totale, immobiliere et financiere. Pour tous.
    Allez le proposer aux teneur de notre gauche avec leurs collections d’art exonerees d’ISF ou leurs villas en Cote d’Azur declarees a 200mille euros.
    Non, la Redistribution est a nos partis politiques ce que le Paradis etait a l’Eglise Catholique : la carote qui justifie leur existence, leur pouvoir, les impots qui les entretiennent.

    "Je ferai d’abord remarquer que la notion de propriété est juridique. Le statut de la propriété peut donc changer en fonction des lois."

    Je vous arrete la car la discussion deviens impossible avec qui ne reconnait pas les droits fondamentaux de l’homme enonces par John Locke (vie, egalite juridique, liberte, propriete privee). Pour imaginer comment j’ai accueilli votre proposition, tachez d’y remplacer le mot "propriete" par le mot "vie". D’ailleurs la vie est aussi une notion juridique dans certains regimes comme le chinois. La propriete individuelle, obtenue par le travail dans le plein respect des droits des autres, est pour moi et Locke aussi importante que la vie. Mais je remarque que les Etats ont toujours eu du mal a le comprendre. Deja dans la Declaration d’Independance USA, les 4 droits etaient devenus "vie, liberte, egalite juridique et RECHERCHE DU BONHEUR". Apres, dans la Revolution Francaise, "liberte, egalite, FRATERNITE". Vie (guillotine oblige) et propriete disparaissent au profit d’une fraternite qui veut dire tout et rien a la fois...

  • permalien G. :
    16 septembre 2008 @16h49   « »

    Tous les hommes politiques n’ont pas toujours été les mêmes dans l’histoire du capitalisme.
    Les rapports de force dans la société n’ont pas touours été les mêmes entre les groupes sociaux liés au capital et à la finance et les groupes sociaux dépendants du salariat ou de cette nouvelle forme d’exploitation qu’on nomme le précariat.

    Il fut un temps où un compromis social permettait à Pierre Mendès-France mener une politique d’un État fort contre un argent fort. Rappelons-nous de cela, à la fois pour ne pas trop fanfaronner devant les ors nauséabonds de la réussite oligarchique en France et dans le monde, et ne pas désespérer de changer le monde, mais bien sûr une fois l’avoir compris (c’est-à-dire comprendre que les rapports, pour le moment, sont défavorables aux prolétaires, mais comme toute situation historique, peut changer).

    Pendant ce temps certains essayent de légitimer de toutes leurs forces l’ordre de l’injustice, et d’autres essayent de trouver des arguments pour rendre la réalité inacceptable pour la changer.

  • permalien Jordi GRAU :
    16 septembre 2008 @17h50   « »

    À Habsb

    - Les hommes politiques étant ce qu’ils sont, il ne faut certes pas attendre d’eux qu’ils prennent spontanément des mesures en faveur de l’intérêt général. Si, à une certaine époque, ils ont pu mettre en oeuvre des politiques un peu plus justes (à mes yeux en tout cas), c’est parce que les rapports sociaux n’étaient pas les mêmes. Je maintiens "ma" thèse (qui est en fait très banale) : lorsque les faibles s’unissent, ils contraignent les politiques à faire un compromis et à réduire les inégalités.

    - Au sujet de la propriété, je pense qu’il y a un malentendu. Lorsque j’ai écrit qu’une loi pouvait changer le statut de la propriété, je ne voulais pas dire que la propriété privée serait purement et simplement supprimée. Je faisais allusion à une loi légitime, largement approuvée par la population, et non à une mesure brutale de style soviétique. Il est évident que personne ne souhaite voir tous ses biens personnels accaparés par un organisme qui prétend oeuvrer pour l’intérêt commun. Il faut que certains biens restent privés. Mais il est également juste que les gens qui travaillent en commun puissent décider ensemble, démocratiquement, de la part de richesses qui doit revenir à chacun.

    Et puisque vous liez la propriété à la vie, je vous ferai remarquer que c’est justement la survie des plus pauvres qui est en jeu. Lorsqu’une petite minorité de gens s’accaparent la plus grosse partie du patrimoine d’un pays, il y a toujours des gens qui crèvent de faim et meurent très jeunes. Croyez-vous que la vie des latifundistas du Brésil soient menacée lorsque des paysans sans terre s’approprient une petite partie de leurs terrains laissés à l’abandon ? Locke et les droits de l’homme ont bon dos, dans cette histoire.

