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Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

mardi 16 septembre 2008, par Martine Bulard

On savait depuis longtemps qu’avec ses 1 400 milliards de dollars de réserve, la Chine avait largement financé le déficit américain (et donc ses dépenses de guerre). On savait également que les fonds souverains, qu’elle gère plus ou moins directement, étaient allés prêter main forte à plusieurs établissements financiers américains, dont la banque d’affaire Morgan Stanley (5 milliards de dollars) ou Blackstone (3 milliards — lire « Des “fonds souverains” au chevet des multinationales », par Ibrahim Warde, Le Monde diplomatique, mai 2008)... Histoire de montrer au monde en général, et aux Etats-Unis en particulier, qu’il faudrait désormais compter avec le dragon chinois.

Ce que l’on sait moins, c’est que le gouvernement de M. George W. Bush lui a enlevé une belle épine financière du pied en nationalisant les deux géants du refinancement des crédits hypothécaires, Fannie Mae et Freddie Mac. En effet, parmi les débiteurs de ces agences, figurait la Chine, à hauteur de 395,9 milliards de dollars — pas une bagatelle. Or, le renflouement des deux sœurs lui garantit ses fonds : les contribuables américains paieront. Pékin a donc dû pousser un « ouf » de soulagement. Dans la foulée, l’agence Chine nouvelle a salué publiquement l’initiative. Certes, le choix de l’administration américaine s’explique sans doute davantage par la peur de voir le château de cartes financier s’écrouler, entraînant des faillites en chaîne, que par la volonté de plaire à Pékin. Toutefois, le besoin de rassurer l’un des plus gros acheteurs de bons du Trésor américain n’est sans doute pas absent des préoccupations de Washington. Dans la guerre des puissances qui est la marque du nouvel ordre mondial, la compétition n’exclut pas la coopération.

Soyons juste, Pékin n’est pas le seul bénéficiaire de la manne publique américaine : on trouve également le Japon, engagé à hauteur de 228,2 millions de dollars ; la Russie, pour 75,3 milliards ; la Corée du Sud, pour 63 milliards ; Taïwan, pour 54,9 milliards (lire « Stocks Soar on Takeover Plan for Freddie and Fannie », The New York Times, 9 septembre 2008).

Telle est la réalité : pendant que M. Robert Gates, secrétaire américain à la défense, et Mme Condoleezza Rice, secrétaire d’Etat, multipliaient les déclarations vengeresses et les menaces à l’encontre de la Russie après le conflit avec la Géorgie, les affaires financières se menaient rondement « au mieux des intérêts de chacun ». En fait, tout le monde tient tout le monde !

On peut également noter, dans le sillage du quotidien Les Echos, que certains financiers se remplissent les coffres-forts au passage : « John Paulson, qui n’a aucun lien de parenté avec le secrétaire au Trésor américain, a empoché personnellement 3,7 milliards de dollars en pariant sur l’éclatement de la bulle immobilière. Les encours des fonds de cet ancien banquier de Bear Stearns sont ainsi passés de 7 à 28 milliards de dollars cette année. De même, Greenlight Capital a longtemps parié sur la chute du cours de Lehman Brothers. Les investisseurs institutionnels plus classiques comme Pimco adoptent parfois des stratégies similaires. Son gérant vedette, Bill Gross, a dégagé 1,7 milliard de dollars de plus-values en misant sur le sauvetage de Freddie Mac et de Fannie Mae par Washington. » (« Neuf questions sur une crise complexe qui n’en finit pas », Les Echos, 16 septembre). Les familles pauvres, elles, vont se retrouver à la rue…

Si Pékin peut avoir le sentiment — légitime — d’avoir échappé au pire avec Freddie Mac et Fanny Mae, les critiques internes commencent à fuser. D’abord, dans la population, où les moins pauvres mettent de l’argent de côté en raison de la faiblesse des pensions de retraite et de l’assurance maladie (d’où le niveau exceptionnellement haut du taux d’épargne chinois) et découvrent les joies de l’économie-casino. Les Bourses de Hongkong et de Shanghai dévissent à vive allure et les familles épargnantes se tournent vers… le gouvernement.

