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Comment sortir d’Afghanistan...

par Alain Gresh, 20 septembre 2008

La critique la plus commune à toute proposition de sortie d’Afghanistan, comme celle formulée sur ce blog, est : on ne peut laisser le pays sombrer dans la guerre civile. Comme pour l’Irak, on pourrait répondre que le pays est déjà en guerre civile. Mais on ne peut en rester là. Il est clair qu’un retrait précipité des troupes étrangères d’Afghanistan, sans négociations, risquerait d’accroître le chaos.

Alors, que peut faire la France ? Elle pourrait faire des propositions, y compris aux Etats-Unis. Si celles-ci étaient refusées, elle serait alors libre de se désengager militairement.

L’idée que l’on devrait se consacrer d’abord à la reconstruction, à l’aide économique, n’est malheureusement plus d’actualité. Le niveau des combats et l’insécurité qui règnent dans le pays rendent toute entreprise de reconstruction sans solution politique illusoire.

La mission internationale en Afghanistan est légitimée par une résolution du Conseil des Nations unies. Il faudrait d’abord redonner à cette institution le dernier mot sur ce qui se passe dans ce pays.

Le Conseil de sécurité pourrait annoncer que, d’ici à un an, les troupes étrangères devraient avoir quitté l’Afghanistan.

Durant cette période intérimaire :

 L’ONU convoquerait une réunion régionale des pays intéressés par une solution pacifique du problème afghan. La Russie, la Turquie, l’Iran, qui sont particulièrement concernés par l’avenir du pays, pourraient être associés ; un rôle pourrait être joué par l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Des pressions politiques internationales seraient exercées sur le Pakistan pour qu’il mette un terme à l’instabilité à sa frontière et pour que soient mis au pas les renseignements militaires qui fournissent une aide à Al-Qaida et aux talibans. Comme le demande une majorité des Pakistanais, des négociations pourraient être menées avec les talibans pakistanais pour que, dans le cadre d’un calendrier de retrait des troupes étrangères d’Afghanistan, ils mettent un terme à leurs actions à travers la frontière et mettent fin à la présence des combattants non pakistanais ;

 L’ONU convoquerait une conférence de toutes les forces afghanes pour négocier la fin du conflit dans la perspective d’un retrait des troupes étrangères. Cette négociation inclurait les différents chefs de guerre, les talibans, les diverses minorités ethniques et surtout les tribus qui jouent un rôle central, dans le cadre d’une Loya Jirga (grande assemblée). Elle viserait à former un gouvernement d’union nationale. Un certain nombre de principes seraient définis qui permettraient d’atteindre des objectifs importants : tenue d’élections ; droits des femmes, notamment à l’éducation ; lutte contre la corruption ; éradication de la culture de la drogue. La communauté internationale pourrait s’engager, dans ce cadre, à fournir une aide massive et les diverses factions assureraient la possibilité de travail des ONG (y compris des ONG musulmanes) pour pallier les insuffisances d’un Etat qui restera défaillant pendant encore quelques années.

On peut noter que la position des ONG françaises présentes sur le terrain
ne semble pas très éloignée de ces propositions. Dans un article sur le site du Monde (20 septembre), « Les ONG françaises tirent la sonnette d’alarme » (Jacques Follorou), on peut lire :

« Les ONG françaises admettent que de nombreux projets ont vu le jour en Afghanistan en matière de reconstruction et d’aide d’urgence. Mais le constat globalement négatif a généré, selon Pierre Lafrance, président de Madera, “un ressentiment” au sein de la population à l’égard d’une communauté internationale “qui n’a pas répondu aux attentes formulées en 2001 et 2002”. »

« Si le pessimisme semble régner dans les rangs des ONG françaises en Afghanistan, il existerait des raisons d’espérer, dès lors que l’on cessera “d’ajouter la guerre à la guerre”. L’envoi de renforts de troupes françaises ou américaines désespère les humanitaires, qui "réclament une solution politique et sociale pour sortir le pays de la guerre". »

Alain Gresh

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