  • permalien Yvan :
    17 septembre 2008 @08h55   « »

    Finalement, non seulement on retourne en récré, mais en plus c’est open bar...
    - Barclays s’offre une grosse part de Lehman Brothers pour 1,75 milliard de dollars
    - La Fed sauve AIG de la faillite en lui prêtant 85 milliards de dollars
    - Morgan Stanley annonce plus tôt que prévu des résultats meilleurs qu’attendu

    On aimerait croire que c’est la fin d’une utopie, mais l’histoire a montreé que quand on souffle su’ l’ bobo a pu d’bobo.

  • permalien habsb :
    17 septembre 2008 @09h41   « »

    YVAN

    Sur l’article du Telegramme que vous proposez en lien, on lit encore le meme mantra "plus d’Etat, plus de regulation", face a l’"attitude irresponsable des golden boys de la finance", et speculateurs divers. Coupables sans doute d’avoir permis pendant des annees a de millions de chomeurs USA de se loger dans des villas de 100 metres carrees sans rembourser leurs emprunts, et par consequences de se retrouver aujourd’hui eux aussi les golden boys au chomage.
    Soit ! Regulons. Que fera-t-il donc cet Etat pour eviter d’autres crises ?
    Les propositions font cruellement defaut. Meme LORDON hesite a donner sa formule magique pour la crise des subprime.
    Je me risque une fois pour toutes : 1) etablir un minimum de revenus pour accorder un credit ? Et si l’emprunteur est licencie ? On fait quoi des credits en cours ?
    2) permettre a la banque de choisir si accorder un credit ou pas ? Comme c’est le cas en France ? C’est a dire revenir sur la desastreuse reforme Clinton du Community Reinvestment Act qui a oblige les banques a preter a qui que ce soit ?
    C’est a dire REVENIR SUR CETTE DESASTREUSE REGULATION ET LES DEGATS QU’ELLE A PROVOQUES ?

  • permalien Yvan :
    17 septembre 2008 @11h51   « »

    habsb , je suis d’accord avec vous et trouve ces interventions de l’état intempestives.

    Franchement je rigolais plus lundi et mardi, et le sens de mon post, c’est qu’il faudrait rendre tout "état", illégal, même bien sûr, pour percevoir des taxes, (et non des impôts comme vous le faisiez si judicieusement remarquer plus haut), et refinancer les entreprises, victimes innocentes de la vertu des marché.

    La fin de l’assistanat des entreprises sera, peut-être, pour l’inévitable prochaine fois... "faisons un rêve"

  • permalien Fracture :
    17 septembre 2008 @12h07   « »

    Je ne suis pas d’accord sur le fait que la propriété privée puisse être un droit fondamental.
    Surtout concernant la propriété privée de la terre et des ressources naturelles, pourquoi certains du fait de leur lieu de naissance et de la richesse de leur famille seraient favorisés, ceci remet en cause le principe d’égalité, comme le fait d’ailleurs la notion d’héritage (voir l’opinion de Warren ou Bill sur le sujet).

  • permalien G. :
    17 septembre 2008 @13h01   « »

    le meme mantra "plus d’Etat, plus de regulation"

    Ce n’est pas sérieux.

    On vit peut-être un changement d’époque, il faut éventuellement le souhaiter, si ça se fait pour un monde meilleur à vivre et non pour plus encore d’exploitation et de domination de la part toujours plus de minorités agissantes.

    Mais de grâce, le mantra qu’on entend encore dans nos chers médias (France Inter, Europe 1, RTL, etc., TF1, France 2, etc., Le Monde, Le Figaro, Les Echos, La Tribune, etc.), c’est bien plutôt "moins d’Ètat, moins de régulation".

    Chacun sait cela.

    Au final le propre d’un libéral de l’heure est l’ignorance crasse ou l’ignorance feinte, ce qui est au final la même vilenie.

  • permalien habsb :
    17 septembre 2008 @13h23   « »

    FRACTURE

    merci pour votre intervention.

    Les inegalites sont intrinseques a la nature humaine. Vous etes grand, beau, fort, e pere de six enfants. Moi, je suis petit, chetif, et steril. Doit-on donc vous "saisir" un enfant au nom de la redistribution ?

    Les idees de Mr. Buffett au sujet ne mettent pas en question la moralite de l’heritage. Tout simplement, il observe a raison que les gosses de riches sont souvent de paresseux imbeciles, car ils n’ont jamais gagne leur vie. Lui, tout en etant fils de courtier de Bourse, il bossait deja a 13 ans.