Au cœur même des institutions financières, les choix sont contestés. Ainsi, au sein de China Investment Corp, le plus vieux fonds souverain, nombre de critiques font remarquer « qu’il est peu avisé d’avoir consacré une part de ses 200 milliards de réserves à acheter des sociétés financières américaines au moment où le marché financier de la Chine est au bord de la chute libre » (lire Chip Cummins, Jason Dean et Evan Ramstad, « Sovereing funds choose to wait », Wall Street Journal, 16 septembre).

Comme le précise Ji Zhu, un économiste de l’Université de Pékin, « investir dans une entreprise en espérant que vous pourrez échapper au pire de la crise est une illusion. Si ce n’est pas Lehman Brothers qui a un problème, ce sera une autre ». Le diagnostic est juste. La crise est profonde (Le Monde diplomatique publiera un article d’Ibrahim Warde sur le système financier américain ainsi que d’autres analyses dans son numéro d’octobre, en vente à partir du 28 septembre). Pour l’heure, les autorités chinoises sont restées muettes. Inquiètes devant le risque de ralentissement économique et la hausse du chômage, elles ont néanmoins baissé les taux d’intérêts pour la première fois depuis quatre ans, et réduit les réserves obligatoires pour les petits établissements bancaires.

13 commentaires sur « Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains  »

  • permalien jcd :
    17 septembre 2008 @11h20   »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    Réduire les réserves obligatoire des organismes bancaires en Chine, c’est prendre le risque d’un emballement de la crise, non ? Plus dure sera la chute

  • permalien bourgade :
    17 septembre 2008 @17h11   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    parmi les débiteurs ou parmi les créanciers ???

  • permalien
    17 septembre 2008 @21h36   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    Bull Market, par Daryl Cagle.

  • permalien Yvan :
    17 septembre 2008 @22h11   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    Nous vivons une situation paradoxale, dans la mesure où les marchés boursiers ces 10 dernières années, se sont trouvés détournés par des intervenants de plus en plus puissants gérants d’ intérêts collectifs, comme les fonds souverains, les fonds de pensions, les fonds d’investissements, des portefeuilles d’assurances etc. et nous entrons dans une période où toute une partie du monde qui avait pendant plus de 50 ans été écarté de ces marché s’apprête à la fois a accéder au crédit à la consommation et à la spéculation boursière.

    Il est possible que la conjonction des deux phénomènes ait des manifestations inédites dans la mémoire des marchés.
    - Vent de panique à la Bourse de Moscou
    - Les Bourses asiatiques saluent le sauvetage d’AIG

  • permalien Pas lolo :
    18 septembre 2008 @09h37   « »
    Histoire belge

    Celle là est pas mauvaise non plus. Les belges recherchent 27 milliards d’obligations de F&F.

    http://www.lalibre.be/economie/actu...

    Mesdames et messieurs, pas de panique, nous controlons la situation.

    Au fait, on parle plus trop des monolines, on pense qu’elle couleront après leurs clients ?

  • permalien Manon :
    19 septembre 2008 @16h09   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    De l’Etat providence keynésien à l’Etat pro-finance néo-libéral.

    Est ce que quelqu’un peut retrouver le ratio dette publique /PIB aux USA ? De moins de 20% en 1980 on est passé à 60% il y a quelques années . Avec l’Etat pro-finance pourissant, poubelle de la Finance privée, certains parlent de 120% aujourd’hui. L’augmentation a eu lieu à plus de 95% sous les mandats de la droite républicaine. Y a t’il des sources fiables ?

    Mais ce n’est qu’un début. La poubelle à financement automatique des déchets financiers étant ouverte en permanence, pourquoi ne pas en créer des centaines ou des milliers de milliards de dollars d’autres ?

