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Uranium au Niger, vers une nouvelle malédiction ?

jeudi 18 septembre 2008, par Jean-Christophe Servant

Majoritairement concentrées au Niger (lire « Bataille pour l’uranium au Niger », d’Anna Bednik, Le Monde Diplomatique, juin 2008) et en Namibie, respectivement troisième et sixième producteurs mondiaux, les réserves d’uranium d’Afrique subsaharienne se retrouvent aujourd’hui au centre du phénomène de « renaissance nucléaire » et d’une spirale des prix qui a vu croître le coût de la livre d’oxyde d’uranium de près de 1000 % durant ces sept dernières années (elle s’achète actuellement autour de 82 dollars la tonne contre un pic de 136 dollars l’année dernière).

Cette ruée sur l’uranium subsaharien (New Uranium Mining Projects) bouleverse les monopoles de jadis. La française Areva, dont les filiales Cominak et Somaïr gardaient depuis les années 1970 la mainmise sur les gisements nigériens, a vu débouler depuis 2007 sur ses plate-bande sahéliennes des sociétés canadiennes, américaines, chinoises, sud africaines, indiennes, auxquelles Niamey a octroyé plus de cent permis d’exploration.

Si l’on est encore loin d’une guerre de l’uranium, la demande croissante en combustible non fossile pour les 25 prochaines années pourrait bien voir s’intensifier les tensions entre l’Etat central et les populations autochtones, voire entre entreprises transnationales, autour de ces ressources. En somme, déboucher, à l’instar de la guerre de basse intensité livrée autour du brut du Delta du Niger, sur une potentielle nigérianisation des zones uranifères. « On peut difficilement citer un exemple ou la présence de ressources en Afrique n’a pas été une malédiction totale », note Daniel Volman, directeur de l’African Security Research Project à Washington, dans l’article, remarquablement équilibré, publié en 2007 par le bureau pour la coordination des affaires humanitaires de l’Onu (« Niger : l’uranium - bénédiction ou malédiction ? »). « Je m’attends à ce que le Niger reproduise le même type de cycle constaté dans d’autres pays, car il est déjà en train de suivre la même trajectoire », précise ce chercheur américain.

Une première étape a déjà été franchie : en renégociant l’année dernière le prix de l’uranium et en augmentant son taux de redevance au kilo, l’Etat nigérien est devenu moins dépendant des impôts. Il a donc moins besoin du soutien des populations rurales. Et moins besoin d’être attentif aux demandes des populations du Nord Niger. Ce qui n’a fait que gonfler les rangs des sympathisants du Mouvement Nigérien pour la Justice ( MJN) — aux prises avec l’armée sur fond de répartition plus équitable des revenus générés par l’exploitation de l’uranium — et durcir la répression contre tous ceux, journalistes et militants des droits humains en premier lieu, suspectés de sympathies avec le MJN. Le journaliste Moussa Kaka, correspondant de Radio France Internationale, en paie le prix en prison depuis un an ce vendredi 19 septembre.

Une seconde étape est en train d’être franchie : la militarisation accrue d’un pays parmi les plus pauvres du monde, et la sanctuarisation de ses « coffre-forts » minéraux, avec le risque que ses « problèmes » ne soient uniquement résolus par la manière forte. Dotées d’un nouvel armement chinois, les forces militaires de Niamey sont par ailleurs couvées par les Etats-Unis qui assurent l’entrainement militaire de leurs officiers.

Face à cette vision pessimiste, certains pourront rétorquer que la nouvelle course vers l’uranium nigérien a réveillé le ressentiment de la population touarègue à l’égard du pouvoir central et, plus globalement, des opérateurs étrangers impliqués dans la « zone de conflit ». En somme, que la crise vécue par Niamey dans son pourtour saharien est bien spécifique. A entendre le mécontentement grandissant des ONG namibiennes impliquées dans la protection de l’environnement, face au grand jeu international auxquelles se livrent actuellement une quarantaine d’entreprises extractives (dont Areva) dans le désert de Namibie, on peut commencer à en douter (Lire « Increased Nuclear Energy Demand Boosts Namibia »).

Lorsque le défunt militant nigérian Ken Saro Wiwa s’attaqua au début des années 1990 à Shell, qui exploitait le territoire ogoni au cœur du Delta du Niger, sa lutte était pacifique. Et pour des raisons majoritairement liées à la détérioration de l’environnement. On connaît la suite…

2 commentaires sur « Uranium au Niger, vers une nouvelle malédiction ? »

  • permalien Nicolas Krebs :
    20 septembre 2008 @15h56   »

    À noter, l’émission de Patrick Pesnot, Rendez-vous avec X (France Inter), a fait deux numéros (cette semaine et la semaine précédente), sur le Niger (avec huit livres en bibliographie) :
    - Le Niger (1ère partie), Rendez-vous avec X, France Inter, samedi 13 septembre 2008
    - Le Niger (2ème partie), Rendez-vous avec X, France Inter, samedi 20 septembre 2008

  • permalien Abdourahmane Idrissa :
    26 septembre 2008 @16h06   «

    Je ne suis pas sûr que le Niger court ce risque à ce point. En fait, le MNJ est un mouvement touareg cyclique, basé sur les filières touaregues de Kadaffi au Mali et au Niger, et sur les traditions touaregues d’économie de razzia. Il est formé majoritairement d’éléments touaregs mécontents de la rédistribution, par les anciens leaders des mouvements des années 90, des prébendes consenties par le gouvernement nigériens (postes dans l’administration et les diverses forces militaires)pour les apaiser. Du reste, il y a une rébellion touareg aussi au Mali qui n’a pas d’uranium. Celle du Niger est sans doute rendue plus complexe par l’uranium, mais essentiellement à cause de l’intervention étrangère, tentée de manipuler cette rébellion pour toutes sortes de raisons. De plus, comme les Tibétains en Chine, les Touareg sont des objets du romantisme politique des Occidentaux et bénéficient de ce fait d’une campagne positive sur le plan international qui déforme la réalité nigérienne et ignore leurs propres responsabilités dans les crises sahariennes du Niger et du Mali. On peut invoquer d’autres raisons pour craindre une "malédiction des ressources naturelles" au Niger, mais celle-ci est en fait une fausse variable explicative.

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