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Une part du nucléaire indien pour la France

lundi 6 octobre 2008, par Mira Kamdar

Vingt milliards d’euros, c’est le très beau cadeau que les Etats-Unis viennent d’offrir à la France. Cela correspond à une commission de 25 % du montant total des contrats prévus à la suite du succès de l’accord nucléaire indo-américain. Pourquoi céder une si belle part de ce succulent gâteau à la France ? D’abord, parce que les Etats-Unis n’ont pas le choix. L’industrie nucléaire civile française est le leader mondial du secteur. La France devait attendre que le Groupe des fournisseurs nucléaires donne le feu vert, ce qu’il a fait au début du mois septembre, au bout d’une série de négociations dures. Tout était prêt depuis longtemps. Il suffisait que le premier ministre indien vienne à l’Elysée signer. La France n’est pas seule : la Russie et le Japon sont également sur les rangs pour renforcer leurs ventes en Inde.

Mais l’administration de M. George W. Bush espère bien garder la plus grosse part pour les Etats-Unis. Et ce n’est pas un hasard si Mme Condoleezza Rice s’est rendue le 4 octobre à New Delhi afin de finaliser l’accord (et de s’en assurer les retombées). Pour lever les hésitations des quelques sénateurs américains peu enclins à tourner la page de trente-quatre ans de régime interdisant les ventes de technologie nucléaire à une Inde qui n’est toujours pas signataire du traité de non-prolifération (TNP), il fallait bien faire miroiter quelque marché pour la General Electric, seule entreprise américaine qui soit toujours en mesure de construire des centrales, ainsi qu’à tous les groupes militaro-industriels qui risquent désormais de bénéficier d’un éventail plus large de contrats dans les domaines frères du nucléaire civil… Dans cette perspective, voter contre l’accord nucléaire, a-t-on bien fait comprendre aux sénateurs, c’était voter contre l’industrie américaine, alors que le pays est en pleine crise et que, Dieu le sait, quelques dizaines de milliards de contrats seraient les très bienvenus. Les sénateurs ont donc approuvé le deal : 86 votants pour, 13 contre.

Les Etats-Unis ont dit « oui » au commerce nucléaire avec l’Inde à peine un mois après avoir dit « non » à la Russie (lire « L’Inde, le nucléaire et les principes à géométrie variable »). Car ils ont annulé le 8 septembre leur accord nucléaire civil avec la Russie, pourtant en voie de réalisation. De quoi souligner, a contrario, la faveur dont l’Inde profite actuellement, alors que son ancien ami soviétique reste sur le banc de touche.

L’Inde veut devenir une grande puissance non seulement économique, ce qui est bien en route, mais aussi militaire, un but qui rentre complètement dans la stratégie de l’administration Bush de faire de l’Inde une puissance capable de contrebalancer une Chine en pleine essor et qui lui fait peur. Les Etats-Unis entendent aussi profiter de la plus grande part des dépenses militaires indiennes. La France, Israël et même la Suède et l’Italie y trouveront une petite part. Les Etats-Unis ambitionnent, sinon de remplacer la Russie comme fournisseur principal militaire de l’Inde, du moins de limiter son influence économique et politique.

Dans leur nouvelle relation avec New Delhi, les Etats-Unis espèrent dompter les ambitions chinoises et russes en Asie tout en se faisant beaucoup d’argent. Que la France en tire aussi des bénéfices correspond pour M. Bush à une bonne politique transatlantique, au moment où Washington a besoin du soutien de la France pour mener la guerre en Afghanistan, pour contenir les ambitions nucléaires de l’Iran, et pour contrer une Russie refusant de se voir humiliée jusqu’à sa frontière avec l’Europe.

Mira Kamdar, chercheuse, Asia Society, New York ; auteure de Planet India : L’ascension turbulente d’un géant démocratique (Actes Sud, Arles, 2008).

4 commentaires sur « Une part du nucléaire indien pour la France  »

  • permalien Adli :
    7 octobre 2008 @01h35   »

    Et le Pakistan dans tout ca ?

  • permalien Yvan :
    7 octobre 2008 @07h47   « »
    Une part du nucléaire indien pour la France, les USA, le Russie... et l’ Iran ?

    Le nucléaire passe par des chemins mystérieux si on se cantonne aux discours de surfaces.

    La Pakistan et l’Inde bien qu’ils aient d’énormes besoins d’énergie, "privilégient" le nucléaire militaire, au mépris de tous les traités de désengagement nucléaire (sous prétexte d’un conflit frontalier concernant le Cachemire,) se voient courtisés par les signataires du traité de non prolifération, sans contrepartie concernant de désarment nucléaire :


    Ces deux instances [AIEA, NSG] ont tour à tour levé en juillet et en septembre l’embargo international imposé depuis 34 ans à l’Inde, qui dispose de l’arme nucléaire mais n’a jamais signé le traité de non-prolifération.

    L’Iran qui a privilégié le nucléaire civile sous contrôle et dans le respect des traités internationaux, se voit menacé de destruction au prétexte, qu’il aurait tout aussi bien développer une bombe pour détruire Israël (qui possède un arment nucléaire en toute illégalité, et surtout en toute discrétion, c’est à dire en dehors du principe de dissuasion) :

    "Dans cette lettre, M. Jalili se plaint de l’attitude des Occidentaux et affirme que leur approche a perturbé le processus constructif des négociations entre les deux parties", a déclaré ce responsable iranien ayant requis l’anonymat.

    "Avoir recours à la pression plutôt qu’à la raison pendant les négociations ne mènera pas à une solution", a indiqué l’agence officielle Irna en citant le contenu de la lettre.

    (...) "Notre politique inchangée est de devenir autosuffisants en matière de combustible pour nos centrales nucléaires. Dans le cadre de la loi et de nos droits conformes au Traité de non prolifération (TNP), nous continuerons nos activités nucléaires pacifiques pour devenir autosuffisants", a déclaré dimanche le ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki.

    Sous la surface il apparait que tout ceci n’est qu’une sordide gesticulation, pour protéger des intérêts commerciaux.

  • permalien habsb :
    7 octobre 2008 @09h24   « »

    La France n’est pas la seule a savoir faire du nucleaire. D’ailleurs les catastrophiques delais de l’EPR qu’on construit en Finlande peuvent meme laisser planer des doutes sur nos competences.
    Toutefois, pour cette generosite USA, il faut aussi reconnaitre un certain merit a la politique de M. Sarkozy, de rapprochement aux USA, et qui a marque une grande difference avec son predecesseur Chirac plus sensible aux sirenes allemandes voire russes.

  • permalien Ibrahim :
    8 octobre 2008 @09h59   «
    pourquoi pas l’energie solaire

    Il faut pas faire ce courses de l’energie nucleaire civile en souriant,c’est pas un chiffre affaire propre,c’est de l’argent sale,car on sait que Les combustibles irradiés deviennent des déchets radioactifs qui seront conditionnés,alors l’invention de terme nucleaire civile est tres jolie,mais on peut pas dire nucleaire propre,a vous les politiciens commerciaux,SVP arretez cette folie de l’energie nucleaire, soit civile ou militaire,c’est un suicide mondiale.
    Au contraire l’energie solaire et bio sont tres propres ,le soleil est tres genereux au 3eme milinaire ,je crois que nous vivons un vrai examen de la civilite humain,on doit savoir comment vivre intellegement.

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