    Alors, le probleme est plutot celui de faire travailler les fils des riches. Ma proposition d’un impot patrimoniale de 2% annuel sur la fortune totale (sans aucune exemption), va dans ce sens la. Si vous ne travaillez pas, en 50 ans vous n’avez plus rien.

  • permalien G. :
    17 septembre 2008 @13h43   « »

    Michel Aglietta, professeur d’économie à l’université Paris-X
    "La crise étouffe progressivement les économies occidentales"
    LE MONDE | 16.09.08 | 13h54 • Mis à jour le 17.09.08 | 11h15

    ichel Aglietta, vous êtes un spécialiste de la finance américaine. La faillite de Lehman Brothers, après la nationalisation de Freddie Mac et Fannie Mae, donne l’impression de châteaux de cartes s’effondrant les uns après les autres. Comment l’analysez-vous ?

    Nous assistons à une crise majeure, celle de l’organisation même du système financier. Elle a été provoquée par un phénomène de surendettement, que le modèle des banques d’affaires et d’investissement a énormément amplifié. En effet, ces banques se financent, non avec des dépôts, mais en émettant du "papier commercial", acheté par des fonds d’investissement, sicav, etc. Elles ont pu réaliser ainsi, ces dernières années, des financements dits "titrisés" de très grande ampleur, car les taux d’intérêt étaient bas et la valeur des actifs liés à l’immobilier montait beaucoup. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit, et le processus fonctionne à rebours. Les investisseurs ne veulent plus acheter de "papier commercial". De plus, les banques ne se consentent plus de crédits entre elles, face au danger que leurs homologues conservent des pertes cachées. Et des crises de paiement très violentes apparaissent.

    Pourquoi les banques d’affaires ont-elles pu prendre de tels risques ?
    Elles ne sont pas soumises à des contraintes "prudentielles" (des règles de limitation des risques) comme les banques de dépôt. Elles ne sont surveillées que par la SEC (Securities and Exchange Commission, le gendarme des marchés américains) pour leurs opérations de marché. C’est pourquoi la Fed, la Réserve fédérale, a demandé au Congrès américain de les superviser.

    Jusqu’où la crise peut-elle aller ?
    Elle se poursuivra jusqu’à ce que les investisseurs institutionnels, plusieurs fois échaudés, soient rassurés par le bilan des établissements financiers : le rapport entre leurs fonds propres et la valeur des actifs qu’ils détiennent doit revenir à un niveau acceptable. Les intermédiaires sont à peu près paralysés, ce qui rend la crise longue et devrait l’amener très loin dans l’année prochaine et peut-être en 2010. Elle est aussi en train de se propager à l’économie réelle et d’étouffer progressivement les économies occidentales.

  • permalien G. :
    17 septembre 2008 @13h45   « »

    Michel Aglietta, professeur d’économie à l’université Paris-X "La crise étouffe progressivement les économies occidentales" LE MONDE | 16.09.08 | 13h54 • Mis à jour le 17.09.08 | 11h15

    Quels sont les effets en chaîne possibles de cette faillite bancaire ?
    Lehman est une banque très importante : elle a des liens de contrepartie avec toutes les autres. Que l’on n’ait pas pu la recapitaliser, pour circonscrire les pertes, montre à quel point l’inquiétude est forte. Face aux risques pour le système, des pare-feux ont été installés : dix très grandes banques ont mis des liquidités en commun et créé un fonds de garantie. D’autre part, la Fed a pris des mesures pour faciliter l’apport de liquidités aux banques d’investissement : elles peuvent lui donner en garantie (collatéral) non seulement des emprunts d’Etat, mais aussi des actions d’entreprises cotées en Bourse ! Cela ne s’était jamais produit jusqu’ici, sauf à Hongkong en 1997. Il faut noter que la Fed a ouvert cette ligne de crédit en avril, à la suite de la quasi-faillite de la banque Bear Stearns, pour des établissements qui ne relèvent pas de sa prérogative, au contraire des banques de dépôt. Toutes ces mesures ne vont pas résoudre la crise mais elles visent à empêcher les marchés de se gripper complètement.
    Quels problèmes posent l’engagement massif des pouvoirs publics américains ?

    Si la Fed fournit des liquidités en échange d’actions, c’est parce qu’elle est épaulée par le Trésor américain, qui les lui rachètera ensuite, en payant avec des emprunts d’Etat. Avec les différentes opérations de sauvetage et de soutien en cours, on peut s’attendre à un très fort déficit budgétaire.

