En kiosques : mai 2016
Abonnement Faire un don

Première visite

Vous êtes abonné(e) mais vous n’avez pas encore de compte en ligne ?

Vous n'êtes pas abonné(e) ?

Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout le site.
Une question, un problème ? Consultez la notice.
Accéder au menu

Une part du nucléaire indien pour la France

par Mira Kamdar, 6 octobre 2008

Vingt milliards d’euros, c’est le très beau cadeau que les Etats-Unis viennent d’offrir à la France. Cela correspond à une commission de 25 % du montant total des contrats prévus à la suite du succès de l’accord nucléaire indo-américain. Pourquoi céder une si belle part de ce succulent gâteau à la France ? D’abord, parce que les Etats-Unis n’ont pas le choix. L’industrie nucléaire civile française est le leader mondial du secteur. La France devait attendre que le Groupe des fournisseurs nucléaires donne le feu vert, ce qu’il a fait au début du mois septembre, au bout d’une série de négociations dures. Tout était prêt depuis longtemps. Il suffisait que le premier ministre indien vienne à l’Elysée signer. La France n’est pas seule : la Russie et le Japon sont également sur les rangs pour renforcer leurs ventes en Inde.

Mais l’administration de M. George W. Bush espère bien garder la plus grosse part pour les Etats-Unis. Et ce n’est pas un hasard si Mme Condoleezza Rice s’est rendue le 4 octobre à New Delhi afin de finaliser l’accord (et de s’en assurer les retombées). Pour lever les hésitations des quelques sénateurs américains peu enclins à tourner la page de trente-quatre ans de régime interdisant les ventes de technologie nucléaire à une Inde qui n’est toujours pas signataire du traité de non-prolifération (TNP), il fallait bien faire miroiter quelque marché pour la General Electric, seule entreprise américaine qui soit toujours en mesure de construire des centrales, ainsi qu’à tous les groupes militaro-industriels qui risquent désormais de bénéficier d’un éventail plus large de contrats dans les domaines frères du nucléaire civil… Dans cette perspective, voter contre l’accord nucléaire, a-t-on bien fait comprendre aux sénateurs, c’était voter contre l’industrie américaine, alors que le pays est en pleine crise et que, Dieu le sait, quelques dizaines de milliards de contrats seraient les très bienvenus. Les sénateurs ont donc approuvé le deal : 86 votants pour, 13 contre.

Les Etats-Unis ont dit « oui » au commerce nucléaire avec l’Inde à peine un mois après avoir dit « non » à la Russie (lire « L’Inde, le nucléaire et les principes à géométrie variable »). Car ils ont annulé le 8 septembre leur accord nucléaire civil avec la Russie, pourtant en voie de réalisation. De quoi souligner, a contrario, la faveur dont l’Inde profite actuellement, alors que son ancien ami soviétique reste sur le banc de touche.

L’Inde veut devenir une grande puissance non seulement économique, ce qui est bien en route, mais aussi militaire, un but qui rentre complètement dans la stratégie de l’administration Bush de faire de l’Inde une puissance capable de contrebalancer une Chine en pleine essor et qui lui fait peur. Les Etats-Unis entendent aussi profiter de la plus grande part des dépenses militaires indiennes. La France, Israël et même la Suède et l’Italie y trouveront une petite part. Les Etats-Unis ambitionnent, sinon de remplacer la Russie comme fournisseur principal militaire de l’Inde, du moins de limiter son influence économique et politique.

Dans leur nouvelle relation avec New Delhi, les Etats-Unis espèrent dompter les ambitions chinoises et russes en Asie tout en se faisant beaucoup d’argent. Que la France en tire aussi des bénéfices correspond pour M. Bush à une bonne politique transatlantique, au moment où Washington a besoin du soutien de la France pour mener la guerre en Afghanistan, pour contenir les ambitions nucléaires de l’Iran, et pour contrer une Russie refusant de se voir humiliée jusqu’à sa frontière avec l’Europe.

Mira Kamdar, chercheuse, Asia Society, New York ; auteure de Planet India : L’ascension turbulente d’un géant démocratique (Actes Sud, Arles, 2008).

Mira Kamdar

Partager cet article /

sur Zinc
© Le Monde diplomatique - 2016