    Ce sont les travailleurs , leurs enfants et leurs petits enfants qui paieront pour ça. Tu tousses John ? Sarkozy et Barroso vont essayer de nous vendre la même salade d’ici à quelques semaines.

    Il faut une nationalisation des banques et une rerèglementation d’urgence pour boucher les fuites qui vont bientôt dépasser les chutes du Niagara.

  • permalien Ph. Arnaud :
    20 septembre 2008 @23h34   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    Ce que je crains, c’est qu’après avoir renfloué grassement les spéculateurs, boursicoteurs, milliardaires et autres engeances, les gouvernements républicains, d’ici quelques années, ne leur revendent à prix bradés, entre copains (et coquins), les établissements qu’ils ont payés bien cher...

  • permalien
    22 septembre 2008 @17h27   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains
  • permalien marc :
    30 septembre 2008 @09h54   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    +10 avec Ph arnaud

    Je serai meme prêt à speculer dessus :)

    Ce qui me derange, moi, c’est de voir qu’au bout du compte qui est obligé de sauver toute cette danse ? bien des personnes qui n’y ont pas participé !!

    J’ai fais mes etudes de compta, et au ours de mon apprentissage j’ai vu les la compta se "vendre" au marché financier (je pense aux IFRS)...

    Ce que je vais dire n’est pas la solution idéal, mais que le congrès americain ait refusé le plan de sauvetage, c’est peut etre pas si mal, la musique pourra s’arreter , et la danse devenir moins folle

    ps : avant toute critique : je viens de finir mes etudes, et comme 40000 autres, je subit le chômage !! donc je pense vivre cette crise.

  • permalien habsb :
    30 septembre 2008 @10h00   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    PH ARNAUD "Ce que je crains, c’est qu’après avoir renfloué grassement les spéculateurs, boursicoteurs, milliardaires et autres engeances, les gouvernements républicains"

    Pour l’instant, il me parait que le seul gouvernement qui a renfloue grassement les speculateurs a ete le laburiste britannique, avec les nationalisation de Northern Rock e Bradford. Banques moyennes, qui auraient fait faillite aux USA, come Indymac, Silver Star, Lehman Bros, Wash. Mutual etc Encore une fois, ce qu’on appelle gauche utilise l’argent public pour aider les copains, et ce qu’on appelle droite se refuse a le faire.

  • permalien habsb :
    30 septembre 2008 @10h05   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    MARC " le congrès americain ait refusé le plan de sauvetage, c’est peut etre pas si mal"

    Si on oublie pour un instant la cause de la crise actuelle (la reforme Clinton en 1995 du Community Reinvestment Act qui a oblige les banques a preter sans garanties, avec la consequence d’une montee astronomique des prix immobiliers), quelle est la consequence du refus du plan Paulson ? Si les banques ne sont pas aidees par une multiplication (et devaluation) des dollars en circulation, elle feront faillite en masse, et ceux qui se sauvent auront le plus grand mal a investir : l’industrie se retrouvera sans tresorerie et ne pourra pas embaucher. Les pauvres vont trinquer, et l’argent des riche, lui, il ne va pas se devaluer. Ce refus est la decision plus classiste qui soit. Le parti democrate, qui a la majorite au Congres, est decidement le parti des riches.

  • permalien baar :
    1er octobre 2008 @09h24   « »
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    in god we trust... est-elle la plus grosse plaisanterie du XX°s ?...

    Les commentaires experts sont tous aussi "comiques"...

    Le Nouveau Centre, en la personne de notre ministre de la défense, hier sur France Culture, ne voyait dans ce typhon financier que l’émergence d’une économie asiatique. Exit les abus et folies financières, le coupable est trouvé... c’est l’asiatique...

    un signe avant courreur de la dialectique gouvernementale ?...

    Et si c’était les extra-terrestres ?

  • permalien Musulman :
    19 octobre 2008 @22h29   «
    Freddie Mac, Fannie Mae, la Chine et les contribuables américains

    La soultion à ces dérapages du capitalisme libéral c’est le système financier islamique qui est basé sur des règles éthiques

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