    D’autres risques se profilent-ils ?

    On peut noter l’extension de la crise aux banques régionales américaines. Une centaine sont jugées douteuses et dix d’entre elles ont déjà fait faillite. L’organisme d’assurance des dépôts, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), pourrait ne pas avoir assez de ressources pour garantir tous les dépôts de ces établissements. La question risque de se poser.

    L’économie américaine peut-elle résister à ces chocs ?
    Les chiffres rassurants de la croissance au second trimestre ont créé une illusion. Ces derniers mois, les ménages ont vendu des parts de mutual funds (sicav), contraints et forcés, afin de payer leurs dettes. Cela ne peut pas durer indéfiniment : on peut s’attendre à une remontée de l’épargne et à une baisse de la consommation, qui produira sinon une récession, du moins une stagnation économique. Les profits des entreprises vont donc continuer à se dégrader. Or le recul de la valeur des actions produit d’autres risques systémiques. En effet, dans les années euphoriques, beaucoup d’entreprises se sont endettées pour racheter leurs propres actions, ce qui a fragilisé leur bilan.

    Propos recueillis par Adrien de Tricornot
    Article paru dans l’édition du 17.09.08

  • permalien Fracture :
    17 septembre 2008 @15h29   « »

    De rien cher ami,

    Je vois donc que vous êtes un expert de Shopenhauer, je classerai vous réponse dans le stratagème II et/ou XXIV j’hésite n’étant pas expert :

    S2 : Ce stratagème consiste à étendre une proposition à quelque chose qui a peu ou rien à voir avec le discours original hormis la similarité des termes employés afin de la réfuter triomphalement et donner l’impression d’avoir réfuté la proposition originale.
    S XXIV : Tirer de fausses conclusions
    Il s’agit de prendre une proposition de l’adversaire et d’en déformer l’esprit pour en tirer de fausses propositions, absurdes et dangereuses que sa proposition initiale n’incluait pas : cela donne l’impression que sa proposition a donné naissance à d’autres qui sont incompatibles entre elles ou défient une vérité acceptée. Il s’agit d’une réfutation indirecte, une apagogie, qui est une autre application de fallacia non causæ ut causæ.

    Nonobstant votre proposition d’un impôt de 2% ne tient pas car imaginons que vous ayez 100 000€ placé à 4 %, vous les taxez à 2 % donc 2 080 de taxes (fortune totale après un an, capital + intérêts) , il vous reste quand même 101 920 €.
    (Stratagème XXVI : Retourner un argument contre l’adversaire
    Un coup brillant est le retorsio argumenti par lequel on retourne l’argument d’un adversaire contre lui. Si par exemple, celui-ci dit : « Ce n’est qu’un enfant, il faut être indulgent. » le retorsio serait : « C’est justement parce que c’est un enfant qu’il faut le punir, où il gardera de mauvaises habitudes. » )

    Je vous laisse utiliser l’argument XIV dans votre future réponse.
    S XIV : Clamer victoire malgré la défaite
    Il est un piège effronté que vous pouvez poser contre votre adversaire : lorsque votre adversaire aura répondu à plusieurs questions, sans qu’aucune des réponses ne se soient montrées favorables quant à la conclusion que vous défendez, présentez quand même votre conclusion triomphalement comme si votre adversaire l’avait prouvée pour vous. Si votre adversaire est timide, ou stupide, et que vous vous montrez suffisamment audacieux et parlez suffisamment fort, cette astuce pourrait facilement réussir. Ce stratagème est apparenté au fallacia non causæ ut causæ.
    Arthur Shopenhauer : L’Art d’avoir toujour raison. http://fr.wikisource.org/wiki/L’Art_d’avoir_toujours_raison

  • permalien Fracture :
    17 septembre 2008 @16h35   « »

    Réponse alternative :

    • Les inegalites sont intrinseques a la nature humaine. Vous etes grand, beau, fort, e pere de six enfants. Moi, je suis petit, chetif, et steril. Doit-on donc vous "saisir" un enfant au nom de la redistribution ?

    Ceci est un un sophisme (argument à logique fallacieuse) basé sur un syllogisme.

