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Henri Curiel, la piste française

par Alain Gresh, 25 septembre 2008

Vendredi 26 septembre, à 22 h 40, dans « Spécial Investigation », Canal + diffuse un documentaire présenté par Emilie Raffoul et Stéphane Haumant, Henri Curiel : un crime politique. Né en Egypte, fondateur du mouvement communiste dans les années 1940, expulsé de ce pays en 1950, Henri Curiel s’installe à Paris où il anime des réseaux d’aide au Front de libération nationale algérien (FLN), les « porteurs de valises ». Arrêté, il sera libéré après la signature des accords d’Evian. Il fonde le mouvement Solidarité, en aide aux mouvements de libération du tiers-monde et s’engage parallèlement dans la promotion d’une paix israélo-arabe et israélo-palestinienne. Il est assassiné à Paris le 4 mai 1978. L’enquête n’aboutira pas. Gilles Perrault a écrit un livre sur son itinéraire, Un homme à part (Fayard, Paris, 2006).

Perrault est également l’auteur d’un article dans Le Monde diplomatique d’avril 1998, « Henri Curiel, citoyen du tiers-monde ».

Le documentaire de Canal + explore une piste qui a été peu envisagée jusqu’à présent, celle de la responsabilité directe des autorités françaises dans l’assassinat de Curiel.

Le journal algérien Al-Watan du 25 septembre revient sur le documentaire de Canal + dans un article intitulé « Flash-back sur le meurtre d’un porteur de valises » (Yacine Farah).

« Objectif : tenter de démêler l’écheveau d’un crime politique qu’aucun président français, depuis Giscard d’Estaing jusqu’à Nicolas Sarkozy, n’a voulu élucider. Les faits remontent au 4 mai 1978. Il est 14 h 30. Henri Curiel est assassiné de trois balles à bout portant au sortir de l’ascenseur de son immeuble parisien. Le lendemain, le crime est revendiqué, via l’AFP, par Delta, un réseau d’extrême droite composé de nostalgiques de l’Algérie française. Pourtant, malgré cette revendication, de nombreuses zones d’ombre entourent encore le dossier. Comment cet assassinat a-t-il pu être possible alors même que Curiel était étroitement surveillé par les services français, notamment l’ex-SDECE ? »

« Comment se fait-il que ni la police ni la justice n’aient suivi la moindre piste ni procédé à aucune arrestation ? Pourquoi le Parti socialiste, alors même qu’il réclamait une enquête en ces années 1970, oublie sa promesse une fois au pouvoir ? Des témoignages bouleversants et contradictoires apportent un début de réponse, sans pour autant parvenir à faire éclater la vérité. D’abord celui de l’amie de la victime, Joyce Blau : “Curiel se savait sur écoute et étroitement surveillé par les renseignements généraux français, mais il n’a jamais pensé qu’il était menacé.” Une voisine de palier de Curiel avoue également avoir été approchée par la Direction de la sûreté du territoire français (DST) pour placer des caméras et des micros cachés. Mais elle a refusé. »

« L’information est même confirmée par Jean Baklouti, ancien directeur de la DST : “Effectivement, nous avons essayé de sonoriser l’appartement d’Henri Curiel à partir de celui de sa voisine. Mais cela n’a pas marché.” En 1976, soit deux ans avant son assassinat, l’hebdomadaire Le Point lui consacre un dossier spécial. Il le décrit comme un agent du KGB (anciens services secrets de l’ex-Union soviétique, ndlr) et l’accuse de transporter des armes pour des organisations terroristes. Des charges qui se sont avérées sans fondement. Elles étaient “soufflées” par les services secrets à l’oreille de Georges Suffert, un des journalistes qui ont participé à la rédaction de l’enquête. Aujourd’hui, il regrette ses écrits et reconnaît avoir été manipulé : “C’est vrai, je n’ai pas voulu écrire un article gentil. J’ai été manipulé, mais je ne sais pas par qui. J’ai juste accédé à des morceaux de dossiers de la DST et du SDECE, l’actuelle Direction générale de la sécurité du territoire français (DGSE).” Pour sa part, l’ancien responsable de la DST, Jean Balkouti, reconnaît qu’il n’a jamais été établi que Curiel était un agent du KGB. »

