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Il n’y a pas que la politique dans la vie

jeudi 4 décembre 2008, par Mona Chollet

Si Le Monde diplomatique a plutôt l’habitude d’appréhender l’actualité par le prisme politique, économique ou géopolitique, ce blog collectif se veut un lieu où ses journalistes et ses collaborateurs pourront sonder l’époque en empruntant la porte dérobée de la culture. Toute la culture : ce journal a toujours défendu une idée exigeante de la littérature ou de l’art – y compris à travers ses choix iconographiques [1] –, mais cela ne l’empêche pas de s’intéresser aussi aux productions grand public, et de les prendre au sérieux.

C’est forcément à la politique, au sens large du terme, que ramèneront les interventions publiées ici. Qu’on se rassure : il ne s’agit pas de faire passer la culture à la moulinette de nos exigences politiques ou philosophiques. Rien de pire que de demander à l’art de sacrifier son intégrité pour nous montrer des réalités simples, rassurantes et manichéennes. Rien de pire que d’assigner à une œuvre un rôle édifiant ou militant, au mépris de la recherche – ou de l’absence de recherche – formelle dont elle témoigne, au mépris aussi de l’intelligence du public, et de la verbaliser quand elle sort des clous. Mais comment résister à la tentation d’aller voir de plus près ce qu’elle a dans le ventre, ce qu’elle dit de l’air du temps, la vision du monde dont elle procède et qu’elle conforte plus ou moins consciemment, plus ou moins ouvertement ?

L’exercice nécessite que l’on fasse toute la place à ses propres ambivalences de spectateur ou de lecteur, parfois capable de se laisser séduire ou émouvoir par un procédé efficace, tout en lui refusant son adhésion intellectuelle ou idéologique. A condition de bien s’y prendre, avec la délicatesse d’un horloger ouvrant le mécanisme d’une montre, l’analyse d’une œuvre ne devrait pas ruiner le plaisir qu’elle nous donne, mais au contraire l’augmenter – ou alors, se contenter d’y mêler une pointe de lucidité bénéfique. C’est à tout cela, mais aussi, tout simplement, à attirer l’attention sur des spectacles, des films, des livres de qualité qui ne bénéficient pas de l’écho qu’ils nous semblent mériter, que ce blog se propose de servir.

Notes

[1] Voir à ce sujet les textes d’Ignacio Ramonet, John Berger, Alain Jouffroy et Solange Brand sur les relations entre le texte politique et l’image, dans le livre d’art publié à l’occasion du 50e anniversaire du Monde diplomatique.

2 commentaires sur « Il n’y a pas que la politique dans la vie »

  • permalien Noëlle :
    4 décembre 2008 @16h44   »

    Quelle bonne nouvelle, je tombe pile poil sur cette naissance aujourd’hui ! Ravie de cet espace que tu proposes, bravo pour le clin d’œil à l’horlogerie natale.

    à te / vous / nous lire

  • permalien Charp :
    15 décembre 2008 @10h51   «

    L’art engagé n’est en général ni art ni engagement. Souvent, il les dessert l’un et l’autre. Mais il est parfois cri, et mérite alors d’être entendu.

    " Ce qu’il a dans le ventre ", dites-vous. Tout est là. L’art, processus imaginaire, a pour matière le donné de l’homme, de l’individu créateur. Son inscription dans le monde et ses remous, appartient à cette matière, à cette argile qu’il va façonner dans la création artistique.

    Réduire par l’analyse l’œuvre à cette matière première, c’est en nier le cheminement créateur. Dans "Guernica", la matière première, le massacre par les fascistes n’est pas le contenu de l’œuvre, mais son terreau. Ainsi pour l’œuvre poétique de Benjamin Péret, Aimé Césaire, et tant d’autres.
    Mais cela n’interdit pas, parfois, d’analyser l’argile, pour voir à travers elle la géologie du monde.

    Si cela vous intéresse, j’avais écrit il y a longtemps, un texte sur cette question : L’étau : l’art et la révolte

    J’ai effectivement toujours apprécié que l’exigence analytique de nombre d’articles du diplo se retrouve dans son choix iconographique.

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