    ( un raisonnement qui apparaît comme rigoureux et logique, mais qui en réalité n’est pas valide (à ne pas confondre avec vrai). Le sophisme repose sur le moteur du syllogisme (( qui est un raisonnement logique à deux propositions/prémisses conduisant à une conclusion ; les deux prémisses sont des propositions données et supposées vraies, le syllogisme permettant de valider la véracité formelle de la conclusion.)

    • Les idees de Mr. Buffett au sujet ne mettent pas en question la moralite de l’heritage. Tout simplement, il observe a raison que les gosses de riches sont souvent de paresseux imbeciles, car ils n’ont jamais gagne leur vie. Lui, tout en etant fils de courtier de Bourse, il bossait deja a 13 ans.

    Ceci est un lieu commun (un fond commun d’idées à la disposition de tous, et dont la valeur persuasive est traditionnellement reconnue parce qu’elles font partie des idées couramment admises par l’auditoire et peuvent ainsi renforcer son adhésion. L’orateur (mais aussi l’auteur d’écrits) peut, et même doit y recourir. Mais il lui faut trouver le moyen de les présenter d’une manière personnelle et appropriée à la situation, en se gardant d’en faire ressortir la seule banalité. Les lieux communs, loin d’être des affirmations méprisables, participent de la technique du discours et aident à l’invention. )

    *----*

    Manque néanmoins la source de l’étude statistique montrant que « les gosses de riches sont souvent de paresseux … « . 

  • permalien
    17 septembre 2008 @19h40   « »
  • permalien Yvan :
    18 septembre 2008 @11h07   « »
    Changement d’époque ? et peut-être un certain désarroi...

    Le CAC 40 teste le seuil symbolique des 4.000 points

    Le marché tente de résister à la forte baisse de Wall Street mercredi et à la nouvelle dégringolade des marchés asiatiques. A l’ouverture, le CAC hésite entre passer ou non sous le seuil symbolique des 4.000 points. Il s’agit d’un plus bas depuis trois ans. A noter que les Bourses de Moscou restent fermées pour l’instant.

    Souhaitons au "CAC 40" une bonne réussite à ses tests, au "marché" de la vaillance dans sa résistance face à la légendaire et redoutée "baisse de Wall Street", et au "CAC", un peu plus de détermination que diable !

    Par ce que ce ne sont pas les "exécutives" qui les aideront.

  • permalien Oysterhead :
    18 septembre 2008 @14h51   « »

    A habsb

    "Le Trésor américain s’endette à bon compte pour aider la Fed"

    http://www.boursorama.com/infos/act...

    Il me tarde de découvrir les contorsions rhétoriques qui vont vous permettre de justifier l’injustifiable... La FED évite (?) le risque systémique mais ne prépare-t-elle pas la prochaine bulle ? Aléa moral, quand tu nous tiens...

  • permalien typewritten :
    18 septembre 2008 @16h02   « »
    Changement d’époque ?!

    Pour documenter le changement d’époque, voici comment l’on parle de la socialisation de la finance dans les blog du Financial Times :

    "From financialisation of the economy to the socialisation of finance. A small step for the lawyers, a huge step for mankind. Who said economics was boring ?"

    http://blogs.ft.com/maverecon/2008/...

  • permalien
    18 septembre 2008 @20h38   « »

    « L’économiste keynésien Thomas Palley décrit le piège destructeur dans lequel est tombé la finance qui aujourd’hui doit liquider en urgence les excès d’un système où les moteurs de la croissance étaient la dette et les bulles d’actif et non plus les salaires et l’investissement productif. »

  • permalien Yvan :
    19 septembre 2008 @08h00   « »
    Changement d’époque ?... mais vieilles combines !

    Il semble que les autorités de surveillance envisage la possibilité de prendre, eventuellement, des mesure appropriées :

    - Morgan Stanley a eu beau publier en avance des résultats meilleurs qu’attendu, son titre a perdu jusqu’à 40 % en séance, tandis que sa rivale Goldman Sachs chutait de plus de 20 %. Les marchés craignent une crise de liquidité.
    - Coup de frein sur les ventes à découvert

    Séquence souvenir : Le jour où Alcatel a perdu 40% de sa valeur

  • permalien G. :
    19 septembre 2008 @10h07   « »

    [La Question de l Etat par Jacques Genereux]

    la question, ce n’est pas : « plus ou moins d’Etat ? » C’est : « quel Etat veut-on ? » Entre 1970 et 2000, décennies du libéralisme, les dépenses publiques sont passées de 31,6 % à 35,8 %. Mais c’était plus d’aide aux entreprises, aux dépenses militaires et moins de social.