« Pourquoi a-t-on assassiné Henri Curiel ? Pour Abdellah Zekri, un ancien membre de l’Amicale des Algériens en France, c’est parce qu’il était l’allié des Algériens et l’ennemi de l’armée française : “Curiel était le diable. Celui qui a contribué à la défaite politique de la France en Algérie. Il a poignardé l’armée coloniale dans le dos.” Pour Gilles Perrault, Curiel était un homme à part : “Il incarnait tout ce que les militaires français et membres de l’OAS ont haï pendant la guerre d’Algérie.” Juif égyptien, Henri Curiel était un militant actif en faveur des droits de l’homme et de l’autodétermination des peuples opprimés : il a soutenu le mouvement sud-africain ANC ; il a également lutté pour la chute des dictatures en Amérique du Sud. Mais son vrai combat, c’est le Proche-Orient. Il a mis toute son énergie pour rapprocher Israéliens et Palestiniens. Quelques semaines avant son assassinat, il voulait retourner en Algérie. Sans doute pour se mettre à l’abri. Et même si la police française a soupçonné l’ex-SDECE d’être derrière la mort de Curiel, son avocat Benoît Domenach reconnaît que le juge d’instruction est constamment freiné dans sa démarche. C’est sans doute un signe que les assassins de Curiel sont au cœur du pouvoir français ou coulent des jours meilleurs sur la Croisette. »

Le 2 mai 2008, « les filles et fils de Marek Edelman... » publiaient un communiqué sur l’anniversaire de la révolte du ghetto de Varsovie et la solidarité aujourd’hui avec les Palestiniens.

« Les filles et fils de Marek Edelman... et d’Henri Curiel, Schmerke Kaczerginski, Lucien David Fayman, Jacov Stambul, Dvoira Vainberg… »

« A 65 ans du soulèvement du Ghetto de Varsovie, nous rendons hommage a tous ceux, modestes héros et héroïnes, qui ont engagé leur vie dans une bataille face à l’armée d’un pouvoir qui contrôlait presque toute l’Europe.
Face à l’oppression, il y a toujours résistance : contre le nazisme en France, à Vilnius, en Allemagne même et, des années après, en Egypte et en Algérie contre le pouvoir colonial aussi bien qu’en Afrique du Sud contre l’apartheid. »

« Il en est de même aujourd’hui : les masques changent mais c’est toujours le même combat. Nous, filles et fils de résistants au nazisme, affirmons notre soutien a la résistance palestinienne, car le pouvoir sioniste en Israël, a usurpé notre nom collectif (juifs), pour en notre nom disent-ils, mener une politique de répression coloniale féroce et d’apartheid. »

« L’hommage à nos parents, martyrs ou survivants, est à l’unisson de l’hommage aux résistants du peuple palestinien dont les droits fondamentaux, humains et nationaux sont bafoués, jour après jour depuis 60 ans. »

Nucléaire syrien

« Probe is said to refute nuclear reactor theory » (Baltimoresun.com, 21 septembre) : selon ce journal, dans une correspondance non signée de Vienne (siège de l’AIEA), la mission de l’AIEA en Syrie sur le site bombardé par l’aviation israélienne n’a trouvé pour l’instant aucune preuve des accusations, formulées par les Etats-Unis, selon lesquelles ce site abritait une centrale nucléaire. (Lire « Le nucléaire, la Syrie et Israël ».)

Une information confirmée par une dépêche de l’AFP du 22 septembre en provenance de Vienne :

« L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) procède toujours à l’examen des échantillons rapportés des sites nucléaires présumés en Syrie mais “elle ne dispose pas d’indications sur la présence de matériel atomique” à ce stade, a annoncé lundi le directeur général de l’Agence Mohamed El Baradei. En juin dernier, la Syrie avait autorisé des inspecteurs de l’AIEA à se rendre sur le site d’Al-Kibar dans le désert syrien dont les Etats-Unis affirment qu’il s’agissait d’un site atomique clandestin. Ce site avait été bombardé en septembre 2007 par l’aviation israélienne. “Les échantillons rapportés de ce site sont toujours examinés par l’agence, mais jusqu’à ce stade nous n’avons pas trouvé d’indices de quelque matériel nucléaire que ce soit”, a déclaré M. ElBaradei dans son discours d’ouverture de la réunion d’automne du conseil des 35 gouverneurs de l’Agence onusienne à Vienne. »

Alain Gresh

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