  • permalien
    19 septembre 2008 @21h34   « »

    M. Soros : "Wall Street ne s’effondre pas, Wall Street est en crise"

    http://www.lemonde.fr/web/imprimer_...

  • permalien Yvan :
    20 septembre 2008 @11h17   « »
    Cette fois-ci, la "main magique" n’aura pas été sollicitée...

    camp de "happy tax payers" en train de sauver la finance mondiale.

    AIG a vu son PDG, Robert Willumstad, autoritairement évincé trois mois seulement après sa prise de fonction. Son prédécesseur Martin Sullivan (2005-2008) avait eu plus de chance en touchant 19 millions de dollars d’indemnités de départ.

    ... un doigt a suffit !

  • permalien
    20 septembre 2008 @14h01   « »

    “La fin du néolibéralisme” (Joseph Stiglitz) :

    Il y a aujourd’hui découplage total entre les bénéfices sociaux et les intérêts privés. S’ils ne sont pas soigneusement couplés, l’économie de marché ne peut fonctionner de manière satisfaisante.

    Le fondamentalisme néolibéral est une doctrine politique au service d’intérêts privés, il ne repose pas sur une théorie économique. Il est maintenant évident qu’il ne repose pas non plus sur une expérience historique. Cette leçon est le seul bénéfice à tirer de la menace qui pèse sur l’économie mondiale.

  • permalien
    20 septembre 2008 @20h58   « »
    700 000 000 000 $

    Ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval.

  • permalien
    20 septembre 2008 @23h30   « »

    700 milliards de dollars.

    On ne va pas pinailler, on est juste passé de 10.600 milliards de dollars de dette publique à 11.300.

  • permalien
    21 septembre 2008 @09h34   « »

    « On ne va pas pinailler »

    Il s’en trouve malheureusement toujours un pour pinailler.

    Plan américain de soutien aux banques : ‘monstrueux’, selon Stiglitz

    Le retour à la "civilisation tipi", c’est un retour aux "fondamentaux amérindiens"... rien d’autre... ! et alors... ?

  • permalien 20 septembre @23h30 :
    22 septembre 2008 @14h23   « »

    @ 21 septembre @09h34

    Le “pinailler” était ironique bien sur.

    Toujours est-il que si « Joseph Stiglitz voit dans la crise actuelle "la fin d’un modèle économique désastreux" », assistera-t-on pour autant à la fin de ceux qui tirent les ficelles ?

    Le contrôle des rouages et la passivité populaire sont tels qu’il ne s’agira probablement que d’un répit le temps pour les "élites" de trouver un système de rechange.

  • permalien K. :
    22 septembre 2008 @14h43   « »

    Arthur Silber n’est pas optimiste :

    Stupider than shit. That’s an insult to shit.

    WE ARE COMPLETELY FUCKED.

    This is your world now. Make yourself at home, and get used to it.

  • permalien
    22 septembre 2008 @15h52   « »

    @22 septembre @14h23

    Stiglitz, est un incorrigible optimiste (c’est aussi de l’ironie), c’est ainsi qu’il s’est retrouvé prix Nobel et finalement c’est bien fait pour lui.

    Il s’obstine à croire que le néolibéralisme est une idéologie, alors qu’en réalité c’est une néo-idéologie.

    Là où il a raison, c’est que le terme "néolibéralisme" est grillé en tant qu’attrape nigaud. On peut essayer d’imaginer ce que les "think tanks" sont en train de nous concocter. "Nouveau keynésianisme" me semble très fréquentable, de même qu’ "alter libéralisme".

    En attendant, le racket fait son plein. A 2000$/étasunien, c’est finalement une opération assez rentable.

    Tant que Martin Sullivan, son comparse Robert Willumstad, et tous les responsables de cette imposture ne seront pas en prison, ce ne sera la fin de rien du tout.

    Pourtant en 1804 le code Napoléon stipulait déjà ( repris par le Code Civile Article 1382) :

    Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

    John Stuart Mill en 1859 reprenait l’idée (Harm principe), dans son ouvrage De la Liberté (tiens tiens). Mais il y a bien longtemps qu’il n’y a plus d’ idéologies derrière les mots.

  • permalien
    22 septembre 2008 @16h05   « »
    Ooops !
  • permalien
    22 septembre 2008 @18h29   « »

    Les écuries d’Augias ou le mythe de Cisif au choix :

    La Fed et la BCE injectent à nouveau des liquidités

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